Copain comme cochons

Chapitre débuté par Jelani Mipira

Chapitre concerne : USSR Division Motörhead, Gueule de truie, Rōningrad, USSR - La Plume rouge, Jelani Mipira,

Ce texte vaut 2 bières !
La chasse au poulpe était terminée. Celle à la famille des adorateurs du dieu de la mort, pas encore achevée. Entre ces deux évènements, il restait un homme étrange, accompagné d'un servant docile. Les rumeurs les plus folles couraient sur lui; et l'USSR avait décidé d'en avoir le cœur net. Jelani n'avait pas faibli, quand il avait fallu battre le fer chaud sur la tronche de la pieuvre spatiale. Il s'apprêtait à faire abattre l'homme; simple principe de précaution. Mais une petite voix dans sa tête, une lueur d'humanité, une larme d'espoir, peut-être, venait de naitre. Après quelques échanges radios, après lui avoir démontré ce qu'il advenait de ceux qui refusait la reddition, il sentit vaciller l'âme fervente de son interlocuteur. 

Il lui laissa quelques heures pour réfléchir à son sort. Tout son avenir dépendrait des prochains mots qui sortirait de sa bouche. Il y avait fort à faire, sur le campement, et la Plume n'était jamais inactive; de l'aube au couchant, un tour de cadran et puis s'en iront. Alors que la nuit était profonde, et que Jelani montait la garde, admirant l'étendue du ciel aux millions d'étoiles, un bruit attira son attention. Une ombre, à l'horizon. Un toussotement. Il arrivait. 

Le black resta à son poste, ne le quittant plus des yeux, lui, la petite tache sombre qui grossissait péniblement; sa démarche laborieuse, son avancée pesante, comme à reculons. L'homme était-il bête, ou la bête était-elle homme ? Jusqu'ici obscurité, il se faisait petit à petit silhouette, puis couleurs, et enfin, masque à gaz. Le voila, ce terrible museau de manitou de la mort, ce charron d'enfer, palefrenier de la faucheuse, éradicateur de la vie ? Il ne paraissait pas si terrible, d'ici. Pourtant, le daimyo chercha instinctivement la hache qu'il portait à la ceinture.

Jelani le laissa s'approcher, sans aller à sa rencontre. Il ne l'humilierait pas, c'est certain; mais il ne lui réserverait pas l'accueil que l'on fait aux frères. D'inquisiteur de malheur, le voila prisonnier de guerre. Et les lois de cette dernière autoriseront le "professeur" à mettre fin à son existence à la première ruade. 


"Je suppose que tu acceptes de te rendre, Gueule de Truie ?"
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Pourquoi se battre ? Ce n'était pas la première fois que sa mission est mise en péril. Dans les tunnels, il était arrivé plusieurs fois que les cibles soient assez coriaces pour repousser leur assaut. Bien souvent, c'était l'incompétence de la piétaille aux ordres de Gueule de Truie qui n'avait pas su faire la moitié de ce qu'il fallait. Mais gueule de Truie ne s'était jamais fustigé de ces échecs. Les survivants puants des tunnels finiraient tôt ou tard par rendre l'âme.
Cependant, Gueule de Truie n'avait jamais eu affaire à un problème aussi sérieux. La diaspora l'avait séparé de ses familiers et il était impuissant face à cette épreuve. Une épreuve, oui. Dieu le mettait à l'épreuve. Et de taille.

Il s'était donc rendu. Sans opposer de résistance. Et les avaient suivis.

Le voyage avait duré plusieurs jours et il était bien traité. Quelques rares échanges avec les femmes et les hommes qu'il accompagnait lui apprirent qu'ils se revendiquaient d'un groupe. L'USSR. Gueule de Truie compris alors que l'ouverture des tunnels sur l'ancien monde avait déjà déclenché le pire. L'Homme reproduisait, tel que lui dictait sa nature, le passé. Ainsi que l'avaient enseigné ses Pères, ils reconstruiraient une société. Avec les maux qui l'accompagnent.

Au détour d'une colline, la radio que ses geôliers lui avaient gracieusement laissée, laissé échapper une voix. C'était Laura. Diplomate de l'USSR qui souhaitait s'entretenir avec lui. Il s'engagea alors une conversation.

- Donc pour commencer Monsieur, je suppose que Gueule de Truie n'est qu'un surnom et non votre vrai nom, est-ce que je fais erreur ?

- Gueule de Truie. C'est mon nom. On me l'a donné le jour de mon sacrement. C'est mon nom.
 
- Votre sacrement ? Qui est à l'origine de ce fameux sacrement, et dans quel contexte ?
 
- Les Pères de l'Église. Quand j'étais … enfant. Quand je fus prêt. Prêt pour devenir un inquisiteur. Pour entamer ma mission. La mission de chaque sujet de notre Église. Pour accomplir ... notre mission.
 
- Ok on parle donc d'une époque bien antérieure. Puis-je vous demander quelle est cette mission qu'on vous a confié en tant qu'inquisiteur ? Et quelle est la mission de cette Église ?
 
- Libérer les âmes. Libérer vos âmes. L'Apocalypse c'est déchainé. Parce que notre créateur l'a souhaité. Parce qu'il a tant regretté de nous avoir laissé sur sa terre. Parce qu'il a décidé que notre place n'y était plus. Alors, dans un dernier geste de bonté, il est prêt à juger nos âmes. À faire leur pesée. Mais seul les âmes libérées avant le second flache le pourront. Lorsqu'il déclenchera à nouveau l'Apocalypse. Alors. Les âmes encore sur Terre seront damné. À errer dans les Limbes. À tout jamais. Notre mission. Est de vous ... sauver. De vous sauver de vous-même.
 
- Dois-je comprendre que pour sauver mon âme je dois mourir avant le... second flash ?
 
- Oui.
 
- Je vois. Avez-vous ou avez-vous eu des acolytes sous vos ordres ?
 
- La foi est une révélation. Je n'ai pas eu la chance de convertir l'un de vous depuis notre diaspora. L'esprit de l'Homme est sale depuis qu'il a quitté l'Éden ... Il veut. Survire. Survivre dans son corps malade et souffrant.
 
- Quand a eu lieu cette diaspora ?
 
- Il y a peu. Lorsque les tunnels se sont ouvert. Offrant une porte vers le monde que notre créateur avait débarrassé des Hommes. Et voilà qu'il tente de la conquérir à nouveau ... De la salir.
 
- Avez-vous été en contact avec d'autres personnes de votre Église depuis cette diaspora ?
 
- Non
 
Les questions cessent un instant, la jeune femme semble prendre des notes
 
- Quand est-il de la famille Death et de la créature tentaculaire connu sous le nom de The Thing, quels étaient vos relations avec eux ?
 
- Les ... Deaths ? Je les ai croisés dans les tunnels. Là où l'Homme était encore à sa place. Sous terre. Prêt à se composter ... Mon seul contact avec eux a été lorsqu'ils ont tenté de marchander quelque vivres ... Pour nourrir leurs carcasses. La prison, de leur âmes. Je vous remercie par ailleurs de les avoir libérés de leur existence ... charnelle. Vous me demandez également ce qu'était la Chose. Pour moi ? Voilà une bonne question. N'avez-vous pas vu, à travers le récit de vos camarades, que cette créature était l'avenir ? Une créature qui devait aider le seigneur et ses sujets dans leur tâche ? J'ai vu tout de suite que La Chose était chez elle. Alors, je l'ai accompagné.
 
- Vous n'étiez donc pas leur leader ni de l'un ni de l'autre ?
 
- Non. Seulement des êtres, à qui notre créateur insufflait ses pas.
 
Un nouvel instant de silence.
 
- Hm je vois. Quand j'ai interrogé divers survivants sur votre compte, plusieurs d'entre eux ont prétendu que vous étiez le leader d'une armée de monstres et de pillards. Auriez-vous une idée sur l'origine de ces rumeurs ? Que vous prétendez infondés si je comprends bien ?
 
- Les Hommes ont peur. Les Hommes créent des légendes. Car les Hommes sont trop effrayés par le salut de leur âmes ...
 
- Très bien, je ne vais plus vous déranger très longtemps pour aujourd'hui. Que pouvez-vous me dire sur la personne de Tommy Pez ?
 
- Pauvre Homme il était. Son âme était emprise de son enveloppe. Étriqué par ses manques. Par ses besoins de drogues. J'ai été soulagé d'apprendre son salut. Là-haut, il a certainement été jugé apte au repos éternel ...
Et vous. Laura ? [...] En quoi croyez-vous ?
Croyez-vous que l'Homme n'a pas été damné ?
Et qu'il a encore sa place, entre les marais et les forêts contaminées ?
Qu'il a encore l'avenir pour engendrer de nouveaux soldats ?
De nouvelles proies aux souffrances ?
Qu'il ... n'est pas temps ... d'en finir ?!
 
L'interrogatrice reste un moment silencieuse devant ces questions, une main posée sur son ventre et les sourcils froncés.
 
- Je ne suis pas là pour discuter théologie aujourd'hui, ni pour essayer de vous comprendre ou de vous convaincre que ma vision du monde est meilleur. Le but de cette discussion est juste d'étayer des faits, de réussir à discerner le vrai du faux. Mais il n'est pas impossible que dans un futur proche je revienne vers vous pour approfondir le sujet de vos croyances.
Il me reste une dernière question à vous poser pour cette session.
Combien de personnes avez-vous tué depuis l'ouverture des tunnels ?
 
- Aucune. Que notre seigneur me le pardonne ... Mais ni moi, ni La Chose. Ni Tommy. Aucun d'entre nous n'a eu le temps d'envoyer des âmes égarées devant leur créateur. Seul vos camarades on accomplit cette mission.
Mais nous somme tous ... les sujets de Dieu. Il insuffle sa mission à tous. Que vous ne compreniez ou non.
 
- hm je vois. Je vous remercie pour votre coopération. Je reprendrai bientôt contact avec vous.
 
Laura raccroche sa radio.
 
Le lendemain, la radio de Gueule de Truie se mis à nouveau à émettre, comme celle de Lemmy, qui dirigeait le groupe de marche. Cette fois-ci la communication ne lui était pas directement destiné. Vers la fin de la communication, la voix parla de Gueule de Truie. << [...] On a aussi un prisonnier qui viendra afin que son procès ait lieu ! Les personnes voulant faire partie du Jury peuvent se faire connaître dès maintenant ! (Y aura juste à voter hein, coupable ou innocent, pas difficile comme job !) [...] >>

Un jury ? Quelques souvenirs lui revinrent. Parfois, lorsque ses Pères se réunissaient en conclave, ils devaient choisir de punir, ou de ne pas punir, certains sujets. Les sujets étaient représentés par un des Pères, qui devait représenter l'accusé et faire valoir ses droits. Ainsi que présenter un argumentaire en sa faveur. Afin, les Pères de l'accusation pouvaient rendre un verdict qui semblait juste. Alors que, bien que souvent inéluctable.
 
Quel pétrin, quand même se dit-il. Et peu de jours après, Roningrad apparu à l'horizon.

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Comme les journées étaient longues... Pour un prisonnier en attente du jugement dernier. Pourtant Roningrad fourmillait d'activités. Loin d'être un jardin Feng shui, le campement prenait des allures de bourgade crypto-anarchique, où le pragmatisme d'inspiration soviétique s'épouillait tendrement avec le libre arbitre des habitants des lieux, et de leurs invités. Le travail ne manquait pas, et tout ouvrier dur à la tache y trouvait son compte de sommeil ; l'ouvrage se défaisait dans la nuit, et, heureux Sisyphes modernes, les Samouraïs rivalisaient de cadence pour réparer ce qui s'écroulait, creuser ce qui s'effondrait, chasser ce qui se mangeait... Les trésors des bayous proches leur assuraient une certaine aisance alimentaire ; si toutefois, on exceptait les quelques nuages de moustiques qui, ravageurs, se laissaient porter par le vent d'Ouest pour se repaitre de leurs dernières forces. Le paradis, à un détail ou deux. 

Le captif avait été, bien entendu, mis au travail ; la prison ne dispensait pas de se nourrir ; et les écrevisses flambées au rhum, à défaut de cognac, n'allaient pas s'attraper toute seules. La pension gratuite n'existait pas encore. Au cœur de cet univers, béni par le destin, et transformé par le courage des camarades, la surveillance se faisait parfois plus douce, et l'autonomie plus grande. Un peu trop, au goût de Jelani. Il était grand temps que celui qui purgeait déjà une peine ait au moins la convenance de se laisser condamner. Quelques consignes, chastement ordonnées, et voilà que Martial lui dessinait une estrade, dirigeant les efforts de Kayla et Cornélius. Un concerto de marteaux, de scies, et de quelques insultes, se mêlèrent à l'atmosphère pesante d'un été précoce. Le trio ne ménagea pourtant pas sa peine, tant et si bien qu'en quelques jours, tout était fin prêt, placé perpendiculairement au cabanon initial, pour que, de son toit, le Professeur puisse ainsi contempler la scène. 

Deux jours passèrent encore, le temps que le Conseil des Daimyos Rouge définisse ce que devait être la justice de ce nouveau peuple. Il fallut ensuite distribuer les rôles de cette petite scénette attrayante, après avoir faire appel aux bonnes volontés. Et enfin, il fallait roder le grand spectacle, avant de pouvoir y accueillir leur invité de marque. Sur le podium, cinq zabutons* étaient disposés d'un côté; de l'autre, au milieu d'un tatami, un petit tabouret japonais. A un demi-mètre de lui, une bouteille de vodka, à demi-remplie, et, sur un porte sabre fait maison par un bricoleur du coin, un wakizashi** dans son fourreau. Jelani était prêt ; et tout semblait l'être. 

La soirée tomba rapidement sur la perle du Sud ; l'horizon, une ligne rougeoyante, céda peu à peu sa place à un velours bleu nuit, piqué de milliers d'opales laiteuses, aussi innocentes qu'intouchables. Un crépuscule de roi, pour introniser une justice populaire. La métaphore plut au black, qui se décida à convoquer l'assemblée pour inaugurer l’échafaud ; car s'en était bien un, à sa manière. Les haut-parleurs, qu'un électricien socialiste avait réussi à faire fonctionner, raccordant une éolienne à une batterie de camion, crachèrent quelques essais vocaux, avant que les sons ne se transforment en mots. Rapidement, la foule entoura l’installation nouvelle. Et Jelani, perché sur les tôles du cabanon, panthère d’un livre de la jungle apocalyptique, égraina quelques noms :
 
« Ruscherra »
« Cornelius »
« Sylvain »
« Tarek »

« Martial »
 
Si les appelés auraient pu craindre, en d’autres temps, en d’autres lieux, être jetés en pâture, ils savaient pertinemment ce qui les attendaient. Le professeur les invita à prendre place sur les coussins qui leurs étaient réservés.
 
« Camarades Samourais ! Vous avez devant vous le premier Jury volontaire du nouveau monde. Ils décideront, en leur âme et conscience, du sort des condamnés. Si la justice se doit d’être publique, il est de votre devoir d’y assister. Quoi qu’il arrive, soyez fiers, soyez forts, soyez nobles ; soyez inflexibles ; car du sort de notre avenir radieux, dépend de comment nous appliquerons nos lois. »

Il descendit de son nid et rejoignit, un instant, les curieux rassemblés. Il salua quelques-uns, rassura d’autres, sans s’immobiliser trop longtemps. Il grimpa bien vite sur l’estrade ; cet homme aimait prendre de la hauteur. Sans micro, il dut forcer un peu sa voix pour imposer un semblant de calme aux murmures qui se répandaient comme une trainée après une nuit orgasmique dans les bras de Zoot.

« Camarades Samouraïs ; pour cette séance, j’ai été nommé par le Conseil des Daimyos Rouges pour mener les accusations. Je jure de le faire sans arrière-pensée. Et je crois qu’il est temps de faire venir notre première inculpée. »

Il fit quelques signes à la foule, intimant l’apaisement. Il tonna d’une voie forte et abrupte, de celles qui ne meurent pas au fond d’une gorge, déterminées à écraser toute résistance, frappant du marteau thorien toute oreille peu attentive :

« Laëlithia ! »

Il marqua une courte pause, qu’il savoura, il faut le dire, avec gourmandise.

« Fais venir la première accusée Darianasta. »

*coussins japonais pratiques pour s'assoir en position Seiza sur une surface dure.
** petit katana

Le jour du jugement, premier de cette nouvelle ère avait sonné, enfin.

Voilà bien des lunes que les préparatifs étaient en cours, trop aux yeux de la comptable de la communauté naissante, mais ce n'était pas pour autant qu'elle se serait mouillé à se mêler de l'organisation d'un évènement de cette importance dont découlerait la justice des néo-communistes.

Rester légèrement en retrait, on aurait certainement pu la voir au côté de sa meilleure amie avec une cigarette au bec si elle en avait eu une, mais le monde n'était plus aussi beau et emplie de petits plaisirs que les précédents, il fallait donc se "contenter" de la meilleure amie.

Le discours est accueilli avec un sourire, bien heureuse qu'elle fût de pouvoir assister à cela, jusqu'à ce que son nom tombe,lancer telle une accusation à comparaitre pour un crime odieux. Pour elle, le son qu'elle tente de faire sortir de sa bouche reste mourir au fin fond de sa gorge, inaudible. Seule reste sa bouche entre ouverte, lui donnant un air parfaitement idiot.

Qu'avait-elle pu faire pour mériter un jugement surpris ? C'est le chien qui avait pissé sur la tente de Jelani, pas elle !A moins que ce ne soit pour les trois mures qu'elle avait eues l'impudence de voler dans les réserves dont elle avait la responsabilité ? Cornelius l'aurait vu et balancé ?!

'Même pas drôle !' fut sa première pensée en entendant la suite, tout en sachant pertinemment qu'elle changerait très probablement d'avis d'ici le lendemain matin.

Darianasta donc, la sans visage dont le teint jaunissant était de bien mauvais augure, la réhabilitation par le travail semblait avoir échoué et nulle once d'envie de vivre ne reviendrait habiter ce corps

Le bout de la laisse de corde qui venait s'entourait à la taille de la femme "masquée" récupérée des mains fermes de la soeur Bernadette, Laëli guide la prévenue au pied de l'estrade, murmurant tant pour elle-même que pour l'accusée.

"S'il y a encore un brin de lucidité qui m'entend là-dessous, dis-toi que tu vas entrer dans l'histoire. La première personne à profiter d'un jugement par la nouvelle USSR."

Face à l'estrade, un doigt délicat vient soulever le menton de Darianasta pour qu'elle que son regard puisse faire face à son accusateur.

"Je pense que tu a l'attention de l'accusée."

Ouais, bon, elle avait quand même quelques doutes à ce sujet, mais il fallait bien essayer d'y mettre les formes. Il n'avait qu'à la briefer sur ce qu'elle était censée faire aussi au lieu de lui faire des blagues pourris.

La vieille nonne avait l'air sévère, comme d'habitude. On lui avait confié le rôle pas très enviable de garde-chiourme. Darianasta qu'elle s'appelait. Pas très causante, pas très joyeuse, et passablement mollassonne. Bref, Bernadette n'était pas mécontente de se débarasser de ce boulet.
Elle avait bien tenté de communiquer avec elle, proposant une repentance, comme elle l'avait fait avec Isa, mais là. Même Dieu n'aurait rien pu y faire, un cas désespéré. Mais bon, elle n'était pas jurée, chacun ses problèmes.

Laeli lui prit la corde, et Bernadette se recula, soulagée de lui confier. Elle chercha du regard Jelani. Elle lui tirait son chapeau, être accusateur c'était pas facile surtout pour un homme comme lui, mais il savait être dur quand il le fallait, alors, avant de partir elle adressa un timide signe de croix en direction de l'accusée. Elle en aura besoin.
Ce texte vaut 3 bières !
Dans cet étrange tableau se cache un vieil ours. Enfin, se cache... disons simplement qu'il est parmi la foule rassemblée au pied de l'estrade. Enfin, parmi la foule... D'accord, il est un brin à l'écart mais c'est uniquement parce qu'une migraine des plus carabinées tire à feu nourri sur ses tempes et que chaque son - à commencer par celui de sa propre voix - n'est que surplus de douleur. Autant dire que ce Jelani fait déjà office de tortionnaire, le concernant. Mais bel organe, faut lui reconnaître ça. En tous cas, donc, Clétus est bien là, comme (un) convenu. Ça pourrait sembler anodin mais ça ne l'est pas. Sa présence comme son rôle à jouer sont officiels. Assentiment ou autorisation du Conseil - sorte de cercle restreint pour ce qu'il a pu en comprendre jusqu'ici - des Soleils Rouge et tout le tremblement. Son rôle ? Témoigner, voire commenter en temps réel - s'il le souhaite - sur les ondes publiques ce qu'il va pouvoir observer. Sans aucune censure, lui a-t-on dit. En somme, il est officiellement autorisé à juger ceux qui jugent sur la place publique. Lui, un non-membre de l'USSR, simple survivant parmi d'autres. Et croyez bien qu'il en pèse tous les avantages et inconvénients. Et il en est encore à se demander pourquoi il a ouvert sa gueule au lieu de rester bien planqué au milieu de nulle part...

Mais, au fond, il le sait. Ils sont nombreux à se méfier de l'USSR. Très nombreux. A peu de choses près, tous ceux qui ne sont pas de l'USSR, en fait ! Certains leur accorderaient bien le bénéfice du doute, d'autres préfèrent le concept de "présumés coupables jusqu'à preuve que j'avais raison", mais tous, à leurs façons, se méfient. Et ils ont bien raison ! Du moins, selon Clétus. Un survivant de ce monde-là qui ne se méfierait pas d'un groupe ayant su si vite rassembler autant de membres, un groupe aussi bien organisé, armé, efficace, s'auto-proclamant législateurs, juges et bourreaux, à la puissance si considérable que les possibles contre-pouvoirs à venir semblent rares, voire inexistants... Alors ce survivant-là serait un inconscient. Un fou. Voire un abruti fini. Ça se peut très bien. Et il se pourrait bien que Clétus soit le plus méfiant de tous ! Ce qui, paradoxalement, l'a conduit à être ici et maintenant, au beau milieu de ce dont il est parfaitement sain de se méfier. Et à devoir témoigner. Publiquement. Juger ceux qui jugent. A portée de voix, vue, balles, flèches, poings, pieds, couteaux, cordes de ceux qui jugent...

Finalement, c'est peut-être lui l'abruti fini.

D'autant que rien ne prouve que sa voix, celle d'un inconnu pour la plupart des futurs auditeurs, aura le moindre poids sur la méfiance, ou même la défiance, du survivant moyen. Et son accréditation, tout aussi officielle qu'elle soit, n'y changera sans doute pas grand-chose. Pour le survivant moyen déjà méfiant envers l'USSR, l'autorisation du Conseil des Machins de l'USSR, elle vaut peau d'zob ! Misère... Il faut pourtant bien que quelqu'un s'y colle, non ? C'est ce qu'il se dit, le barbu. Imaginez un peu que ces gens-là soient effectivement le salut de cette nouvelle humanité ? Ou au moins un truc pas trop crade, respectable et digne d'un certain niveau de confiance ? Faut bien quelqu'un pour en témoigner. Faire passer le message. Quelqu'un de neutre. Est-il neutre, le vieil ours ? Ça... Est-ce que quiconque l'est réellement ?! A l'inverse, imaginez que ce soient les pires enfoirés qui soient, l'USSR ? Du genre à maquiller leur tyrannie, leur soif de domination, leurs pires crasses par un joli mascara d'idéologie populaire et des porte-jarretelles de défenseurs des orphelins ? Hmm ? Faudrait bien quelqu'un pour en témoigner et le dénoncer publiquement, non ? Juste avant d'être à son tour rapidement "jugé", vu qu'il est sur place...

Misère... Nous verrons bien. Si son mal de crâne ne l'a pas tué avant le début de cette série de procès, bien entendu.
Martial grillait comme d'habitude une clope en inspectant l'état des bâtiments et chantiers de Roningrad, vérifiant que les ouvriers assignés à ceux-ci respectaient bien les plans qu'il avait établis et l'implantation correcte des lieux. Cette bourgade était son bébé, sa création, et il l'espérait un phare de civilisation et d'organisation urbaine dans ce monde que personne ne reconnaissait. L'estrade ne fut pas bien difficile à ajouter devant le cabanon construit par Ruscherra, simple agrandissement de celle qu'il avait déjà construite à son arrivée, futur plancher du bâtiment principal qu'il comptait bien monter sur son temps libre, quand il en avait entre les dessins des plans, la récupération des matériaux et la préparation de chaque chantier.

Lorsqu'enfin Jelani l'appela, il jeta son mégot sans oublier de l'écraser, il ne faudrait pas qu'il soit la cause d'un incendie, et s'avança pour venir s'installer sur un de ces petits coussins préparés pour l'occasion, pas des plus confortables mais sans doute bien mieux que les planches récupérées sur les bungalows abandonnés dans la forêt, bordant le bayou plus au nord. De sa place, il observa les accusés, les deux Sans-Visages baveux d'abord, ces poids morts dont l'espérance de vie avait été allongée dans l'espoir qu'ils finissent leur transition mais dont l'esprit semblait avoir été annihilé lors de leur arrivée dans le métro, n'ayant jamais exprimé quoique ce soit. Puis son regard se posa sur le plat de résistance, si l'on peut dire, Gueule-de-Truie, le fanatique que tous avaient pu entendre vociférer et hurler de rage face à de simples questions, un homme brisé par ses croyances, mais un homme tout de même, une personne vivante et pensante, bien que sa raison soit des plus vacillantes, mais cela, c'était sans doute le cas d'un certain nombre de survivants de cette contrée.

Il observa ensuite Jelani, juché sur le cabanon, se montrant tel un leader alors qu'il n'était qu'un homme, un beau parleur certe, qui savait attirer l'attention de la foule, c'était peut-être ça qui faisait sa force. L'architecte se perdit alors dans ses pensées, pourquoi s'être désigné volontaire comme juré ? Une idée folle ? Une envie soudaine de paraître devant la foule ? Non, il n'était pas du genre à apprécier être sous le feu des projecteurs, il préférait celui des chantiers. Alors pourquoi ? Il avait bien sûr toujours cru en une certaine forme de justice, bien qu'il ait toujours trouvé les lois de l'ancien monde stupides, conçues pour et par des débiles mentaux qui n'avaient qu'une très vague idée de l'aspect pratique de la vie, de ses contraintes et de ses nécessités, du haut de leur tour d'ivoire où ils résidaient alors, une cuillère d'argent en bouche et un balai dans le fondement.

Son regard retourna finalement sur l'avancée de Darianasta, du moins c'est le nom sous lequel on l'avait présentée lorsqu'il avait rejoint cet endroit avec Maitre Fu et le reste de son groupe, dont faisait alors partie le second accusé. La pauvre chose n'était même plus capable de se nourrir seule, il savait déjà quel serait son sort, et c'était pour le mieux se dit-il, la mort serait sans doute la meilleure chose qui pourrait lui arriver, un décès digne, honorable, celui d'un être humain à part entière. Il attendit alors que les autres jurés prennent place pour qu'enfin cette série de procès commence.
« Darianasta ! »

L'interpellée ne se déroba pas. Pour tout dire, elle ne sourcilla pas. Jelani leva les yeux au ciel. Il s’approcha de la femme, posa une main sur son épaule, et la conduisit au centre de l’estrade. Il était temps de la présenter à la foule.

« Ici devant vous se tient Darianasta, compagnonne d’infortune de l’USSR. Elle n’a jamais voulu rejoindre nos rangs : elle n’avait suffisamment de force vitale pour cela. Non, elle attendait la mort. Nous l’avons recueillie, hébergée, nourrie, protégée. Nous avons tenté de lui apprendre, de lui enseigner, ce que serait le nouveau monde, en rejoignant notre effort collectif. »

Il secoua la tête. Tout en parlant, il tournait autour d’elle. Le regard de cette dernière se perdait entre deux planches, contemplant un clou mal enfoncé. Sa respiration était difficile ; était-ce la peur, ou l’enthousiasme d’une âme trop longtemps prisonnière d’une enveloppe inadaptée ?

« Nous avons fait notre possible, jusqu’à ce jour. Aujourd’hui, il est évident que son corps l’abandonne. Elle n’est plus. Nous devons lui offrir la délivrance. »

Il regarda la future condamnée, droit dans les yeux. Elle avait le teint livide, olivâtre. Maladif.

« Il hors de question que nous laissions un membre pourri corrompre notre unité. Darianasta n’a jamais eu le courage de vivre, et son corps lui fait à présent payer en la condamnant d’une maladie ignoble. Incurable. Inéluctable. »

Il s’adressa alors au juge, les observant avec attention.

 « Mais, si nous lui demandons, elle aura l’audace de mourir, pour préserver l’USSR de l’épidémie. »

Il arrête de tournoyer, comme un requin autour d’un malheureux marin.

« Camarades Juges, en vertu de nos lois, je vous invite à offrir à Darianasta une mort honorable par Seppuku. »
 
Le moment était venu. Sylvain était là a décider avec ses quatre compagnons si les accuser allait devoir mourrir ou non. Ce sentiment n'aidait pas a relacher la pression, tout le monde était là à les fixer et les radios enregistaient. Il ne regraitait pas son choix d'être volontaire. Il ne n'était un sanguinaire et voulait trouver des solutions pacifiques et moins radicles pour les accusés. Il avait cotoyé depuis un moment les membres de l'USSR et même si tout ce passait bien il sentait que des personnes étaient moins "compréhensif" sur les tord (comme partout, durant l'ancien monde). Mais surtout il ne voulait pas une nouvelle situation à la BenBen...

Le blondinet s'installa avec les autres jurés, des places reservées, proche des accusés et des accusateurs. Ils n'allaient rien raté et ce qui aurait été dommage au vu de l'importance de leurs avis pour les 3 individus en attente de verdict.

Le blondinet avait une petite tasse de café a côté de lui. Bon ce café avait déjà servit quelque fois et en faisant attention on pouvait encore avoir un peu de goût. Elle allait lui tenir compagnie durant cette épreuve. Le blondinet pris une bonne lampée avant de rentrer dans son rôle de juré. Il avait "révisé" les lois et les connaissaient pour la plupars. De ce fait il connaissait à l'avance de la sentence requise pour les deux premiers accusés. Le troisième allait surement être plus interessant car l'accro à la caféine ne connaissait pas le bonhomme et il ne semblait pas atteint du mal des deux premiers... Mais on en était pas encore là.

Sylvain regarda Darianasta durant son arrivée et durant l'annonce de Jelani, cherchant un espoir de "réveil" mais ça semblait être en vain. La sentence ne pouvait plus être que la mort...

Le dandy regarda, le visage grave, ses compagnons pour leur indiquer que pour lui Darianasta était bel et bien un "sans-visage" et que son jugement allait donc dans le sens de la loi de l'USSR.
Ruscherra n'est pas un homme facile. C'est un emmerdeur.
Sa principale qualité est d'afficher nettement, et dès la première seconde, qu'il est un emmerdeur.
C'est donc par la peau du cul que Laura le ramène au procès.

Une fois arrivé il observe les jurés. Il essuie ses mains couvertes de camboui à s'occuper de vieux moteurs suffisamment mal en point pour être mortels.
On lui demande s'il faut exécuter une femme dans cet état ? 
Clairement il n'en fait pas grand cas.
S'il doit y avoir débat, il ne sera pas l'avocat de la baveuse.

Ruscherra n'est pas un homme facile.
Enfin.
Sauf pour prendre ce genre de décision.
Il grogne simplement.


On achève bien les ch'vaux.
Le quatrième juré, Cornélius, était resté en retrait jusque là. Trop timide pour prendre la parole publiquement, ni pour assumer un quelconque poste à responsabilité au sein de l'USSR, il avait dû beaucoup réfléchir avant de se déclarer volontaire pour faire partie des jurés. Il préférait passer ses journées à travailler le bois, ou à construire des baraques, que d'envoyer des malheureux aller se faire couper la tête. L'idée d'envoyer quelqu'un à la mort sans lui avoir laissé ses chances de se battre lui donnait envie de gerber. L'idée de tuer un adversaire sans le plaisir du combat lui donnait la nausée. Tout humain a le droit à se défendre, avec des armes sur le champ de bataille, avec des mots lors d'un procès.

Pourtant la première accusée, Darianasta, ne pipait mot. Etait-ce bien une humaine ? On disait que les sans-visages étaient des damnés qui avaient troqué leur figure au diable contre un dédoublement de leur âme. Sans doute dans l'idée de pouvoir faire faire les pires infâmies à l'une, tout en assurant une virginité digne d'un déroulement de tapis rouge vers le paradis à l'autre. Pouah ! ça le débectait encore plus que son aversion pour la guillotine. Rien que pour ça, il lui semblait qu'elle aurait mérité une mort exemplaire, et disuasive à tous ceux qui seraient tentés de choisir la même voie.

Mais Cornélius hésita encore une seconde. L'accusée risquait la mort. Ne méritait-elle donc pas plus qu'une simple réaction viscérale et expéditive ? Il lui fallait d'abord vérifier la rumeur qui courait déjà depuis plusieurs jours dans Roningrad que des sans-visages avaient été capturés. Darianasta relevait-elle de cette catégorie ? Il ne l'avait encore jamais vue de près.

Il se pencha légèrement par dessus l'épaule de Ruscherra, et essaya d'apercevoir la captive. Elle était avachie, tête baissée. Laëli, comprenant l'intention de Cornélius, souleva à nouveau la tête de l'accusée. Malgré la pénombre, au bout de quelques secondes il finit par la voir distinctement et ressentit un frisson d'horreur, comme s'il avait été forcé de traverser l'uncanny valley. Il n'avait plus aucun doute. L'accusée était de plus prise de spasmes et de convulsions, prix de sa damnation.

Cornélius fit une moue de dégoût en se reculant. Sa décision était maintenant prise. Il se tourna vers les autres jurés et fit un geste d'acquiescement de la tête. 


"Pas de doute pour moi non plus. Qu'elle retourne réclamer sa tronche auprès de son maître."

Il était arrivé plus vite qu'il ne l'aurait imaginé, ce jour ou ils seraient appelés à juger leurs pairs.
Il est le dernier à prendre place. A contre cœur.
On n'est jamais très à l'aise de devoir endosser une telle responsabilité, de supporter le poids moral d'envoyer possiblement une personne vers la mort.
Le cas de la jeune femme ne le tiraille pas outre mesure. Il en est certain, il s'agirait même plutôt d'un acte de charité. La vie l'avait quitté il y a longtemps, et de la personne qu'elle avait été autrefois, il ne restait que cette enveloppe corporelle qui l'associait certes, au genre humain.... mais c'était tout.
Dans ses yeux, il n'y avait même plus une lueur folle qui témoignerait d'une sorte de démence, non, dans ses yeux désespérément vides, il n'y lisait plus rien et surtout pas l'envie de vivre.
Sans leur intervention, ses fonctions vitales l'auraient porté encore quelques jours, avant qu'elle ne s'éteigne définitivement.
Ce n'est pourtant pas facile de l'expédier vers le bourreau, et il se contente d'un bref mouvement de tête pour indiquer qu'il se range à l'avis de ses compagnons, ne trouvant probablement pas les mots pour formuler une sentence adéquate.

 

Gueule de Truie était un cas autrement plus complexe.
Un fou de Dieu, d'un genre unique.
Tout simplement fou ? Ou responsable de ses actes ?
Isolé pour le moment mais bien capable de faire des émules.
Et si Tarek s'était proposé, c'est qu'il se croyait capable de ne pas fonctionner à l'affectif, susceptible de distinguer les faits avec raison et non pas avec l'émotion.
Un bien vaste programme....

Ce texte vaut une bière !
Le jury solennel avait pris acte de la demande du Daimyo, aujourd'hui meneur des accusations. Il en fallait un, et c'était lui. Il n'avait eu aucun soucis à demander une peine d'une sévérité absolue; il n'en aurait pas à annoncer officiellement la condamnation validée par les hommes de la tribune. 

"Accusée, quelque chose à dire ?"

Le silence était une douce berceuse qui endormait les plus endurcis. Mais celui-ci ne laissait plus de place au doute. D'un geste, Jelani intima à Laeli de grimper sur l'estrade. Shamash ombrageux, théatral et grandiloquent; il marqua l'arrêt, se replaça, s'inclina légèrement devant les juges, avant de reprendre. 

"Darianasta, ton sort est scellé. Tu peux partir avec les honneurs." Il respirait lentement. "Laelithia, accompagne, je te prie, à son dernier grand acte de contrition. Sois en le digne Kaishakunin."

Le tatami disposé pour le Seppuku n'attendait à présent que de boire le sang qui coulerait du ventre de Darianasta; ou, à défaut, de son cou fraichement tranché. 
Ce texte vaut 4 bières !
Ainsi, les jurés s'étaient ils prononcé dans un jugement expéditif et couru d'avance, nul n'aurait douté un instant de la sentence, la mort.

Une grande inspiration et la samouraï monte à son tour sur l'estrade, donner la mort n'était jamais évident, même un sans visage. Pourtant, pour la première fois, elle aurait à le faire sans la peur au ventre, nul combat pour la survie, mais une simple miséricorde accorder à un individu dont l'âme s'était éteinte si tant elle qu'elle en ait eu une un jour.

Guidant la condamnée jusqu'à son tatami, elle l'invite à s'asseoir comme le voulaient les anciennes traditions avant de lui tendre le wakizashi préalable dégainé et le glisser entre ses doigts qu'elle refermer délicatement sur le manche de l'arme.

Darianasta reste plantée là, immobile sans la moindre réaction alors que Laëli récupère le lourd espadon qui servirait de katana de décapitation aujourd'hui.

Une nouvelle bouffée d'air est prise alors qu'elle se met en position sur le flanc de la sans visage, à distance de lame.


"Il est temps pour toi de choisir si tu veux partir avec honneur ou non."

Aucune réaction, pas même un cillement d'yeux. Un ange passe.

"Enfonce-toi cette lame dans le ventre. Sin..."

Bêtes et disciplinées ces créatures dénuées d'intelligence. La samouraïe n'avait pas eu le temps de finir que déjà, la lame s'enfonçait de plusieurs centimètres dans ses intestins et pour la première fois depuis... Toujours ? Une réaction s'était affichée sur le visage de Darianasta qui se crispait de douleur, incapable d'achever le geste. Une sorte de pseudo-instinct de survie tardif ? Allez savoir.

Sans en attendre plus, la bourrelle du jour et lève sa lame avant de l'abattre d'un coup sec et net, propulsant la tête en avant alors que le corps s'affaisse inerte. La miséricorde était donnée, la tradition était respectée, si l'ont excepté cette tête roulant bien plus loin que prévue.

 
Darianasta !
Le tatouté pouvait être fier de sa petite Rousse. Depuis sa capture dans les égouts, à la traversée du désert, jusqu’à sa cure à Roningrad, Darianasta avait toujours surfé avec la mort.
La rousse à genou devant Laëli  n’était plus la jeune fille frêle trouvée dans les égouts, mais une femme au geste ferme, qui, malgré un wakizashi enfoncé dans le ventre, avait trouvé la force de rester droite et …

Shlackkk !!!

Crao leva les yeux vers Laëli, surpris

Joli coup ma belle !

La coupe était franche. Quel bel outil cet espadon !
S’en suit un court instant de silence, le temps que se finisse le roulé-boulé de la tête rousse sur le planché.


Crao se tourne, vers Noir Virus

Vite…Va chercher un contenant ! Ce sang chaud sera parfait pour nourrir les cultures dans le dispensaire !

 
Ce texte vaut 2 bières !
Le vieil ours, toujours dans son coin, a l'air froid et neutre. L'air seulement ? A voir. Après tout, à cause de la migraine ou non, il a aussi l'air renfrogné. L'air seulement ? Bordel, ça en fait des trucs à déterminer ! Puis, avec tous ces airs, il va finir par s'enrhumer. Enfin, c'est du vent, tout ça... L'important - ou pas -, c'est qu'il estime le temps venu de jouer son rôle. Faut bien débuter. Il attrape donc la radio qui pend à sa ceinture et commence à émettre.

- Ici Clétus. J'assite au procès, à Roningrad, comme prévu. Autant acter ça de suite : dans ce nouveau monde en construction, loin des affres du passé, la peine de mort est d'actualité dans la justice que tente de mettre en place l'USSR. A chacun d'en penser ce qu'il veut mais je continue de me demander ce qu'ils chanteront, exactement, les lendemains. En attendant, je ne jette pas la pierre, j'ai moi-même déjà dû donner la mort. Le cadre était par contre différent. Question de survie. Ici vient d'être jugée et exécutée une certaine Darianasta. Libre à vous de choisir le terme... Sans-visage, zombie, baveuse, coquille vide... comme vous voulez. Ici, la chose me semble considérée comme une maladie du genre contagieuse mais, puisqu'on cause justice, j'estime, pour ma part, que ça reste à prouver. Admettons. Chance lui a été donnée d'exprimer un désir de vivre ou de mettre fin à ses jours d'elle-même... Honnêtement, elle ne me semblait pas en mesure d'exprimer quoi que ce soit. Ce qui me fait me dire que c'est beaucoup de cérémonie pour pas grand-chose... Mais là encore, admettons. A noter que le jury est composé de cinq individus, ce qui reste le gage d'une volonté d'impartialité et peut laisser espérer une réponse moins unanime pour les procès à venir. On pourrait bien sûr reprocher que ce jury soit exclusivement composé de membres de l'USSR... mais j'ai pas souvenir que lors d'un quelconque procès dans un pays X, le jury soit composé de jurés venant d'un pays Y. Je suis pas pro-nation mais considérer que le territoire de l'USSR soit une sorte de pays reste une idée qui se défend.

Celui qui juge ceux qui jugent se fait avocat du diable ? Il semble surtout se faire violence, pour dire le bon ou le mauvais, ce que capte de tout ça l'acier de son regard. Se faire violence, aussi, pour ne pas résumer tout ça en trois mots, ce dont son mal de crâne l'aurait pourtant remercié, à l'instar, sans doute, de certains auditeurs.

- A dire vrai, je suis perplexe. Faut comprendre ce que j'ai sous les yeux. Un estrade créé pour l'occasion, quelques feux pour l'éclairage, des armes et des actes cérémoniels, des petits coussins, chacun à sa place, chacun son rôle, un public... J'ai l'impression d'assister à un spectacle. La justice doit-elle en être un ? Admettons. Mais le cas qui vient d'être jugé s'apparante plus, à mes yeux, à une euthanasie ou une sorte de suicide assisté... Chacun en pense ce qu'il veut mais entre l'intimité d'une chambre d'hôpital et... ça. Il y a un monde. Alors, oui, perplexe. Et... je dois le dire... mal à l'aise.

Il relache le bouton d'émission et remet sa radio à la ceinture. Il lui semble être assez loin de l'estrade pour ne pas déranger ceux qui s'y trouvent mais pas assez pour ne pas être entendu par, à minima, une partie du public. Ce qui lui vaut sans doute quelques regards. Il ne saurait dire s'il s'agit de regards signifiant "c'est pas faux", "chuuuut on regarde le film, NOUS !", "fais pas ta tarlouze", "tu piges rien à la justice samouraï du Bushido Communiste, pauvre merde" ou encore "comment qu'on va trop te dépecer ta race après le procès, toi"... Il ne saurait dire parce que, droit dans ses bottes et à nouveau bras croisés, au lieu de confronter ces regards, l'acier reste planté sur l'estrade, attendant la suite.

Quand à savoir à qui était destinée son émission... Aux ondes publiques ? A un certain journaliste spécialisé dans les sorties de métro aux heures de pointe ? A une certaine journaliste de météo ? A un space-cowboy étoilé ? A sa mamie ? Qui sait... Et, au fond, peu importe car, même sa mamie étant très bavarde - de son vivant -, dans un cas comme dans l'autre, sous une forme ou sous une autre, tout survivant, où qu'il soit, décidant de tendre l'oreille pour peu qu'il en ait encore une, finira tôt ou tard par entendre le témoignage du vieil ours. Du moins, celui-là...
Il avait assisté avec plaisir à la décapitation finale de la dernière victime d'une Themis en mal de cou à trancher. Un frisson, furtif. Le sang, torrent jaillissant, le corps qui s'affale, la foule qui réagit. Une partition jouée à la perfection, par des apprentis consertistes. Le talent n'est rien sans travail. 

Il fallut débarasser le corps. Quelle idée; on pense à l'avant, on imagine le pendant, mais on oublie la logistique de l'après. Comment évacuer un condamné à mort qui vient de se faire raccourcir la trachée ? Avec de bonnes chaussures, pour éviter de glisser dans une mare de sang, et transformer le spectacle en comédie burlesque. On pourrait aussi le faire rouler au bas de l'estrade, et le dissimuler aux yeux des auditeurs, ce cadavre tout frais; mais ne serait-ce pas manquer de respect à ce qui fut un être humain ? 

Finalement, deux samouraïs grimpèrent rapidement, comme s'ils attendaient leur heure. Dix minutes d'entracte, une civière, déjà tachée par le passé : les voila à jouer les ambulanciers de la grande faucheuse. Tout se déroulait à merveille. Il ne manquait qu'un gamin pour vendre du pop corn. Le deuxième jugement passa tout aussi rapidement. Un Fe4nr, ou un truc du genre, qui s'ouvrit le ventre avec un peu plus de grâce que la première, mais n'évita pas l'espadon de la Justice. Couic, une tête de plus, un ballet de jambes et de bras qui viennent proprement débarrasser la scène. De poussière à futur compost; l'humanité s'en nourrirait, d'une manière ou d'une autre. 

Jelani s'essuya le front, qu'il avait en sueur : bête humaine, assoiffée de sang, à réclamer, à grands cris, en se pamant, en tournoyant sur lui-même, la mort, la mort, la mort. Avait-il encore soif ? 


"Soeur Bernadette !"

Avait-il prévu de demander la peine capitale contre la seule religieuse du coin ? Etait-il à ce point imbu d'anti-cléricalisme ? Non, ce n'était pas le Jelani pourvoyeur d'âme pour Charron; c'était celui qui appelait une veille amie.

"Au tour de Gueule de Truie. Fais entrer l'accusé !"
Ce texte vaut une bière !
Encore une fois, la vieille nonne endossait le rôle de geôlier. Même si ces temps ci c'était plutot le rôle peu envvieux de dernier confesseur... vu que les prisonniers ne s'en sortaient que rarement. Pas que ça la dérangeait. Elle s'en foutait, Dieu ferait le tri là haut. On essayait juste de lui simplifier le boulot. Mais de temps en temps elle se disait qu'on n'utilise pas ses merveilleuses compétences à leur juste valeur, elle se demandait parfois si elle ne devrait pas changer de vboulot et de passer du rôle d'aumonier à celui d'inquisiteur... Innquisitrice Bernadette., ça sonnait bien.

Pour Gueule de Truie, c'était franchement ça, un homme étrange qui croyait agir au nom de Dieu... Franchement, n'importe quoi, Dieu n'a jamais ordonné quoi que ce soit. C'est l'homme qui décide. Dieu lui a donné son libre arbitre. La seule chose que peuvent faire les hommes, c'est agir en leur âme et conscience. Et le prisonnier là, il avait une âme noire. Une âme à purifier, sans aucun doute. Mais les autres Daymios avaient décidé de le passer par le jugement des hommes. Soit. On verra ce que ça donnera.

Puis elle entendit Jelani l'appeler. Bernadette se retourna. Gueule de Truie était assis par terre. Attendant dans le silence.


- Allez, lève -toi! c'est ton tour.
Ce texte vaut une bière !
Mel arrive au moment où la tête de Darianasta roule loin de son corps. Quelque part dans son cerveau, une pensée fugace : ça roule quand même vachement bien une tête. Elle secoue la sienne pour penser à autre chose. Un regard vers Laëli, elle n'a pas encore fini sa tâche du jour, bientôt une autre tête tombera... Multiques et sans-visages, ces deux destins funestes étaient presque scellés avant même le procès. Mais il fallait être sûr avant de donner la mort non ? En d'autres temps, d'autres circonstances, ça aurait pu être différent, mais maintenant les choix qui s'offraient à eux n'étaient plus aussi nombreux. 

La rouquine cherche un coin un peu à l'écart. La raison pour laquelle elle est là, c'est ce qui va commencer maintenant. Le procès de Gueule de Truie. Condamner des gens qui ne veulent plus vivre, qui ne parlent plus et qui sont malades, c'est à son avis, accorder une sorte de délivrance, quelque chose d'humain. Mais là c'est autre chose. Alors il faut qu'elle soit là, Pour écouter les témoignages et savoir quelle décision sera prise. 

Elle regarde les gens présents. A croire qu'il ne manque personne. Les gens de la ville, les nomades de passage. Apparemment, c'est le lieu où il faut être aujourd'hui. Du coup, elle peut se positionner dans un coin où elle peut voir sans être vue. Jelani lance enfin le début des choses sérieuses. L'homme va être entendu, pourra s'expliquer. Les jurés rendront un verdict.

Elle se redresse, à l'écoute.
Ce texte vaut une bière !
La petite blondinette sans se mettre en avant, ne cache pas sa présence, à vrai dire elle veille au grain. Réussir un procès correct dans les formes comme dans le fond est un pari risqué qui risque d'avoir un impact majeur sur l'avenir de l'USSR. Mais les choses ne semble décidément pas avoir envie de tourner comme espérées, du moins comme elle l'espérait elle, et avec le temps qui passe les déconvenue vont par ordre croissant d'intensité :

Première déconvenue, le corbeau. Encore une fois il prouve ses capacités à être un emmerdeur de premier ordre, heureusement il suffit généralement d'un regard noir et d'un ton plus autoritaire pour le faire marcher droit. Étrange d'ailleur car en réalité la diplomate en chef de l'USSR n'a aucune autorité légitime sur le gaillard concernant les affaires courantes. Dans les faits ils sont au même niveau hiérarchique sous les ordres du même Daimyo, mais dans la réalité depuis leur première rencontre elle se comporte en petit chef avec lui. Peut-être parce que très tôt elle a montré la volonté de seconder son Daimyo, ou alors juste un charisme naturelle lié à son ancienne vie, renforcé par le poste de Bugeisha qui lui a été par la suite attribué. Mais le plus probable reste sûrement que ce sinistre personnage joue juste un jeu avec elle, un jeu qui l'amuse beaucoup. Ceci dit Laura avait anticipé ce scénario depuis qu'elle avait vu le nom de Ruscherra sur l'affiche des volontaires, pour cette raison le jury est au grand complet en temps et en heure.

Seconde déconvenue, le seppuku. Quand avait-il été dit au Conseil qu'on allait faire un spectacle sanguinolent impliquant des zombies ? Et surtout en utilisant un rituel sacré des temps anciens visant à laver son honneur. Totalement dénaturé par le fait que les individus concernés n'affichent plus aucune volonté manifeste, ni celle de vivre, ni aucune autre. Ok ok elle doit bien admettre que ça a plus de gueule que la toute première exécution dans les égouts avec un fer à repasser. Cela n'empêche que devant cette mise en scène macabre Laura songe à crier au scandale, elle se retient, sachant qu'à ce stade, agir tel quel en public causerait plus de mal que de bien à l'USSR et ses projets. Il semble par contre peu probable qu'elle parvienne à cacher son mélange d'agacement et de consternation. Elle jette un regard pensif vers Clétus, imaginant sans peine sa perplexité et celle des auditeurs.

Troisième déconvenue, l'accusateur. Il est fort, très très fort, une vraie bête de show qui maîtrise son spectacle à la perfection. Trop fort même en réalité, un profond malaise s'installe dans le cœur de la jeune femme quand elle se rend compte du plaisir apparent que le Daimyo affiche en ces circonstances qui devraient rester dans le domaine du solennelle. Depuis le premier jour de leur rencontre, la jeune femme ne se fait aucune illusion sur ce qu'est capable cet homme au nom de ces idéaux, appelons ça l'intuition féminine. Néanmoins une question taraude la diplomate en chef à la vue des cadavres décapités, finalement avait t'on accepté sa candidature pour aider à guider l'USSR dans ce qu'elle estime être la bonne direction ou bien pour camoufler la réalité des choses ? Elle se souvient du jour où un de ses multiples contacts extérieurs l'a qualifié de mascotte, mais pourquoi repense t'elle subitement à ça alors qu'une tête roule sur le plancher d'une estrade...
 
Ce texte vaut une bière !
Gueule de Truie avait été placé à l'écart, mais les échos de la scène lui parvenaient jusque sous son masque. Si ses Pères étaient là, ils riraient certainement aux éclats. D'un rire jaune. D'un rire moqueur.
Des Hommes jouant aux Dieux. Tirant des ficelles. Tranchant des têtes.

Allez, lève-toi ! C'est ton tour.

Gueule de Truie tourna son regard vers Bernadette. Pauvre créature, se dit-il. Son Dieu l'a répudié. Son dieu n'est plus amour. Il est Haine.

On le conduit alors devant la foule. Et devant ceux qui seront juges. L'estrade est poisseuse. Recouverte de sang. Des traces au sol suggèrent que les corps qui se vidés ont été déplacés. L'odeur de la mort. Fraiche. Et sale.

L'arrivé de Gueule de Truie se fit sentir elle aussi. Un petit quelque chose dans l'air. La foule se fait plus calme. Attentive.
Peut-être à cause de cette mauvaise odeur. Celle de Gueule de Truie. Celle qui a commencé à imprégner les esprits. Qui va si bien avec celle du sang répandu sur la scène.

Jelani annonce alors la couleur. Le front perlant encore de sueur.

Membres du jury, voici devant vous celui qui se fait appeler Gueule de Truie.
Il est soupçonné de complicité avec la feue famille Death. De complicité avec la feue créature The Thing.
Il est également soupçonné d'être un danger pour la stabilité du monde que nous bâtissons.
Membres du jury, nous devons aujourd'hui faire la lumière sur qui est ce personnage, quelles sont ses implications dans des faits passés et quel danger il représente pour demain.

Les gouttes de sangs continuaient de ruisseler le long des planches. Insensible aux élucubrations des Hommes.

Tout d'abord, Gueule de Truie, veuillez nous dire qui vous êtes.

Le visage sanglé, aux yeux de mouches et au groin de fer, il parcourt alors l'assemblé du regard. Cela pourrait ressembler à un jeu, se dit-il. Mais ce sont bien Hommes. Qui jouent avec eux-mêmes. Qui font comme toujours. Qui se fabriquent des histoires. Pour se croire différents.

Qui je suis n'a pas d'importance. Mais le visage que l'on m'a donné est celui de Gueule de Truie. Je suis un messager. Je suis votre dernière chance.
Je suis ce que l'Homme est. Et je suis ce que l'Homme sera.
Un condamné.
Le moustachu arriva, comme souvent, en retard, se tenant le futal qui, semble-t-il, était baissé il y a encore un instant.

 - Hop hop hop, Gueule de Truie ne s'exprimera pas sans la présence d'un défenseur, que je représenterai.

Puis, ajoutant pour lui même.

 - Bordel, je peux jamais chier en paix.
Ce texte vaut une bière !
La foule se masse un peu plus, et les corps morts se ramassent à la pelle. Est-ce l’appât du sang, le fantasme à peine refoulé d’une jouissance à la mort d’autrui, ou le simple plaisir à réclamer « du pain et des jeux » ? Difficile à dire, mais plus l’odeur de la mort se répand, plus la vie grouille autour.

La Recluse fait partie de ce grouillement de vie, depuis toujours, et à jamais. Mais à distance. Survivre n’a jamais fait partie de ses ambitions. En retrait jusqu’à présent, elle scrute tout un chacun, saisissant instinctivement la capacité, ou non, à vouloir surpasser la simple survie.

Elle observe également depuis quelques temps ce que produit au présent, et reproduit de son passé, l’être humain, tout particulièrement en situation de regroupement massif. Cette situation même que l’arachnéenne a du mal à concevoir comme un besoin inaltérable de l’homme. A-t-il besoin de se rassembler pour vivre, de ressembler à son passé ? L’homme est-il toujours un homme une fois noyé dans un conglomérat humain ?

L’instinct indique à la veuve noire que son éclosion est autrement, différemment. Rien n’est plus pareil, et c’est une aubaine pour se réveiller, se révéler à qui sait saisir sa peine.

Au loin derrière l’assemblée, son regard tombe nez à cul sur celui de Mel. Même de dos il est impossible de ne pas reconnaitre la rouquine une fois qu’on y a goûté. Sans faire de bruit ni presque de mouvements, comme volant sur ses jambes, la Recluse s’avance jusqu’à pouvoir glisser une main baladeuse. L’arroseur arrosé, Mel n’est pas la seule à observer les autres à leur insu.

Bien calée, sa main ne bouge pas. Elle lui adresse un regard déstabilisant, aussi froid que bouillant. Puis se tourne légèrement vers le reste de la foule. Elle se demande alors comment réagirait Noir Virus s’il la voyait ainsi. Pour autant, c’est plutôt Ruscherra qu’elle cherche du regard pour approfondir leur première entrevue...

La foule se presse un peu plus, se densifie. Tant de proximité entre les corps... La Recluse chasse ses idées pour observer la représentation qui commence à se dérouler sous leurs yeux. Non pas celle qui se passe sur l’estrade, mais celle-là même des spectateurs. Qui se joue de qui ? Est-ce vraiment un spectacle ?

En voyant le rocker samourai moustachu arriver, le pantalon à la main, se déclarer défenseur de Gueule de Truie, la veuve noire se dit que la vie, bien plus ou bien moins ? que la mort, a quelque chose de croustillant. Un fin sourire se dessine sur son visage...

 
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Le plat de résistance était servi; celui-ci n'en manquerait pas. Gueule de Truie, un étrange nom. Un fou de plus. Un dangereux psychopathe. Ils le sauraient bien assez vite. Il était plutôt du genre à éliminer ce qui se présentait comme une menace; mais le professeur faisait grand cas de l'avis de ses pairs. Un procès, pour juger de l'horreur, et justifier des siennes. Il avait pris goût à l'idée.

Il se découvrait une certaine fascination pour cet étrange gaillard, toujours masqué, incapable de dévier véritablement de son dogme. Il ne l'avait pas fréquenté, à Roningrad. Pourquoi faire ? Il lui aurait fallu alors accepter de s'émouvoir de son sort. Qu'il respecta sa vie était déjà bien assez. Mais on ne l'avait pas ménagé : envoyé par monts et par vaux, il avait travaillé d'arrache-pied, pour ses bourreaux futurs. L'histoire était belle; mais elle n'était pas encore terminée. 

"Je vais te dire, ce que tu es, Gueule de Truie."

L'homme docte lui tournait autour, une main carressant machinalement sa petite barbe broussailleuse. 

"Tu es la production inepte d'une secte apocalyptique restée trop longtemps enfermée dans un bunker souterrain, à respirer ses miasmes. Tu n'es de messager que parce que nous offrons de t'écouter. Tu n'es la dernière chance de personne; tu es leur calvaire. Tu n'es pas même encore un condamné; tu n'es qu'un accusé, tristement maintenu sous la coupe réglée de ses semblables."

Jelani regarda Lemmy; un haussement de sourcil égaya son visage. Pourquoi donc le Rockeur avait décidé de s'offrir en bouclier ? Avait-il décelé quelque chose d'humain chez Gueule de Truie, lors de sa soumission ? La route jusqu'à Roningrad avait-elle permis aux deux hommes de se rapprocher, au point d'entretenir une surprenante amitié ? 

"Nous sommes là pour juger de ton sort. De la menace que tu représentes. De celle que tu as pu fomenter; de celle, au présent, qui est limitée; et de celle pour l'avenir de nos rêves."

Il fixa le prisonnier, et son défenseur. Il voulait savoir. 

"Qui étais-tu, avant que nous t'appréhendions ? Etais-tu un servant du même dieu que les Deaths ? Partageais-tu les goùts pour le meurtre de the thing ? Que savais-tu de cette chose ?"
 
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Tu parles comme si l'avenir appartenait encore aux Hommes Jelani.
Tu parles comme si s'extraire de ces sous-terrains putrides était une renaissance.
Mais vous ne faites que soulever la poussière du passé ! Un passé qui a vitrifié notre avenir dans un tableau d'apocalypse !

Tes petites ouailles n'ont d'autre avenir que celui de vivre les souffrances de leurs ancêtres. Je suis leur calvaire ? Est-ce moi qui les pousse vers un avenir déjà écrit ?

Ne t'y trompe pas ! Vous pensez être différents ? Vous pensez pouvoir faire la différence ? Mais mon sang pue ! Votre sang pue ! Nos veines transportent le mal comme il s'est transmis de génération en génération !

Vous voulez juger de mon sort. Soit. Je vais répondre à vos questions. Mais le sort que vous choisirez pour moi ne changera rien à notre déchéance !

J'ai vu le jour sur les bancs d'une Église. D'une Église qui n'a pu se rendre qu'à l'évidence. Dieu a renié les Hommes. Dieu a répudié sa création. Parce que l'Homme lui-même a fait les preuves de son irresponsabilité.
J'ai appris l'histoire des Hommes comme elle a été écrite. Dans le sang et la douleur.
J'ai subi l'enseignement de mes Pères comme les milliards de victimes de notre genre l'on subit avant moi.

Voilà ce que vous avez appréhendés. Le reflet de votre âme !

En ce qui concerne ceux qui se sont fait nommer les Deaths, je ne les ai pas connus. Simplement croisé au détour d'un tunnel quelques jours avant qu'apparaissent les ouvertures. Je ne connais rien du Dieu qu'ils servaient.

Quant à The Thing ! Je l'ai rencontré dans les tunnels. J'ai réalisé tout de suite qu'il était une créature de Dieu. Une créature pour qui le monde que nous avons dévasté était le nouvel Éden. Et si je partageais sa route, c'est parce qu'il était votre meilleure chance d'être libéré de vos entraves de chair. Celles-là même qui vous prive du dernier salut possible !

Ce texte vaut une bière !
Au moment même où l'improbable croisement entre un samouraï et un hard-rocker pointa le bout, entre autres, de sa moustache, le vieil ours prit la décision de... ne pas éclater de rire devant le décalage, d'abord... puis d'appuyer sur le bouton d'émission de sa radio. Ses commentaires, sans doute profondément acerbes tout autant que conciliants, sur ce qui se déroulait sous ses yeux viendraient peut-être plus tard mais, pour l'heure, celui ou celle ou ceux au bout du "fil", pourrai(en)t entendre assez nettement le déroulé exact du procès du fameux Gueule de Truie.

Certes, le ou les auditeurs n'auront pas l'image. Même ceux payant encore les traites de leur abonnement Netflix plus prime d'Amazonie. Il, elle, ils, elles n'auront que les sons, les voix, les mumures, les respirations, les hocquets de surprise suite à une déclaration ou une main au cul, les pets échappant à la vigilance des uns ou des autres, pour se faire une petite idée du charisme frénétique d'un Jelani brûlant les planches de son théâtre, du charisme effrayant d'un Gueule de Truie psalmodiant l'Evangile selon Jéhovapatrobien, ou encore celui d'un Lemmy remontant son pantalon. Certes, certes. Mais c'est toujours mieux que rien ! Alors commencez pas à faire chier, oh ! Il a la migraine, le vieil ours, ok ? Déjà bien gentil de tendre au mieux sa radio pour que le son soit pas trop dégueulasse, d'accord ?! Alors le premier qui... Oh putain, attendez !! C'est quoi ça ? Ça, là ! ÇA, BON SANG !!! Le plaid, là... Le sac de couchage rouge ! Juste devant lui ! Vous êtes complètement bigleux ou bien ? Là !! Bordel mais il était pas là y a une seconde ! C'est... Bon, bref. Le procès. USSR contre Gueule de Truie. Second round ! A vous les studios, Marie-Chantal !

Jelani regardait cette homme dont il rêvait d'arracher le masque. Le priver de ses dernières défenses, de cette armure qui si semble autant protéger sa foi que ses certitudes. Mais il ne levera pas la main sur lui; pas maintenant. Pas aujourd'hui. Il n'ira pas s'enferrer dans un débat théologique; il laisse cela à ceux que Dieu passionne. Pour lui, ce dernier est mort, depuis longtemps, avec le premier des hommes. Il résista; le sang boue. Il se crispa; les traits de son visage se tendaient à chacun des mots de l'autre. Que lui avait-il offert une vie, alors qu'il ne méritait que la mort... On ressassait toujours ses erreurs; il avait celle-ci sur la conscience.

Mais il pensait le tenir. Enfin, il l'espérait. The Thing; l'association dans le but de tuer. Encore et toujours... 

"Gueule de Truie, là où les faits commencent, ta foi ne peut te protéger. Tu viens de reconnaître que tu étais l'associé du calamar de l'Enfer. Nous l'avons éliminé; tu devrais donc partager son sort. Mais si ta foi t'aveugle, tu ne comprendras pas le chatiment; si elle obscurcit ton jugement, tu ne peux pas te repentir; si elle te déraisonne, tu ne peux souffrir de ta punition. Si la mort est pour toi une délivrance, je ne peux te la promettre."

Il regarda autour de lui, cherchant des yeux celle qui pourrait, ou non, venir à bout de la carapace de fanatisme qui l'enveloppait. Laura... 

"Laura, camarade... Tu as enquêté plus que nous tous sur cet homme, s'il peut encore prétendre à ce titre. Sa foi est-elle inébranlable ? Continuera-t-il à suivre, coute que coute, ce douloureux credo qui est le sien ? Pourrait-il renoncer à son catéchisme scélérat ? Quelle menace représente-t-il, à tes yeux, pour le règne des hommes, celui des frères et des soeurs, celui des camarades ?"

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La petite blonde monte sur l'estrade, elle s'avère un peu stressée maglé son air calme et préparé, son regard se porte tout à tour sur chacun des figurants principaux. L'accusateur flamboyant, il est dans son rôle et ça se sent. Le samouraï rocker, face à cette vision la jeune femme imagine déjà les critiques accusant l'USSR d'avoir mis un bouffon à la défense, elle espère que Lemmy saura les surprendre. Et enfin l'accusé, cette masse immense qui s'est avéré des plus docile, et pourtant une aura de violence émane de lui, Laura imagine sans peine cet être capable de lui éclater le crâne à main nue.

Elle regarde Gueule de Truie sans sourciller en prononçant les mots suivants - mais tout de même à bonne distance de lui.

"Cet homme que nous jugeons aujourd'hui est très dangereux, c'est un prêcheur qui prône l'anéantissement de l'humanité. Le laisser parler représente une menace pour nous tant la noirceur de ces mots est corruptrice, le laisser agir représente une menace pour nous tant sa dévotion en notre destruction est grande. Il ne pourra jamais réellement renoncer à ce catéchisme violent, marqué au fer rouge dans sa chair à vif, cela le hantera a jamais, bien sûr cela reste mon humble avis et il est subjectif. "

Son regard se porte ensuite sur les jury, sa voix ne change pas de ton, un brin administratif comme à son habitude sur la radio, exposant des faits, ou du moins sa vision des faits; sans artifice supplémentaire pour convaincre son auditoire.

"Il me semble important de préciser que ce crédo il n'en est pas l'origine, ce crédo lui a inculqué par la maltraitance depuis sa plus tendre enfance. Cet homme que nous scrutons avec méfiance, peur et haine n'est que le reflet de ce qu'on lui a fait subir. En conséquence sa foi est inébranlable si on cherche à raisonner avec lui, je défie quiconque de rester enfermé avec lui sur une longue période et de ne pas finir par adhérer à ces paroles."

Et non l'oratrice en herbe ne tient pas son exposé au ton neutre jusqu'au bout, sa voix et sa posture transite clairement vers l'émotionnel et le sentimental sur ses derniers mots, une impulsion sincère ou préméditée ? Difficile à dire, la bonne réponse se situe sûrement entre les deux.

"Mais si on lui montre par les faits qu'une autre voie est possible, si on lui montre que la douleur et la souffrance ne sont pas les seules choses qui constituent notre monde, alors je pense qu'il serait prêt à saisir cette chance. Est-ce qu'il la mérite cette chance ? Je pense que oui. Est-ce que c'est risqué pour nous ? Oui bien sûr ça l'est."
 
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Martial observait Gueule-de-Truie, silencieux, songeur, alors que Jelani et Laura s'exprimaient à leur tour, le premier tentant de l'enfoncer dans son rôle de fanatique dangereux, la seconde exposant les faits, bien trop succintement pour le juré binoclard. Il savait, comme beaucoup à Roningrad, que la jeune femme avait passé de nombreuses heures à parler à cet homme rendu fou par le culte qui l'avait élevé, et ne pouvait que se demander si il était vraiment possible de réduire ces discussions en quelques phrases. Le défi cependant lui arracha un bref sourire, à lui qui ne croyait en nulle force supérieure, hormis celles expliquées par les sciences.

Son regard fixé sur l'accusé, attendant sa réaction, n'exprimait que de la pitié, et non le dégoût ou la crainte que l'on pourrait attendre face à un tel être, défiguré aussi bien mentalement que physiquement par les sévices qui lui furent infligés. Alors qu'il entendait les dernières paroles de l'interrogatrice, il hocha la tête. Certes il ne serait guère facile de lui ôter les oeillères de sa religion, il faudra du temps, de la patience et une sacrée dose de soutien, mais sous ces couches de fanatisme il restait un homme, il en était certain.

Plongé dans ses pensées, il attendait que d'autres s'expriment, le volontaire à la défense sans doute voudrait la parole ensuite, ou Gueule-de-Truie lui-même peut-être, ou encore Jelani, il l'ignorait, mais qu'importe, il avait son avis sur la question, et devra en discuter avec les autres jurés lorsque l'heure de juger le cas viendra enfin.
Cornelius suivait lui aussi avec attention le procès de Gueule de Truie. Mais au fond il ne voyait face à lui qu'un illuminé de plus, un fou, qui prononçait de grandes phrases morbides, mais lui avait semblé jusqu'à maintenant bien calme et inoffensif. Celui-ci s'était laissé capturé par l'USSR, s'était montré coopératif et discret pendant tout son séjour à Roningrad, au point qu'il lui avait été permis de circuler sans chaînes ni entraves. Et celui-ci n'avait malgré ça ni tenté de s'échapper, ni aggressé le moindre habitant.

Quels étaient les faits ?
Avoir cotoyé le calamar infernal ? Seulement ça ?
Si ce n'était que ça, cela ne méritait clairement pas la mort.

Avait-il lui même déjà donné la mort ?
Pour le moment le procès n'avait rien évoqué de tel.


Le problème était-il seulement que Gueule de Truie ouvrait systématiquement la bouche pour annoncer son envie de tuer la personne en face de lui ?
Ce n'étaient que des paroles, des mots, certes effrayants, mais pour lesquels il serait inhumain de châtier.

Le problème était-il aggravé du fait que Gueule de Truie clamait haut et fort son intention d'anéantir l'humanité toute entière ?
Une justice digne de se nom ne pouvait punir sur des intentions, quand celles-ci ne s'accompagnaient pas de passage à l'acte.

Le danger venait-il du fait que Gueule de Truie était fou ?
Qu'on en fasse un artiste ! Qu'on lui mette un pinceau ou une plume entre les mains ! Tant d'artistes fous avaient par le passé fait preuve de génie, d'une extraordinaire créativité sans laquelle l'humanité ne serait pas ce qu'elle est aujourd'hui. Maupassant n'avait-il pas été fou lui aussi ? Gérard de Nerval ? Camille Claudel ? Van Gogh ? Tolstoï ou Dostoievski n'avaient-ils pas eux-même connu des moments de folie aiguë pour pouvoir aussi bien décrire par le verbe cet état mental ? Le marquis de Sade ou Louis-Ferdinand Céline n'avaient-ils pas eux-aussi exprimé leur hurlante misanthropie, et pourtant tant apporté à la littérature ? Salvador Dali n'avait-il pas joué sur la folie pour nous émerveiller ?

Il semblait à Cornelius à ce stade du procès que Gueule de Truie ne méritait pas la mort. Tout au plus, un décret lui interdisant le port d'arme pourrait peut-être suffire, afin de ne pas lui permette d'être dangereux pour les autres. Lui offrir des ateliers d'initiation à la peinture, ou au théâtre. Ah oui, il semble qu'il pourrait être tout à fait impressionnant sur des planches !

Bref, il en faudrait beaucoup beaucoup plus à Cornelius pour le convaincre de voter la peine capitale.
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Le dégoût. Dans la bouche et dans les tripes. Ça lui remontait et lui en laissait la saveur à chaque fois qu'il considérait ces gens autour de lui. Les voir s'animer dans leur existence futile. Comme des vers de terres qui se tortillent sur du bitume. Qui vont crever. Doucement, mais sûrement.

Bouffis d'orgueil et plein de projets pour leurs semblables. Mais viscéralement grégaires et prêt à mordre. À déchirer, découper, dévorer.

Un relent de vomis lui monta encore à la bouche. Ces animaux. Imbus d'eux même et incapables de se souvenir de ce qu'ils sont. Autant bête qu'animal. Inconscient. Foutus. Tout comme leurs projets.

Gueule de Truie les regardes.

Ils pensent renaître. Mais ils sont finis.
Ils pensent être nouveaux. Mais ils sont pareils.
Ils pensent être justice. Mais ils sont vengeance.

Ils le dégoûte. La place de toute cette chair est dans un hachoir.

Ces derniers jours, l'esprit de Gueule de Truie avait été remué. Ses discussions avec Laura avaient fait resurgir souvenirs et sensations du passé. Et peu à peu sa haine se mélangea aux souvenirs. Des images, des paroles, des douleurs. Tout cela remontait à lui sans qu'il n'en n'ait aucun contrôle.

Son premier souvenir d'abord. Ranimé il n'y a que quelques jours.

C'étaient des paroles. Répétées. Des mots qui étaient gravés en lui. Une cérémonie. Comme tant d'autres. Quand la parole des Pères étaient accompagnés de sévices physiques.

Si la pieuse cérémonie qui nous rassemble en cette église, porte avec elle un caractère sacré, elle présente aussi une inconsolable morale.

Les Grandes Déclarations. Ming Hongwu. Les Hommes. An 1380. Purge du pouvoir. Quarante-cinq mille. Morts. Les enfants pleurent.

Les bâtons le frappaient.

Expédition en Inde. Tamerlan. Les Hommes. An 1398. Prisonniers de guerre. Cent mille. Morts. Pyramides de visages.

Ses os éclataient.

Première Guerre mondiale. Les Hommes. An 1917. Guerre des Hommes. Dix-sept Millions. Morts. Rivières de sang.

Le sang coulait de ses lèvres.

Second Guerre Mondiale. Les Hommes. An 1939. Ignominie des Hommes. Soixante Millions. Morts. Femme, Feu, Enfant, Gaz.

Il ne ressentait plus.

Premier Flache. Les Hommes. Huit Milliards. Morts. L'Homme. Renié.

L'esprit de Gueule de Truie s'agite. Il pense aussi fort qu'il hurlerait.

Mon sang qui coule est leur sang. Il est noir. Il pue !

Tandis qu'il renouait de nouveau avec ce souvenir, ses muscles se tendirent. Comme un chien bave au son de la clochette. Gueule de Truie secoua sa face. Comme si cela pouvait l'aider à faire disparaître ces images un instant. Mais s'en fût d'autres qui en prirent la place.

Il était plus âgé. Mais guère plus. Ses épaules portaient des poids. De lourdes charges retenues par des fils de fer lui labourant la chair. Le poids de la culpabilité.

Deux de ses Pères récitaient à tour de rôle un autre chapitre de leur écrit sacré. Détaillant un autre des nombreux épisodes où la nature Humaine s'exprimait dans la mise à mort méthodique de ses semblables.

Camps de concentrations. Chambre à gaz. Camps d'extermination. Par la lame. Par la balle. Par le gaz. Par la faim. Juifs. Arménien. Tutsi Bosniaques. Hommes. Femmes. Enfants. Dans la douleur et les larmes.

Que de noms. Que de victimes.

Que de méthodes. Que de violences.

À ce moment-là, les martinets s'abattaient sur son dos. Les petits clous pénétrant la chair comme les paroles devaient pénétrer l'esprit.

<< Dans la douleur et les larmes >> répétaient les Pères.

La voix de Laura le ramena au monde peu à peu. Elle parlait de chance. De lui donner une chance. Lui avait-on donné une chance jusqu'à aujourd'hui ? Était-ce le diable qui parlait à travers ses lèvres ? Tentant de lui retourner l'esprit ? Ou n'est-ce que la voix d'une femme ?

La question le déstabilisait. Comment pouvait-il accorder de l'importance aux propos de ces êtres si enlisés dans leurs erreurs ? Comment pouvait-il envisager de renier ce qu'il était au plus profond de ses tripes ? Pourtant, il s'y logeait quelque chose d'inconnue. Ça ressemblait à de la peur. Mais plus profonde et plus calme. Un doute. Installé au fond de ses convictions. Noyé sous des années d'apprentissage et de modelages.

Mais qui venait gratter à la surface.

La justice était une chose bien différente de la vengeance. Et bien qu'elle pouvait y ressembler, elle n'avait rien à voir avec l'envie irrépressible de chatier un individu pouvant être dangereux. Pourtant, Jelani n'était pas là pour juger : il était ici, lui, pour accuser. Pour défendre Roningrad des terreurs nocturnes qui pouvaient agresser ses habitants. Il était là pour chasser les démons, les errants, pour dératiser les cloaques, pour désherber le jardin d'Eden. Il n'était pas un orfèvre, à manier avec des pincettes quelques pierres précieuses à cercler d'or; non, lui il brulait au lance-flammes tout ce qui pouvait lui semblait dangereux. Le fameux principe de précaution. 

Heureusement, l'USSR, dans son infinie sagesse collective, avait décidé que d'autres rendraient le verdict. Et même s'il les connaissait parfaitement, jamais le professeur ne leur ferait l'affront de leur dicter leur conduite. Et il fallait avouer qu'il était partagé. Evacuer ce fanatique décadent par la trappe de secours, ou lui offrir une seconde chance ? En appelerait-il à la clémence, ou à la sévérité de ce tribunal ? Il avait du mal à se faire une image nette de ce que serait l'avenir, selon l'une ou l'autre des solutions qui s'imposaient à son esprit. Un sourire mauvais se dessina sur son visage, quelques secondes, avant qu'il ne daigne l'effacer pour offrir plus de solennité à ce qu'il s'apprêtait à déclarer. Il articula lentement, d'une voix forte, et sans hésitation. 

"Si certains d'entre vous appellent à la clémence, je ne serais pas de cet avis. Cet homme ne souhaite qu'une chose, notre mort à tous. Qu'il n'est pas encore mené ses menaces à exécution n'enlève en rien à son intention manifeste de faire le mal. Et nous ne pouvons pas laisser passer telle occasion de nous débarasser de ce vicieux là. Pourtant, une vie est utile, autant pour la communauté, que pour ce monde. Et car il aspire à la mort, je ne peux me résoudre à l'y condamner. Je ne serais jamais trop doux avec les ennemis de l'Union ! Jamais. C'est pourquoi, éminents jurés, je vous invite à peser votre décision finale, et à lui offrir un châtiment conséquent. 

Qu'il reste en vie, donc, puisqu'il ne le désire pas. Mais qu'il mette sa vie au service de notre collectivité. Et que, pour qu'il n'oublie jamais que cette chance lui a été offerte, qu'on lui tranche deux doigts de sa main forte. Il ne pourra plus, alors, la lever contre un samouraï, mais pourra toujours prouver sa valeur."