[L130] Piquer un Phare ou rugir d'un rien

Chapitre débuté par Clétus

Chapitre concerne : Elon Musk, Ange Bo Aza, x'iuthagrek, Ektor Mazout, lephare, nina, Clétus, mel, barry,

Ce texte vaut 2 bières !
 
Une nuit tranquille et sans nuage. Dans le ciel, baignant de sa lumière la relativement paisible communauté, une énorme lune aux teintes étrangement rouge. L'heure est au calme, cette nuit-là, tant et si bien qu'en tendant l'oreille, même depuis les habitations, on entend le remous des vagues et les cris de quelques mouettes insomniaques. Des sons qui bercent, qui détendent, font rêver... Et puis, soudain, le hurlement.

Dans ceux et celles qui peuplent ce qu'on appelle maintenant le Phare, cette nuit-là, il y a ceux qui savent, qui étaient là, ceux qui ne savent pas, qui n'y étaient pas, ceux qui s'en branlent, ceux qui se branlent, ceux qui dorment, ceux qui lisent, ceux qui se font une balade nocturne, ceux qui boivent un coup, ceux qui préparent le repas de demain, ceux qui bossent même de nuit, ceux qui baisent, ceux qui jouent, ceux qui cogitent, ceux qui lisent des bouquins qu'ils ne devraient pas lire, ceux qui dessinent des symboles partout et déplacent des barrils, ceux qui sont là depuis longtemps, ceux qui viennent d'arriver, ceux qui élaborent des plans de conquête totale, ceux qui se demandent s'ils ont bien refermé la réserve en partant, ceux qui vénèrent Dieu, les Fleurs, la Déesse Louve, le Serpent Rouge, le Marcheur Divin, les chats, les pâtes à la bolognaise ou encore les popotins, ceux qui font bien ce qu'ils veulent et vous emmerdent ! Mais parmi tous ceux-là, hormis ceux qui dorment trop profondément et depuis trop longtemps, tous, pour peu qu'ils aient au moins un dixième à chaque oreille même s'ils n'en ont qu'une, auront entendu le hurlement. TOUS. Un hurlement primaire, bestial et terrifiant. Un hurlement qui prend aux tripes et, sur l'instant, fait disparaître les faux-semblants, les conventions et la perception de soi comme étant autre chose qu'une proie éventuelle pour cette chose qui vient de le pousser !

Et il vient pas de loin, ce hurlement. C'était tout proche. Trop proche.

Comme pour confirmer, à peine plus d'une minute plus tard, un second retentit. Plus proche d'un rugissement, tout aussi bestial et effrayant, mais clairement plus libérateur que le hurmement précédant. Comme un coup de tonnerre. D'ailleurs, ça vient d'en haut... Pour ceux qui en auraient la possibilité, la présence d'esprit, le courage, la curiosité ou l'inconscience, levant les yeux, ils la voient. La Bête. Là-haut, juchée sur le sommet du phare - ce phallus géant pointant vers la lune -, la sombre silhouette à l'envergure effarante se dessine à travers l'astre nocturne. Une masse gigantesque, courbant le dos commes les pattes arrières, de longs bras aux longues griffes, et une énorme gueule où brille les crocs et, surtout, l'Acier de son regard comme deux étoiles dans la nuit noire...
Ce texte vaut 2 bières !
Ces derniers temps Nina s'est retrouvée à travailler à l'atelier. Ce n'est pas que ça fasse rêver mais ça occupe l'esprit ; et puis elle y est tranquille et peut y chanter à tue-tête sans risquer que ça gène quelqu'un. Il y a bien cette jeune femme un peu stressée, du moins c'est ce qui lui a semblé, qui vient de temps en temps elle aussi jouer les ouvrières mais elles n'ont pas eu trop le temps de nouer une quelconque relation.
Il faut dire que pour l'instant Nina observe et cherche à mieux cerner les profils. On ne sait jamais trop ce que peut cacher un joli sourire et son expérience du métro lui a appris à se méfier.

En ce moment il fait chaud et elle a décidé de rester dans l'atelier qui commence à lui sembler plus familier. L'espace est grand et aéré. Pourtant elle a encore du mal à s'endormir profondément. Il y a toujours certaines images qui reviennent, et la chaleur n'aide pas. Cette nuit la terre est venue porter son ombre sur la lune et alors que l'astre de la nuit s'est élevé, il a pris une teinte rousse : une lune de sang. Accoudée à une fenêtre, profitant de la relative fraîcheur nocturne, elle a observé le phénomène un moment avant de retourner se coucher. Dès qu'elle a quitté l'ouverture, la chaleur se fait à nouveau sentir. Elle hésite et puis hausse les épaules. Ça ne s'est pas trop bousculé dans cet atelier et il y a peu de chance qu'un gus s'amène scier des planches cette nuit. Rapidement la voilà torse nu qui s'allume une dernière clope, assise contre un mur.
Les globes lourds de sa poitrine ferme se lèvent et s'abaissent au rythme lent de sa respiration. Elle ferme les yeux et cherche à se concentrer sur la sensation des rares courants d'airs plus frais sur sa peau.

La cigarette a été écrasée depuis un moment déjà, mais le sommeil se refuse toujours à elle. Presque machinalement sa main droite s'est glissée dans son pantalon pour titiller ce bouton resté bien trop secret pour beaucoup d'hommes. Après tout cela l'aidera peut-être à s'endormir... au loin elle entend le ressac sur la grève... sa respiration commence à se faire plus rapide...


"Was ist es?"

On lui aurait balancé un seau d'eau glacée que l'effet eut été le même... sa main est ressortie aussi sec, juste un peu plus parfumée, et elle s'est redressée presque d'un bond, faisant tressauter sa poitrine aux tétons désormais turgescents; ce qui risque de ne pas durer étant donné l'inquiétant hurlement qu'elle vient d'entendre. Ce cri n'était à l'évidence pas humain mais sa nature indéterminée commence à lui faire douter de ses sens... mince! Si ça se trouve elle s'est endormie et a rêvé ce cri. Sûrement!

"N'importe quoi Nina! L'alcool du bar devait être frelaté, ou alors c'est ce plat de champignons... je n’aurais pas dû y toucher..."

Nouveau hurlement... différent, plus bestial encore et... proche... trop proche! Sans prendre le temps de se rhabiller, elle se rue à la fenêtre. Pas sûr que ce soit le meilleur réflexe quand on soupçonne la présence d'un monstre à proximité mais bon... elle est instinctive et la curiosité semble l'avoir emporté sur la peur. D'ailleurs elle n'a même pas pris sa pelle. Mais lorsqu'elle aperçoit la créature perchée au sommet du phare, elle réalise à quel point cette pelle aurait été dérisoire.

Bordel! Mais où sont-ils allés se fourrer?! C'est quoi cette... chose?! Et alors que son cortex frontal lui hurle d'aller se planquer dans le trou du cul de ce putain d'atelier; elle reste là, animée d'une étrange fascination, à regarder cette scène fantastique d'une créature bestiale dressée au sommet d'un phare perdu au milieu d'un monde en ruine sur fond de lune de sang.
Ce texte vaut une bière !
Ça c'est la meilleure, normalement, c'est Ektor le couillon qui Hurle a la Lune...
Mais reprenons.

Les nuits de pleines lunes, c'est bien rare qu'Ektor dorme... Et cette nuit-là, ne fait pas exception. Il s'était un peu éloigné du Phare pour communier avec ses Totems... Seul. Il s'était trouvé une petite alcôve dans les dunes, allumé un feu, moins pour se prémunir de la fraîcheur de la brise marine, que pour ouvrir un passage, une porte entre les mondes tangibles et intangibles.
Il sait ce qu'il doit faire cette nuit, et trace un mandala, dans le sable fin , à l'aide d'un bâton, d'un seul trait, autour du foyer. Il est nu.

Ce n'est pas rare, qu'aidé par la transe (les drogues aussi ?) il entende la Reine Louve hurler, et que lui-même, se mette à Hurler en retour.. Mais Jamais, la Louve ne s'est manifesté avec cette... "Intensité". Passé l'effroi naturellement produit. Il se rend compte qu'il ne peut s'agir d'Elle.. Le hurlement est bien trop masculin, trop viril... L'espace d'une fraction d'instant, il croit même reconnaître son vieux maître, Silure Loquace.. Le Cerveau d'Ektor n'a de toute façon pas le temps de traiter toutes ses pensées qui percolent se cognent dans son crâne :
Quand il entend le cri du loup... Ça lui vient comme un reflexe. Comme à l'époque de la Meute des Clodocataires.. Il répond à l'appel. Sa réponse est plus fluette... Plus mélodieuse... Mais tout de même puissante. Une plainte longue, qui gagne lentement en intensité avant de mourir dans la nuit.

Ektor regarde la lune, puis la marque dans le sable qui fut le fruit de son sursaut. Il est persuadé que se trouve là une réponse à toutes les questions qu'il n'arrive pas encore à se poser. Peut-être les questions s'y trouvent aussi.


Le second hurlement retentit, et foi de Mazout, on n'a jamais rien entendu de tel. Il se lève. Prend sa respiration, et répond à nouveau.

Cette nuit-là, il y a ceux qui cherchent pas a comprendre et hurlent à la lune.
Ce texte vaut une bière !
Entendre la luciole en parler et le voir de son propre œil est une autre chose !

Installée au dispensaire, Harleen dans les bras – profitons encore de ces moments, car l’enfançon commence à devenir un peu grande et lourde pour se faire bercer de la sorte – X’iu est attirée par la coloration que propose la lune.
Le saviez-vous ? Les ombres se font plus denses et plus grandes quand la lune vire au rouge !

Toute à son observation, le premier hurlement lui procure une décharge d’effroi qui ne fait que lui faire serrer d’avantage l’enfant contre elle – mouvement qui réveillera cette dernière et qui manifestera son agacement par des pleurs stridents – c’est au niveau du phare que se situe la source de cet aboiement nocturne – bien que, il semblerait qu’un autre hurlement (?!) provienne de la plage, sont-ils donc une meute ? – revenons donc à cette première phrase :

Entendre la luciole en parler et le voir de son propre œil est une autre chose !

La masse, énorme, de la créature qui se tient au sommet du phare est impressionnante.
Donc, Tamarie eut beau l’avoir avertie, se rendre compte de cette vérité reste une surprise – bien que maintenant, tout lui semble cohérent ; les crocs, le regards pénétrant, le poil hirsute ,…  - surprise oui… Le deuxième hurlement retentit… Suivit d’un autre plus éloigné…
Et… Mais quoi, ils sont combien ainsi à crier à la lune ?

Récapitulons, … Deux fauves qui hurlent à la lune et un bébé qui joint ses pleurs à ces cris…
La nuit risque d’être longue !
Ce texte vaut une bière !
Quelque part en périphérie de la communauté, une chaise de maître-nageur surgit du sol, à moitié ensevelie dans le sable. A ses pieds se trouvent des bougies en train de fondre, quelques barils au sigle dangereux, et bien sûr, une magnifique collection de cailloux et de coquillages colorés et peinturlurés, soigneusement ordonné dans le sable pour représenter un symbole radioactif depuis le ciel.

Juchée en tailleur sur ce trône de fortune, un parasol déchiré au-dessus de la tête, la prêtresse mutante contemple son oeuvre avec satisfaction. Ou plutôt, avec une bonne pipe bricolée en tuyaux qui émet régulièrement un épais nuage de fumée. Après avoir passé l'après-midi à peindre dans le sable en se tartinant le nez et les oreilles d'un liquide fluorescent comme on appliquerait de la crème solaire, Bo Aza profite de sa pause bien méritée. C'est que ça demande des efforts d'esquiver son travail à l'infirmerie sous couvert de liberté religieuse.

Bref, tout ce passait pour le mieux pour l'étrange Ange. Jusqu'à ce que, surprise surprise, un hurlement terrifiant déchire le calme de la nuit. Bo Aza, qui n'avait pas en tête ce genre de musique pour accompagner sa prière rituelle aux Fleurs, en laissa tomber sa pipe pour aggriper les accoudoirs de son fauteuil.
"Sss... ssaleté de... Encore ?" s'insurge la mutante en essayant de ramasser son outil du bout de l'orteil. Un rapide coup d'oeil à travers les entailles de son parasol lui confirme ses craintes. La lune est ronde. Pire. ROUGE.

Rouge ? Rouge. La mutante jure à voix basse. La Bête est de retour en ville. Et elle n'avait rien préparé, mais alors rien du tout ! L'Ange ne sait plus combien de fois elle a croisé le chemin du monstre poilu, et pourtant, elle n'a jamais réussi à prévoir ce qu'il allait faire. Se convertir aux Fleurs ? Croquer des têtes ? Venir jouer aux cartes ? Non, non, et non ! Malgré les pouvoirs que la chamane lui avait attribué, il semblait se désintéresser des affaires mystiques autant que celles des hommes. Tout ce qui semblait lui intéresser, c'était la liberté. En penchant encore la tête, la mutante aperçoit le loup-garou au sommet du phare, en train de reproduire une scène de film pré-crash avec un gros singe.

La Bête rugit comme la foudre, en compagnie de la lune rousse qu'elle a forcément dû invoquer. Bo Aza en a des étoiles dans les yeux. Tant que la Bête sera là... Un mutant sera toujours Roi. Plus proche d'elle, les hurlements qui répondent à l'appel ne lui ont d'ailleurs pas échappé. Il y a même un bébé qui se met à pleurer.


Hin hin hin...

La chamane décroche son parasol, s'en sert pour récupérer sa pipe, se lève avec un grand sourire et jette la toile déchirée derrière elle, le tout avec autant de théatralité que si elle s'était retrouvée dans une comédie musicale. Une meute est en train de se former, composée d'animaux hurlant et de doux pleurs d'enfant. La mutante prend une bouffée de fumée avant de s'éclaircir la gorge.

Puis elle hurle. A la manière d'un loup, si celui-ci casserait sa voix après chaque plainte. Elle jappe, siffle, puis hurle encore. Elle répond à l'appel, hurle à la lune, ou peut-être au Roi des mutants, au chef de la meute.

Il y a tout de suite plus d'ambiance quand une communautée est infestée par des créatures bizarres.
Le vieux Musk était arrivé au Phare depuis peu avec ses compagnons, le groupe semblait ne pas vouloir perdre de temps, ils déposent leurs voiliers et rassemblent leurs affaire tandis que l'ancien multi-milliardaire s'active sur son smartphone.
Quelques échanges avec les gérants de la communauté pour parler affaires, installer un campement sommaire au milieu des bâtiments et regarder le ciel avec à la main une tisane servie par son fidèle Barry.

Le sommeil du vieux met du temps à arriver, peut être à cause de cette putain de lune rouge, lorsqu'enfin Morphée se décide à emporter Elon au pays des songes un hurlement bestiale le réveille dans un sursaut.
Il regarde autour de lui, s'équipe de son tromblon et reste attentif au moindre événement anormal.

Ce dernier ne se fit pas attendre, un nouveau hurlement provenant de la hauteur du phare, en son sommet une créature.

"Saloperie de bestiole !"

Murmura Elon.

"On ne peut plus dormir tranquillement !!"

Dit-il plus fort, pointant son arme en direction de la bête.

BANG !!

Le tir résonne dans la nuit rouge réveillant les compagnons du vieil homme et certainement quelques habitants, mais rate la cible trop distante pour l'arme.

"Rha, merde, BARRY !!! BARRY !!! Butez moi cette vermine qui m'empêche de dormir !!"

Hurle le vieux Musk dans un élan de rage.
Mel a entendu la Bête évidemment  Quand la nuit est tombée, qu'elle a vu la lune rouge se lever, son ours aux abonnés absents, elle a compris qu'elle n'allait pas dormir beaucoup. Elle sort donc au premier cri, surprise qu'il soit si proche. La Bête préfère s'éloigner pour profiter de sa liberté, sauf que cette nuit, ce n'est pas vraiment le cas.  Elle n'a pas besoin d'aller bien loin pour comprendre, la lune rouge est à moitié masquée par l'ombre de la créature qui s'accroche au phare. Et comme si le voir n'était pas suffisant, il pousse un hurlement qui résonne à travers la nuit.

Après ça, tout s'enchaine. Les pleurs d'un bébé, un hurlement humain, un coup de feu. Mel tourne la tête dans tous les sens essayant de trouver d'où viennent les sons qu'elle a entendu. Un coup d'oeil au phare et elle court vers le camp des nouveaux arrivants. Elle ne sait pas si elle arrivera à temps ou ce qu'elle pourra bien faire si la Bête débarque, mais elle sent que si elle doit être quelque part ce soir, c'est là-bas.
Les sombres narines se gonflent nerveusement alors que la Bête hume la brise légère de cette douce nuit de pleine lune. C'est qu'elle a les crocs, c'est qu'elle doit se nourrir pour apaiser l'immanquable faim qui la ronge à chaque fois le vieux barbu lui laisse enfin la place... Ce n'est qu'après être repue qu'elle peut enfin profiter de sa liberté chérie et gambader gaiment à travers son territoire. D'où la hauteur du Phare, d'ailleurs, lui permettant une meilleure vue de son terrain de chasse. Mais qu'on se comprenne... Sa vue et son odorat portent loin, très loin, et ce n'est certainement pas la petite communauté qu'elle considère comme son terrain de chasse ! Elle se désintéresse bien de ce que font les humains, ces proies se prenant pour des prédateurs qu'elle préfère, le plus souvent, ignorer, pourvu qu'ils la laissent en paix... Non, c'est bien au-delà de ce lieu, qui n'est rien de plus que son point de départ cette nuit - étrange, d'ailleurs, que le barbu ne l'est pas éloignée de toute civilisation comme il en a l'habitude... excès de confiance ? -, que son attention se porte en quête d'un repas.

Mais voilà que des distractions diverses s'en mêlent et qu'elles proviennent toutes de cette fameuse communauté. Les pleurs d'un bébé, d'abord, qui font pousser un étrange gémissement à la Bête dont l'Acier cherche la provenance... Un gémissement suffisamment bas pour qu'il ne soit entendu, sans doute, de personne, et c'est tant mieux car sa surprenante douceur aurait pu donner une fausse image du monstre. Car c'est un monstre, n'est-ce pas ? Pourrait-on considérer autrement cette chose griffue, poilue, énorme et grotesque ? Hé bien... faut croire que ça se discute ! Car les distractions qui suivent sont troublantes...

Des hurlements. Comme en réponse aux siens ! Aurait-elle enfin retrouvé des semblables ?! Ne serait-elle enfin plus tout à fait unique et seule ?! Faudrait pas trop compter là-dessus... Ces hurlements-là ne font pas illusion une seule seconde à ses oreilles. De pâles imitations, tout au plus. La Bête émet alors, à nouveau, un étrange son. Un souffle, proche d'un canasson qui s'ébroue... Difficile de dire s'il s'agit du dédain provenant du noble prédateur ou bien... oui, peut-être... d'une forme d'amusement ? Non, impossible, n'est-ce pas ? Un monstre ne s'amuserait pas. Même pas sous forme de moquerie. Impossible. Si ?

Bah, revenons-en à nos moutons ! Littéralement. Elle se ferait bien du mouton, ce soir. A nouveau elle hume, perchée sur le Phare, et tend l'oreille. Pas de temps à perdre... D'ailleurs, ça fait quoi ? Une minute ? Deux, maxi, qu'elle est là, rendue visible par cette énorme lune rouge. Deux minutes. Le temps qu'il aura fallu aux humains pour correspondre à nouveau à l'idée qu'elle se faisait d'eux.

Le léger cliquetis du chien s'armant. C'est le premier son qui lui provient. Un son qu'elle ne connait que trop bien et qui la fait aussitôt se mettre sur la défensive, aussitôt montrer les crocs... Puis la détonation qui se répercute sur tout ce qu'il y a de solide jusqu'à parvenir à ses longues oreilles, bien avant que ne lui arrivent faiblement la volée de plomb percutant les tuiles à quelques centimètres de ses pattes arquées. Une détonation qui, paradoxalement, fait le silence. L'espace d'un instant, les pleurs cessent. Plus aucun hurlement... pas même venant de la Bête dont l'Acier fixe ce métal, qu'elle hait plus que tout, qui luit à la lumière de la lune, là, en bas, entre les mains de cet humain décrépit...

Un humain décrépit qui troublera bientôt le silence, qu'il souhaitait pourtant, par ses propres hurlements de rage... Mais sait-il bien ce qu'est la rage ? La vraie ? Celle qui est personnifiée par cette Bête, là-haut, sur le Phare... Ou qui n'y est, justement, plus ! Il faut avoir l'oeil, et l'avoir drôlement aiguisé pour suivre le mouvement du monstre, de cette ombre furieuse à la vélocité folle, de ce prédateur-né à présent en chasse... C'est la Mort qui s'est mise en mouvement, rendu sourde et dangereuse par sa terreur du métal, par l'odeur de la poudre, par cette menace que son instinct dominant pousse à éliminer sur-le-champs plutôt que fuir. Il aurait fallu pouvoir courir drôlement vite pour arriver avant elle... Il faudrait à un Barry ou quiconque des capacités surnaturelles pour pouvoir dégainer autre chose qu'un seul souffle coupé avant l'arrivée de la Bête...

Une seconde. D'un bond prodigieux, l'ombre titanesque quitte le haut phare pour atterrir lourdement sur le toit de l'atelier qui menace de s'effondrer sous son poids puis sous la nouvelle impulsion...

Deux secondes. Nuage de poussière se soulevant au bout de ce petit chemin de terre menant au campement de fortune, au sein duquel brillent les deux billes d'Acier rivées sur leur objectif, tourbillonnant autour de la Bête avant d'être fendu par son inexorable course en avant...

Trois secondes. Premiers jets de bave s'écrasant sur le visage fripé du frêle Elon englouti par l'ombre de l'être gigantesque qui le surplombe et pousse un rugissement lui faisant vibrer jusqu'à son dernier poil de cul... et réaliser, peut-être, ce qu'est la rage véritable, irraisonnée et irraisonnable, bestiale et primaire. Ce n'est pourtant pas vers Musk que l'Acier est fixé... mais bien sur le tromblon. Sur le métal...

Quatre secondes. La longue et musculeuse patte aux griffes acérées s'abat à une vitesse folle, proprement hallucinante ! Comme elle l'avait fait cette autre nuit, où une certaine Ruby brandissait sa lance, brandissait du métal... Cette même nuit où un certain Jelani Mipira, alors leader de l'USSR, avait aussi ouvert le feu sur la Bête et avait fini déchiré en deux... quatre secondes plus tard... Mais nous sommes une autre nuit ! Et, pour l'heure, ce n'est pas la moitié d'Elon Musk qui vole au loin mais bien son tromblon... et un petit bout de son bras avec, peut-être ? Qui sait ?

Cinq secondes. Le souffle rageur de la Bête fait se soulever la tignasse du génial vieillard tandis que l'Acier, menaçant, le transperce... avant de dériver vers les alentours. Juste de quoi réaliser qu'il y a encore du métal dans ce campement de fortune. Beaucoup de métal. Trop, sans doute, pour la Bête ! Et la voilà à nouveau terrifiée... et, donc, sans doute plus dangereuse que jamais.

Combattre. Fuir. Combien de temps faut-il à une impulsion électrique pour atteindre le cerveau ?
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Le vieux milliardaire venait de tirer et de crier son ordre. Barry se relève d’un bon, vif et agile malgré son corps énorme, le panache de fumé de l’arme rustique enveloppe Musk et un acouphène violent sépare le vieil homme de la réalité acoustique.
Son homme de main, bien que rapide ne l’est pas autant que la bête, il reste humain.

Un filet de bave, une haleine puante sans doute accompagnée d’un son trop lointain malgré la présence du monstre devant lui, une douleur au bras, rien de catastrophique, l’arme à sa main a disparue, un nouveau souffle accompagné de l’odeur fétide d’un mangeur de viande.

Face à ce spectacle Elon reste étonnamment rigide, le corps ne montrant aucune crainte, ne s’affaissant en rien face à l’horreur qui lui fait face. Certains des spectateurs éloignés pourraient prendre ça pour du courage, d’autres pour de la peur, peut être simplement n’a-t-il pas le temps de comprendre ce qu’il se passe pourraient supposer les derniers.

Pourtant la bête elle peut comprendre.
Si le corps est inerte, le regard du vieil homme brille d’une certaine clairvoyance face à ce qui se trouve face à lui. Il est intelligent et comprend qu’il se trouve face à un marché périlleux dont l’échec pourrait lui coûter la vie, à lui et à ses hommes.

Alors sans ne bouger autre chose que son bras ensanglanté, il ordonne un geste simple et précis l’arrêt des hostilités. Barry déjà équipé de son arme et les autres compagnons prêt à faire de même s’arrêtent, le regard rivé sur le vieil homme.

Elon ne se retourne pas, il sait que Barry n’agira pas contre sa volonté et que les autres s’adapteront au comportement de ce dernier.
Alors le vieillard continue d’observer l’homme-loup, fasciné par ce qui se trouve face à lui puis, d’une voix trop légèrement fébrile pour un homme dans sa situation, dit à la bête :

« Voilà quelque chose d’intéressant, je pensais chasser une vermine qui m’empêchait de dormir et me voilà face à une créature magnifique.
J’imagine que vous me comprenez, sinon je serais déjà mort, alors écoutez moi car nous sommes ici face à une situation bien embarrassante mais non pas inextricable !
Soit vous me massacrez et mes hommes tireront sur tout ce qui bouge dans ce campement, soit vous repartez hurler loin de mon sommeil et toute la population de ce bouge dormira d’un doux sommeil cette nuit.
J’imagine que vous ferez le bon choix, vous êtes une bête mais vous ne l’êtes pas !
Sachez aussi que je suis curieux d’en savoir plus sur votre espèce, Lupus, vous serez un sujet d’étude fascinant je n’en doute pas ! Hihinhinhin. »

Le rire grinçant du vieil homme ponctue sa logorrhée, mais son corps reste rigide ne laissant pas percevoir aux spectateurs lointain l’étrange quiétude de l’homme d’affaire face à la bête qui lui fait face.
Au fond de lui Elon sait qu’il mise gros, un coup de poker comme on en joue rarement, une mise pour la vie… Pourtant à cet instant il se sent vivant et c’est bon !
Mel arrive en courant, ses cheveux rouges comme la lune voletant autour d'elle. Evidemment, elle arrive après la Bête, elle n'est, après tout, qu'une pauvre humaine stupide sans pouvoir. Elle peine à retrouver son souffle quand elle s'arrête et qu'elle assiste à la conversation faite de grognements et soufflements d'une part, et de l'autre, un vieux qui tente une négociation avec un monstre. Alors elle retient son souffle parce qu'elle n'est pas vraiment certaine que le marché proposé soit compris ou accepté.

Elle se rapproche, doucement, en se mettant dans la lumière du phare dès qu'elle le peut afin que la Bête la voit, même si son odeur l'aura sûrement trahie avant qu'elle n'entre dans son champs de vision. Du bout d'un pied, elle sent quelque chose et baisse les yeux une seconde. Le flingue, forcément... Elle l'envoie glisser un peu plus loin d'un coup de talon.

Finalement, elle vient plus près de la scène, toujours en retrait mais bizarrement, un peu plus près de la Bête que du vieux. Dans l'attente de la suite...
Il y a eu comme un concert de piaillements avec en fond des pleurs de nourrisson. Parmi les jappements éloignés elle reconnait ceux d'Ektor. Ce n'est pas la première fois qu'il se laisse gagner par sa déesse louve et s'évertue à l'appeler. Cette fois cependant, la divinité semble l'avoir précédé et - putain! - elle ne donne pas envie d'aller lui taper la discute si c'est vraiment sa Reine fauve qui se tient en haut de ce phare.

Les réflexions de Nina sont brutalement interrompues par une détonation qui semble imposer un brutal silence à cette cacophonie. A peine a-t elle le temps de s'interroger sur le fou qui vient d'attirer ainsi l'attention de la bête qu'un choc violent déforme les tôles du toit de l'atelier. La charpente de métal émet un grincement sinistre alors qu'elle vibre à nouveau. Dans un futile geste réflexe, Nina s'est tapie,repliant ses bras sur sa poitrine comme si cela avait encore un sens. Mais la bête est déjà partie. Sa proie est ailleurs et déjà la curiosité reprend le dessus...
Stupides humains. Ils sont combien, là, dans ce foutu campement, à s'extraire de leurs tentes. Cinq, six... sept ? Et du métal partout ! Mauvais choix. Foutu instinct ! La Bête est convaincue de s'être jetée dans la gueule... du loup. Oui, bon. L'Acier, toujours si intense et brûlant de rage comme de cette sorte de peur propre aux bêtes sauvages mais qui, dans le cas de La Bête, se traduit chez ceux qui la croisent par une sorte de "bordel, elle va me bouffer si je bouge un doigt !"... Du moins, généralement. Car le vieillard aussi chevelu que chauve, lui, a une bien étrange façon de réagir ! Très inhabituelle pour la Bête... Il ne se prosterne pas, ne fait pas le mort, ne l'agresse pas non plus... Pire, il parle. Mais qu'est-ce qu'il fout, bordel ?! Du point de vue de la Bête, ça ressemble à de la soumission menaçante. Ça la perturbe, l'empêche d'analyser la situation dans son ensemble, de garder un oeil acéré sur tous les stupides humains... surtout le gros, là ! Ça vaut au moins deux moutons, ça, non ? Puis les odeurs, le sang du vieux, leur sueur à tous, l'odeur du gras... LA DALLE ! Et l'autre débris qui continue de parler. Ça l'agace. Elle n'a qu'une envie : trancher dans le vif, couper court, cordes vocales et tout ce qui s'y rattache, d'un coup d'un seul. Mais, étrangement, son instinct l'en empêche. Enfin, son instinct...

C'est l'Autre, "son instinct", là. Clétus. Stupide humain, certes, mais une part d'elle-même, comme elle est une part de lui. C'est elle qui a les commandes, là, tout de suite, mais lui a tout un tas de curseurs pour venir l'influencer, tout comme elle sait l'influencer aussi. Et lui, il a sa propre perception de la situation. Lui, il comprend parfaitement ce que raconte le vieux machin. Du coup, il bidouille les curseurs de partout, cet emmerdeur ! Très perturbant. Et un jeu dangereux : la moindre hésitation, des uns comme des autres, pourrait être fatale.

Ce que ça donne de l'extérieur ? Un monstre de plus de deux mètres de haut, pourtant courbé, qui ne cesse de grogner, de montrer les crocs mais sans plus attaquer que fuir - la fameuse hésitation - et de subtilement bouger et mettre en évidence ses griffes pour dissuader quiconque de s'approcher ou même bouger d'un poil ! Est-ce que ça marche ? Non... Y en a une qui bouge. La stupide humaine par excellence, dont l'odeur et les pas ont trahi la présence avant qu'elle ne se mette en lumière... Mel. Et là, ça devient le grand n'importe quoi, niveau curseurs ! Ça s'emballe complètement ! Ça panique, au dehors comme au dedans...

Préservation. Protection. Survie. Voilà ce qui finit toujours par primer, chez la Bête, même sur sa fierté de prédateur et sa haute opinion d'elle-même. Aux mots du vieil Elon, la réponse prend la forme d'un hurlement qui le laissera d'autant plus sourdingue alors que l'énorme gueule ouverte sur les crocs acérés déverse bave et haleine à qui en veut ! Puis avec la même vélocité et la même rage qu'auparavant, une gifle monumentale, du revers de la patte, frappe de plein fouet le vieillard aux côtes et l'envoie valdinguer droit sur le fameux Barry qui, en plus d'être discipliné a l'avantage d'être moelleux ! Dans le même élan ayant propulsé l'Elon, la Bête fait un pas, saisit la stupide humaine rousse sous un bras et, toujours avec cette déconcertante aisance et rapidité dans les mouvements, bondit vers les hauteurs, pour disparaître de toits en toits. Comme on l'a dit, "irraisonnée et irraisonnable", le marché de Musk avait peu de chance d'atteindre les oreilles pointues et poilues du monstre... mais son coup de poker est-il vraiment un échec ? Entailles et contusions valent sans doute mieux que démembrement ou digestion... Tous ceux qui ont croisé la Bête ne peuvent pas en dire autant ! Surtout pas après lui avoir tiré dessus... Mais l'avenir dira peut-être comment le génial scientifique ou savant fou, selon les points de vue, aura vécu l'expérience. Qui sait ?

Toujours est-il que dans sa véloce fuite bondissante, la Bête finit par atterrir sur la plage, une rouquine toujours sous le bras - un brin ballotée, faut l'avouer. Et là, elle a une nouvelle hésitation. A sa gauche, à quelques dizaines de mètres, un feu, un homme nu à la peau rouge, au sommet d'une dune. A sa droite, à une distance relativement similaire, des bougies, des barils, des odeurs dérangeantes et l'être étrange qu'elle reconnait bien pour l'avoir déjà répertoriée. Courte l'hésitation, devant ce surprenant spectacle, mais bien là. Seulement, l'heure est à la fuite, à la rage et l'appétit, pas à la curiosité ! La Bête pousse, pour cette nuit, son cinquième hurlement rageur, bestial, menaçant et conquérant ! Un appel, un ralliement, un avertissement... chacun jugera. Ce qui est sûr, c'est que cet énième hurlement aura atteint l'Homme Rouge et la Mutante Blanche, comme il aura atteint la communauté du Phare toute entière - du moins, pour ceux et celles n'ayant pas encore les esgourdes bousillées ! - avant que la Bête ne reprenne sa fuite en avant...

Avec la rousse sous le bras, oui. De quoi un peu plus rappeler un certain film pré-crash avec un con de singe - selon la Bête, c'est pas aussi stupides que les humains, les singes, mais ça s'en rapproche quand même vachement ! Si la rouquine ne reparaît plus jamais, c'est que la Bête avait VRAIMENT la dalle.
Ce texte vaut une bière !
La chamane mutante avait finit par se rasseoir sur sa demi-chaise de maître-nageur, une jambe croisée par-dessus l'autre. Il lui manquait quelques pop-corn pour essayer de deviner le spectacle qui devait se dérouler, mais la chair d'une jeune mouette capturée la veille faisait parfaitement l'affaire. Bo Aza lâchait des exclamations, des huées et des applaudissement selon ce qui lui parvenait. Elle avait l'impression d'être l'une de ces mères venue voir son gosse courir après un ballon, tout en avalant le contenu inflammable de sa gourde.

Pour l'Ange, qui avait dû sérieusement calmer ses instincts sacrificiels, chaque once de violence était bonne à prendre. Encore peinturluré de son rituel du soir, elle scandait des incantations qui devait faire sens pour elle, à une époque.

[L130] Piquer un Phare ou rugir d'un rien Tumblr_mc875eSIZV1qai0ebo1_r4_500

Finalement, le spectacle auditif n'avait pas durer longtemps, et à juger par le manque de cri de douleur, il n'y avait aucun mort à déplorer. Bah. Peut-être, avec un peu de chance, que quelqu'un était mort sur le coup. Ça aurait fait plaisir aux Fleurs, à n'en point douter.

En voyant la silhouette du bulldozer ambulant, la mutante écarquille des yeux, un sourire en coin. Et il hurle encore ! La catchphrase ! Non, vraiment, la prêtresse ne se lasse pas de cet anormal héros du cycle lunaire. Bon, il pourrait hurler un peu moins fort, mais à chacun ses défauts. Bo Aza lâche un mélange entre un hurlement animal et un cri tribal, alors que le monstre disparaît au loin comme un cow-boy pas si solitaire, et peut-être déjà dans son foyer. La mutante, retournée sur sa chaise, scande en secouant le poing en l'air.


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