Poussière dans l'oeil

Chapitre débuté par Jordi

Chapitre concerne : Jordi,

Le vent sable s’était levé avec la soudaineté d’une catastrophe nucléaire… ou d’une attaque de charognards. Un instant, Jordi s’était demandé d’ailleurs si ce nuage n’était pas soulevé par une horde venu piller et massacrer. Il avait à peine eu le temps de masquer sa bouche et son nez avant d’être assailli par une armée de points brulants s’acharnant sur sa peau telle une meute de moustiques qu’un savant fou aurait équipé d’une armure en titane. L’assaut aura été aussi brutal que fugace laissant le rôdeur à moitié assommé et presque entièrement ensablé.

Crachant le sable qui est parvenu à se faufiler jusqu’à sa bouche, il s’arrache à la gangue sableuse en pestant, les yeux rougis tandis que ses larmes traces de sinueuses rivières sur ses joues poussiéreuses. Autour de lui flotte une brume surréaliste qui donne au paysage les allures d’un tableau de Dali. Les collines toutes proches semblent fondre et se tordre et un instant Jordi se demande s’il est bien encore vivant. Prenant sa gourde, il boit une gorgée d’eau chaude qui se mue immédiatement en une boue liquide, finissant de nettoyer sa bouche.

Il n’est pas mort. Du moins c’est ce que lui hurlent tous les muscles de son corps. Un mort n’a pas mal. Il faut bien que mourir ait quelques avantages. Mais il ne reconnait plus grand-chose et tous ses sens lui envoient des messages contradictoires qui lui filent la gerbe. Il y a ces collines psychédéliques qui lui servent encore de repère. Putain ! Ces foutues caisses devraient être par là et la mer… par-là ? Quel monde de merde !  Il hausse les épaules, ramasse cette étrange poupée qu’il a trouvée peu de temps avant et foutrait des cauchemars à n’importe quel gosse, et se met en route… levant le bras, son majeur bien dressé comme pour dire à la faucheuse qu’elle a encore raté son coup.

On dit que les chats ont neuf vies, mais combien pour un pauvre connard.

 

Bon ! Ca s’annonce mal tout ça. Jusque là Jordi était confiant, le sac à dos plein de boites de conserves, de bouteilles d’eau et de ces pastilles à sucer d’iode… Mais là, il constate que le stock a bien baissé. Pas encore la famine mais on n’est plus dans l’abondance propice à l’insouciance. Surtout que voilà le deuxième rendez vous raté.

 

Pour le premier il a surtout regretté la croisière avec la rousse incendiaire. Un peu de beauté dans ce monde merdique est toujours bonne à prendre ; et pour l’heure le plaisir des yeux lui suffit encore amplement. Surtout que le stress post-traumatique, comme on disait avant, et le stress du trauma permanent que représente la vie désormais ne sont pas pour stimuler sa libido. Pas facile de réveiller popaul quand la première image qui vous vient devant une femme c'est à quoi pourrait ressembler son cadavre. Alors pour l'instant, on va dire que le réservoitr à beauté est vide quand celui des horreurs est plein et qu'il faudrait réussir à rééquilibrer tout ça.

 

Pour le deuxième, on y perd sur le côté rouquine flamboyante mais on y gagne dans le style nostalgie post égout et amitié virile. Mais le rationnement commence à soulever quelque inquiétude.

 

Allez ! Haut les cœurs le survivant ! Mais qu’est ce qu’il lui a pris de suivre cette lueur au sommet de la falaise ? Il a cru que de crapahuter dans la montagne allait soigner sa foulure l’abruti ? Mais, papy l’a envoyé chercher des trucs et avec ces vieux détraqués, il vaut mieux en ramener le plus possible. On ne sait pas trop comment ils pourraient réagir. Alors voilà le clopinant qui clopine en essayent de faire marcher sa putain de radio portable dès fois qu’on lui fixerait un troisième rendez vous. Voilà la carcasse rouillée qui lui a fait des appels de phare solaire. Le type qui conduisait ne ressemble plus à grand chose...un squelette desséché auquel s’accroche quelques lambeaux de ce qui fût un perfecto en cuir clinquant de clous chromés.

 

« Et bien champion ! Une vrai gueule de vainqueur mon gars ! »

 

La pêche sera maigre à n’en pas douter. Celui là n’a pas survécu longtemps après l’Oméga et même son flingue est en piteux état ; mais il y aura peut être moyen de récupérer quelques pièces.

 

Du coup, Jordi se pose au bord de la falaise pour ouvrir une boite de… heuuu… un truc qui se mange. Au moins si c’est en boite ça ne doit pas être de l’humain. Il s’allume un moignon de cigarette et observe le soleil se coucher dans un grand flamboiement rougeoyant… et forcément ça lui rappelle une autre rouquine flamboyante, moins ronde mais pas forcément moins dangereuse.