Brouillard givrant pour un givré brouillé

Chapitre débuté par Jordi

Chapitre concerne : Jordi,

Alors déjà à la base on ne peut pas dire que le monde actuel se la joue jardin d'Eden. Et encore, Jordi n'a pas à se plaindre. Avec Salomé, la rousse volcanique, on peut dire qu'il a trouvé une Eve qui s'est enfilée tout le pommier et a perdu sa feuille de vigne depuis belle lurette. A vrai dire, il ne sait pas encore trop comment gérer leur relation. Depuis ses tribulations en solitaire dans les égouts au milieu des cadavres, des rats et des dégénérés agressifs, il avait un peu perdu le sens du relationnel. Sans doute l'avait il laissé quelque part entre cette mère suprise en train de bouffer son gamin, et cette jeune adolescente si fragile et désespérée qui avait essayer de profiter d'un moment d'innattention pour lui exploser la tronche contre une tuyauterie brulante. Alors forcément, les trucs du genre empathie, tendresse, affectif... c'était devenu un peu abstrait; et la libido, un truc sagement rangé dans le fin fond du subconscient sous une épaisse couche de prudence paranoïaque.

Mais la rouquine avait des sacrés arguments, doublés d'un sacré naturel; et faut croire qu'un accourchement en pleine mer ça forge des liens... surtout quand l'accouchement prend des allures de boucherie. Ce n'était peut être pas le paradis mais ça n'a pas empêché Jordi d'y gagner ses galons de faiseur d'ange.

Mais pourquoi je vous raconte ça moi? Qu'est ce que vous en avez à battre des états d'âmes d'un pauvre connard dont l'espérance de vie est de toute manière aussi grande que celle d'un 7-2 dépareillé à une table de Texas hold'em. Et si je vous raconte que le gus est parti en balade et s'est fait surprendre par une putain de chute de température qui a transformé le paysage en décors de film sur la retraite de russie, vous allez vous dire que ça pu la Bérézina cette histoire.

N'empêche que le pire dans tout ça, c'est que Jordi s'inquiète pour Salomé plus que pour ses couilles... quoique! C'est peut être un peu la même chose finalement. Il ne sait plus où est la belle, mais il lui suffit de jeter un oeil sur l'état de la mer pour se douter que ça ne doit pas être l'idéal pour naviguer. Nul besoin d'avoir un master2 en survie nautique pour se douter que ce genre de contexte nuit gravement à l'espérance de vie d'une donzelle déjà affaiblie par son post-partum. Et ce ne sont pas les derniers messages que sa radio a pu cracher en provenance du Châpiteau qui vont le rassurer.

Alors il attend. Quoi au juste? Il n'en sait rien mais il attend. Un miracle sans doute? Et si c'était ce véhicule qui s'approche justement? On dirait... c'est quoi cet engin? Ca roule encore ces trucs?!
Vous savez quoi? Faut croire que le Jordi est né sous une belle étoile. Ou qu'il a le cul bordé de nouilles... à moins que ça soit encore le Père Lachance qui soit de son côté. Comme la foi où cette zombi qui s'apprêtait à lui bouffer le bras s'est pris les pieds dans un cable électrique. Il n'empêche que voir débarquer une bagnole sortie du milieu du XXème siècle - certes un peu customisée - conduite par une charmante jeune femme aussi volubile qu'un marathonien au 40ème kilomètre qui aurait raté tous les points de ravitaillement, ça reste un poil miraculeux. Mais peu importe! Car dans le cas présent, le ravitaillement c'était elle... enfin ce qu'elle amenait dans son véhicule!  Ne me faites pas dire ce que je n'ai pas écrit!!!
Car sur ce point là, soyons clairs, Jordi n'y préta guère attention. Faut dire que s'il est resté près de la côte au lieu de foncer plein Sud vers le ravitaillement, c'est parce qu'il est devenu con... oui! Parfaitement! Con ou suicidaire mais c'est tout comme. Tout laisse à croire que sa belle rousse a fini congelée quelque part au large sur son voilier. Qu'a-t il a gagner à attendre ici ?  L'amour?! La belle affaire!! Et pourquoi pas un boulet au pied, une corde au cou ou une grenade dégoupillée accrochée aux couilles. Mais alors qu'est ce qui le retient bordel! Son cul? Certes, elle a bien beau, et pas que ça d'ailleurs...oui ses yeux aussi mais pas que... mais bon! Il a vécu sans jusque là et... merde!

En fait, ce qui le retient c'est que quand il est avec elle, il a parfois l'impression de retrouver un peu du monde d'avant. Rappelez vous! Quand vous pouviez croiser quelqu'un sans vous demander s'il vient vous tuer, vous voler ou vous bouffer. Quelqu'un avec qui le mot "bonjour" peut espérer être plus qu'une simple politesse désuète. Parce que si vous prenez la femme qui vient d'arriver et de balancer son colis par terre depuis sa fenêtre; elle a certe le minois agréable, mais il n'empêche que Jordi n'a pu s'empêcher de porter la main à sa hâche dès fois que... et parce que son flingue est resté trop loin. Et s'il ne la lache pas des yeux, ce n'est par pour se noyer dans ce bleu envoutant mais bien pour s'assurer que nul coup fourré ne se prépare.

C'est à ce moment qu'un étrange bruit se fait entendre. "Foutre burne! Une attaque à revers!" sera sa première pensée alors qu'il dégaine sa hâche sans trop d'espoir. Mais ce n'est qu'un voilier qui vient de s'échouer et dont s'extrait difficilement une forme ou plutôt faudrait il écrire les formes - et quelles formes !! - d'une rousse incendiaire titubante de fatigue et les traits tirés par la douleur.

Mince! Ca fait trop de chance d'un coup. Dame fortune s'est chiée dessus... ou plutôt sur Jordi en l'occurence. Et sans doute aussi sur Salomé quoique si Jordi se rappelle bien, elle n'a peut être pas eu besoin de Dame Fortune pour ça. Mais laissons tomber un voile pudique sur ces incidents gastriques. Elle est là. Et à cet instant, Jordi ne se demande plus pourquoi il est resté ici à attendre.
"Prom'nons nous dans les bois
Tant que l'Saint Photon n'y est pas
Si il y était : il nous crâmerait
Comme il n'y est pas : il nous crâm'ra pas

Barnes y es tu?..."


kiss"Mais qu'est ce que tu chantes là Jordi?"kiss

Voilà ce qui arrive quand on est trop en confiance. On s'éloigne pour faire pleurer le colosse contre un arbre et comme ça fait longtemps qu'on se retient, on ressent un intense soulagement; on n'est pas loin de cette petite mort post éjaculatoire, et on s'oublie à chanter des âneries comme si on était seul au monde. Alors forcément on ne l'entend pas arriver et on se retrouve soudain face à cette femme sublime qui vous accompagne depuis un moment déjà et qui en plus vous autorise parfois à grimper son mont de Venus et visiter son anatomie généreuse... et là vous avez l'air malin avec votre zguègue à la main en train de dessiner des arabesques jaunasses dans la neige. Et comme en plus vous avez sursauté sous l'effet de la surprise, vous avez fini votre jet façon défouraillage au Ak47 par un apprenti gangsta : arrosage au jugé. Bon! L'urine est stérile alors on ne peut pas dire que vos mains soient sales, non? Juste que vous avez l'air d'un con devant LA femme!

Alors bon, faut vite mettre popaul au chaud avant qu'il prenne des allures de schtroumpf, et tenter de rétablir la situation tout en essuyant le plus discrètement possible vos mains sur votre pantalon... En matière de rétablissement acrobatique on n'est pas loin de celui du trapéziste qui vient de manquer les mains de son collègue après son salto dans le vide : il faut espérer qu'ils n'aient pas oublié le filet de sécurité.


" Je... non... rien... une comptine... "