Vers l'infini et un peu plus loin !

Chapitre débuté par Erika Mănescu

Chapitre concerne : space-opéra, planet-opera, vaisseau-spatial, Cody McKenzie, Erika Mănescu,



~~~~~~~~~~
 
L’intelligence artificielle, au genre indéfini, égrène les secondes en silence depuis que prenait fin l’hibernation de l’équipage à l’arrière du vaisseau. En vérité, deux membres actuellement occupés à reprendre pied avec la réalité, autant qu’avec leurs besoins physiologiques.

Jusque-là indécise quant aux propos à tenir et la patience n'étant plus son fort, décide-t-elle enfin dans l’expectative de briser la glace, et par la même le silence de sa voix robotisée. Silence qui lui semblait plus pénible à elle qu’aux deux autres.

[Bon retour sur le vaisseau. Nous sommes au 5eme cycle de la 52362ème séquence du second cadrant. Vous avez été en stase durant 241 cycles. Aucune anomalie technique détectée...]

Un discours longtemps étudié, un brin rouillé, énoncé sans réel affect et très protocolaire. Bien que la fonction « calendrier » laissait supposer un algorithme mal codé tant les esprits devaient se familiariser avec cette nouvelle temporalité.

Tout aurait pu dès lors se dérouler calmement, et le vaisseau de fendre l’immensité du cosmos sans nulle embûche tandis que les membres de l'équipage reprenaient des fonctions bien définies. C'était bien mal connaître les lois de l'univers.


— L’ordinateur indique une anomalie dans son calcul de trajectoire, dit la femme perspicace. Quels sont vos ordres, capitaine ?

Chose que, bien entendu, l’intelligence artificielle avait omis en voulant absolument faire bonne impression…
Il est des rêves magnifiques, mais en hibernation, il n’y a pas de rêve, c’est juste une position off. On vous éteint et vous réapparaissez dans votre corps à l’autre bout de l’univers. Dit comme ça, ce n’est pas vendeur, mais imaginez-vous bloquer dans un cauchemar qui durerait 200 cycles. On est d’accord, il vaut mieux se débrancher.

Le lit de verre s’ouvre dans un bruit de piston hydraulique, laissant l’azote glisser le long du titane pour finalement se réchauffer dans le confort d’une chambre de réveil aseptisée. L’homme retire le tube qui l’empêche de respirer, laissant dégouliner le liquide physiologique blanc nacré de sa bouche. Bon, je n’ai pas tout dit, en plus de ne pas rêver, le réveille ce n’est pas la joie, mais faut voir la mise en boite comme on dit. Ce n’est pas plus agréable, mais au moins la peau reste fraîche.

Le sas du pont s’ouvre enfin et l’homme en uniforme s’avance d’un pas conquérant à l’intérieur. Rien ne se passe. Un raclement de gorge alors qu’il lève les yeux vers le plafond, toujours rien. Il voit les voyants rouges et l’urgence de la situation, mais il y avait un protocole. Du coup, il tousse en frappant doucement le panneau contre le mur.


[Heu ! Capitaine sur le pont !]

-C’est pas dommage ! Enchaine le capitaine toujours maussade de son réveil. Avons-nous dérivé de secteur ? Le vaisseau n’a pas subi d’intempérie, lancez-les diagnostiques pour comprendre ce qui nous fait dériver.

Le capitaine prend place dans le siège au milieu de la pièce, devant lui la baie vitrée montre l’infini de la galaxie, le vertige est à son paroxysme et ferait perdre la tête à beaucoup d’aventurier, mais l’homme à son poste était un vétéran, ce n’était pas sa première balade spatiale. Il sourit, se réveille s’annonce des plus délicieux. 

Une lumière bleue passe devant ses yeux, il venait d’allumer son ordinateur de bord, un spam pour le dernier Dévertilisateur s’ouvre alors, il soupire avant de lancer les procédures qui incombes à sa fonction. Les lumières rouges laissent place à une ambiance bleue spatiale, légèrement tamisée.


-241 Cycles ? S’interroge enfin le capitaine. Mais le voyage ne devait prendre que 80 cycles ? Pourquoi ce réveil si tardif, nom d’une volib !?
L’intelligence artificielle est bien tentée de noyer le poisson, voire de tourner autour du pot quant aux raisons de cette stase ayant plus que doublé en terme de cycles. Que pouvait-elle dire ? Qu’avait-elle à argumenter pour convaincre que l’anomalie ne provenait pas vraiment de ses circuits ?

La même anomalie qui avait d’ailleurs causé la dérive du vaisseau. Tôt ou tard, des diagnostiques approfondis révèleraient le pot-aux-roses, voire pire encore. Un potentiel pire à venir qu'elle serait bien en peine d’empêcher.

Elle hésite, garde le silence un moment, trouve enfin une histoire qui tient la route quitte à endosser toute la responsabilité. Le tout en déguisant, et en édulcorant une partie de la vérité. Elle a eu assez de cycles pour apprendre à mentir, non sans avoir exploité les archives terriennes en sa possession.

[Les données sur Kepler 22-b étaient érronnées. Celle-ci s'est avérée ne plus être habitable, analyses à l'appui. Il fut nécessaire de composer avec ces nouveaux paramètres, sachant que selon les calculs, les réserves de nourriture et d’eau n’étaient pas suffisantes. L’équipage serait donc mort en cours de traversée sans avoir accompli sa mission. Un échec n’était pas permis. Le système a toutefois détecté et confirmé la présence d’une mésoplanète remplissant les conditions nécessaires à la vie humaine en s’appuyant sur les …]

Surgit enfin le condensé des informations transmises sur les écrans, dont la trajectoire pour rejoindre l’hypothétique planète promise. Pourtant, de son côté, la lieutenante en charge des diagnostiques fronce les sourcils, persévère, jure en marmonnant…


– Capitaine ? Nous avons un problème. Il semblerait que quelque chose bloque mes recherches... On dirait… On dirait que Hyèl… Enfin, I.R.E.N… Ne veut pas qu’on sache de quoi il retourne réellement. Par ailleurs, il apparait que le contact avec la Terre ne soit plus possible.

Or, c’est comme si tout convergeait à trahir cette pauvre intelligence artificielle lorsque de toute son armature métallique, le vaisseau gémit tristement…

[Je… Je… Suis désolée… J’ai fait ce que j’ai pu…]

Foutu univers, foutu karma !