Ssauterelles.

Chapitre débuté par Ange Bo Aza

Chapitre concerne : Ange Bo Aza, Meli Melo,

Ce texte vaut 2 bières !
Dans la pénombre, une lueur rouge glisse sur les eaux. Une lanterne, dans les mains d'une curieuse créature... L'autoproclamée Ange Bo Aza. Son apparence a changé, à force de faire sa toilette au produit chimique. Son crâne s'est... Développé. Ses cheveux sont tombés. Heureusement pour la mutante, qui a la fâcheuse habitude de croire ce qui l'arrange, sa calvitie provoquée était vite devenue un signe d'évolution, d'intelligence, et même de beauté. Rien à voir avec la connotation que l'on attribuait à ces loosers chauves de l'époque pré-Crash. Elle a troqué sa dernière armure pour quelque chose de plus léger. C'est que, malgré les guerres qui ravageaient le désert, les vieilles armures de plate n'étaient toujours pas revenues à la mode. Il faut croire que personne n'aime être engoncé derrière un guidon.

L'atmosphère est lourde, sur le petit voilier. Ce n'est pas seulement l'air qui se fait plus sec vers cette zone de conflit, ni la perspective des cadavres qui jonchent la gigantesque forêt de cendre. C'est quelque chose qui s'est passé la nuit dernière. Quelque chose que la mutante n'ose même pas imaginer. Alors, comme à son habitude, la prêtresse préfère porter son attention sur autre chose. Autre chose, qu'on lui a raconté. Autre chose, qui fait qu'elle avait insisté pour être de garde, cette nuit. Cet autre chose se caractérise par un lourd vrombissement grandissant, au loin. Attiré, hypnotisé par cette lanterne rouge. La mutante écarquille ses yeux fous et prononce dans un souffle...


... Ssauterelles.

Ce bruit lui rappelle des souvenirs. Des bribes de sa vie d'avant. Quand tout était... Logique. La température se dérègle. La vermine se multiplie. Les récoltes sont ravagées. La famine. La guerre. Une suite parfaitement logique. C'est ainsi que la mutante se souvient de son Crash. Une longue et douloureuse descente dans l'apocalypse. Jusqu'à ce qu'éclosent les fleurs à trois pétales. Spectacle atomique. Le monde implose et s'irradie. Tout devient flou, sous terre.

Bo Aza lutte, sur le pont. Les sauterelles ont pris le dessus. Une masse sombre et inarrêtable tourbillonne autour de la lanterne. La chamane se saisit alors d'une de ses flasques marquées de la fleur à six cornes. Peint en rouge, c'est bien un sigle biohazard qui orne le contenant. La mutante s'enfile une rasade alors qu'elle disparait dans l'essaim.


Bro ô ô-

C'est précédé d'un très classe rôt qu'un spectacle d'une rare beauté prend place. Perçant l’obscure masse d’insectes, un magnifique jet fluorescent traverse la nuit pour atterrir dans la mer. Confuses, les sauterelles s’écartent. Contente, la mutante ricane. L’arc-en-ciel de gerbe a fait son effet.


Tout devient plus simple quand on s’abaisse à la solution la plus simple. Sans s’arrêter de ricaner, l’Ange vient chercher la bile qui illumine maintenant la mer pour s’en recouvrir la gueule. Elle lève ses mains brillantes vers l’essaim qui devient encore plus erratique, perturbé entre l’appel de la lumière et la répulsion de cette substance hautement toxique. La vermine a déjà perdu.

L’atmosphère était lourde, sur le petit voilier. Mais il se peut bien que l’un des endormis dans la cale ne viennent jeter un coup d’œil mi-clos devant une curieuse scène, celle d’une mutante dansante au milieu d’une nuée de points noirs, étrangement illuminée. Dans ces moments-là, qui arrivent plus souvent que l’on pourrait le croire avec la faune de ce bateau, on sait bien qu’il suffit de refermer la porte et de supporter, pendant encore un temps, le terrifiant vrombissement et les pas d’une mutante exterminatrice.


Hin hin hin !

La prêtresse, malade et extatique, y voit là un nouveau miracle du fameux « pouvoir des Fleurs ». Ses divinités, aperçues tout autour d’elle lors de son réveil sous terre, l’ont encore sauvée. Qu’elle croie ou non en leur existence était tout à fait secondaire. Leur pouvoir, lui, était réel. Alors, tant qu’elle sera là, l’Ange Bo Aza continuera de vénérer, de peindre, et même de prêcher le pouvoir des Symboles Sacrés. Oui, tant qu’elle sera là, ce pouvoir sera dompté. Et tant qu’elle sera là, les Fleurs continueront d’éclore.

L’Ange ne doutait pas que leurs fruits seront, logiquement, essentiels à sa survie.