Chapitre I ~ Au loin, le mirage.

Chapitre débuté par Manbo Mahougbé

Chapitre concerne : La voie du serpent rouge, Voodoo Swag,

Ce texte vaut une bière !
 

 

La journée touchait à sa fin déjà quand une voix et un tambour s'élevèrent en choeur dans le lointain. Ce lointain horizon encore intouchable du doigt, obscurci par les bas nuages et la nuit tombante, où se cachent mystères, dangers et bien des merveilles insoupçonnées. 

Le vent joue, se faufile, ébouriffe les cheveux, soulève surtout des tapis de sable gênants pour la vue, mais on ne peut lui en vouloir car il emporte avec lui les chants tribaux destinés à des entités célestes ou des profondeurs, sans omettre de les partager avec les mortels de ce monde-ci...

Le rythme est vif, entraînant, et c'est lorsque la bise glaciale marque une pause qu'une silhouette aussi fine qu'une allumette semble se mouvoir et danser, même s'il parait que gesticuler serait plus juste.

Peut-être bien qu'elle vous fait des grands signes.

Près d'elle, une femme à la peau d'ébène jouant de son précieux instrument tout en chantant avec sérénité. Enfin, un homme ayant l'air aussi âgé que la musicienne.
Ce texte vaut 2 bières !

La nuit tombe doucement et vous pouvez apercevoir les lueurs d'un (très) grand feu qui irradient des environs lointains.


Le vent semble répondre aux chants de la Voodoo Lady... Mais est-ce que ce n'est que le vent ? Non, définitivement, il y a plus.. Un rythme, et même, si l'on tend l'oreille, les vrombissements diffus d'un didgeridoo magique.. Puis des cris confus, et même... des hurlements qui semblent imiter une meute de loups..


Enfin, la silhouette d'un gringalet à moitié a poil, malgré le froid mordant de la nuit tombante, se détache comme une ombre chinoise du halo de lumière vacillant. Que se passe-t-il ? Un battle de dance ? Allumette contre allumette au crépuscule rocheux ? Ca n'a pas vraiment de sens, mais pourtant, on dirait bien : La silhouette squelettique commence à se déhancher de façon désarticulée et chaotique.
Ses mouvements semblent vouloir épouser ceux du vent et des tourbillons de fumée.. Peut-être même, essaie il de pénétrer dans le temps du rêve.. De comprendre à qui est destiné le chant que leur a apporté le vent.
Ce texte vaut une bière !
Des gens étaient arrivés par le nord-ouest et un grand feu s’était allumé, ils ne semblaient pas nombreux mais ils semblaient avoir la même maladie que Manbo, jouer et vivre de musique, de percussion, ce qui était loin de déplaire à l’allumette aux yeux de braises qui se laissait toujours entrainer par la musique, laissant son corps mince et désarticulé d’ado vibrer au son des tambours.
 
Elle ne peut pas nier avoir peur des cris et des hurlements qui déchirent la nuit provenant de leur camp, elle ne savait pas trop si c’était des hommes ou des hommes-animales, elle avait déjà vu tant de chose de ses deux grands phares. Mais ce qu’elle avait remarqué, c’est que la musique était un langage qui semblait marcher et qu’un homme répondait à ses gestes par d’autres gestes tout aussi entrainés et gracieux.
 
 Du coup, la gamine, qui n’est pas en monde battle mais juste qui a trouvé de quoi s’amuser, se met elle aussi en ombre de leur feu plus modeste mais compensé de ses orbites scintillantes. Et elle enchaine les pas, les bras haut vers le ciel et le bassin comme possédé. Elle tend ses grandes jambes qui se découpe avec charme dans la lumière du feu. Elle va jusqu’à complètement se cambrer en arrière pour faire une roulade avec les bras tendus.
 
Tant que les tambours résonneront dans la nuit, la luciole pourra danser.
Ce texte vaut une bière !
Les flammes des deux camps prennent vie, se lient, se délient, allant jusqu’à se fondre les unes dans les autres pour mieux se séparer dans les contrées du rêve. Un tango lumineux qui crépite presque au rythme du tambour et du didgeridoo en un lieu où ni le temps, ni l’espace ne cohabitent.

Les danseurs entament des chorégraphies aux mouvements erratiques et saccadés, se contorsionnent, se jaugent, et se répondent peut-être aussi sans que nul mot ne soit nécessaire.

Le verbe n’est plus, là où le langage des corps et des sens émergent. Bientôt viendra la transe.

Le chant en yoruba rendait hommage et remerciait Celui qui éloigne les maux du corps et de l’esprit, qui soigne les terres balafrées. Le manchot, borgne et unijambiste orisha Ọ̀sanyìn, maître des forêts et des herbes médicinales. Lui seul pouvait aider à faire disparaître le mal du dessous, lui seul pouvait à cet instant bénir ces terres...

Lorsque le vent messager revient pourtant souffler d’autres rythmes, yeux clôt, la mystique sourit. Son chant baisse en intensité jusqu’à ne plus être qu’un murmure avant de devenir silence.

Les percussions se cherchent alors jusqu’à ralentir crescendo pour marquer un tournant. Les mains, enfin, trouvent la bonne tonalité pour souligner et accompagner le son grave du didgeridoo dans un étrange dialogue…

 
 



Ce texte vaut une bière !
C'est un phénomène curieux. Malgré la distance, et l'intermittence de la perception relative des deux groupes, les sons, les rythmes, semblent se répondre dans une harmonie nouvelle et inattendue. Les réalités phénoménales de l'espace et du temps sont comme balayé par l'euphonie imprédictible des corps et des résonnances.

La lune glabre et voilée se lève doucement : boule à facettes gibbeuse de ce dance floor d'outre temps. C'est comme si le Cosmos tout entier prenait part à la fête.

Un nouveau cri déchire la nuit, accompagné d'un point vainqueur dirigé vers le ciel :

_ NO FUTUUUUUUUUUUUUUUUUR!

La "chorégraphie" du punk maigrichon devient de plus en plus erratique. On est clairement plus proche de la convulsion. Puis il commence à sauter et se jeter sur le sol, se relève, et recommence. Difficile de comprendre pourquoi il fait ça.. Il doit se faire mal.

Au bout d'un moment, à bout de forces, sans doute, il finit étalé sur le sol. Sans un mouvement.
Ce texte vaut une bière !
En lien profond avec les différentes âmes vibrantes, aux grès des sons de plus en plus pronfonds qu'elle produit, la chamane Alita, connectée aux vibrations de la Terre Mère, des animaux et plantes qui survivent dans le désert, des forces cosmiques de la Lune, du Soleil et de l'Univers, accélère le rythme du didgeridoo. La réponse qu'elle perçoit provenant du groupe de Mambo la transcende. 

La transe d'Ektor lui confirme qu'elle n'est pas la seule a ressentir les énergies inter-spatiotemporelle qui les transforment tous, les connectent tous. Alors lorsqu'Ektor s'écoule au sol, elle lache son didgeridoo, se lève pour prendre son tambourin accroché au dos de SandCatcheur, le chameau qui vient à sa rencontre. Une caresse après avoir pris possession du tambourin et Alita se lance dans un chant d'appel de son animal totem. Les âmes des différents sentients ayant traversé ces terres depuis l'aube des temps la traverse et elle communique leur chant, les reliant tous, connecté en cet instant et cet espace par les âmes qui ont été à travers celles qui demeurent... 


Une chose est sûre pour Tamarie, leurs esprits étaient si loin. Certain enfant naissait sauvage et devenaient dociles avec l’endoctrinement et le temps, mais elle avait vu des hommes redevenir sauvage, retourner à leurs ancêtres et prendre un chemin plus animal. Ce n’était pas pour déplaire à la luciole qui était dans le premier cas de figure, cherchant à tout prix à devenir comme tout le monde alors que tout le monde était différent.
 
Alors elle s’imprègne de cet échange cacophonique, fermant ses yeux brillants pour se plonger en extase, rejoindre d’autres contrées plus animales, loin de la réflexion et du bien paraitre. Après tout, elle avait plus de la bête et la trans devenait contagieuse sous les percussions. Elle n’allait jamais aussi loin mais son corps semblait vouloir la conduire. Le petit pantin aussi léger que la brise se tord dans le silence muet d’une écoute hyperactive. Les sons n’ont plus la même saveur dans sa caboche d’ado et ils lui ordonnent de remuer son corps comme jamais.
 
L’homme s’écroule, la jeune femme transpire à grosse goute, une enfant sauvage se fait entendre, loup et gargarisme entrainent les danseuses encore plus loin. Tamarie hurle à son tour, un son puissant pour la petite créature qui le pousse, elle ne l’entend que par le prisme cacophonique des tambours. A son tour, elle s’écroule, épuisée et à bout de souffle.