Final Exit

Chapitre débuté par Jansen Doris

Chapitre concerne : Last Exit to Busan, La Main, Jansen Doris, ZEKS, Kafka, Danuta Klamczynski, Alex Law, corteztessa, exodus, Eiko,

« Toi ! Ouais, te planque pas, approche ! »

 

C'était presque encore un gosse, pas vraiment un adulte, que dévisageait Jansen. Le regard perdu et vague qui lui faisait face ne tirait aucune forme de pitié chez la métisse. Couverte de poussière et d'un peu de sang, elle lui désigna des outils entreposés non loin et le corps d'une blonde qui gisait à quelques pas.

 

« Tu lui coupes la tête, si tu veux pas que je prenne la tienne. Et l'abîme pas trop, c'est pour un cadeau. »

 

Ah Danuta, si tu avais su que tu terminerais ainsi, en trophée qui serait rapporté auprès d'un de tes ancien patients de Risperdal, tu n'en aurais sûrement pas cru tes oreilles. Et dire en plus que c'était celle qui aurait pu être ta tante, par alliance certes mais quand même, qui te regardait d'un air dédaigneux et ordonnait ta décapitation post-mortem, ça rajoutait un peu de drama à l'histoire, non ?

 

En tout cas, pour l'allemande, tout ça lui remettait un peu de baume au cœur. Y'avait pas à dire, une petite tuerie, ça requinquait. Et comme elle ne baisait plus depuis que son mec s'était mis à baver, il lui fallait bien ça au moins pour ne pas sombrer tout à fait dans la dépression. On ne parlait pas de folie, parce que la métisse avait toujours eu au moins un pied dedans, et y avait carrément les deux maintenant qu'elle était abandonnée par Kyl. Mais une petite étincelle de vie s'était rallumée en elle, depuis qu'elle avait quitté le Sac pour rejoindre Alex et la Main, pour venir enfin massacrer les habitants de Busan.

 

Des mois qu'elle en rêvait. Tobie le savait, elle n'avait jamais accepté le départ de Kafka, Akio, Dan, Providence et Tobias. A ses yeux c'était une forme de trahison, qu'elle avait longuement ruminée. Mais plus encore, alors que la rupture s'était effectuée à cause du goût pour le sang des Zeks, mal vu et non accepté par les dissidents, ceux-ci n'avaient pas hésité à accueillir chez eux des anciens membres de l'Enclave, ennemi déclaré des Zeks depuis leur alliance avec les Déchus. Puis, plus récemment, ils avaient abrité Notorious, l'un des « vieux » qui sillonnait le sud. C'en était trop, et plus personne n'avait trouvé à redire sur la tuerie à venir. A jouer avec le feu, on se brûlait les ailes, et les soi-disant indépendants goûteraient à celui venu du Sac, Jansen s'en portait garante...

 

Et tout avait été rapide. Une exécution dans les règles, sans aucun survivant parmi les défenseurs. A présent, la métisse déambulait dans la petite cité ferroviaire, son flingue dans une main, une scie dans l'autre. Elle faisait confiance au jeune pour s'occuper de l'ancienne infirmière, il n'avait de toute façon guère d'autres choix s'il voulait tenter de rester en vie. Rapidement, Jansen trouva le corps de la latina à l'accent insupportable qui inondait parfois les ondes. Elle s'agenouilla près d'elle, sifflotant presque joyeusement. Le rebondi du ventre ne l'intéressa pas, et elle n'y jeta même pas un regard. Seule la main comptait, et le grincement de la scie sur les os se fit bientôt entendre dans les airs, se mêlant à la mélodie entonnée. Une giclée de sang vint lui arroser la joue, alors que le reste du liquide poisseux imbibait son jeans. De nouvelles traces, qui en rejoindraient d'autres plus anciennes. Si Kyl avait pu voir ça, quel plaisir ça aurait été ! Ils se seraient sûrement envoyés en l'air là, au beau milieu des corps, se foutant royalement des yeux indiscrets. Bordel, il lui manquait, ce fichu con...

 

Elle emporta la main enfin séparée du corps de Tessa, et se mit en quête d'un autre. Dans le coma celui-là. Quelle blague ! Avec sa grande gueule, il aurait pu trouver mieux quand même que cette fin minable. Mais c'était peut-être ce qu'il était, au fond. Pour ça qu'il s'était retrouvé dans l'un des cachots de sa jumelle, dans les sous-sols de Risperdal, à moisir comme un con en attendant la vengeance de Jaeger. Et que c'était lui aujourd'hui qui allait mourir, et pas Jansen... Elle ouvrit plusieurs wagons et baraquements, avant d'enfin trouver celui où reposait l'homme.

 

« Putain Kafka... T'aurais dû te contenter de tes trois putes à Prague, t'en serais pas là. »

 

Non, il serait mort avant, comme la majorité, quand le Chaos avait eu lieu. C'était aux yeux de l'allemande plus digne que l'état dans lequel il se trouvait ce jour là. Elle observa quelques instants les traits tirés de celui qui avait été une sorte d'ami, un compagnon de cellule, puis de route. Un mec qui portait la même haine envers sa sœur, mais dont la colère s'arrêtait là. C'était dommage, elle l'avait apprécié, fut un temps. Suffisamment pour décider de mettre fin à son calvaire. Sans aucune hésitation, Jansen pointa son arme vers lui et tira en pleine tête. C'était presque une sorte d’entraînement avant ce qu'elle devrait faire en rentrant, le cœur serré en moins. Elle balaya cette idée d'un soupir, et rangea son flingue. La suite ressembla aux minutes précédentes, le même son de scie, et une main qui rejoignit le reste de la collection...

 

Quand elle regagna le reste de la troupe, les yeux sombres de la métisse brillaient d'une lueur malsaine. Elle regarda tour à tour Eiko et Alex.

 

« Alors, c'est pas cool quand même ? »
 

Avant de partir dans un éclat de rire démentiel...

Les armes à feu résonnent encore dans la tête rousse. La poussière du sable plane autour d'eux, étouffante à souhait, relevée dans l’affolement d'il y a encore quelques secondes à peine.
Busan est tombée, il n'en reste plus grand chose. En particulier ses principaux habitants dont les corps jonchent maintenant le sol, alignés devant eux.

Ils sont passés d'un petit coin de paradis tranquille et calme au chaos en un rien de temps. Jansen paraissant étrangement dans son élément.
Et c'est avec une lègère grimace que la rouquine détourne le regard sur elle, scie en main, prête à découper ses trophées. Profitant de ces corps inertes qui étaient encore chauds il y a de ça quelques minutes.

Aussitôt le haut le coeur la gagne et son petit déjeuner s'étale à ses pieds.
Le coup de stress, le coup de trop.
Elle avait réussit à s'habituer à celles séchées qu'elle traînait avec elle. A celle de sa soeur qu'elle avait finit par enfermer dans une boîte pour ne plus jamais s'en éloigner.
Elle ne l'avait jamais vu faire sur le vif. Aujourd'hui, c'était fait.

Elle avait beau jouer les dures, la rousse. C'était toujours aussi difficile de voir tous ces corps sans vie. Surtout l'état dans lequel ils se retrouvaient après le passage de la brune et même si, elle même, en souhaitait parfois la fin avec la rage au ventre.

La collectionneuse finit par revenir avec une main supplémentaire, le sourire aux lèvres. Ce sang sur le visage qui ne la rend que plus féroce qu'elle ne l'est déjà.
La russe s'efforce de sourire en réponse à son rire qui en fendrait presque l'air.
L'effort n'est pas si compliqué. La réussite, le soulagement...


Ouais. Ouais, c'est cool.
Wouhou !


Là voilà qui sautille, maintenant, chopant son brun au passage qu’elle gratifie d’un bon coup de langue au fond du gosier pour fêter ça. Impatiente de visiter cette citée qu'ils viennent de gagner, pressée d’en faire son terrain de jeu le temps d’un instant.


 
C’était rapide, c’était même éclair, un bon assaut à l’allemande sur la Belgique, des chars et des coups de feu dans tous les sens. Les habitants du petit coin perdu pour ne pas dire paradis, n’avaient aucune chance. Ils n’étaient pas préparés et même s'ils l’avaient été, le déluge de plomb et de poudre qui leur était tombé sur le coin de la gueule était difficilement gérable.

Notre héros, qui n’était qu’un protagoniste complètement inconnu, dormait. Bien heureux dans son plumard qu’il avait confectionné, c’était au bout du deuxième voire du troisième tir qu’il se réveilla enfin, passant de Morphée à Arès. C’était en stress qu’il tentait de s’habiller, manquant de se vautrer alors qu’il sautait dans son vieux jeans et il devait, au vu de son état, faire attention de pas confondre une jambe avec un trou.

Quand il fut enfin dehors, il était seul à ne pas être passé d’Arès à Hadès…

Mettez-vous un instant dans la peau du pauvre ado, il trouvait enfin un coin pour poser ses valises, il tombait dans un lieu étrange certes, peuplé de fou mais il était au final entouré de jolies filles et tout se passait bien. Et un matin, ou du moins quand il se leva, tout le monde était mort. Mayanne fit une dernière charge furieuse, baroud d’honneur vain et futile et Mah tomba à genoux, en pleurs. Il lui fallut un petit moment pour se rendre compte qu’il était vivant, qu’il l’avait toujours été et que la réalité avait rattrapé son paradis, lui explosant les dents, la tronche et le reste à grand coup de fusil à pompe.

La femme qui se tenait sur le charnier était d’un fascinant, il ne saurait dire pourquoi, mais il avait fini par lui sourire. Elle avait mené l’attaque, sûrement, au vu du sang, mais c’était l’éclat de folie qui venait d’amuser Cody. Le propriétaire avait changé, il espérait qu’il pourrait récupérer son charbon, précieux sac qu’il se mit à chercher du regard avant de recevoir une injonction plus que claire.

Un frisson, pas si désagréable, parcourut la jeune échine alors qu’il haussait les épaules en regardant l’ange blond fauché par le cavalier de l’apocalypse. Il était désolé pour elle, il la prit avec soin, elle était presque plus légère que son sac de cailloux noirs.

Le reste fut chirurgical et sans la moindre compassion. Il sortit les couteaux à viande, collant ses coudes à son torse après s’être retroussé les manches et lavé les mains, on ne déconnait pas avec l’hygiène. Il sourit tendrement à la blonde, remuant ses oreilles et ses narines une dernière fois pour elle, elle semblait avoir apprécié, puis avec méthode, comme s'il avait fait ça trop souvent, il découpa la tête. La légende racontera qu’il entonnait du Jazz.

Le temps que les belliqueux finissent de fêter leur victoire, le reste de la carcasse était la tête en bas, accroché au plafond, une bassine de sang se remplissant juste en dessous. Fallait pas gâcher la viande.


-Je vous l’emballe ?

La tête fut tendue avec soin et respect à la nouvelle patronne.

Ils avaient débarqués juste avant le passage de lune et avaient complètement merdé leur approche.
Ils s'étaient retrouvés, aux portes de la communauté silencieuse, armés jusqu'aux dents, à attendre que la lune passe.

Et après...

A part les deux mecs qui s'étaient planqués dans les bâtiments et qui s'étaient barrés dès qu'ils avaient pu, il ne restait qu'une nana avec un masque et un jeune mec de vivant.
Il est en train de causer avec Jansen, lui regarde déjà depuis quelque temps un cadavre.
le seul qui a l'air entier dans le carnage qui a eu lieu.
Il a toutes ses mains et sa tête.
Il est tout enturbanné est il est installé bizarrement.
il est collé à une sorte de muret, base d'un bâtiment dont il ne reste plus grand chose.
Plus ou moins sur le dos, il a une jambe pliée dont le mollet se trouve sur le rebord de la partie supérieure du petit muret,  l'autre aussi a un angle bizarre.
Ses bras ont choisi une courbure curieuse, comme une mante religieuse qui attendrait son mâle.

Il a les yeux ouverts.

Les yeux sont comme les yeux d'un mort.

Ça lui fait penser à son chat.
Oui.
Il n'y avait pas repensé depuis... Il ne sait même plus.
Il l'avait retrouvé, quand il était gamin, en pleine nuit, installé comme ça...
Dans l'escalier en bois, qui tournait, il était dans le virage, contre une marche, sur le dos, les pattes pliées bizarrement, le cou légèrement tordu.
Comme un chat qui se serait vautré dans l'escalier et cassé les cervicales quoi.
Les yeux ouverts, immobiles.

Mais un chat, ça ne se vautre pas dans l'escalier.

Ses yeux avaient bougé, genre, je me réveille et j'avais oublié de fermer les paupières.
Il avait miaulé, il s'était remis sur ses pattes et il l'avait fait chier pour qu'il lui donne des croquettes alors qu'il en a déjà.
Il lui avait ouvert la porte, et, alors qu'il lui demandait 15 fois par jour de sortir, même quand il venait de rentrer par la fenêtre encore ouverte, là, bien sûr, il l'avait regardé comme s'il faisait un truc complètement con.
Il s'en fichait à l'époque, il aimait trop son chat et avait eu trop peur qu'il soit mort.
Il lui avait donné à manger.

L'homme recouvert de draps n'aura pas faim.
Il ne lèvera pas les yeux.
Il ne miaulera pas.
Il avait beau avoir toutes ses mains et encore sa tête, il ne se foutera pas non plus de sa gueule.
Ni de la gueule de personne d'ailleurs.

Il renifle, prête l'oreille à la discussion d'à côté.
Il décide d'y entrer avec ses gros sabots.


Mais c'est une autre histoire, qui se passe ailleurs...