La perte.

Chapitre débuté par Mel

Chapitre concerne : Meli Melo, mel, Clétus,

Ce texte vaut 2 bières !
Il est tard et il fait nuit noire quand Mel se réveille dans le coin qu’elle partage avec Clétus dans la cale du bateau. Quelque chose ne va pas, mais elle ne sait pas vraiment quoi. Tout de suite, ses mains se portent sur son ventre. Elle n’a pas encore bien l’habitude de sentir les changements de son corps.

D’une main, elle cherche dans la pénombre le corps chaud de son ours et puis elle soupire se rendant compte qu’il est forcément sur le pont pour sa garde de nuit. Du bout des doigts, pourtant, elle touche quelque chose de mouillé sur leur couche. Quand elle rapproche sa main de son visage, l’odeur lui remplit le nez avant même qu’elle ne soit trop près : du sang…

Elle tente de se lever quand une douleur sourde vient lui cisailler le ventre et elle comprend tout de suite ce que ça implique. Les larmes lui viennent aux yeux et une boule lui serre la gorge. Elle voudrait pouvoir crier, mais pas ici, pas maintenant. Elle prend le temps de souffler et de se lever, faisant des pauses quand la douleur manque de la faire tomber. Elle a comme l’impression de se déchirer en deux.

C’est long. Ça dure de longues minutes. Mais elle réussit à monter sur le pont enrouler dans la couverture couverte de son sang. Elle tourne lentement son visage pour le trouver mais elle sent que ses forces l’abandonnent, alors elle se retient comme elle le peu au bastingage. Et quand elle croit tomber, elle sent ses bras qui l’entourent. Un rayon de lune fait son apparition et elle croise l’Acier, le temps d’une seconde…

Elle se jette contre lui, posant sa bouche contre la peau de son torse. C’est là qu’elle étouffera son cri, sa détresse, sa souffrance, sa perte… Leur perte…

Elle a à peine eu le temps de se faire à l’idée de cet enfant, de ce cadeau que la vie leur avait fait, qu’on le lui retire déjà… Elle qui ne savait pas si elle était prête à être mère, pourrait mourir, à ce moment précis, de ne pas pouvoir l’être…
 
Ce texte vaut 4 bières !
Les bras l'entourent, la serrent, la caressent. Tendrement...

Il l'a entendue. Bien sûr. Le bruit des vagues est devenu pareil au silence et ne trouble en rien son ouïe. Alors, avant même que la trappe s'ouvre, il l'a entendue et même reconnue. A son pas. Plus lent que celui de Callisto qui fait, bien souvent, des allers-retours entre le pont et la câle, la nuit. Mais cette nuit, le pas de la rousse est particulièrement lent... et irrégulier. Quand la trappe s'ouvre, c'est l'odeur du sang qui lui parvient bien avant celui du miel. Et le coeur de l'ours s'emballe. Sa raison défaille, imaginant même l'irrationnel... Un assassin téléporté dans la câle ? Foutu monde où tout devient possible, surtout le pire. Puis il devient plus raisonnable... Un traître ? Puis il la voit. Le sang est froid. Le coeur de la rousse tape fort mais bien moins vite que le sien. Elle n'est pas en danger. Alors quoi ?

Son coeur a un raté. Il faisait fausse... route ; elle a fait fausse... couche. Elle ne tombera pas ; il ne la laissera pas tomber.

Les bras l'entourent, la serrent, la caressent. Tendrement... Etrangement, il est soulagé. Il ne l'a pas perdue, elle. Un espoir est mort, d'autres survivent. Il sait, cependant, comme il l'a dit, qu'il n'est pas à sa place à elle. Pas son corps à lui. Lui ne voyait qu'elle, ne serait père que lorsqu'il n'y aurait plus seulement elle. Mais Mel, elle, malgré ses doutes dans sa capacité à l'être, mère, elle l'était déjà... Et ne l'est plus. Et lui, il sait, ô combien il sait, qu'aucun mot, aucun de ceux qui lui viennent, ne sont à la mesure de cette douleur. Aucun. Alors il se tait. Si le cri de Mel est étouffé, c'est de son choix à elle, car il n'étouffe rien, au contraire... Que ce sang ne soit pas, cette nuit, tout ce qu'elle aura laissé sortir. Que tout parte, lui reste là.

Quand elle retrouve une forme de calme, aussi triste soit-il, comme celui des pierres, Clétus la prend dans ses bras, la soulève comme il aurait pu soulever l'enfant. C'est qu'elle ne pèse guère plus, pour lui, au fond... Peu lui importe le sang sur le drap qui l'emmitoufle, seul lui importe celui, encore chaud, dans leurs veines. Quelques pas, sur le pont qui craque, puis il s'assit sur une caisse, face à l'océan où se reflète le clair de lune, obscur mais scintillant, alternant l'ombre et les éclats de lumière, comme toute vie. Mel observera ce spectacle ou se nichera dans ce creux qui est le sien, où il y a cette odeur qui la rassure, elle pleurera ou finira par s'endormir, bercée, soutenue, ravivée par l'air frais et vivifiant... Clétus, lui, quand il ne la couve pas du regard, tourne l'Acier vers cette lune qui finira, comme toujours, par devenir ronde, comme un ventre fécond... puis accouchera de son monstre. Et il a cette drôle de sensation, cette difficulté à définir si ce sentiment qu'il ressent est bien le sien ou s'il appartient à Elle, cette autre part de lui... Et à moins, comme il l'envisage, qu'il ne cherche à se protéger d'avoir à nouveau à faire le deuil impossible d'un enfant, il se pourrait bien que la peine d'autre chose que simplement lui soit plus grande encore que la sienne. Il se peut que, cette nuit, ce ne soit pas vraiment les yeux de Clétus qui pleurent... mais bien l'Acier.

Au bout d'un temps où le silence des vagues prend toute la place, là, sur le bastingage, se pose une sauterelle. En pleine mer. Puis une autre. Encore une. Une sur son épaule nue. Une dans le poivre et sel de ses cheveux. Soupir. Les catastrophes n'arrivent jamais seules.