Une dune trop loin

Chapitre débuté par Max Laverdure

Chapitre concerne : Max Laverdure,

Ce texte vaut 4 bières !
Si je regarde un peu en arrière, je veux dire, quelques heures en arrière, je reconnais que ça ne pouvait être qu’une journée de merde. Je vais crever là, avec mon cheval à la patte cassée, dans ces dunes, à deux lunes à peine d’un point d’eau.
La marche à pieds c’est cool, mais c’est peine perdue. Je mettrai deux fois plus de temps et je n’ai plus aucune réserve. Un chapeau, un cheval à trois pattes agonisant, plus d’eau et cette salope de radio qui n’émet plus.
Je vais crever là, seul, comme un con, en pleine santé. Et je me dis, je me dis que j’avais encore tellement de choses à faire. Je ne veux pas partir maintenant.
Mais j’ai pas le courage de saigner mon canasson et de le sucer comme un putain de vampire. C’est un truc que je ne peux pas faire. Je ne suis pas un de buveur de sang. Et il va gueuler et puis je vais tout gerber aussi sec. Non, mon cheval c’est mon copain. A la vie à la mort. On va rester là tous les deux. Et puis on va attendre… Je suis fatigué.
J’écris ces quelques mots dans le cahier au cas où on me retrouve. Je veux être enterré auprès des miens, à Terminus. C’est bien là-bas. Oui. Il y a des marais, une forêt, et puis des gens biens. Je retrouverai mon atelier. J’aime bien sculpter le bois, moi.

Mais pourquoi je suis allé me vautrer dans ces putains de dunes…
J’ai soif. Il fait chaud.

Dans la fonte de selle de mon infortuné cheval, il y a quelques lettres que je voudrais qu’on remette aux miens.

Mon cheval est mort

Je n’arrive plus à parler, ma langue est enflée…
… A deux pas… là… j’ai oublié…
Y a des trucs qui volent…
J’ai froid.


Max hoche la tête silencieusement. Il relève la tête et regarde autour de lui en plissant les yeux. Le soleil est encore haut et la nuit ne tombera pas avant quelques heures. Le spectacle est irréel. Des dunes à perte de vue et à 360°. Max déchire les page vierges du cahier pour les glisser dans sa veste puis replace le manuscrit dans la poche du cadavre momifié. Pas de trace de cheval, de selle, de couverture… Pas de nom, pas de radio. Rien dans les poches, plus de botte. D’autres sont passés par là. Un hasard plus qu'une chance de l'avoir trouvé. Le sable et le vent auront choisi de le découvrir cette nuit sans doute.

Il décroche sa radio qui vibre.

Y avait que dalle... j'arrive.