Quand Billy ze Kick se fait un bad trip dans la Somme

Chapitre débuté par Albert LEBRUN

Chapitre concerne : albertlebrun,

Depuis la mort de la rouquine, Albert était un peu perturbé. Enfin, encore plus perturbé plutôt. Il fût un temps où c’était un type normal. Le genre « citoyen moyen » qui va au turbin, surveille les devoirs des p’tits, tringle madame de temps en temps, se retrouve avec ses potes devant un match de rugby, et parfois même se prend une cuite. Puis il y a eu cette alerte alors qu’il était chez les potes justement. C’était peut être un jour de match, ou alors c’était juste pour se faire une partie de billard dans la cave de Franck. Vache ! Les heures passées sur ce billard à fumer, boire et faire des pompes pour les perdants. D’habitude quand ils sortaient de cette cave c’était le sourire aux lèvres, parfois un peu la gerbe aussi quand ils avaient trop picolé… pas cette fois ! Pas la dernière fois ! Déjà parce qu’ils sont restés bien plus longtemps que d’habitude dans cette cave, et qu’il a été le seul à en sortir. En fait il n’en est même jamais vraiment sorti… c’est un autre homme qui est finalement parvenu à s’extraire des gravas qui bloquaient l’entrée. Pourquoi Albert LEBRUN ? Va savoir ! Quoique dès fois, il vaut mieux oublier, jeter un voile pudique sur ces souvenirs qui flirtent un peu trop avec la folie.

 

Quand il a vu cette jeune fille agoniser, ses tripes dans sa bouche, le voile s’est légèrement déchiré. D’autres images sont remontées tels ces cadavres boursouflés de gaz qu’on espérait immergés à jamais. Alors quand le sergent lui a proposé d’aller en expédition fouiller les carcasses au loin, il n’a pas hésité à s’enfoncer dans ces terres brûlées, parsemées de troncs noircis dont les formes tordues rappellent celles de cadavres calcinés par la nuée ardente d’une soudaine éruption.

 

Il a trouvé ces champignons, bien enveloppés dans un papier d’aluminium. Il s’est dit que ça faisait bien longtemps qu’il ne s’était pas cuisiné une bonne poêlée. Bien sûr, il n’y connaît rien en mycète mais après tout, si quelqu’un s’est donné la peine de les conserver ainsi c’est que ça doit avoir une utilité. Sans doute n’a-t il pas envisagé que pour une Agrippine en herbe, l’utile peut avoir la forme d’atroces convulsions et d’une paralysie des muscles du diaphragme… s’il faut penser à tout maintenant !!

 

La poêlée manquait de beurre, d’ail et de persil ; et à vrai dire, elle manquait aussi d’une poêle. Il s’était dit qu’en les faisant bouillir dans cette vieille boite de conserve, il y aurait moins de risque.

 

Les effets n’ont pas mis trop de temps à se faire ressentir… Ça aurait pu être « Lucy in the sky with diamonds », mais ça a plutôt été « Albert dans la Somme en 1916 ». Sans doute l’effet du paysage brûlé. Franchement, se retrouver tout seul dans le « No man’s land » avec juste un sabre et… putain ! Mais ils sont où ces connards de Tommies !!! C’est leur hachoir à viande la Somme !!! Verdun pour les français, la Somme pour les Rosbeefs, qui n’auront sans doute jamais mieux porté leur surnom, et pour les Fritz, c’est la fête du slip partout. Tout est flou, sans doute l’effet des gaz… Pute vierge ! C’est des balles qu’il entend siffler ? Et ça ? C’est pas un putain d’boche de mes couilles ?!

Somme 1916
 

VLAN ! Le voilà qui lui colle un grand coup de taille qui découpe proprement le goth. Ça fait un bruit bizarre mais si vous croyez qu’on a le temps d’analyser quand les obus pleuvent comme si Dieu nous chiait une pluie d’étrons, que les balles traçantes vous vrillent les oreilles de leurs sifflements et que les schleus surgissent de nulle part, comme les morpions de la chatte d’une vieille radasse du port de Nantes.

 

Pour celui – ou celle – qui verrait ça, il y aurait de quoi se poser des questions. Ce type sabrant les arbres autour de lui en vociférant des insultes désuètes, titubant, chutant régulièrement pour se relever maladroitement en balançant de larges moulinets dans l’air. Cette danse va durer quelques minutes avant qu’il ne s’écroule pour vomir tripes et boyaux.. enfin c’est une expression, hein ! Pas comme si Elizabeth avait été de la partie. Ah ! Et puis il s’est pissé dessus aussi…


Putain ! Ils m’ont eu !! Je pisse et vomi du sang… Aaaargh ! ….

 

Quelques heures plus tard, quand les effets se seront dissipés, Albert devra se rendre à l’évidence : il n’est pas mort ! Il a encore un peu de temps avant de rentrer rejoindre son groupe… un peu de temps pour essayer de trouver une explication au fait qu’il soit couvert de vomi et de pisse… Il regarde les deux chameaux qui sont restés sagement accrochés à leur tronc rabougri, seuls témoins de son naufrage. Les chameaux… ça pisse sûrement et ça doit vomir... parfois, non ?