Acte 5 - L'Ére de la Coopération

Chers nomades !
C'est bon !
C'est arrangé !
Malgré ce qui s'est passé, le Crédit du Sac, le Crédit du Sud... a tenu le choc !
Ha Ha !


Il renifle...
A l'aise en plus...

Après la saisie des comptes des traitres, nos stocks de nourriture, d'eau, de médicaments sont très au dessus du nombre de crédits en circulation.
Le Sud peut continuer à se développer !
Mais d'une façon légèrement différente.
Nous entrons dans l'Ére de la coopération.
Ouais... La coopération, vous voyez ?


Un silence...

J'vais pas expliquer en détail... Une sorte de cité où il n'y aurait plus de plan de production... Enfin si, pour ceux qui viennent chercher des salaires... mais pour les habitants de la ville... de la concertation... des trucs comme ça... ça va être un vrai bordel, j'avoue.
C'est Iki qui va gérer.

Une petite pause.
Oui, je confie la cité à Iki.
Je sais, il est arrivé il y a deux lunes.
C'est l'avantage ça... Je me dis que confier le Sac à un mec qui a sauvé les trois quarts des types et des nanas qui sont sortis des égoûts depuis l'an II ou l'an III, c'est un message clair.



Il tousse.


Quant aux traitres.

J'ai nommé Chris Barnes et Emanon et quelques autres.
Ils ont tué Ghalyela, Judie, puis Lemmy.
Ils sont bien évidemment partis avec la caisse.
Ils sont très fiers d'eux.
Je n'insiste pas trop parce qu'en ce moment, je fais dans la guerre psychologique... Je ne leur parle plus... Je ne les écoute plus.

Un petit rire.
Ça les énerve un peu, je crois.

Mais cela n'empêche pas que je pense à eux.
Chaque jour !
Ha ha !


Il doit se gratter la la tête, ou la barbe, le bruit n'est pas clair.

Je mets leur tête à prix !
Déjà, tout ce qu'ils transportent est à ceux qui les tueront.
Les deux voiliers, les deux petits voiliers... les 150 rations environ... les armes, drogues, carburants qu'ils ont volés.


Il soupire.

Cela ne suffira sans doute pas pour attirer du monde, d'autant qu'à mon avis, il suffit de les suivre pour récupérer les voiliers qu'ils abandonneront en route, voire les espions qu'ils tueront au fur et à mesure ou qui se jetteront à l'eau une fois une embarcation amie repérée.

C'est pourquoi j'ai pensé à lever une petite cagnotte...


Une feuille qu'on défroisse.

Voilà...
En ce milieu d'été de l'an V.
Les têtes de Chris Barnes et d'Emanon sont mises à prix...
En plus de tout ce que j'ai dit tout à l'heure, hein...


Et la prime est de...
Je vais parler fort pour que même les vieux du Chapiteau entendent...

266,5 CS !

Et elle va sans doute monter, tout le monde n'a pas encore répondu !
Une condition quand même.
Il y a deux bébés avec eux.
Ils doivent survivre et nous être ramenés.
C'est absolument impératif.



Un long silence...



Bonne chasse.

*clic*

« Finit le temps du capitalisme, il est venu le temps des cathédrales... Des temples érigés à la gloire du Saint-Photon. »

Il balance un son, un vieux disque :

 

« Je suis Chris Barnes, élu de la lumière, fils du saint-photon, et guide du peuple élu. »

« Cher monsieur Law, votre mutisme ne nous provoque aucune émotion notable, nous ne sommes pas aigri, l'aigreur est d’ailleurs punie par le Saint-Photon . Par contre, il est un fait, et le fait est que c'est vous... C'est vous l'aigri. L'aigri qui déblatère des menaces, et , encore une fois, tente d'essayer d'exploiter les gens en cherchant à les arroser de votre monnaie impalpable et basée sur l'exploitation du travail de pauvres producteurs pour mettre à prix la tête des guides du peuple élu.. »


Bruit de briquet, il s'allume une clope. Décidément , l'élu de la lumière est un gros fumeur...

« Pourquoi ne pas venir vous même ? Qu'est ce qu'il vous manque ? Des CS ? Je ne pense pas... Des Armes, des gens et des véhicules ? … Je ne pense pas non plus... Du courage ? …Peut être... »

Il tire une énorme latte, recrachant la fumée, causant de la friture sur le micro, avant de reprendre :

« Les gens ne sont pas dupes...Vos péchés, que j'énumère : la cupidité, la manipulation, la colère, et le mensonge, devaient vous retomber dans le coin de la gueule un jour où l'autre. Et en ce jour de purification, ils sont retombés. »

« Le crédit sac ne sert à rien, ils ne sont que l'instrument d'un mégalomane avide de pouvoir et sans courage qui compte depuis le début de cette ère, de contrôler les gens. »

« Après l'ère de la paix, l'ère de la coopération... N'avez vous pas l'impression de tourner autour du pot, Monsieur Law ? Rien ne change vraiment. Votre immobilisme et votre faculté de contrôler votre petit monde en l'arrosant d'une monnaie qui n'est que du vent ne dupe plus personne. »

« Vous offrez 266 crédits sur nos têtes... C'est bien. Belle mentalité. » 

« Mais va falloir se réveiller monsieur Law. Les gens n'en ont rien à foutre de vos crédits.  Nous ne sommes qu'un peuple libre, qui a récupéré son dut. Le fruit de leur travail. Nous n'avons rien volé.... »

« Vous êtes le voleur. Le mauvais. L'obscurité. »
« La purification aura lieu. Que vous le vouliez ou non, et personne ne serait assez fou pour arrêter les projets du Saint-Photon. »

« Personne. »

« Que la lumière ait pitié de vous, Monsieur Law. »

Seul l'avenir nous dira si ces crédits ont attisés les convoitises ! Verra bien qui sera payé ou découpé !

Une réponse dans la fréquence, le son des vagues se mêlant à quelques rires francs. Comme un groupe d'enfants riant, découvrant la vraie vie, sans les parents, sans le tuteur « tueur » prêt a mettre à prix la tête de ceux qui l'ont aidé a forger son empire de papier, de dettes et de crédits...
Une mélodie de Beethoven en fond...

 

L'élu de la lumière, Chris Barnes, prit la parole. Sa voix, comme à son habitude, sobre et grave :


- "Notre tête est mise à prix. Belle manœuvre pour quelqu'un qui prône la paix, et la "cooperation ""

Il applaudit, vigoureusement.

- "Bravo, vraiment..."

Il s'allume une énième clope …

- "Et tu veux quoi toi ? Rien en fait ? Tu offres nos bateaux, nos stocks et quelques crédits de ta monnaie au premier qui viendra t'apporter nos têtes ?"

-"Ça m'a lair trés personel comme réaction. Sais tu que la vengeance est punie par le sacro-saint-photon?"

Il se marre, tire une latte, puis tousse, manquant de s'étouffer, avant de reprendre:

- "Ah si ! Tu veux les bébés... Les enfants d'Emanon.. Ses futurs enfants aussi ? Parce qu'elle est encore en cloque là... »
-"Tu entends ça Elton? Ce fils de pute de mécréant finit à la pisse veut buter la mère de ton future gosse... Mais p.... Merde, je suis en direct, j'oubliais..."

Il se racle distinctement la gorge, puis reprend: 

- "Tu veux quoi encore ? Qu'est ce qui te revient ? Selon ta vision des choses ? Moi même et mon père, mon bien aimé, l'illustre Saint-Photon sommes curieux de le savoir..."

- "Tu te prends pour le roi ? Le roi de quoi ? "

- "Tes « plans » font partie de la purification, et tu ne t'en rend même pas compte.... Tu fonce tête baissée dans les pièges, tel le mécréant que tu es... "

 

Il tire une latte, et souffle cette fois sur le micro de la vieille radio embarquée.

 

- "Tes plans, ta mise à prix... C'est calculé. Réfléchit, et validé par le Saint-photon... "

- "Tu vas faire de nous des martyrs, et tu le sais, si t'es pas trop con................."
-"C'est le plus beau cadeau que tu puisse nous faire, et encore une fois... Tu le sais, si t'es pas trop con............................."

Il renifle, retire une latte , souffle , et reprend :

-" Avant d'être le traître que tu annonce, j'étais ton outil, ton formateur, ton administrateur de ton comptoir capitalo-commercial... Mais ce temps est révolu... Tout ça ne mène à rien. L'heure de la purification a sonné."

-"Nous étions aveuglés, et aujourd'hui , on se réveille. Le peuple se réveille. "

-" NON, ALEX LAW, on ne se rendra pas. "

-" NON , ALEX LAW, tu ne décidera pas de l'avenir du peuple libre. "

-" NON, MONSIEUR LAW, tu n'es pas l'élu. C'est moi. "

-" NON, ALEX LAW, Personne ne trahira le peuple élu, malgrès les tentatives de retournement que, dans un élan de courage, comme d'habitude, tu impose a nos matelots. "

-"Tu crois vraiment qu'on en est arrivé jusque'ici pour que quiconque fasse demi-tour ?"

-" La lumière du Saint-Photon nous guide, chaque jours... Comme elle nous a toujours guidé, et comme elle nous guidera, à tout jamais..."

-"Et toi, qu'est ce qui te guide ? Ton avidité ? Ta soif de pouvoir ? "

- "Nous nous battrons jusqu'au bout. Et mes mots, ce soir, resteront à jamais gravés dans les mémoires. "
- "Tu es l'obscurité, Law. "

- "Tues moi, tues Emanon, et le peuple libre, tues nous... C'est exactement ce dont on a besoin. Nous seront les martyrs de la lumière, et tu t'affichera sous ton meilleur jour... Celui du mécréant capitaliste haineux, et jaloux de la liberté."
-"La purification te fais si peur que ça? Tu as peur de ne pas être assez pur? il est l'heure d'expier tes péchés, Law..."
-"Tues nous. Viens, t'es pas loin. Viens prouver au monde que tu as des couilles, et peu de cervelle..."


 

- "Que le Saint-Photon ait pitié de toi, pauvre monsieur Law... "

Le saint Photon !...  ou p'tit con, je dirais, a lâché l'âme. A croire que la purification a commencé...

​​​​​​C'est tout ce que j'ai à ajouter...

Ah si ! C'est pas les mômes de Emanon qu'on veut sauver...
Elle fait ce qu'elle veut de sa marmaille. Sauf un, quoi. Celui qui n'est pas à elle. Celui qu'elle a osé kidnapper en l'honneur du peuple libre.

La prime est toujours d'actu, oubliez pas.


*Clic*


 


Une radio grésille.
Du bruit.
Beaucoup de bruit.
De la musique, des cris, des hurlements d'ivrognes.
Quelques mots :

OUAIS ! PUTAIN ! IL EST MORT !

Des rires, ça braille toujours.

Un énorme bruit, comme un moteur immense qui se met en route et couvre presque le son des enceintes.
Un bruit de flotte, comme un plongeon.
Une grande inspiration.
Un cri d'horreur.

Et un bruit, dégueulasse...


"La guerre est terminée"

Rire froid, sans humour.

- Eiko.... Sauver ton neveu? Cet enfant que tu n'as jamais voulu? Que tu n'as jamais su regarder dans les yeux? A qui tu n'as rien appris?
Laisse moi rire.... C'est moi qui suis là quand il est malade, quand il est triste, qui le fait rire, qui le nourris et tout ce que tun'as jamais voulu faire pour lui car t'etais trop occupée à te faire péter le cul par l'autre morveux qui te siffone.

Cet enfant m'appelle maman, veux tu tuer une seconde fois l'autre femme qu'il consièdre comme sa mère? Et le briser une nouvelle fois? Es tu ce monstre Eiko?
 
Faites votre vie, nous nous avons choisie la nôtre. Loin de vous et de vos esprits tordus.

 


NoOKs

Hé bien, mes petits chats, ça à au moins l’intérêt d’être divertissant tout ça. Dommage que ça se finisse si vite. On aurait aimé plus de rebondissements, de péripéties. Plus de morts, peut être aussi, du panache et des explosions. Mais on s’en contentera visiblement. Monsieur Law, félicitation pour cette victoire, je lève mon verre à vos résultats, vous êtes toujours aussi efficace.

Bruit de verre qui cogne l’émetteur puis on l’entend boire.

Vu que vous êtes vengé et que vous êtes un homme de paix comme vous aimer le proclamer, j’imagine que la vendetta est finie. Il est bon d’avoir des ennemis, ils nous enseignent, ils nous tiennent éveillés. J’ai la paresse de ne pas en avoir et ce n’est pas une invitation, loin de là, j’aime ma vie simple. Je vous avoue même que vous rencontrer serait un plaisir, mais je doute que cela arrive.

Emanon, au vu de ton état et de la marmaille que tu sembles trimballer, je t’invite à faire une halte méritée, une pause pour rependre des forces et voir des médecins, tes enfants aussi. Je ne sais pas combien il y a eu de naissance dans ce merdier, mais elles ne doivent pas être nombreuses, on doit protéger ceux qu’on à de la violence gratuite. 

Chers Amis, je vous laissez à vos réjouissances, puissiez vous êtes humble devant la mort, même de vos ennemis.

 


"Le grand art de la vie est la sensation de sentir que nous existons, même dans la douleur."

Une victoire de courte durée, vu qu'il s'est fait sauté la caboche. Law est mort !

- Et toi là qui me tutoie et qui ose me donner des conseils, va donc te faire foutre. Tu vouvoies cette petite fiote d'Alex mais moi tu me tutoies alors qu'on ne se connait même pas? 
Putain révise ta politesse gros con.

Mes enfants vont bien et ça te regarde en rien. 
Alex ne s'est vengé de rien. Le Saint Photon s'est laissé mourir en martyre, il avait une mission, il l'a accomplie. Et il est certainement mort plus dignement que l'autre pédale de Sac à merde.

 


NoOKs

Une victoire n’a pas de duré et la mort de Monsieur Law est une victoire pour d’autres. Le monde semble se nettoyer, puissent-ils tous trouver ce qu’ils cherchaient.

Il se marre doucement avant de reprendre.

Ne confonds pas conseil et invitation, tu es bien libre de faire ce que tu veux, je te tendais juste la main, rien de moins et mon offre tient toujours. Il est certain qu’avec la mort de Monsieur Law, tu ne sembles plus réellement en danger. 

Pour le reste, je n’ai pas joué d’insulte, j’ai juste pris le ton qui me semblait le plus approprié pour mon interlocuteur. J’oubliais que je parlais à une Dame. Donc très chère Emanon, je vous invite, si vous voulez profiter d’une pause, dans un havre de paix ou vous et vos enfants serrez en sécurité. 

Sur ce, continuez à bien vous suicider dans la dignité.


"Le grand art de la vie est la sensation de sentir que nous existons, même dans la douleur."

Le soleil brille. Les mouettes gueulent. McCoy décroche finalement sa radio.

Ici McCoy.



Et j’ai plus beaucoup de clopes en stock.


L’ancien animateur se met à parler comme s’il était revenu à son émission. Beaucoup de blabla, qui n’apporte finalement pas grand-chose.

J’étais en train de sombrer tout doucement en zombinite, je crois. Mais y’a de quoi réveiller. Je vais être papa, bon, bah c’est déjà ça. Donner la vie dans un monde qui va bientôt disparaître, putain, quelle ironie.

Chris est mort. Pour nous, pour son peuple. Il avait peut-être l’air d’un allumé, mais maintenant que y’a des météorites dans le ciel et des chaleurs à en faire crever tous les grabataires, qui c’est qu’a l’air bien con, maintenant ?

Buté par des analphabètes… Putain !

Peut-être que si j’étais un peu réveillé, c’est moi qui serais allé chercher cette foutue caisse, hein ? Enfin, il est mort en martyr, comme il le voulait. Il a largement plus accompli que les trois quarts de connards qui bavent encore sur cette terre.

Pis Alex et Eiko ont fini par succomber à leur ballade. La ballade d’Alex et Eiko… Wah. Je devais avoir le vinyle… Il aura bien marqué la carte, avec ses comptoirs à la con !

Mais croyez-le, croyez-le pas, j’suis triste pour les bougres. C’est ce qui arrive quand on part en folie rancunière, faut croire. Surtout avec une fin du monde si proche. Qu’est-ce qui va se passer maintenant, avec ce déséquilibre ? Anarchie, changement de territoire ? Ou… Rien ?


Le Capitaine soupire un coup, puis s’allume ce qui semble être l’une de ses dernières cigarettes.

Un bébé, l’élu, et les derniers rois du sud. Tant de gens qui n’auront pas l’occasion de voir le dernier feu d’artifice. La dernière balle, le dernier coup qui achève tout le monde. J’ai pas assez de vinyles pour mettre tout ce que je veux, mais il me reste bien de quoi tenir. Peut-être qu’on se retrouvera tous au Reset Fest. Une dernière éclate. Sans gueule de bois, cette fois. On se mettra bien.

…Putain je vais être papa.




La musique se coupe rapidement. Changement de choix.