Exode

Chapitre débuté par Azazel

Chapitre concerne : Azazel,

Ce texte vaut une bière !

Le soleil était haut dans un ciel sans nuage. Pas après pas, un corps décharné se mouvait sans hésitation en direction du levant. Toujours se fier à lui, toujours. Celui qui s'en était si bien sorti. Celui qui désormais régnait en maître sur les légions des déchus. L'être d'apparence chétive marmonnait sans cesse. Des propos pour beaucoup inintelligibles, dans maintes langues oubliées, mélées sans cohérence.


- 'Foiré, mon idée...

- Asraya ...

- Tout le boulot ....

- Tous... Guhuhuhuh oui tous ...


Il n'avait plus souvenir du temps passé enfermé dans cette prison de chair. Les fonctions métaboliques avaient cessées de fonctionner normalement il y a si longtemps que les remettre en ordre prendrait du temps. En attendant, aucun contrôle n'était exercé sur l'évacuation des fluides.

On pouvait sentir arriver le bonhomme bien avant de le voir. Mais il n'y avait plus personne dans les environs.

Il marchait depuis sa sortie. Les jours, les nuits se succédaient sans qu'il ait jugé utile de les compter. Il n'en aurait pas été capable de toute façon, pas au début du moins.

Il n'avait pas pensé du tout les premières heures. Seulement quelques vagues sensations parcourant les nerfs de ce corps arrivé au bout d'une trop longue vie. Puis vint l'éclair de conscience, celui d'une évidence, d'un nom qui émerge du Tartare sans fond dans lequel il patientait.

Il était celui qui portait fièrement l'étendard, celui que le miséricordieux avait rendu fort.


- Azazel.


La conscience insidieuse de son unicité se propagea rapidement et il pu se lever. Le corps putréfié obéit difficilement à cette âme sans âge. Mais il savait redonner la vie à ces êtres puants mieux que tous les autres. Il était le premier d'entre eux et sans doute le dernier. Où était passé ceux qui l'avaient condamné ? Il lui faudrait élucider cela plus tard.

Ses idées se structuraient au fil des jours. Mais ce corps était défaillant. Trop usé. Il n'arriverait pas à tout retrouver. Il serait toujours ... diminué.


- Coincé....

- Corps de ....


Après quelques semaines de périple ininterrompu le destin mit sur sa route un groupe errant d'humains nauséabonds. Un simple contact suffirait, sa peau flétrie touchant celle de l'un d'entre eux et une nouvelle existence allait s'offrir à lui.


-Guhuhuhuhuhu


Son aspect jouant contre lui, il se jeta sur eux avec l'énergie du désespoir.

Quelques minutes plus tard, il était étendu au milieu de ce qu'il restait des corps sans vie qui furent, un instant auparvant, des gens insouciants. Il les avaient dévorés, écartelés, souillés. Ce déchainement de rage, aussi plaisant qu'il eut été, n'avait pas été prévu. Il était la conséquence d'un horrible constat. Il ne pouvait plus entrer en eux.


-Metatron..... soit maudis.


Il reprit son errance, vers le levant. Il saignait. Les heures filèrent et l'inconscient finit par s'effondrer. Il s'en remettrait, comme toujours mais ce corps était trop faible décidément.

Encore un éclair de conscience. Il revint à lui, bercé d'une euphorie salvatrice.

Il voyait de ses yeux l'amas de merde qu'était son hôte. Il l'avait quitté.

Il voulut rire. Le son qui sortit de son bec le surprit.

Il comprit.

Le dépit prit le dessus un instant avant que les possibilités se succèdent dans son esprit tortueux.

L'oiseau minable avait tenté d'en faire son repas. Une infime partie de sa conscience avait été arrachée à lui.

Il serait diminué.

Encore ...

Mais ...

Il pourrait ainsi ...

Le raisonnement s'arrêta net. L'autre Azazel, plus entier, toujours prisonnier, venait de lui arracher la tête d'un coup de dent. Il avait compris, aussi. Il avait vu avec ces autres yeux, aussi. Mais la survie de son vieux corps agonisant était sa seule préoccupation.

Il reprit encore une fois sa marche en mâchouillant ce qu'il restait de son autre lui. En murmurant des vers depuis longtemps oubliés :
 

Le sacrifice du soir. Un oiseau impur .... sur les corps ....

- Qu'as tu à faire, Abraham sur les saintes hauteurs…
 

- Guhuhuhuhuhuhuhuhu

Ce texte vaut une bière !

Il avait repris un peu de prestance. Si le fait de moins se chier dessus pouvait être décrit comme tel.

Ses pensées étaient toujours lentes, limitées par les étroites parois de cet insipide cerveau.

Comment avait-il pu leur donner tant d'importance dans sa création ? Leur accorder la rédemption ?

Ils étaient si ... imparfaits.

Comment,lui, avait-il pu supporter ces restrictions si longtemps?

Sa rage l'aidait à remettre sur pieds ce qui pouvait l'être.

 

Depuis quelques semaines il avait trouvé des compagnons de route.

Il avait tenter de les posséder ...

Dans tous les sens du terme ...

Rien n'avait fonctionné.

L'un des deux avait un coeur vicié. D'innommables choses peuplaient son passé. Azazel avait au moins toujours cette précieuse intuition. Son corps aussi était usé et présentait peu d'intérêt.

Le second devait être un attardé. Du moins il avait fallu en arriver à cette conclusion tant il parlait peu.

Il s'était fait une raison et vit dans ce groupe ne ressemblant à rien une opportunité de porter le poids de son humanité crasse un peu plus loin.


Les jours passaient dans une monotonie qui ne le dérangeait guère. Les considérations liées au temps qui passe sont relatives quand on a son âge.

Le paysage avait changé. Les mornes dunes avaient laissé place aux mornes forêts mortes. Un environnement qui lui rappelait qu'il avait depuis longtemps gagné sa place à la droite de l'astre du matin. L'éternité commençait quand même à être longue alors que la fin en était encore loin.

Alors qu'il laissait ses pensées errer vers ses projets délirants de vengeance contre l'humaine engeance tout en torturant nonchalamment son repas du soir, il surprit la conversation de ses deux compères.

 

Une communauté serait leur destination ?

Tant de nouvelles âmes à tourmenter!

Azazel se mêla à la la discussion afin de s'assurer qu'ils iraient bien en cet endroit prometteur.

Il leur fallut une lune supplémentaire pour pousser les "portes" de la civilisation.

 

Du haut de ses siècles, Azazel ne pu cacher une certaine surprise.

L'humanité était tombée bien bas s'il se trouvait dans une cité.

Il n'avait pas participé à ce qui les avait mis à mal, il en était aigri.

Les autochtones étaient tous plus dégénérés les uns que les autres. Il serait facile de les faire tomber...

Quelques phrases bien senties, quelques observations l'essentiel fut fait en quelques heures.


La troupe reprit sa route rapidement. Moins d'une lune plus tard, l'endroit ne comptait plus âme qui vive.

La même routine s'installa. Au plus croisèrent-ils quelques groupes disparates, aux accents divers.

Quelques phrases encore une fois, et des radios s'affolant dans les jours suivants.

Ils finirent par arriver en un lieu qui semblait faire sens pour ses compagnons.

Cela ferait l'affaire pour bâtir ses projets.

En allumant le feu ce soir là il murmura ce vers oublié.


– Allez, qu’ainsi nous montions au ciel.

« Toute la terre avait une seule langue et les mêmes mots. Comme ils étaient partis de l’orient, ils trouvèrent une plaine au pays de Shinar, et ils y habitèrent.
Ils se dirent l’un à l’autre : Allons ! faisons des briques, et cuisons-les au feu. Et la brique leur servit de pierre, et le bitume leur servit de ciment.
Ils dirent encore : Allons ! bâtissons-nous une ville et une tour dont le sommet touche au ciel, et faisons-nous un nom, afin que nous ne soyons pas dispersés sur la face de toute la terre.
L’Éternel descendit pour voir la ville et la tour que bâtissaient les fils des hommes.
Et l’Éternel dit : Voici, ils forment un seul peuple et ont tous une même langue, et c’est là ce qu’ils ont entrepris ;
maintenant rien ne les empêcherait de faire tout ce qu’ils auraient projeté.
Allons ! descendons, et là confondons leur langage, afin qu’ils n’entendent plus la langue, les uns des autres.
Et l’Éternel les dispersa loin de là sur la face de toute la terre et leur donna tous un langage différent ; et ils cessèrent de bâtir la ville.

Genèse 11, 1-9

Ce texte vaut une bière !

Il aimait bien Kaito, il en avait repris deux fois. Rare que la bouffe vaille la peine et puis son corps en avait besoin.

La folie des hommes était vraiment passée à un niveau tout autre depuis son .... absence.

Une détermination pareille à se mutiler soi même, il n'en avait pas vu depuis ...

En jetant le bout de tibia au feu il tenta encore une fois de comprendre les connexions improbables qui avaient émérgées dans le cerveau tortueux des précedents propriétaires de cet être aux personnalités divergentes.

Une scène lui revint avec un sourire .

Les bruits ne laissaient que peu de doute aux activités en cours dans le dispensaire ce soir là.

Azazel, comme à son habitude entra sans frapper.


Guhuhuhuhuh !

Pourquoi on a pas le droit de manger la dame déjà ?

Y'a pas de raison ?

Hein ?
C'est ?
Pas bien ?

Guhuhuhh t'en as de bonnes toi.

Et ton engin là dans le cul de la tortue c'est bien ?

Guhuhuhuh nan je juge pas je juge pas. Tu fais ce que tu veux avec ta nouille m'en branle.

Donc ouais pourquoi on la mange pas l'insolente ?

Guhuhuhuhu n'importe quoi.

T'as eu moins de scrupule à balancer des noms et des positions à la radio hein....

Jdis ça.... Je juge pas hein.

Donc ça c'est non ?

Guhuhuhuhuhuhuhu

J'te cache pas que je comprends pas ce ....

Tu peux arrêter de ramoner la ... pendant que ....


Azazel sourit à l'évocation de tout cela. Il ne comprenait toujours pas ces gens mais il fallait avouer qu'ils n'avaient rien à apprendre d'un déchu.

 

L'ange de l'Éternel lui apparut dans une flamme de feu, au milieu d'un buisson. Moïse regarda; et voici, le buisson était tout en feu, et le buisson ne se consumait point.
Exode 3:2
Il tomba de la grêle, et le feu se mêlait avec la grêle; elle était tellement forte qu'il n'y en avait point eu de semblable dans tout le pays d'Égypte depuis qu'il existe comme nation.
Exode 9:24

L'Éternel allait devant eux, le jour dans une colonne de nuée pour les guider dans leur chemin, et la nuit dans une colonne de feu pour les éclairer, afin qu'ils marchassent jour et nuit.

Exode 13:21

Ce texte vaut une bière !
Le bruit monotone des pas dans le sable. La pluie acide qui s'arrête enfin mais des corps meurtris par les méfaits des neutrons.
Le monde n'avait rien à envier au royaume de l'astre du levant.

La mauvaise humeur ambiante du reste de son groupe disparate de ne l'atteignait pas. Il avait pourtant une part de responsabilité non négligeable dans la situation actuelle.  Il rompit le silence, comme souvent.


- Hey !  Hey faites pas la gueule les gars. On est pas bien là ? La liberté mes couillons, la liberté  !
- Hein ? Pourquoi je devrais la fermer ? Attention mon garçon, Tonton Zaza c'est pas l'oncle Bens ... Nan rien. 
- Ma faute ?
- Nan monsieur, nan. J'ai simplement  distillé la foi dans vos coeurs souillés. Pas ma faute si ça a pris cette tournure.
- J'étais pas obli ...
- De ?
- Ben excusez moi d'y mettre les formes. Motivez les troupes mon bon ami c'est un métier. Et c'est pas ma faute si tout le taudis a pris feu. Le coup du sapin qui brûle et qui parle aux débiles ça te dit rien ? Pourtant c'est efficace normalement. Bon avec ces lunes de pluies acides faut dire qu'effectivement, peut-être le feu c'était pas le meilleur choix. Autant pour Bibi.
 - On ?  On fait quoi maintenant ?
- Alors la mon con tu pouvais pas mieux tomber.
- J'ai... Un ... Plan. Bon on va marcher un peu, pas longtemps, pas comme les autres connards là avec leur arche ...
- Guhuhuhuhu !
- Par contre, sans vouloir trop en dire, faut garder du mystère pour que tu restes concentré, c'est pas comme si t'étais...
- Nan rien rien ...
- Alors on va aller tout droit.
- Où ça ?
- Ben tout droit jt'e dis.... Toujours plus sourdingue toi aussi.
- La mer ?
- Oui et alors ?
- Ahhhhhh mais ça mon couillon, c'est le secret de Tonton Zaza. T'occupe pas, réfléchis pas, marche.
- On va la franchir cette mer, t'en fais pas pour ça.
- Guhuhuhuhuhu