Confiture d\'ondes

"Un deux... Un deux.. Me recevez-vous ?"

La voix, grave et profonde, grésille anormalement.
Du mouvement, un bruit de choc : la radio est peut-être tombée au sol, ou bien fut-elle projetée contre un mur.
Des pas s'approchent, la radio semble être saisie puis faire l'objet de manipulations très désagréables pour l'éventuel auditeur.


"Bordel de merde ! Tu pouvais pas avoir une... ah mais... Hm."

Un silence.
L'homme s'éclaircit la gorge puis s'exprime posément, la nuisance des bruits statiques déformant sa voix n'empêche pas la possible identification de l'émetteur.
C'est seulement très agaçant de l'écouter.


"Mesdames Messieurs, bonsoir.
Aujoud'hui je m'exprime pour la première fois sur vos fréquences et vous remercie de votre attention.
J'ai récemment trouvé cette radio sur une personne décédée depuis -d'après mon estimation- beaucoup trop récemment.
Les causes de sa mort sont pour l'instant indéterminées mais je doute qu'il s'agisse d'une mort naturelle... Je tiens également à préciser qu'il s'agit du sixième cadavre que je rencontre ici-bas."

Une pause, des bruits de briquet.

"Je crois que nous pouvons d'un commun accord considérer la situation comme étant grave et si vous me permettez l'expression, j'aimerais la qualifier "d'apocalyptique", ce terme est selon ce que j'ai pu avoir l'occasion d'entendre et d'apercevoir le plus proche de la réalité.

Mesdames et messieurs, je vous en prie, gardez votre calme.
Ce message n'a pas pour but de créer un mouvement de panique : si votre respiration devient difficile, si vos pensées deviennent douloureusement confuses, si votre coeur semble vouloir sortir de votre poitrine, si vous ressentez vertige ou nausée, vous êtes en proie à une crise d'anxiété aigue et je vous demanderais de suivre les recommandations officielles que je vais immédiatement répéter :

Un : Eloignez et débarassez vous de tout objet dangereux.
Deux : Gagnez rapidement l'extérieur.
Trois : Allongez vous sur le sol face au ciel, les jambes serrées et les bras écartés dans la position officielle dire de la "croix".
Quatre : Fermez les yeux, utilisez votre diaphragme pour prendre de grandes inspirations controlées.
Cinq : Patientez jusqu'à ce que la crise cesse ou qu'un membre de la protection civile vous vienne en aide.

Je répéte..."

Une seconde volée d'instructions identiques, pause, bruits de briquet.
Silence... Il reprend la parole.


"Mesdames messieurs, la situation étant établie et les consignes de sécurité répétées, nous pouvons poursuivre cette première diffusion.
Comme je vous le disais plus tôt, j'ai eu l'occasion d'entendre certains d'entre-vous vous exprimer sur d'autres fréquences.

Je tenais tout d'abord à féliciter cette future maman à la recherche d'un gynécologue.
Madame, meilleurs voeux à vous et à votre époux.
To the lady who said she was going to give birth, please receive my best wishes.

Je possède moi-même des connaissances médicales rudimentaires qui seraient suffisantes pour la soulager mais, hélas, je ne suis actuellement pas en position de lui venir en aide.
Si vous possédez des compétences suffisantes dans ce domaine je vous invite à rejoindre immédiatement la fréquence xx.xx.xx pour répondre à son appel au secours."

Pause.

"Une Mademoiselle s'est d'ailleurs exprimée sur cette fréquence, c'est à elle que la suite s'adresse.
Ce n'est pas la première fois que je vous entends et la coloration de votre language -très vive- m'est véritablement agréable : il est surprenant d'entendre une jeune femme se donner la peine de rechercher un vocabulaire riche, précis et efficace.
Cependant, Mademoiselle, je vais me permettre de vous conseiller de faire un effort d'élocution et de réduire votre débit.
En effet, bien que votre voix porte toutes les douceurs de la jeunesse qui est vôtre, il est vraiment difficile d'apprécier vos communications dans l'état actuelle de votre expression orale : la portée de votre message en est amoindrie.
Pour être tout à fait honnête avec vous je suis persuadé que vous possédez un rare talent d'oratrice et il serait regrettable de ne pas le travailler... Peut-être des leçons de rhétorique seraient adaptées pour perferctionner vos compétences articulatoires.

Mademoiselle, recevez ce message d'un auditeur caressant l'espoir de voir la qualité de vos diffusions s'améliorer ; si vos paroles sont déjà le miel des fleurs les plus délicaltes, elles deviendront ambroisie. "

Pause, bruits de briquet.

"Etant donné la nature du sujet suivant je demanderais à mon auditoire invisible d'être indulgent, je ne voudrais en aucun cas provoquer la vexation d'instances, de personnes, d'entités, qui me sont pour l'instant inconnues.
Il est question de..."

Du mouvement, la radio semble être vivement saisie puis on discerne l'écho de quelques bruits de pas.
La voix n'est plus qu'un murmure, sûrement chuchote t-il contre l'appareil.


"Mesdames et Messieurs, je suis dans le regret de vous annoncer que la diffusion de ce soir arrive à son terme.
C'était... C'était le Sans-Format."

Fin de la transmission.
 

Yo mec.

J'peux te parler là, ou c'est fini ?

Clic.


Fuck you, I won't do what you tell me !

Shit.

 

Clic.

 


Fuck you, I won't do what you tell me !

La voix, toujours parasitée, reprend une nouvelle communication.

"Monsieur, bonjour.
Si vous souhaitez vous entretenir avec moi en privé, je vous invite à me rejoindre sur la fréquence xx.xx.xx où je vous communiquerais une nouvelle adresse afin d'établir un échange "sécurisé".
Le cas échéant, libre à vous d'utiliser la fréquence actuelle.

Le programme officiel reprendra son cours lorsque votre hôte sera en mesure de diffuser dans des conditions adaptées.

C'était le Sans-Format."

Fin de la transmission.


https://www.youtube.com/watch?v=G7i-6PFCcA4

TUMÉKOUTE'VIEILLEFIOTE?!!
SAI'SIMPLE:J'KOZE'KOM'J'VEU'ÉTAKABIEN'FERMÉTAGUEULE2FRAGILE!
KAPISH'TROUDUK?!!