Highway to Valhalla

Chapitre débuté par Tobie

Chapitre concerne : Tobie, ZEKS, etlesautres,

Ce miracle de technologie allemande était entre leurs mains. L'Unimog ou « Universal-Motor-Gerät », un tout-terrain motorisé universel, fumant et couvert de poussière, se dressait fièrement devant Tobie. Ils l'avaient découvert sur les terres du sud et les hommes de Gabriel -les déchus- s'affairaient maintenant autour du monstre mécanique, à l'ombre d'un grand rocher. Ils vidaient leurs gourdes presque sèches pour nettoyer les éléments du moteur, graissaient les pistons et cylindres, allégeaient la bête de pesante carapace, la recouvraient d'armes et de barricades.
 
L'enthousiasme général n'éteignait pas totalement cette crainte vague mais tenace de ne pas réussir à démarrer à nouveau la machine. C'était une revanche sur le crash qui avait balayé d'un souffle l'écosystème technicien, une revanche timide sur ces forces obscures, qui avaient privé l'homme de son monde et de ses prothèses toutes puissantes, qu'il fallait ménager par toutes sortes de superstitions et d'angoisses.
 
Le rugissement du moteur fut pourtant accompagné de clameurs bien immodestes. Même Tobie, aux passions froides et d'un naturel peu expansif, se laissa aller à cette ivresse qu'on ressent lorsqu'on met en branle plusieurs tonnes de métal. Le camion, objet de toutes les attentions des déchus et ingénieusement transformé en engin de mort, roulait bel et bien. Il roulerait sur n'importe quoi, en particulier sur cette tribu de Vikings qui leur disputait les faveurs de la cité des vieux et la maîtrise des larges espaces alentours.
 
Sans vraiment les connaitre, Tobie haïssait ces néo-primitifs pour ce qu'ils représentaient. Ce folklore ridicule fait d'imprécations et de chants avinés, ce peuple arriéré et disparu, ses lourdes haches et casques à cornes, tout le dégoutait. C'était pour lui le signe d'une humanité décadente qui ne croyait plus en son propre redressement et tirait ses congénères vers le bas en se réfugiant dans un culte du passé et de valeurs barbares, une humanité d'idiots utiles et d'imposteurs complices de ceux qui avaient détruits le monde, ceux qui voulaient réduire l'Homme en esclavage, ces maîtres des profondeurs qu'étaient les lézardiens, et qu'il fallait écraser sans scrupule.
 
C'était donc avec une forte conviction que Tobie le Zeks avait rejoint les Déchus dans ce qui n'était somme toute qu'une banale entreprise meurtrière, conséquence logique de prétentions territoriales divergentes. Certes, il n'avait qu'une confiance limitée en Gabriel dont le sifflement suspect causé par une élocution approximative le troublait. Il respectait pourtant la volonté de puissance qui l'animait, une marque indéniable de grandeur et le signe du grand retour de l'Homme, prêt à tout pour retrouver sa place légitime tout en haut de la chaine alimentaire, c'est à dire au dessus des Lézardiens et leurs sbires.
 
Le camion fila dans un nuage assourdissant de poussières et d'odeurs de gazoil. A l'arrière, aux côtés de ses compagnons d'épopée ballotés au gré des anfractuosités du terrain, Tobie se sentait maintenant grisé par la vitesse. La poignée de cheveux qui lui restait flottait librement derrière lui, là où les ruines et le désert se perdaient. Bientôt, ils écraseraient ces ennemis du progrès. Et tout pourrait recommencer.

L’arrivée des Déchus sur le continent nord fut des plus mal accueillis. A peine, un pied foutu sur le continent,que les menaces fusèrent. Une espèce de coréen appuyé par des « vikings », expliquèrent que si ils restaient ils seraient massacrés. Largement de quoi intimider l’ensemble des bouseux qui foulent les dunes de sable, de ce monde nouveau. Mais les Déchus étaient pas fait de ce bois-là, bien au contraire. Et parmi eux se tenait un psychopathe parmi les autres psychotique. Le chevalier de la cause Croate, le dénommé Goran. Étant totalement obnubilé par sa chasse aux serbes, les événements des dernières lunes étaient clair pour lui ! Le complot serbe s’opposait à lui. Personne n’aurait pu le dissuader. Après tout les milices fascistes serbes avaient tendance à adopter des symboles des cultures nordiques.

 

 

Dieu est grand, mais surtout Dieu est Croate ! A travers différentes interventions divines, les Déchus passèrent du statut de proie, à celui de chasseur sur armé. Tous ces signes rendirent Goran impatient, et furieusement plus taré que d’habitude. Pour s’occuper, il avait aiguisé à la perfection l’ensemble de ses flèches. Et malgré tout, il répétait ce geste inlassablement. Une manière comme une autre de se distraire, avant qu’ils ne fassent pleuvoir la mort. Ils manquaient qu’une chose avant de partir à l’assaut, un putain de camion….

 

A l’arrière du taxi blindé, le paramilitaire priait une dernière fois. Les premiers bâtiments du Bar étaient visibles au loin. Il encorda une première flèche. Histoire de donner du courage à ses frères d’armes, il se mit debout sur la remorque, et harangua la troupe :

 

ZA ZA HRVATSKA !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

 

 

 

N’est pas Braveheart qui veut, et surtout pas Goran. Alors que son cri se termine, l’unimog passe sur une bosse. Le voilà projeté comme une merde au fond de la remorque. Sa flèche partit, et vient se perdre à des années-lumières des défenseurs… Bordel, la nuit allait être longue ...