Quand la sage femme s'est pris les pieds dans l'eau lourde

Chapitre débuté par Jordi

Chapitre concerne : Une M.S.T parmi d'autres, Jordi,

Quelle idée ! Quelle idée de vouloir aller se rafraîchir dans cette mer. Bien sûr que c’était tentant. Une mer d’huile, le voilier à l’arrêt les voiles bien carguées et plus de 30° à l’ombre, alors qu’il n’y pas d’ombre… et ne parlons même pas de cette rousse incendiaire dont les formes sont encore plus mises en valeur par sa grossesses bien avancée. Forcément, il fait chaud, très chaud même. Alors voilà ! Jordi s’est dit que l’eau fraîche de la mer allait lui faire du bien.

 

La première surprise est venue de la température de l’eau. Aucune sensation de fraîcheur lorsque son pied a traversé la surface. Soit ! On doit être sous les tropiques ou un truc comme ça. La deuxième surprise est plus douloureuse.

 

« Ca brûle putain ! Mais c’est quoi cette flotte ?! »

 

Et non la température de l’eau n’explique pas tout. La mer ne bout pas tout de même. Il faut croire qu’on n’y a pas balancé que du plastique.

 

Alors Jordi revient en boitant et pestant se poser dans un coin. Ca fait toujours mal, mais son attention est distraite par la vision de la rouquine incendiaire accoudée à la barre, le regard perdu au loin. Son ventre arrondi indique clairement qu’elle est enceinte et sa poitrine semble se démener pour s’échapper d’un corsage qui hurle son désespoir d’être trop étroit. Cette vision s’avère aussi efficace qu’une piqûre de morphine. La douleur cède peu à peu la place à une sorte d’extase. Il n’en serait pas autrement pour un croyant fervent qui aurait une vision de la vierge… l’érection en moins sans doute ? Quoique ! Parce que du coup, il n’y a pas que le corsage de Salomé qui a rétréci. Le pantalon de Jordi aussi… enfin jusqu’à ce que la belle se contracte brusquement.

 

Au début, il pense à un mouvement brutal du bateau. Mais pourquoi ne l’aurait il pas ressenti lui aussi ? Aurait elle reçue une balle ? Mais il n’y a pas de sang. Une nouvelle contraction et la jeune femme s’effondre doucement les mains crispées sur son ventre. Elle dit un truc du genre « Putain ça fait mal ! » et un « Oh merde pas maintenant ». Enfin Jordi n’est pas trop sûr parce qu’à ce moment c’est un peu le bordel dans sa tête. Du coup il lui faut un moment pour remettre le rubik’s cube de son cerveau dans l’ordre. Elle lui fait des signes, elle doit même lui parler mais il n’entend pas, trop occupé à démêler l’écheveau de ses pensées. Et soudain, l’évidence s’impose à lui comme une balle de 12mm dans la tête de sa cible : elle est en train d’accoucher !!

Salomé adorait sa vie sur le voilier. Moins quand elle était toute seule, elle qui cherchait toujours la compagnie, mais dès qu'elle avait un passager, c'était merveilleux. Les discussions, les sourires, les rires... La présence même d'un autre individu qu'elle, ça la remplissait de joie. Et Jordi était un compagnon particulièrement agréable. Surtout quand, avec cette grossesses qu'elle n'avait pas prémédité, elle ne pouvait plus faire certaines manoeuvres toute seule.

Grossesse de merde, d'ailleurs. Elle n'aimait pas particulièrement les enfants. Pas plus que n'importe quel adulte, en tout cas. Et l'idée de donner la vie l'effrayait. Surtout dans ce monde apocalyptique, où la moindre petite pluie pouvait être acide et vous ronger la peau. Où la brouillard se révélait corrosif. Où les créatures étranges, mutées, étaient souvent moins dangereuses que les humains ayant survécu à la fin du monde. Elle voulait bien être positive, Salomé, mais il y avait des limites à la connerie.

Alors oui, enfanter permettait de repeupler le monde, d'éviter l'extinction de la race humaine, et ce genre de niaiseries. Blablabla, c'était une chose magnifique que d'être mère... Mais, putain, les gens omettaient aussi les neufs mois d'enfer que la mère traversait en traversant les mers. Les nausées, les envies de faire pipi toutes les cinq minutes, le corps qui se déforme, les douleurs dans le bas du dos, l'impossibilité de trouver une position confortable pour dormir... Les douleurs des contractions, qui vous pliait en deux alors que vous étiez sagement accoudée à la bar pour observer l'horizon en réfléchissant à ces stupidités...

Ah, oui, les douleurs. La rousse grogna, jura, alors que ses bras se refermaient sur son énorme ventre. Bon sang, pas maintenant ! Et puis, c'est quoi ce liquide chaud, entre ses jambes ? Elle n'arrivait pas à voir. Entre la douleur qui brouillait son regard, et l'obstacle que représentait son ventre, c'était peine perdue.


« A-Ah ! J-Jordi ! Haleta la capitaine, effrayée, perdue, cherchant du regard son compagnon de route. C'est... Arg, ça co-commence ! Le t-travail c-commence ! »

A genoux sur le pont, les mains au sol pour se maintenir, la rousse criait presque désespérément à l'aide. Les crampes qui l'avaient agacées toute la matinée étaient devenues de plus en plus rapprochées, régulières, et elle avait l'impression qu'on lui déchirait les entrailles. Et pas d'une façon plaisante. Ses reins brûlaient. Elle avait l'impression qu'une chose énorme progressait dans son bas-ventre, écartant les os de son bassin sans ménagement, pour sortir.

« A-Ah ! Putain de b-bordel de m-merde, ça f-fait maaaaljura-t-elle, essayant de s'éloigner de la barre pour gagner la cabine, à quatre pattes sur le pont. J-Jordi... U-Un peu d'a-aide, s'il t-te plaît ? »

Elle essayait de se rappeler ce qu'elle avait lu dans quelques bouquins, sur l'accouchement. Mais les contractions perturbaient le cheminement de ses pensées. La souffrance qui labourait son utérus parvenait presque à la faire se jurer de ne PLUS JAMAIS coucher avec un homme. Presque... Parce que, quand même, hein. Et son compagnon, sans doute surpris, qui l'observait, lui fit lâcher une bordée de jurons pas forcément adaptée à une dame. Mais, putain de bordel de merde de sa race, elle était en train d'accoucher, elle avait bien le droit d'être un peu vulgaire, non ?

« Bordel, bordel, bordel... On n'a p-pas de... De m-morphine ou de.. De... D-drogues, ou d'al-alcool ? JORDI ! I-Il m-me faut un truc... Fort. V-Vite. »

A votre avis c’est quoi l’espérance de vie d’une femme accouchant sur un voilier au milieu d’un océan radioactif avec pour l’assister un type qui s’y connaît autant en obstétrique qu’un mercenaire moldave en chant grégorien du IXème siècle en Austrasie… pas gagné je confirme ! Pour l’instant Jordi peaufine ses connaissances en insultes et injures en tout genre. Un cours accéléré professé par la belle rousse, visiblement très inspirée par sa situation actuelle.

 

Un rapide état des lieux lui permet de sortir un couteau de cuisine à peu près bien aiguisé qui devrait pouvoir servir pour couper le cordon, une épisiotomie à l’arrache voire un extraction du niard façon boucherie si ça tourne au vinaigre. Pour le reste, voilà une boutanche de Whisky qui pourra servir de désinfectant mais en attendant, il porte le goulot aux lèvres de la jeune femme qui s’enfile une bonne rasade entre deux jurons, puis c’est son tour de se donner du coeur au ventre.

 

Vu le niveau sonore, elle doit avoir mal. On pourrait même dire qu’elle en chie grave sa mère. Il va bien falloir la déshabiller un peu parce qu’accoucher toute habillée ça ne doit pas être une méthode validée par les instance internationale. Mais vu comment elle se débat, c’est un coup à se faire assommer par un coup de pied. Alors il se souvient et attrapant quelques feuilles de coca, il les lui fourre dans la bouche. La mastication devrait l’empêcher de brailler et les effets auront peut être une chance de la calmer un peu.

 

Leçon numéro1 : ne jamais mettre ses doigts dans la bouche d’une femme en train d’accoucher.

 

C’est un peu comme vouloir enlever son os à un pitbull nourri au yaourt pendant 15 jours. Heureusement, la puissance de la mâchoire féminine n’égale pas celle du molosse, mais ça douille quand même. Il lit dans ses grands yeux un mélange de rage et d’imploration pour qu’il mette fin à cette douleur qui la tenaille.

 

« Va falloir que je te désape le bas pour que… »

 

Bon il lit dans son regard qu’elle n’en a rien à foutre. N’importe quoi du moment qu’on la débarrasse de cette chose qui lui bourre l’intérieur du ventre.

 

Alors là j’en vois plus d’un qui a les yeux qui brillent. C’est sûr que dans l’absolu, se retrouver à quatre-pattes entre les jambes dénudées de la rouquine a de quoi allumer le feu dans les reins de bien des hommes, et même de certaines femmes… oui mais là, comment dire, le glamour a du plomb dans l’aile ; ou plutôt un mélange visqueux de sang, de liquide amniotique et sans doute aussi d’urine… et le mont de Venus de la belle a des allures de chemin de dames en 1917. Autant dire qu’on n’a pas vraiment envie d’y foutre les pieds ou quoique ce soit d’autre. Mais un peu comme les poilus de l’époque, Jordi ce sent investi d’un devoir sacré. Ce n’est pas l’Alsace et la Lorraine qu’il va falloir délivrer mais c’est tout comme. Haut les coeurs soldat ! Casque sur la tête, baïonnette au canon et va donc affronter les rafales d’insultes, les shrapnels d’ongles qui te griffent le visage et les explosions de ses mains qui te broient les tiennes et te tirent les cheveux… une dernière rasade de Whisky !

 

Jetons un voile pudique sur la scène qui s’en suit. Car ce qui se passera sur ce voilier doit rester sur ce putain de voilier...