[Lune 58] De Charybde...?

Chapitre débuté par Ruby Costello

Chapitre concerne : Ruby Costello,

Ce texte vaut 3 bières !
La gentille dame de la radio n'est pas vraiment celle qui arrive au crépuscule, à toute blinde, juchée sur une moto-cross. Pilote chevronnée, apparemment, étant donné la manière dont elle conduit comme une dingue.

Le petit monstre semble avoir été repéré depuis un moment et le deux-roues est d'ores et déjà trop près pour pouvoir se cacher derrière un minable bosquet...

Le temps d'un coup de kick dans la béquille de la bécane et la dame en noir s'avance d'un pas raide vers l'étrange gamine. Son propre masque inquiétant ne laisse évidemment transparaître aucune émotion, si ce n'est ajouter une couche de malaise au sein d'une aura déjà sinistre. Pour autant, à part la boue qui tâche son treillis, elle est assez bien mise et ne semble pas être la première mole people ou pillarde souillonne venue... Le véhicule est déjà un signe extérieur de richesse dans le "désert"...

Main gantée sur le pommeau de son épée, que cinq doigts pianotent lentement, à répétition, le reste de son corps est désormais parfaitement immobile, à deux mètres à peine de la petiote. Et soudain un murmure enchanteur s'échappe des abominables fausses dents:


Tout au fond, de l’océan,
Il dort, il dort...
Sur ce ton, s’échappe son chant,
Bien fort, bien fort...

 
***
 
Scylla:

 
Les dernière paroles échangées avec Mel, bien que récentes, paraissaient si lointaines désormais...

Seul le vent grondant dans les arbres accompagnait la comptine de la petite.

Plus le moment fatidique se rapprochait plus le grondement du souffle se faisait présent, comme si les dieux eux-mêmes rageaient en assistant, paradoxalement impuissants, à cette petite flamme insignifiante agonisant seule dans un coin d'herbe.

Le brouhaha devint gênant, presque hébétant. C'est alors, en comprenant que ce son provenait d'ailleurs, que Scylla se redressa légèrement de sa position fœtale et vit une ombre glisser sur l'horizon. A peine eut elle le temps de chercher à plisser les yeux pour tenter d'éclaircir sa vision à travers les carreaux sales de son masque que l'ombre se planta devant elle dans une nuée poussiéreuse créant une sorte de halo inquiétant autour d'elle.

L'espoir... L'espoir, lui réchauffant le cœur à cet instant lui fit imaginer Mel, arrivant à toute vitesse pour la sauver, elle, chimère oubliée. Mais il en était tout autre.

Les masques sont des choses dont Scylla est habituée... Mais celui-ci... Ne représentait malheureusement pas une personne de confiance.

Scylla, prise de panique, se rua derrière un rocher pour s'y dissimuler maladroitement. Sa cachette, bien trop petite pour elle, laissait dépasser ses pieds d'un coté ainsi que ses couettes de l'autre rendant la scène assez pathétique.

Et contre toute attente, en guise de politesse, une chanson familière résonna.

Considérant ce geste empli de bonhomie, Scylla se redressa et prit le relais machinalement.


Alors qu’il rêve, d’un nouveau monde,

Adam et Eve, lentement lui succombent.




L’effet apaisant de cette comptine sur l’enfant était incroyable. Une respiration profonde se fit entendre au fond du masque avant qu’elle n’ôte difficilement ce dernier en guise de révérence laissant entrevoir un visage angélique et transpiré contrastant terriblement avec le reste…


Je suis Scylla... êtes-vous une amie de Mel ?


 
***
 
Ruby:

 
A l'exception du jeu silencieux de sa main, la brune longiligne resta aussi figée que son masque démoniaque lorsque l'esseulée trouva un bien piètre couvert, visiblement apeurée. 

Le "4′33″ du cuir contre le fer ne cessa qu'au moment où Scylla poursuivit les vers. 

...

Quand la question est lancée alors qu'un joli minois enfiévré se dévoile, Ruby donne un vif coup de menton vers l'avant...salut, approbation, ou drôle de tic nerveux, on ne saurait trop dire. Et de nouveau, comme un paradoxe, la voix de fée se mêle aux bruissements et gargouillis de la nature environnante, frêle esquif sonore qui tient pourtant bon au milieu de la tempête. Si le ton peut laisser rêveur, ce qu'il y a derrière l'enrobage n'a pas l'air plus sympathique que le reste. 


Hm...une amie de Mel...on peut dire ça comme ça... Je sais qui tu es.
On m'appelle Ruby et je suis Samouraï. Ici est notre terre et personne ne te fera de mal. 
A part moi si tu fais la conne...pigé ?
Inutile de faire ta trouillarde avec moi, ça risque de vite m'agacer.
Viens par ici.


L'escogriffe fait volte-face vers sa moto puis commence à fouiller dans le gros sac à dos militaire harnaché à l'arrière. Si Scylla suit les consignes et s'approche de Costello, elle pourra sentir qu'un bizarre mélange entre une forte odeur de whisky, de menthe et d'essence l'emporte sur le parfum de chien mouillé. ...ça ne vient pas des affaires mais de Ruby elle-même. Une trousse de secours sortie, la racaille de Roningrad joue les nurses et tend un petit thermomètre numérique à embout buccal presque comme neuf vers la conteuse.

Colle-toi ça dans le bec.

Avisant rapidement les tentacules...

Eh bien...t'es bonne pour la criée toi. Heureusement que t'es pas tombée chez les cannibales.
T'as mal quelque part ? Tu vas pas t'écrouler ? Qu'est-ce qu'il reste dans tes affaires ?
Tu sors de l'underground...hm? T'as trouvé personne ou t'avais trop peur des triso qui trainaient dans le coin ? Qu'est-ce que tu sais faire de tes dix...hm...de ton armadas de ventouses ?


Peut-être un peu trop de questions à la fois...mais que Scylla se sente tout à fait à l'aise a l'air d'être le dernier de ses soucis.


 
***
 
Scylla:

 
Le phrasé de l’ombre fit ressurgir une certaine appréhension chez la gamine. Elle ne semblait pas commode, presque hostile dans son attitude et non pas à cause de l’apparence de Scylla mais bel et bien naturellement. Cette Ruby ressemblait à ces fruits à coque que la jeune fille dévorait dans son dortoir, pourvus d’une carapace à toute épreuve à l'exterieur et affreusement dur à l’intérieur.



La sommant de s’approcher tout en trifouillant dans ses affaires, Scylla bloqua quelques secondes avant qu’un petit tube étrange fût pointé dans sa direction. La jeune fille fit la moue en tentant maladroitement d’agripper l’appareil qu’elle était sensé s’enfiler dans son instrument vocal puis décida d’adopter une attitude différente. Quelque chose qui collerait mieux à la chevaucheuse ténébreuse.



Je suis ni une conne ni une trouillarde…



Un léger temps s’écoula avant qu’elle n’enchaîne, prouvant qu’elle choisissait ses mots pour faire la dure.



Pigé ?…



L’expression faciale correspondait mais les yeux, bien trop baissés, trahissaient amplement ce jeu d’acteur pittoresque. Mais bon, après tout, n’était-ce pas l’intention qui comptait ?



Le couplet sur ses appendices ne tarda pas et dieu sait qu’elle le connaissait par cœur. Après s’être rangé le thermomètre en bouche, Scylla dissimula ses membres dans son dos tout en fronçant les sourcils.



Non, ch’ai mal nul paw Wuby.



Une fois de plus un détail fit tomber la prestation à l’eau. Le thermomètre, l’empêchant de s’exprimer correctement, virevoltait au rythme des voyelles approximatives de la conteuse.



La frustration de ne pas réussir à jouer la rebelle couplée aux questions agressives de l’ombre fâcha légèrement l’enfant lui arrachant un soufflé nasal appuyé.



Les chens…



Encore ! Elle ôta rapidement son entrave buccale puis reprit.



Les gens dans les égouts ne souhaitaient pas m’aider, bien au contraire. Il était hors de question de les laisser m’approcher. Je ne voyage pas avec des imbéciles.



Et en ce qui concerne mes bras, nous ne nous connaissons pas assez madame Ruby pour que je vous dévoile mes capacités.



L’intonation était cette fois-ci bonne mais l’honnêteté en revanche… Il était assez clair que la petite n’était pas à l’aise avec ses membres voir carrément maladroite.



 
***


 
Ruby:
 
Une bonne claque ou plutôt patate des familles aurait elle pu partir après le "Pigé" renvoyé en ping-pong, si l'on escompte qu'il vaut mieux marcher sur des œufs devant le comportement nébuleux de cette apparition ?

Mais la sourde menace ou bienfaitrice se contente de siffler de curieux sons félins qui pourraient s'apparenter, chez elle, à des rires.


Elle ne pipe d'abord mot devant ce qui ressemble à un mensonge plus gros qu'un boeuf, puis penche doucement la tête d'un côté lorsqu'elle entend le reste.

Et moi ? J'ai l'air d'une imbécile ?

La dite ténébreuse tend une mitaine à plat, comme pour signifier de rendre l'instrument.

Réserve tes madames aux princesses ou aux bouseux, j'ai l'impression d'acheter d'l'hydroxyde de sodium et d'la javel et qu'on me souhaite une très bonne journée.
Et puis c'est quoi cette histoire de capacités en relation avec le fait qu'on s'connait pas assez? T'as bien r'gardé autour de toi ? T'as vu ton état ? J'te demande juste si tu sais te démerder et en quoi, pas que tu me confies à l'oreille que tu peux cracher des boules de feu par le cul ou j'sais pas quoi de terriblement mystérieux, comme ces cons d'la Crique.


 
***
 
Scylla:

 
Totalement frustrée par la situation, Scylla observa ses tentacules avant de revêtir un teint rougeâtre.

Une sorte de raz le bol général se cristallisait dans ses pupilles, la rage d’une gamine de 16ans constamment moquée et persécutée.




Je ne sais rien faire de particulier ! Voilà ! Tu es contente ?! C’est ça que tu voulais entendre ?! Tu m’as vu ?! Tu as vu ces choses ?!



La voix de la petite, à la fois crissante et tremblante, lézardait les rochers avoisinants faisant taire les oiseaux non loin durant quelques secondes.



Les yeux chargés d’émotion liquide, elle enchaîna



Alors oui, j’ai du mal à faire des choses simples comme tenir ton foutu dermomètre mais je me débrouille. Je sais comment attirer de petits animaux et comment leur ôter la vie afin de me nourrir. Je sais marcher et courir pour fuir devant le danger omniprésent de ce monde en proie à lui-même. Et je sais que je ne t’apprécie pas beaucoup…



Ne sachant pas comment l’ombre allait prendre se revirement, Scylla recula d’un pas puis prit une position défensive. Enfin… Aussi défensive qu’une fillette atrophiée pouvait l’être.

 
***
Ruby:
 
Toujours aussi statuesque, Ruby assiste à la petite crise de nerfs sans faire preuve du moindre signe d'apaisement.

Alors que la dernière phrase de Scylla est lâchée, un nouveau feulement brise enfin la glace.


Tu n'es pas la première, ça c'est clair. Mais méfies-toi du miel que l'on te sert sur le revers de la lame d'un couteau. Les gens sympathiques sont la plupart du temps les plus hypocrites. 

Elle hausse vivement les épaules.

Chialer sur ton pauvre sort n'arrangera rien du tout. Tu veux devenir une femme forte ou passer le reste de ta misérable existence à être une mauviette ? Je peux l'achever, d'ailleurs, si c'est trop douloureux à supporter.

Elle en revient à son sac à dos, et balance l'air de rien aux pieds de la morveuse un plaid, certes miteux mais promesse d'une certaine chaleur douillette. 

Il va bientôt faire nuit. Puisque tu n'es qu'une incapable, je ne vais pas te demander de m'aider à monter le camp, mais tu pourras te reposer dedans. Et si tu ne veux pas de mon aide pour tes blessures et carences, pour tes fringues, ou autres, va te faire foutre. Pigé ?

Et de commencer à sortir des piquets de ses sacoches, sans plus un oeil ou plutôt une grille tournée vers le petit monstre...


***
 
Scylla:
 
 
 
Scylla, ne sachant plus comment réagir face à cette ombre aigrie, attrapa délicatement le duvet pour le déposer sur un coin d’herbe pas trop accidenté. Une fois en place, la jeune fille s’assit dessus sans un mot puis observa attentivement Ruby monter le camp.



Une tonne de question envahit la petite tête brune. Une multitude d’interrogations à propos de Ruby et de cette fameuse ville. Notamment concernant l’avenir incertain du petit monstre. Était-ce réellement une bonne idée de se retrouver là-bas ? La mort atroce par manque de vivre seule dans le désert serait vraiment pire que ce qu’il l’attendait dans ces murs ?…



Perdue dans ses pensées, le regard dans le vide, Scylla perdit la notion du temps. Depuis combien de temps songeait-elle ainsi ?



Saisissant un instant de calme, la jeune atrophiée s’exprima.




Ruby. Qu’allez vous faire de moi là bas ?



L’expression neutre de l’enfant détonnait totalement avec les échanges précédents. Aucune émotion, quelle qu’elle soit ne transparaissait dans la diction posée de la créature.



Je ne veux pas me retrouver prisonnière comme une bête de foire ou l’objet d’un détraqué. Tu comprends ? Si c’est la vie qui m’attend entre ces murs tu peux me trancher la nuque ici et maintenant.



Le regard froid et sérieux de la petite transperçait le masque de la rebelle. Comme si elle cherchait la lueur d’une pupille au travers de ce grillage.

 
***

 
Ruby:
 
 
Tranquille, le chat...

C'est bien beau de faire la mourante puis de pigner, ayant visiblement assez de force pour cela, avant de ne plus rien foutre du tout... Le sous-entendu ou plutôt jeu de la provocation n'a pas été assimilé. Bouge toi et tu auras un minimum de considération... Ruby déteste les feignasses...en plus de manquer évidemment d'empathie.

Mais par dessus tout, alors qu'elle se démène en ignorant désormais Scylla, son cerveau malade commence à dangereusement dériver vers le quai de la paranoïa.

Même pas une demande de verre d'eau. Rien. Nada. Que pouic. Encore un truc louche pour quelqu'un qui était soit disant au bord du trépas...

Peu à peu, l'affaire est dans le sac: on se sert de cette "chose" comme d'un appât ou comme relais d'espionnage. Trop fastoche, le coup de la pauvre enfant désemparée face à la cruauté du monde... 

Et d'où viennent ces êtres génétiquements abjectes, au juste ? Ne sont-ils pas les pantins de complots sournois, comme elle en a fait l'expérience durant le Crash ?

Alors que cette mélasse tournoie dans son crâne, Scylla décide de jacter à nouveau. Et Costello de rétorquer, donnant un peu d'huile à boire à sa bécane, d'un ton égal:


La seule bête de foire qu'on a foutu en taule peut maintenant se balader toujours à moitié à poil, s'enfiler des binouzes et se gratter le fion comme un babouin sans être inquiétée, et c'est parce qu'elle avait tué quelqu'un par...accident, alors hm...je vois pas pourquoi on t'emprisonnerait ou qu'on ferait tourner des ballons sur ton nez... Et on a une autre bête de foire qui s'appelle Gueule de Truie et tout l'monde s'en branle. C'est juste Gueule de Truie.

Léger silence.

Quant au détraqué genre pédo j'en verrais qu'un, mais c'est que des soupçons, et les lois sont strictes à Roningrad, donc personne ne te touchera là-bas, si t'as peur pour ton minou ou qu'on fasse des choses de dégénérés avec tes mimines...

Sur ce, bonne nuit, je suis épuisée, essaye un peu de dormir si tu veux faire de la route demain...


Ruby qui dort... En voilà un beau bobard. 

Rien n'a été ajouté sur le tranchage de nuque, elle a elle-même évoqué la possibilité de tuer le petit poulpe s'il le désirait, pour abréger ses souffrances.

Mais le verbe "abréger" ne sera pas le bon concernant les souffrances, dans tout juste quelques heures...



 
***
 
Scylla:

 
Saisissant un instant de solitude, Scylla attrapa sa radio afin de communiquer avec Mel.

Bonsoir madame Mel…

La voix de la petite était faible et calme.

Je suis désolée de ne pas avoir donné de nouvelles plus tôt mais j’ai fait la rencontre d’une certaine Ruby… Une ombre se déplaçant à toute vitesse et particulièrement aigrie… J’ai un sentiment bizarre en l’observant.

Quelques secondes de silence se firent présence.

J’ai l’impression que Ruby n’est pas venue jusqu’à moi pour m’aider… Ou tout du moins pas de la manière dont je l’imaginais… Quelle sotte je fais… Peut-être que mon ressentit est erroné… Je ne sais pas… Je suis vraiment confuse… Cette brune masquée me fait légèrement penser à une sorte de messager funeste…

Les paroles de la petite, pourtant très sombres, ne laissaient aucunement transparaître quelconque peur ou panique. Le ton était posé et très calme.

Je pense que cette nuit sera décisive en ce qui concerne mon avenir. Si vous n’avez pas de mes nouvelles demain c’est que le couperet sera tombé. Je tenais à vous remercier tout de même pour l’attention particulière que vous m’avez porté.

Merci.


La transmission se coupa net tel une sorte de message vocal déposé sur un répondeur. La situation l’empêchant de tenir une discussion longue en était probablement la raison.

 
***
 
Ruby:

 
Clic.

Alors que la mutante se retourne, une pâle lueur éclaire les contours du masque de Fer de la Faucheuse, au coeur de la nuit noire.


Hello stool pigeon. T'as rien pigé faut croire.

La référence argotique ne doit pas être saisie mais le caractère franchement hostile quoique "joueur" de l'entreprise ne fait aucun doute sur ce qui va advenir. Reste à en définir les contours...

Clic. L'obscurité l'emporte à nouveau. Et le résultat d'une éventuelle compétition entre de longues jambes taillées pour la course et un gnome court sur pattes semble évident...

Une couette ramenée brutalement vers elle suivie d'un grand croche-patte, et voilà la pauvre Scylla le nez dans les feuilles mortes... Un genou pointu planté entre les omoplates et cinq doigts tirant les cheveux en arrière, la main libre de Ruby tâtonne autour d'elle pour trouver l'appareil de communication. Puis, la timbrée fait rouler le mince corps de l'autre côté et commence à asséner de méchants coups de radio dans la petite gueule d'ange.


Baoum.

Comment.

Chtong.

Faire confiance.

Bam, bam.

A une.

Vlang.

Petite conne.

Craaack.

Qui fait.

Spraaash.

Des putains.

Sprouich...

De trucs d'indics...

Le dernier beignet est tellement violent que l'objet se disloque contre ce si doux visage, qui n'est maintenant plus que peinture abstraite.
Sans aucune seconde de répit, comme si elle n'était pas plus hagarde que soulagée par son acte complètement démesuré, Costello lève le menton meurtri sans délicatesse et pose trois doigts au niveau de la carotide.
Après une bonne minute, elle soulève l'enfant battue pour la ramener au camp, portée et ballottée comme un simple sac de grains, ses tentacules pendouillant lamentablement derrière le long manteau de la criminelle.
Elle est - malheureusement pour elle -, encore en vie à ce moment là...



 
***
 
Ruby:

 
...
 
Alors que le soleil atteint son zénith, Ruby se tient devant une moitié de corps pendue par les pieds, le long d'un vieux réverbère.
Le reste, à terre, n'est qu'un amas de chair, d'os et de tripes.
Ne manque que les tentacules, finement découpées et ayant trouvées leur place dans une petite gamelle en bois...

Un poing sur la hanche, l'autre main tenant sa radio, elle appelle Mel.


Ici Costello.
Celle que vous m'avez demandé d'aider à refuser tout du long de l'être, malgré mon insistance. Elle s'est montrée très hostile à toutes formes de coopération dans la survie. Ses raisonnements n'étaient pas logiques, et elle changeait d'avis tous les quarts d'heures sur tout et n'importe quoi. Elle souffrait, il faut dire, de lourds handicaps physiques.
Elle n'était pas non plus en chemin vers la ville malgré tes indications, mais vers le Nord.
Je ne suis pas psy mais tout laisse à penser, dans les attitudes que j'ai pu observer, qu'elle était atteinte d'une forme de schizophrénie avancée.
Scylla a passé la nuit à chanter et à me supplier, plus ou moins agressivement selon le moment, de mettre fin à ses jours.
Chose que j'ai exécutée, ma patience ayant des limites.
Elle n'a pas souffert.
Que Dieu ait son âme.
Terminé.