Requête culturelle

Chapitre débuté par Cornelius Apeaks

Chapitre concerne : Laëli, Rōningrad, Cornelius Apeaks,

Ce texte vaut 5 bières !

Quand Cornellius aperçut Laeli, il épousta ses épaules et passa ses doigts pour peigner sa barbe irsute. Il savait bien que beaucoup crachaient régulièrement dans leurs mains avant de se les passer sur leurs poils faciaux, lui trouvait cela tout bonnement dégoutant et préférait de loin paraître négligé que se savoir sâle.

Bien qu’il ne comprit pas à quoi, la ravissante comptable avait l’air occupée. Ainsi, arrivant dans son dos, il toussota pour se faire remarquer. A distance raisonnable, il se lança :

 

Mes hommages, chère demoiselle. Je suis Cornelius Apeaks, compagnon de route de mon obligée Valérie.

Nous n’avons pas eu l’occasion d’être présentés et ce fait n’aurait pas dévié de l’axe des nécéssités qui guide nos vies et me fait préférer de loin ma solitude à la présence parfois pesante et les mots toujours légers de l’Autre, si par le plus grand des hasards et au cours d’une discussion fortuite, Valérie n’avait évoqué la présence en ces murs d’un livre, d’une sorte de manuel à la couverture molle représentant des plantes.

Aussi, malgré son intelligence pratique bien au-delà de la moyenne, la pauvre bougresse n’a su me renseigner quand à la qualité du dit ouvrage.

Alors loin de moi l’idée et encore moins l’envie de venir perturber des négociations qui ne me regardent pas et m’intéressent encore moins, seulement ce serait une occasion formidable d’enrichir mes connaissances, et vous seriez gratifiée de toute mon estime si vous me laissiez y jeter un œil. Je pourrais alors l’évaluer, et si vous choisissiez de faire mon bonheur en ne demandant pas la lune en échange à ma gardienne, vous bénéficierez de l’estime de mon estime, et résiderez à jamais dans mon coeur comme une amie éternelle seule peut y trouver résidence.

 

La simple possibilité de s’approcher d’un livre, un territoire encore vierge à son regard lui déliait la langue et activait ses lèvres. Et ne voulant pas faire perdre plus de temps que cela à celle qui lui faisait face l’air préssée, il attendit la réponse...

La jeune comptable s'était détournée de son inventaire pour écouter l'homme et son flot de paroles, un large sourire s'affichant peu à peu sur son visage à mesure du monologue.

"Woooow ! Alors ça c'est une déclaration d'amour à la littérature, une vraie envolée lyrique !"

Moitié impressionnée, moitié amusée, elle eut un rire bref, mais réelle.

"J'espère que ce sera à la hauteur de tes attentes, j'y ai jeté un oeil. C'est plutôt bien fait, très pédagogique, mais je ne m'y connais pas suffisamment en herbologie pour dire si c'est exhaustif sur les vertus de ce qu'on peut encore trouver ou si c'est juste une mise en bouche à la Hulotte."

Un léger haussement d'épaules, un pincement de lèvres comme pour signifier qu'elle n'avait pas grand-chose à ajouter au sujet du reliquat de connaissances de l'ère précédente.

"Attends, je vais chercher ça !"

Après l'avoir délaissé quelques instants pour récupérer l'ouvrage dans la réserve, elle fit son retour avec le petit livre de poche qui accusait quelque peu le mauvais traitement que lui avait infligé la grande apocalypse

"Ce n'est pas une encyclopédie, c'est certain, mais au moins c'est simple à transporter."

Le livre est finalement tendu à son nouveau propriétaire.

Une fois le livre entre ses mains, celui qui avait consacré son existence aux belles lettres et aux pensées les plus hautes se trouva bien muet devant tant d’émotions.

Sa gorge gonflée l’empêchait de faire connaître à Laëli l’étendue de sa gratitude, et ce qui sortit en force pouvait s’entendre ainsi :

 

Je ne sais que dire… Vous me voyez … Je ne saurai jamais vous rendre la rendre réciproque d’une telle grandeur d’âme, mais au moins essaierai-je ! J’ai désormais une dette envers vous et ...

 

Cornelius, s’observant à travers les yeux de Laëli, posa la main sur sa poitrine, et froissa le tissu de sa veste, le visage crispé. Son coeur s’accélérait sa gorge s’asséchait, cependant que son bonheur se trouvait comme ainsi dire redoublé de lui-même. Cela lui faisait presque peur. Comme si l’objet qu’il tenait en main, perdait à présent toute sa valeur en tant que cause finale, pour ne devenir qu’un moyen de se trouver ici et maintenant.

Il bégaya ces dernières paroles : je me tiendrai à votre disposition si je peux… Merci

 

En cet instant, Cornelius trouvait celle qui lui faisait face incroyablement belle et vierge à cette émotion, incapable de mettre un mot sur ce sentiment, il n’en avait aucune idée. Dans un dernier sourire, une dernière courbette maladroite, il se retourna et partit.

Le visage de la jeune femme s'était marqué d'une surprise grandissante teintée d'une forme de ravissement  face à la réaction surprenante de celui qui sous toute vraisemblance était un véritable amoureux de la littérature.

"C'est... ce n'est pas grand-chose."

Le sourire s'était fait nerveux, moins naturel, incapable de savoir comment réagir alors que l'homme se détournait.

"Hé, si vous trouvez un stock de livres trop important pour vous, contactez-moi ! J'aimerais bien que Roningrad ait une bibliothèque !"

Elle-même n'était pas une littéraire à proprement parler, pourtant sous ses airs de dur à cuire rockeur rebelle se dissimulait ce qui aurait pu être une intellectuelle. Elle avait passé la quasi-totalité de sa vie passée, bien plus courte que celle du roux, à étudier et apprendre et y serait encore s'il restait quelque chose des facs.

L'amour des lettres n'était point comparable chez les deux individus, mais la comptable voyait en ces ouvrages un outil merveilleux de transmission et d'obtention de connaissances et de culture. Une chose qui sous biens des égards se devait d'être de nouveau mis à disposition de l'humanité si elle désirait retrouver ses meilleurs aspects et l'homme en face d'elle était peut-être de ceux apte à comprendre cela.

Ce texte vaut une bière !
Dans un ultime regard, son corps déjà vers la fuite et le visage affrontant encore la félicité, il lacha :

"Je crois bien qu’ils n’intéressent plus personne ces vieux bouquins…

A part moi…" pour lui tout bas, cherchant à mettre le plus de distance possible entre lui et cette émotion trop difficile à déterminer.
Arrivé dans son « coin », il se mit à feuilleter frénétiquement une sélection d’ouvrage pouvant traîter de ce sujet. Debout, faisant les cents pas, il se demanda si Valérie ne lui avait pas fait ingurgiter à son insu une des drogues dont elle rafollait. Jamais elle ne ferait ça, les drogues étaient bien trop rares et précieuses pour elle, et l’honnêteté essentielle dans leur relation.


Laëli... 

Cornelius sursauta, comme si un fantôme avait susuré à son oreille. Des flashs, des perceptions, des fragments s’invitaient sans cesse dans son esprit.
Spinoza, Sartre, Nietzsche… aucun de leur mots ne décrivaient, et encore moins n’expliquaient ce sentiment de crainte qui lui brûlait le bas-ventre…


... son odeur... 

" Comment ordonner mes pensées quand celles-ci sont occupées en permanence ? "

… important pour vous, contactez-moi... 

" Suis-je en train de perdre la raison ? Mon esprit a été colonisé... "

... ses yeux... 

Cornelius, coude sur les genoux, tête dans les mains, laissa son esprit se perdre dans une boucle grisante, chaude et intimidante. 
Quand il entendit au loin ce phrasé particulier, il se demanda combien de temps s’était écoulé, une heure ou une journée, il n’en avait aucune idée. Il se leva et s’élança vers le crâne rasé, dans un dernier effort pour ne pas se noyer :


" Valérie, aide-moi ! "
Ce texte vaut 4 bières !

Valérie cavalait d’un bout à l’autre de Roningrad, allant voir les uns et les autres pour profiter de la présence de ceux qu’elle appréciait avant leur départ . La plupart de ses rencontres s’articulaient autour de la conssomation de drogue, d’alcool voir les deux.Aussi la jeune punkette oscillait elle toujours dans un état second et courait au grès des excés et des cliquetis des boucles de ses rangers , qu’elle ne s’était toujours pas décidé d’attacher. Pourtant l’appel de Cornélius la stoppe net dans sa course folle à la débauche. Elle a bien trop de respect et d’amitié pour son compagnon de route pour ignorer son appel à l’aide. Et puis ce n’était pas vraiment dans son genre.

Intriguée, elle tourne toute son attention sur ce dernier et l’examine des pieds à la tête pour tenter de déterminer ce qui lui arrive. Elle se gratte la tête tout en grommelant sur cette énigme inatendue. Il a les joues pourpres d’une adolescente qu’on vient de surprendre en petite culotte et il aggripe avec la force du désespoir un livre.Un livre qui ne lui appartien pas... Un livre qu’elle a déjà vu traîner dans le stok… Le stock de la comptable, pièce dans laquelle Valerie a déjà passé un certain temps elle même.

Et d’où est sorti notre bon Cornelius avec son nouveau bouquin et sa tête de perturbé, sorti  de son quasi mutisme pour demander de l’aide ? Du STOCK de...

Laeli

BINGO!

Valérie bondit sur elle même

 

- Workla ben c’est que celle là je l’avais pas guetté au loin comme histoire ! HAHA
Hey gros tu t’es crounché d’amour pour la petite bonnase en cuir là… C’est que c’est ça hein ?
C’est quoi son blaze djà ? Ha ouai…
La Laeli …
De la compta … Ben ouai gros elle est toute mimi c’est que c’est vrai jte dikave complet sur ce coup là mon poto… Hmmm et que du coup que tu sais pas comment faire pour la dragouiller hein ? Alors ?

Elle tourne sur elle même en se grattant le menton comme si elle allait résoudre une équation mathématique complexe.

C’est que faut que tu trouves ce qui la fait vibrer la meusse là… Pis que tu lui offres sur un plateau

Elle lui désigne le livre

Guette toi gros ! Elle te refile un bouquin là et te vla avec des petits coeurs plein les mirettes… Ben c’est que c’est kife kife la bourique , faut que tu trouves qu’est ce qui la rend toute gets pour qu’elle te remarque ! Pis qu’après quand elle est toute chose de ton offrande là que  tu lui dises qu'est ce t'as dans le coeur… Avec tes palabres de savant là… Mais qu’on pige quand même !

Pis laisse faire l'reste quoi, t’es un catche remplie de charme ! Peigne moi cte barbe et tend moi les muscles là et t’es un pélo tout beau tout michto y a pas de raison qu’elle craque pas!

En disant ça elle tourniquote autour de lui à la vitesse de la lumière, remontant ici son pantalon, réajustant là sa chemine, ou passant simplement sa main dans sa barbe pour l’arranger un peu.

C’est qui te faudrait de la confiance dans toi surtout… Comme jsais que c’est pas à ça que t’es shtarf y te faut un coup de patte  de la Valérie! Ou plutôt...

Elle s’arrete et entreprend de fouiller dans les poches intérieurs de son blouson. Elle en sort divers pochette zipés contenant herbes et poudres finit par en sélectionner un qu’elle tend à Cornelius.

Tiens gros...Un ptit coup de ça dans le pif avant d’aller causer avec ta donzelle là et hop t’sera confident comme un pape visitant un troupeau de none ! Parole de la Val !

C’était donc cela.
Comme à son habitude et par fulgurance, Valérie avait évité tout le cheminement de la pensée pour en arriver directement à la conclusion.
Il semblait qu’elle avait raison mais maintenant qu’il reprenait pied, il refusa la drogue proposée. Hors de question d’altérer ses pensées en un tel instant épiphanique. Cornelius venait de subir les assaults de la sensualité, et même à distance des stimuli, il demeurait fébrile. Il n’avait rien connu d’aussi puissant, jamais. Son corps restait marqué, et le resterait probablement pour toujours.

Et il en redemandait, comme si cette crainte, maintenant canalisée, se transformait en une sorte de tension. Notre homme n’avait aucune expérience pratique, mais il n’en était pas pour autant ignorant. Il savait précisément ce que son corps réclamait.
Au niveau de la nuque, cette chaleur venant d’en bas et sa raison s’entrechoquèrent. Tout devint tiède et vaporeux. Son coeur battait fort, mais calmement. Ses yeux embrumés s’éclaircirent.
Son esprit se mit en retrait, inhabituellement. Ses jambes étaient à présent controlées par une partie en deça de sa conscience.
Cornelius, au loin, tout là-haut, n’avait le sentiment que d’être un spectateur. Et à vrai dire, c’était facile, c’était doux de se regarder revenir sur ses pas. Ce chemin qu’il avait tracé auparavant sous l’emprise d’un profond désarroi, défilait en sens inverse. Il retournait à la source de cette exaltation et cela le remplissait de joie.

Quand il l’aperçut, il sût que tout était juste. Que chaque portion de temps, que chaque décision prise, que chaque épreuve endurée, avait valu la peine.
Ses yeux fixés sur Laëli en cible, il esquivait les obstacles alentour sans y faire attention.
Il s’approcha si vite que celle-ci n’eut pas le temps de réagir. Cornelius n’ouvrit pas la bouche, et laissa son corps s’exprimer à la place. Il prit sa main dans la sienne, et la regarda, comme ça, leurs visages tout proches, simplement, comme une offrande de lui-même.

Le nomade s'en était allé, sans doute pour consulter en hâte l'ouvrage au vu de son état et elle ne pouvait l'en blâmer.

Qu'il soit un intellectuel fervent défenseur de la culture littéraire ou une sorte de lesesucht contemporain, trouver un livre encore complet et lisible en cette période n'était pas une chose aisée, peut-être ou même sans doute était-ce là le premier qu'il voyait depuis un long moment.

Retournant à ses dernières activités et bien décider à finir sa journée de travail sur cette note positive, elle range les dernières arrivées du jour avant de fermer boutique. Quelques outres d'eau pure, une plaque de tôle, des munitions de calibres... elle n'en savait absolument rien, les grosses ! Pour finir sur un sceau de mures qui devrait être transformé en confiture, sauf celle qu'elle venait de chaparder, ni la suivante et puis zut, la troisième non plus ! C'était un vol, un abus dans sa position de comptable, mais lui faire subir un tel supplice tantalesque n'était pas vraiment gentil non plus !

La grille des réserves refermées et cadenassée, elle se retourne toute sourire à l'idée d'aller pouvoir faire le lézard étendu sur les pierres quand elle capte le retour du roux qui était déjà sur elle avant qu'elle ne comprenne ce qui lui arrivait ou plutôt ce qui lui arrivait à lui.

Elle cligna des yeux, trois, quatre fois, reculant légère la tête sans comprendre. Elle sentait sa main qui tenait la sienne, son regard dans le sien, les deux avaient quelque chose de doux avec un petit quelque chose en plus, un petit quelque chose qu'elle avait déjà vu.

Le rapprochement fait, elle sentit bien malgré elle le feu lui monter aux joues.

Elle qui s'était pleine avec son ami que les hommes de l'USSR mériteraient qu'on la renomme en "SAC" pour "Samouraïs Abstinents et Communiste", elle était servie sur ce coup-là, encore que, ce n'était pas un samouraï celui-ci.

Un sourire tout autre sur les lèvres, sa tête reprit sa position initiale, son regard toujours captivé par celui du barbu qui s'était arrangé. Ses lèvres ses pinces, hésitantes, elle savait le temps qui leur était alloué compter, mais aussi captivant puisse-t-il être et aussi plaisante soit l'approche, elle ne se serait pas vu s'offrir à lui sans le connaitre un peu mieux.

Sa main se referme doucement sur celle de l'homme avant qu'elle n'esquisse quelques pas pour l'attirer silencieusement à sa suite. Une soirée en tête à tête, elle pouvait, avait même le désir de lui accorder cela et qui sait s'il serait encore ensemble au petit matin.