La fin d'une ère : Carpaccio des rois du sud

Chapitre débuté par Eiko

Chapitre concerne : La Main, Le Sac, Alex Law, Maison Blonde Comptoir Kira, La Communauté de l'hélice, Eiko,

Il est tard quand la radio grésille sur le vieux meuble de leur cabine. C'est la rousse qui finit par la prendre en main pour mieux capter la fréquence. La voix de Jones Watkin se saccade et offre peu à peu des phrases complètes et sans coupures.

"Chris Barnes est mort."
Fin de citation.

Il ne faut pas une éternité pour que la rouquine demande un peu plus de détails sur sa subite et tant attendue fin.
Ce n'est pas une victoire totale mais cela s'en rapproche. Et cela fait maintenant bien trop longtemps qu'ils sont en attente d'une bonne nouvelle.

L'annonce est partagée au sein de leur groupement de rafiots et la fête bat son plein à peine quelques minutes plus tard.
Faut dire qu'ils ont bien chargé le vapeur avant de partir, histoire de garder la foi, le moral et tout ce qui va avec. Manquerait juste les filles offreuses de leur corps pour s'ajouter à la fête.
Faut dire que les peu présentes n'ont rien de très attirants avec la bave aux lèvres, limite la bulle de morve au nez.

Une lueur d'espoir pour le reste du groupe, bien plus qu'une demie victoire pour Eiko. Plus de fanatique pour brouiller les esprits. Peut-être une négociation possible par la suite, qui sait.

Mais pour le moment, c'est le temps de la fête et de rien d'autre.
La chaleur de l'été, la drogue et l'alcool... Tout ça se mélange et les enivre.
Les corps dansent sous une musique sans doute trop forte pour jouer les discrets au milieu des océans.

Une joie trop intense, une folie sans égale. Et c'est à ce moment que tout bascule pour la rousse du sud, entraînant dans sa chute son brun et chef depuis plus d'une centaine de lunes...
Ils dansent.
Ils ont bu comme des trous à l'annonce de la mort de Chris Barnes.

Putain, quelle ne fut pas leur surprise quand ils les virent au loin, à l'horizon, leur amas de voiliers...
ils avaient avancé le plus près possible de leur position... les moteurs du vapeur s'étaient éteint, usés comme souvent. Cela leur avait permis d'arriver en silence non loin de ceux qu'ils chassaient. Ces derniers semblaient dormir du sommeil de l'injuste alors que la lune se levait et que la tempête infernale qui changeait le paysage régulièrement était passée.

Ils ne pouvaient pas les attraper.
Alors ils avaient décidé de les défier.
La Maison Blonde - Comptoir Kira...
Un agrégat de structures flottantes arrimés au fond de la mer on ne sait comment, ou seulement lestées... 5ème comptoir de suite qu'ils fondaient en 5 lunes... Juste au sud de la position des traitres, une lieue à peine.

Il les avait vu se réveiller, alors que le piège à eau, le hangar rudimentaire pour accueillir leurs bateaux était déjà construit... Même les algues médicinales commençaient à pousser.

La panique.
L'affolement.

Puis la fuite...
Ils étaient partis si vite qu'ils n'avaient pas vu où...
Il espérait le nord, le plus loin possible d'eux...
Surtout pas le Sud qui les rendait intouchables, puisqu'il n'avait aucune intention de rebrousser chemin.
La paix devait d'étendre vers le Nord.
Le Grand-Huit, leur expédition, poursuivait cet objectif... Un comptoir par lune. Dans 4 lunes à peine ils construiront le comptoir qui portera son nom.
Celui qui serait installé à portée de vue de The Outpost, capitale du Nord.
Première étape du réseau qu'il avait imaginé. Il prévoyait de contourner ensuite le continent Nord par l'Est, puis revenir par l'ouest et s'enfoncer entre le Sud et la péninsule qui abritait le Chapiteau, pour relier cette cité à son tour.
Ces terres silencieuses devaient bien receler de la vie.
Ils finiraient par rejoindre le Sac, en contournant le continent sud par l'Est.
Il savait.
Il savait qu'un jour, tous ces comptoirs équipés des installations minimales de survie seraient habités... et que le monde, ensuite, pourrait se repeupler, revivre, se partager les richesses des civilisations perdues.

Il danse, regardant sa rousse, sur le ponton, se dandiner, essayer de lui attraper les mains, pour l'entrainer vers elle. Il a le micro de sa radio près de la bouche, il vient de l'allumer, envie de se foutre de la gueule des révolutionnaires, il braille n'importe quoi, défoncé, ivre comme tout le monde. " OUAIS ! PUTAIN ! IL EST MORT ! "
Il se marre, rit avec elle, rit de cette immense joie ressentie à l'annonce de l'exploit de Jones Watkins ! La justice est plus forte que ce Saint Photon de merde !

Un bruit le fait s'arrêter de sourire.
Le bruit du vapeur qui redémarre... une sorte d'entretien, qu'il a demandé à Chris, celui qui le monde connait sous le surnom du "Souffle du Mal"... il n'a jamais compris d'où il venait. Il était arrivé avec Amon, il y a des années et devenu, au fil des lunes, l'un des plus importants personnages du Sud... Et un nom, à la con...

Il a démarré le vapeur.
Merde !
Ils sont sur le ponton.
Déconcentré par le bruit, il se laisse attraper par sa rousse, il ne retient rien quand elle l'entraine vers lui. Il ne peut rien changer, quand ils tombent, en arrière, dans l'eau, le bordel ambiant, la musique à fond... Au départ, il se marre, plongeant son regard dans le sien, quand elle sort la tête de l'eau.

Mais les pales des hélices se sont mises à fouetter l'eau, provoquant un tourbillon impossible à réfréner... Il l'attrape par les poignets, elle rit encore, lui, plus du tout.
Il voit la pale lui découper l'arrière de la tête, elle vient de se faire scalper.
Ses yeux sombres s'éteignent instantanément.

Il a eu le temps de pleurer.
Il a eu le temps de hurler.
Pourtant, tout n'a duré qu'un instant.
Un coup de rein, comme s'il la baisait.
Un coup de bassin.

Tel un poisson suicidaire, il fonce en avant ne pouvant imaginer un monde sans elle...
Ils se mélangent encore, alors que l'hélice les découpe et qu'à son tour, il meurt instantanément.