Finalement les chattes des muefs c'est compliqué

Chapitre débuté par Karlimero

Chapitre concerne : Plutôt bourreau que victime, Karlimero,

Le campement a été posé depuis plusieurs jours. Jodhaa souffle et souffre, Karliméro ne semble pas savoir quoi faire. Les mules et quelques membres plus actifs du groupe s'épuisent, non loin de là la petite troupe des communistes semble elle aussi à l'arrêt.

Bordel d'putain d'merde !
Bon on campe là, Hélios essaie d'nous trouver d'la flotte correcte. On va la faire chauffer.
J'ai du vieux tissu, j'ai des plantes qui soignent, d'la came, du fil et une aiguille.

Bordel d'putain d'bordel d'merde ! J'ai d'jà vu d'la tripaille et j'suis pas l'dernier à farfouiller dans tout type d'chattes... Mais là j'crois qu'y va falloir qu'j'y aille.

Jodhaa souffle de plus en plus vite, les mules, Hélios et Karliméro lui ont préparé une couche aussi confortable que possible, à l'abri du vent et des nappes de pluies luminescentes. Les captifs poussent quelques hululements, eux aussi semblent ressentir toute la tension de ce moment.
Une longue nuit commence, la dernière.
L'homme au costume de bourreau essaie d'afficher une contenance, à la vérité il n'en mène pas large. La petite blondinette, celle qu'il a si souvent sauté se prépare à sortir son polichinel, leur polichinel. Une sacrée responsabilité d'une certaine manière. Encore que tout cela lui paraît très abstrait, c'est surtout pour sa nénette qu'il s'inquiète. Voir la mort de près, il a l'habitude, il la distribue même de temps en temps, mais là quelque chose est bien différent. Elle souffre, elle pleure, elle a mal et lui comme un con, il ne peut pas faire grand chose.
A tout hasard, il se lave bien les mains, il prépare un petit lit propre.
Il attrape la main de la jeune femme, lui murmure des mots apaisants, l'encourage.


T'en fais pas, j'sais comment ça fonctionne ma jolie. D'toutes façons les chattes des meufs c'est fait pour les vas et les viens, il finira bien par sortir ton p'tiot.
*Plusieurs mois à voir son corps se déformer dans les reflets de l’eau et dans les regards des personnes autour d’elle.
Sentir le poids d’un ventre qui s’arrondit chaque jour, et son corps se cambrer, et la joie des maux de dos et des envies.
Pourtant aucune plainte durant toute sa grossesse sauf sur le point d’accoucher apparemment ou elle ne pouvait plus mettre un pied devant l’autre et se trainait comme un poids mort.
Puis vint le jour ou impossible de se lever, et percluse de douleurs et de contractions.
Ca faisait maintenant plusieurs jours qu’elle soufflait et souffrait.
Beaucoup de peur et aussi d’interrogations. Et voir Karlimero tourner en rond soucieux ne l’aidait pas trop mais elle voyait bien qu’il s’inquiétait.
 Quand enfin il tenta de la rassurer elle fut soulagée, même si elle savait que ça n’était pas ce qui la sauverait si ça se passait mal.
C’était si bon de faire l’amour, mais le risque en valait-il la chandelle ?
Sans doute car elle avait toujours autant envie de lui, et ils ne s’en étaient pas privé durant toute la grossesse.
Toute la nuit elle la passa à souffrir, une nuit cauchemardesque, et cela continua et augmenta au petit matin.
La jeune femme trouvait le temps long puis les contractions finirent par se rapprocher et être encore plus intenses au fur et à mesure que la journée s’écoulait: Elle hurlait : ça la déchirait.
Le bébé était peut être mal positionné et s’il ne se retournait pas rapidement elle alliât surement y passer…
Ou alors il faudrait en effet qu’il y mette la main pour tenter de le retourner sans coincer le cordon autour du cou de l’enfant…

Le col s’ouvrait, et les douleurs étaient de plus en plus rapprochées. Elle ne savait pas, ne connaissait rien à l’accouchement. Qu’allait-il se passer ? *
Le moment de pousser semblait être venu car naturellement c’est ce qu’elle faisait, hurlant tout ce qu’elle pouvait, reprenant sa respiration entre chaque contraction et poussées…*

Karli ? Sort-le ! J’en peux plus !  Il faut qu’il sorte !je ne sais pas si je tiendrais une nuit de plus !
 
La nuit s'avance et la jeune femme paraît aller de plus en plus mal. Elle commence à saigner et le bébé se présente trop lentement. Karliméro a préparé une bouillie, quelques opiacées, un soupçon de poudre. Si tout cela doit mal finir, il n'hésitera pas longtemps entre un petit boulet et une jolie blondinette.
Ses rudiments de savoir médical ne lui sont pas d'un grand secours, alors il accompagne la nature. Il se tient juste prêt à apporter des secours à la jeune femme.

Lorsque le petit commence à sortir, l'homme en noir voit vite que quelque chose ne va pas, le petit est chaud, mais flasque, sans aucune tonicité. Après que la tête soit sortie et alors qu'il manoeuvre pour faire passer les épaules, il remarque la couleur bleue sombre de la peau du petit. Comme il s'imagine être le géniteur et que la mère à la peau palotte, c'est qu'il y a un soucis.

Le petit sort, poussé par les contractions de la mère. Karliméro se tourne, l'essuie. Le petit ne respire pas, une tape dans le dos, une autre, un pinçon... Pas de réaction. Il y a sans doute plusieurs heures, peut être quelques jours que ce tout petit être a cessé de vivre. Il le pose délicatement à l'écart, le couvre et revient vers la mère épuisée.


Tiens bois ça ma jolie. Ca va t'remett' sur pied.
Par cont' ton lardon a pas l'air d'péter l'feu, j'vais essayer d'le réchauffer et j'ai préparé un r'montant pour chiure d'mouche. Toi prends soin d'toi, t'as beaucoup saigné et la fin d'la cloque a été rude.
Bois ça j'te dis... Voilàààà, comme çaaaaa.

Lorsque la jeune femme s'endort, il regarde entre ses jambes pour évaluer les dégats. Puis il prend du fil et une aiguille

J'suis désolé poulette si ça t'pique quand tu pisses pendant quelqu'temps, mais j'crois qu'y vaut mieux mett' un ou deux points, sinon j'saurai pas si j'te prends par d'vant ou derrière quand tu s'ras r'mise.

Plus tard, quand la jeune femme se réveille, elle est sur une couche propre, Hélios veille au dehors sur les mules qui s'inquiètent et Karliméro lui tient la main. Le fidèle landeau de Karliméro, celui qui a tant roulé et tant porté, n'est toujours chargé que du barda de la route.

Ma p'tite poule, j'ai rien pu faire pour ton lardon, l'était d'jà cané en sortant. Sans doute un truc des radiations, ou la route. J'l'ai enterré pas loin d'ici, j'te montrerai ça d'main.
C'était un p'tit gars.
Le temps fut long, la peur de la jeune femme qui d’heure en heure se sentait défaillir et de plus en plus faible,  et qui n’en pouvait plus de pousser pour faire sortir le petit être qui ne semblait pas y mettre du sien.
Il finit enfin par sortir et elle tente de voir mais trop épuisée pour se redresser sur sa couche.
 Elle écoute espérant entendre le cri de leur bébé, mais rien ne vient mais la jeune femme ne s’en inquiète pas de suite vu son état de faiblesse accrue.
Aussi lorsque que Karli lui demande de boire elle obéit sans se méfier le laissant faire, confiante et s’endort rapidement.

A son réveil, elle ne ressent que douleur et chagrin, elle a déjà compris à sa tête et de ne pas voir l’enfant auprès d’elle, malgré la couche propre.
Aussi quand il lui annonce la nouvelle elle ne réagit pas, se contentant de le regarder, certaine qu’il aura fait le maximum.
Par contre elle ne peut rien dire, rien répondre encore, elle va devoir faire son deuil de leur premier né, bien qu’il ne fut ni souhaité ni attendu, elle s’était faite à l’idée de le recevoir.
La jeune femme se redressera sur sa couche un moment pour glisser une bise sur la joue de Karliméro, avant de se recoucher et de se rendormir d’une masse, la main posée sur  un ventre qui l’avait fait sourire et parfois grimacé sous les coups vigoureux qu’un petit lui donnait.
Mais ce n’était pas le tout,  elle en avait besoin de ce repos: toutes ses nuits d’insomnies, de douleurs, se devaient d’être récupérées.
Et puis, tout le monde était coincé ici par sa faute et elle s’en voulait un peu…
Que faire d'autre qu'aller de l'avant malgré la perte?

Tout ça pour rien…
Des larmes coulèrent sur ses joues tandis qu’elle se rendormait,  le lendemain serait un autre jour…