Cours au Collège des égouts

Zzzzzzzzziiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii*clic*

Bonsoir à toutes.

Alors, hm, eh bien je suis ravi d'inaugurer avec vous ce soir un programme chargé de culture, enfin quoique d'un bon goût relatif puisqu'il y sera question de matrice générative d'imaginaire, un processus à rebour du cheminement classique de la pensée que l'on pourrait qualifier de post-herméneutique. Vraiment. Et nous savons que c'est un parcours qui peut toucher au vulgaire puisqu'il faudra se dépouiller assez littéralement de, enfin, d'un certain nombre de conceptions qui font, je le pense, enfin, ce n'est pas moi qui le dit mais disons qui forment la matrice bourgeoise, voila.
Bien sûr, je conçois que pour un grand nombre de prophanes, ceux-la en restent au stade de l'herméneutique sombre c'est à dire une dimension clairement crypto-positiviste que je trouve personnellement vraiment horipilante puisqu'elle n'ose même pas dire son nom, même pas, eh bien, avouer ses intentions quant à son degré d'accesibilité de la connaissance, enfin, je m'égare.

Toujours est-il qu'il sera ce soir question de sémiosis et de la sémiosis infinie, d'ailleurs, c'est à dire cette spirale de sens qui s'enchaînent en cascade et qui, en théorie, et je dis bien en théorie devrait nous perdre dans une forêt de signes, au sens quasi littéral, nous serions proprement incapables de nous rattacher à la moindre branche que déjà elle-même s'évaporerait en une pluie de nouveau signifiants. Or, or chers auditrices, eh bien il s'avère que le sens ne nous échappe pas complètement, eh oui, c'est un phénomène surprenant mais nous saisissons au vol parfois certaines bribes de pensée, enfin, certains plus que d'autres bien sûr je me comprends, mais disons que tout de même, nous sommes capables de communiquer.

Quel mystère, n'est-ce pas ? Quel mystère que cette capacité à communiquer.

Eh bien, en fait, hm, pas tant que cela, voyez-vous. Bien sûr jusqu'ici je pense que l'on pouvait résumer la conversation humaine à un long, très long borborygme assez désagréable à l'oreille, enfin, moi je n'ai jamais vraiment supporté ce genre de chose je dois bien l'avouer mais ! mais... avec la, la néo-sémantique, oui, je pense qu'il devient alors possible,enfin, de sortir, oui de sortir de cette sémiosis infinie, et cela, ma foi, c'est intéressant.

Bruit de déglutition.

Alors bien sûr, pour le moment nous n'avons pas dit grand chose et pourtant je voudrai revenir, hm, revenir sur la question de la post-herméneutique, voyez-vous, déjà pour rappeler que dans ce cadre de pensée qui est le notre ce soir, enfin c'est celui dans lequel je m'exprimerai à vous en tout cas, heu, nous ne sommes pas dans une démarche positiviste, j'espère que vous l'avez compris. Nous allons donc chercher, hm, pas à pas, voyez-vous, d'une certaine manière, à construire, enfin le mot est fort, mais construire un paradigme qui serait exclusivement hm phénoménologique mais pas seulement puisque, par les ondes, je pense qu'il y a aussi et il ne faudrait vraiment pas l'oublier, une dimension performative à la néo-sémantique que nous tâcherons de mettre en place.

Voila. Hm.

Maintenant je, enfin, avant de passer à la suite vous avez peut-être des questions ?

"Oui ! J'en ai quelques unes."

"Qu'est-ce que la neo-semiosis ? Et avant tout, en qualité de quoi fais-tu cet exposé ? Quels sont les besoins aussi ? Ou alors, peux-tu nous décrire tes observations ? Ca m'intéresse beaucoup."


Un jour de plus. Deux nuits de moins.

Alors moi aussi j'ai une question mec. T'es où ? Juste qu'on en finisse au plus vite.


Ni dieux ni maîtres.

Alors oui, hm, eh bien je vous remercie de votre intérêt et pour ces questions enfin, cette question pertinente d'une certaine manière, même si je pense qu'il y a encore quelques confusions mais c'est tout à fait normal, je veux dire, on ne s'improvise pas post-herméneuticien, hein, haha, enfin...

Alors, pour répondre à notre première auditrice, d'ailleurs, pardon, oui, je me présente, hm, j'ai été invité à présider ce colloque radiophonique par, attendez, c'était hm, alors, bon enfin, je suis moi-même titulaire de la chaire de néo-sémantique au Collège de, enfin, désormais c'est le Collège des égouts, par voix de conséquence mais il n'en a pas toujours été ainsi, enfin j'ai fait mes classes avec le Professeur Alexander Hubert de St-Villain peut-être que ce nom vous parle c'était en, enfin... hm, voila. Alors, pour en revenir au sujet qui nous intéresse, d'abord, vraiment, je vous remercie pour votre question, nous allons les prendre dans l'ordre.

Alors, hm, déjà, vous semblez confondre la néo-sémantique c'est à dire la discipline s'inscrivant dans le champ de recherche de la post-hemréneutique c'est à dire que nous travaillons à un retournement performatif du sens des mots et en cela nous touchons quelques peu aux prétentions de la linguistique critique et métacritique c'est à dire qu'il y a une volonté et cela je le redis, oui, cela est important, une volonté de changement, de performer la réalité par les mots, alors bien sûr, performer, hm, dans quel sens, on se le demande, mais enfin, nous allons répondre à tout cela petit à petit. Ce qu'il faut bien comprendre c'est que notre réflexion se trouve à la rencontre de la métaphysique dans ce qu'elle a de plus traditionnelle et de l'ultraphysique dans ce qu'elle a de plus révolutionnaire comme théorisée vous le savez par les travaux d'Anne-Marie Flanchie, hm, voila, c'était publié aux PUF je crois.
Enfin tout cela pour dire, la sémiosis c'est la conjonction entre signe, signifiant, signifié et significateur, donc une perspective élargie et comparée c'est à dire que nous nous intéressons d'abord au dynamiques de pouvoir du sens pour et par lui-même hors de toute action humaine ce qui a le mérite d'être assez novateur en la matière. D'accord ?

...

Oui, alors, ou peut-être pour le dire un peu plus vulgairement, imaginez devoir définir un mot par d'autres mots ce qui fait un empilement de mots qui eux-mêmes sont un empilement finalement la seule dimension ici qui fasse sens c'est la structure de l'empilement c'est à dire la hiérarchie, les rapports de pouvoir, d'accord ? Parce que si vous essayez de définir un mot par d'autres mots et bien, ma foi, on ne s'en sort jamais et, oui, et c'est, hm, c'est cela la sémiosis infinie, voyez-vous ?

Alors ! oui ! pour en revenir au sujet qui nous intéresse, les besoins, hm, alors ils sont en eau et en nourriture principalement pour pouvoir faire tenir le colloque suffisament longtemps et aussi rétribuer les intervenants car j'ai l'intime conviction qu'en continuant ainsi à performer, enfin, c'est une sorte de communion linguistique il me semble, par la parole nous créons une dimension interractionnelle, non ?

Concernant mes observations elles feront l'objet d'un livre à paraitre dès que j'aurai des nouvelles de l'imprimeur de l'Académie mais évidemment la suite du cours portera sur nos expériences empiriques, bien sûr, haha ne vous en faites pas.

Bruit de déglutition.

D'ici là, hm, je ne peux que vous encourager à continuer à suivre notre émission, bien sûr. Et, hm, voila.

Heu concernant notre seconde intervenante, comme cela a été assez judicieusement notifié dans le titre de mon intervention, nous nous tenons encore dans les égouts pour le moment mais nous vous tiendrons au courant de la suite du voyage ne serait-ce que parce que déontologiquement on ne peut pas écarter les risques du paradoxe de l'observateur voyez-vous, et donc qte notre environnement directe soit un facteur dans la rédaction de nos travaux.

Hm.

Voila.

Je, est-ce qu'il y a encore des questions ou je reprends là où nous nous étions arrêté hier peut-être ?

Bruit de déglutition.

Scrrchhhh.. Clic.

Le sens n'est-il pas une conception rémanente à usace social ?
Un axe de pensée dédié à la subsistance dans un environnement où la survie se troque contre la liberté de l'individu.
Une forme de résilience, en somme.

D'une certaine façon le sens ne trouve de fin qu'avec l'arrêt intempestif de notre cortex préfrontal qui bloque notre mobilité volontaire, notre capacité à s'exprimer et donc à échanger avec autrui.
... Remarquez, le sens physiologique demeure. Quoiqu'il s'éteigne avec la mort de la pensée. ... Eh de l'individu. Bien sûr.


Grésillement léger qui ne semble pas venir du poste radio. Une clope.

Bordel pourquoi je saute à pieds joints dans cette merde.


"Tu as un projet dans cette vie ? Dingue. Bon allez, mets-toi en slip-chaussette s'il te plaît."