Dernier réveil au bord de l'inconfort

Chapitre débuté par Indiana

Chapitre concerne : Indiana,

Ce texte vaut 5 bières !
Les grésillements de la télé finissent par me tirer hors du sommeil. Encore une émission de râtée, même enregistrée.
Mes bras s'allongent et s'étirent alors que la lumière peine à traverser les rideaux de ma chambre, pourtant si usés par le temps.

A tâtons, je cherche mon téléphone portable, mais à quoi bon. Le réseau est à peine potable depuis quelques semaines. Tout juste si je ne reçois pas les textos trois jours après.
Disons que ce sera seulement pour lire l'heure, alors.

7h...

On est en plein été et le soleil devrait surplomber l'horizon. Mais quand j'écarte enfin ces vieux rideaux, la seule chose que l'on aperçoit c'est ce ciel gris et cette poussière qui encombre l'atmosphère.

Mon cou se tend quand mes yeux se posent sur le couple voisin et leur petite qui galèrent à traverser la rue, pliés en deux et couverts des pieds à la tête.
Le vent souffle encore bien trop fort aujourd'hui. Il va falloir que je m'accroche pour aller à la fac. Pfff. Mais pourquoi je m'obstine? Plus de la moitié de ma classe a déserté.

Des fois je me dis que je devrais faire pareil.

"Oh merde, non !"

Ah.  Rupture du satellite, il faut croire. Les résultats de courses hippiques ne sont pas prêts d'être rediffusés.

*CRRRRAAAAAAAAAAAC !*

Surtout sans télé.
Je me retourne et fixe la mienne avec hantise pour finalement la recouvrir de ma couette à la hâte.
C'est là que résonne mon prénom dans les escaliers. Ma mère a dû finir de fumer son dernier paquet de clopes. Je me demande si elle tire pas sur tout le paquet en une fois.

Un long soupir. J'enfile un pantalon de survet' et jette une veste sur mes épaules. Mon sac en bandoulière. Un coup de main vite fait dans ma crinière brune devant le miroir, puis mes doigts effacent les dernières traces de charbon sous mes yeux avant que je ne descende les escaliers sans grande discrétion.
Le bling bling de mon trousseau de clés accompagne mes pas pour rendre le tout moins disret encore. A moins que ce soit la colère de ma mère qui étouffe la pièce de non silence.

Le fric m'attend sur la table de la cuisine et les hurlements entre elle et son mec me poussent à déguerpir encore plus vite.
Je chope le tout au passage et j'enfile mon masque avant de passer la porte.

Etrangement, ce sera la dernière fois que je la passe, cette porte...


 
Quand je pensais à me barrer d'ici, j'avais pas dans l'idée d'aller me planquer dans la maison familiale avec ces deux là. Vraiment pas.

Mais ces deux tarés m'ont limite kidnappée. La première chose qu'a fait ma mère, elle, c'est de sauter sur les trois paquets de clopes que je venais tout juste de lui acheter. Et là voilà en train de s'enfiler le premier.

C'est le bordel, la voiture est chargée à bloc. Je suis plaquée contre la portière. Et pour être sûr que je l'ouvre pas malencontreusement en chemin, ce con a décidé de mettre la sécurité enfant. Je suis vraiment victime d'un kidnapping.

Une journée entière coincée dans cette voiture avec ces deux là. Pas de musique, pas un mot, si ce n'est des regards presque froids. Mauvaise ambiance. On voit bien qu'ils se sont engueulés.
Et malgré tout ça, j'ai pas pour autant envie de foutre les pieds hors de ce tas de boue. Ça chauffe déjà pas mal dehors.

Je faisais celle qui dormait quand on a passé le barrage et j'ai bien vu ce qui s'y passait. Des gens parqués. On va pas me dire que les mecs avaient leurs flingues pour faire joli. Surtout les coups de feu quand on est partis.
Là encore je faisais celle qui dormait à moitié. Mais je suis pas con.

Quand on est enfin arrivés, ma mère a lâché comme un soupir de soulagement. Comme si on l'avait échappé belle et que maintenant qu'on était là, on était enfin à l'abri. Je lancerais bien les paris pour savoir jusqu'à quand. Mais je suis sûre que c'est encore William qui gagnerait sur ce coup là. C'est son truc à lui.

Au moins un point positif, c'est que les chambres sont à l'opposé l'une de l'autre. Dieu merci, je vais pouvoir échapper aux boules Quies. Quoi que...

Mon sac glisse de mes épaules et s'écroule au sol quand je rentre dans la pièce principale. Pas possible qu'on se retrouve ici juste que tous les trois.
William semble dans son élément, ma mère moins. Et moi sans doute encore moins.
 
Beurk... Je mange pas ça.

Mon sac se laisse trainer derrière mes pas, le temps que je passe la porte de la chambre qui me sera attitrée. Certainement plus longtemps que je l'aurais imaginé.
Lui, passera sûrement la soirée seul avec sa boîte car comme ma mère, je suis douée pour me planquer dans ma chambre. Au moins une chose est certaine, le rationnement ne sera pas trop difficile. Du moins, jusqu'à...
Ce texte vaut une bière !
Eh puis il y eu cette drôle de soirée.
Rien n'en présageait une bonne, cela dit. Une journée aussi banale que les autres, aussi similaire, d'ailleurs. Ça devenait même compliqué de ne pas les confondre.

Des jours que je ne voyais plus ma mère. Seulement un aperçu quand elle sortait de sa chambre pour combler ses besoins primaires. Et oui, ça comprenait aussi le sexe. Merveille pour mes yeux et mes oreilles. Autant dire que les étoiles étaient belles à regarder. Quand il ne pleuvait pas. Pas comme ce jour là.

La pluie battait les vitres depuis la veille. Des trombes d'eau à nous en noyer. J'avais quitté ma chambre en fin de journée, au lever du jour peut-être. Aucune idée, la lumière du soleil ne perçait plus ce plafond de nuages depuis des siècles.
Il faisait toujours sombre dans cette barraque, ce qui n'arrangeait pas l'image de ce coin de salon transformé en chambre de célibataire.

William?

Personne. Et la porte d'entrée est ouverte. Dehors ça pisse la flotte. Et surtout, ça caille.
Je lève les yeux plus loin dans la pièce, la porte de chambre de ma mère est ouverte, elle aussi. Une escapade en amoureux, peut-être?

Maman?

Pas de réponse, là encore. Même pas un chat mouillé à l'intérieur. Juste le son de la pluie qui claque le sol à l'extérieur.
Et merde.

Un soupir avant de rabattre ma capuche par dessus ma tête et je passe enfin la porte d'entrée.
A l'extérieur, c'est juste l'enfer. La pluie, le vent. Dix secondes que je suis dehors et me voilà déjà rincée. Et je parle pas de William que j'arrive à peine à apercevoir au loin, debout et immobile. Ses os ont sûrement pris l'eau en plus du reste.

Je n'y vais pas simplement, j'y cours. Et ça glisse. Une vraie patinoire cette pelouse. La gamelle est inévitable. En plus d'être trempée jusqu'aux os, me voilà bien amochée, j'en ai la tête qui tourne. Un véritable salto arrière. Mais pas comme dans les cirques. Juste une chute mémorable qui aurait fait le buzz au bêtisier de la semaine.

Je laisse le temps à ma vision de s'améliorer avant de me lever et je cours à nouveau vers lui. Il est seul et pourtant, ses mains sont encore tâchées de sang, même malgré la pluie. Le bout de ses manches en est imprégné.

Maman???

Personne ne répond, ni ne bouge. Je ne suis pas sûre que lui non plus, mais je ne lui laisse pas le temps de réfléchir pour le faire. Il se laisse attraper, se laisse entrainer. Bientôt la maison nous accueille et nous enferme au chaud.

Les fringues sèchent devant la cheminée, presque entassées sur un fil à linge improvisé. Toujours pas ma mère, Et William reste muet.
C'est là que ça commence réellement à partir en couille.