Vers l'infini et l'océan !

Chapitre débuté par Notorious T.H.I.N.

Chapitre concerne : chapiteau, umbertopiazzola, ChapiChapo, Notorious T.H.I.N.,

Les deux comparses ne s'étaient plus vus depuis maintenant deux ans. Malgré une entrevue brève lors d'une crise de zombinite aigue il y a de cela quelques mois, le duo de choc légendaire, imbattable, indécrotable et anti-adhésif Umber-Noto (appelé Über-Noto par les intimes) était réuni.
Fini les tours de manège à Aqualand, maintenant voici de la vraie aventure avec du SANG, du SEXE, du COMBAT et de la NOURRITURE ITALIENNE dans l'océan fractalien.
Dès qu'il fut à bord, Notorious se précipita dans les bras de son ami.


"Bha alors vieux croutons ? On a pris du muscle à ce que je vois ? T'es prêt pour ce petit tour ? D'ailleurs je sais toujours pas pourquoi on est là mais j'ai eu vent qu'une sorcière maléfique à 4 seins résidait dans ces eaux. Elle peut controler les marins à des centaines de mètres de distance et leur faire accomplir des actes inavouables et inoubliables. On essaie ?"
Umberto se relevait péniblement, les lombaires douloureux. Le bateau venait de heurter des branchages sur la côte et avait rebondi contre eux.

"Puta madre..."

Ils n'avaient pas vraiment cherché à accoster, à vrai dire. Il se croyait en pleine mer. Mais depuis que les derniers éléments jeunes de son équipage avaient levé le camp, il n'y avait plus que des croulants sur le pont. Pas ce qu'il y a de plus commode. Ils avaient sans doute perdu le cap depuis quelques jours.
Mais le plus étonnant restait cette voix qui semblait répéter son nom. "Umbertoooo ! Umbertoooo !". Une voix jeune, tonique. Invraisemblable, alors qu'ils étaient perdus en haute m... Ah non, pas en haute mer. Il y avait peut-être quelqu'un dans le secteur, alors. Il pouvait y avoir...
Le vieux rital vit alors la silhouette de Notorious se hisser par-dessus le bastingage, sans être trop perturbé par les manoeuvres de son équipage qui s'efforçait de les éloigner du bord. Avec sa vue de taupe, il peinait souvent à reconnaître les gens. Mais son vieux compagnon de galère, celui qui l'avait sauvé du naufrage, et avec qui il avait refondé une nouvelle communauté après l'incendie de l'EHPAD, il ne l'oublierait pas. Bordel de merde, ça remontait déjà à tellement de temps...

"Mais qu'est-ce que tu fiches dans les parades, giovanno ? Eh, ça fait bien plaisir, te lo dico ! Et... Je... Oui... Alors non, on va te décevoir, il n'y a pas de sorbettière à bord. Ici, les menus, c'est plutôt poisson, comme à l'époque ! Avant-hier, on a levé un mérou avec seulement trois yeux, sans doute ce qu'on a trouvé de plus comestible depuis un moment. On..."

Beaucoup de gens s'énervaient, ne comprenaient rien ou le prenaient pour un cinglé quand Umberto parlait. Mais Notorious avait suffisamment cohabité avec lui pour avoir pris l'habitude de sa feuille en rideau, et répéta. Plus fort, plus lentement, avec des mots simples.

"Ah non, pas de sorcière non plus, non... On a bien croisé quelqu'un qui pouvait y ressembler, l'autre jour, mais je crois que c'était plutôt une clodo. Ou un chien errant, c'est selon. Jamais facile de faire la différence. Ou alors les gens te parlaient de Josiane, eh ? Depuis le temps qu'on zone dans le coin, il y a peut-être la rumeur qui a commencé à courrir ! En plus, avec son galuron, elle en a presque l'allure"

Il tapota sur le rebord du chapeau de sa vieille matelote, en riant sous sa moustache.

"T'entends ça, ma vieille ? T'es peut-être célèbre ! Après, mon vieux Noto, pour ce qui est de la galipette, tu sais, c'est plus bien de notre âge. Pas qu'on aime plus ça, mais déjà qu'on manque de se déboîter une hanche à chaque pas, c'est plus bien pour nous. Et puis moi, sans ma Paulette, hein... Mais toi, tu t'es pas trouvé une petite DJ en chemin, histoire de pas perdre l'habitude ?"

En prononçant ces mots, son sourire disparut. Il tapota du doigt sur sa boussole, releva devant lui une carte tâchée et trouvée, essuya ses lunettes. Sans être certain que ça serve à quelque chose.

"D'ailleurs, en parlant de se perdre... T'aurais pas une idée d'où on est ?"

 
Pendant que les deux compères déblatéraient tout à la joie de leurs retrouvailles, non loin de là dans le désert, un homme traqué essayait de sauver sa vie.

KALASH EMBARQUE :

Cela faisait déjà quelques lunes qu'ils me poursuivaient, je pensais les avoir semé mais en me retournant, la dernière fois, j'avais aperçu une silhouette. Pas de doute, ils étaient toujours là.
La situation  devenait critique, je n'avais quasiment plus d'eau et dans ce putain de désert, sans eau tu vas pas loin. Surtout avec une meute de charognards cannibales à tes trousses, ah si seulement je pouvais avoir un AK47 avec quelques chargeurs, je t’en ferais de la bouillie bien sanglante de cette bande de trouduc ! Mais voilà, j’avais que dalle…
Malgré mon optimisme habituel, je commençais à douter, il y avait de grandes chances que je crève ici. Mon p’tit Kalash il va falloir mourir dignement, et en zigouiller un ou deux avant d’y passer...
Et c'est là que je le vis. Il était beau, il était grand et surtout il naviguait près de la côte !

J'analysais rapidement la situation, s'il continu dans la même direction, il va bientôt passer sous le pont...Bon dieu, il faut que je me magne !! Je rassemble donc les forces qu'il me reste et accélère le pas jusqu'au pont. Lorsque j'y arrive enfin, le bateau est presque dessous, je jette un dernier regard en arrière et vois au loin un homme qui essaie de se cacher.
 
"C'est ça, cache toi sale batard !! Moi je me casse."
 
Et je saute du pont... Je m'étais imaginé atterrissant sur le bateau en souplesse, avec une roulade pour amortir la chute et me relevant d'un bond pour me remettre sur mes pieds, mais il en fut tout autrement. Nous n'étions pas dans un film américain comme j'en avais vu avant tout ça et puis je ne suis pas Chuck Norris. La hauteur du pont était supérieure à mon estimation, alors j'essayais de ralentir ma chute en m'agrippant au mât, mais une corde me brula les mains et je fus obligé de lâcher. Mon pied s’accrocha à quelque chose, ce qui me fit basculer la tête vers le bas, sûr que c’est une chute bien maitrisée ça !
L'atterrissage ne fut pas mieux, mon épaule toucha en premier le pont du bateau et se pris le reste de mon corps sur la tronche, bref je m'affalais comme une grosse merde...
J'étais allongé sur le bois rugueux, ne sentant plus mes jambes, j'avais l'impression de m'être cassé au moins la moitié des vertèbres, quand un homme portant un béret entra dans mon champ de vision. Il me parla avec un accent rital à couper au couteau, la tête me tournait, mes oreilles bourdonnaient et je ne comprenais rien à ce qu'il me disait. J'essayais de parler, mais ma langue avait la taille d'un steak de 500 grammes et je ne pus faire que quelques gargouillis.
Je voyais le rital qui parlait à d’autres personnes et essayait de comprendre ce qui avait pu se passer, il plissait les yeux derrière ses culs de bouteilles en espérant ainsi qu’il me verrait mieux surement. Il n’avait pas l’air de toute première jeunesse le bougre, il avait même plutôt l’air d’un vieux débris, mais il avait au moins compris un truc c’est que j’avais une soif d’enfer et il me tendit alors une gourde d'eau. J'en bu quelques rasades et cela eu pour effet de désenfler un peu ma langue, cette fois j'arriverai peut être à émettre quelque chose d'audible.

 
"Vous auriez pas un peu de coke ?" fut tout ce je pus articuler avant de tomber dans les pommes...
 
Qu'est-ce que c'est ? C'est un avion ? C'est un oiseau ? Non ! C'est...

Putain mais oui, vraiment, qu'est-ce que c'est ?

Une ombre était passée devant le soleil. Et même en étant tout à la fois gâteux et bigleux, Umberto avait bien noté qu'il faisait beau depuis un moment, qu'il n'y avait pas un nuage à l'horizon. Alors c'était quoi, cette ombre, qui av...

BROM

Le gugusse s'était écrasé aussi peu lourdement qu'il avait pu sur le pont du navire. Il avait sauté du pont. Pas celui du navire, celui au-dessus. Suivez, un peu. Ah, oui. Le bateau venait de passer sous un pont. Voilà, c'est dit. Drôle d'oiseau, donc, qui était passé d'un pont à l'autre. Il avait fallu que le reste de son équipage, Notorious compris, soit aussi surpris que lui pour qu'il ne se dise pas qu'il s'agissait simplement du passage d'une mouette un peu malade au-dessus de leur frêle esquif.

"Ma che cos'è questo... T'es qui, bonhomme ?"

Plissant les yeux derrière ses culs de bouteille, le fier capitaine espérait bien regarder dans sa direction.

"Un pote à toi Noto ? A peine de retour à bord qu'on ramasse un' nuovo babbeo ! Ah l'aventure, c'est l'aventure, hein, on ne compte plus les rencontres. Je vous ai déjà raconté de quand j'avais rencontré ma Paulette ? C'était en Sicile, j'étais en pleine tournée. Je venais de donner son courrier au vieux père Matteo. Il avait sa maison en haut de l'allée des oliviers, et... Euh... Oui, pardon. Alors c'est qui, lui ? Jeannot ? Josiane ? Vous le reconnaissez ?"

Pas de réponse. Mais il avait l'air bien sonné. Et sur le point de dégueuler. Le vertige, peut-être ? Non, bah non, c'était une histoire réglée, ça, il était en bas, maintenant. Le mal de mer ? Non, quand même pas déjà, il venait de s'écraser sur le pont il y a un instant. Et puis, il était chez les loups de mer, ici. On n'a pas le mal de mer, chez les loups de mer. Chez les loups de terre, éventuellement, ou à la limite chez les loups d'entre deux eaux, genre vous savez, des ptits bocages, ou des marais salants. Là où qu'on a les deux. Mais chez eux, qui étaient en mer depuis plus d'un an, pas de mal de mer, oh non. La gastro, tout au plus. Mais il y avait longtemps qu'Umberto n'était plus fichu de savoir s'il était vraiment malade ou si c'était son grand âge qui... Hum...

Même en pensée, le rital tend à perdre le fil. Mais le ptit nouveau était bien là, et pas dans son assiette. Une crise de manque, oui, c'est certainement ça !

Il alla chercher dans les gros sacs de chanvre qu'ils gardaient, et lui ramena un peu de blanche. C'était pas grand chose, mais lui, ça le maintenait éveillé depuis un moment. Depuis qu'il n'avait plus son alcool de prune, en fait. Il en faisait, à l'époque, avec le vieux Sandro. Il se rappelle d'une fois, d'ailleurs, à l'époque, où tout son stock avait été pillé par l'esprit malin de la Sicile, Il Polpettone. Mais désormais, il Polpettone était mort, depuis le fameux double exorcisme. Du moins l'aurait-on su, si les camarades du vieux rital daignaient répondre à ses tentatives romanesques. Mais l'histoire est restée en plan. Enfin bref. Il s'égare encore, le Umberto, et en plus, il brise le quatrième mur. C'est moche. Et ce nouvel oiseau, on pouvait être sûr que ce n'était pas Il Polpettone, lui. Juste un homme à la mer, remonté à bord par des moyens peu conventionnels.

A peine sa dose dans le pif que le gugusse se relève d'un bond.

"Kalash ! Moi c'est Kalash."

Allons bon. Un ruskof. Ils avaient été du même côté, pendant la grande guerre ? Foutue mémoire, Umberto n'était plus capable de s'en souvenir. En même temps, lui-même était gosse, à l'époque, alors est-ce que ça compte encore vraiment, ces vieilles histoires...

"Bienvenue à bord, amico", lui lâche le rital. "On va prendre le temps de te remettre sur pied, t'inquiètes donc pas. Nous, on va... Euh... Par là. Je crois. Noto, c'est bien par là, hein ? Mais comment veux-tu que je le sache, je vois même pas vers où je pointe mon doigt ! Tout à la mémoire, mon vieux. Tout à la mémoire."

Ce qui n'était sans doute pas la meilleure nouvelle de la journée. Mais ils ont quand même taillé un bout de route ensemble. Il y a eu une histoire de cuisinière en fonte, des bricoles de ce genre. Deux ou trois maraudes à droite et à gauche, à la recherche de ces vieux trésors de l'ancien monde recrachés par la marée et le hasard. Quelques semaines à se promener. Le gus était de bonne compagnie, il faisait un bon membre d'équipage. Et puis ça faisait une nouvelle personne avec toute sa santé mentale à qui causer.

Puis il y avait eu la sieste d'Umberto. Une longue sieste, à vrai dire. Mais à son âge, pouvait-on vraiment l'en blâmer ? A son réveil, Kalash avait disparu. Il avait peut-être cru le vieux capitaine cané. Non, il était bien vivant. Par contre, qu'est-ce que ça caillait !

Autour de lui, Josiane faisait du tri dans leurs affaires, tandis que Jeannot Lapassoire épongeait ses dernières fuites. Noto, lui, s'occupait de la voilure. Bon ben... Un membre d'équipage en moins.

"Buon viaggio, amico !", gueula le vieux capitaine par-dessus bord, sans savoir si Kalash pouvait l'entendre, où qu'il soit.

Puis il se retourna vers ceux qui étaient restés. Sans vraiment s'attendre à une réponse.

"Bon, on repart ?"