Mauvaise pioche

Chapitre débuté par Max Laverdure

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Ce texte vaut 7 bières !
C’est pas un vieux champs de patates…

Maintenant il en est sûr. Ok, ils sont dans un champ de culture, dont les restants de clôture s’aperçoivent parfois dépassant du sable et de la terre mêlée mais ce qui pousse ici, c’est du chardon, de la ronce, et quelques arbres pionniers mais aucune trace de l’herbacée tubéreuse. On n’y trouvera rien. Pas une seule pomme à se mettre dans la poche. Rien pour agrémenter la boite de singe qu’ils leur restent à ouvrir. C’est le grand soir. Le soir où on ouvre une boite. La régalade.

En attendant, il s’agira de reprendre les mules, et d’établir le camp sur les hauteurs du hameau abandonné. Pas qu’il aime l’altitude, le vieux Santino, juste qu’il n’aime pas dormir avec les morts.

On dégage !

Un peu plus loin devant, à quelques longueurs sur sa droite, la vieille Charlotte. Une chouette femme, fortiche pour la galette de blé et douée pour la bouffe en général. Compagnon d’infortune, elle suit Santino depuis leur sortie des égouts. Ils en ont connu des aventures et pas plus tard que tout à l’heure. Elle gratte le sol avec son crochet. Santino s’est arrêté et l’observe. Hey… elle va trouver quelque chose… hm ?... Il renifle, à moitié convaincu, attrape sa gourde, essuie l’embouchure de sa main la moins sale et la porte à la bouche pour y faire couler quelques centilitres. Il fait soif mais l’eau est un bien aussi précieux que l’or.

Allez… On dégage…

C’est dit un peu moins fort, presque pour lui-même. Le ton est las. Il est fatigué de cette journée. Il range sa gourde à la ceinture. Un regard sur ses camarades restés derrière, puis un autre sur la vieille Charlotte pliée en deux à gratter la terre…

Un dernier coup d’œil vers le sol. Un détail l’attire. Il fronce les sourcils.

Si seulement j’avais encore mes lunettes…

Il attrape sa baguette crochetée et vient pointer ce qui semble être comme un objet sortant à peine du sable. Le geste est précis, appliqué… PLOC…. Ca sonne comme une plaque en acier.

BAOUUUUUUUUUUUUUUUUM

Le bruit résonne dans toute la vallée. La surprise est immense car, il faut bien le dire, le cerveau de Santino semble toujours en mesure de lui faire part des stimuli vibratoires que son corps enregistre et donc capable de traduire cela en émotions. Il s’aplatit comme une limande avant que l’effet de souffle ne l’emporte trop loin.

Une chance… L’explosion, car c’en est une, a eu lieu un peu plus loin. L’effet mortel de blast a manqué l’homme à barbe.
Le visage dans ses mains, recroquevillé sur lui-même, désormais sourd de l’oreille droite, Santino goûte à l’odeur de la poudre, du sable et de la poussière qui l’entourent. C’est une brume épaisse qui se lève doucement. Du sang coule sur son visage. Pas de blast mais des cailloux dans la gueule, ça, il en a pris….

Il relève la tête, tousse, crache de la salive rouge… il râcle sa gorge, il crache à nouveau. Il tousse…
La brume s’élève… il n’a pas encore bien compris ce qu’il vient de vivre. Toujours allongé sur le ventre, il déplie un peu ses jambes et se met sur les coudes… La brume s’élève et voilà Charlotte qui le regarde de ses yeux bleus. Elle sourit ?
Il tousse encore, replie ses jambes et tente tant bien que mal de se mettre sur les genoux. Charlotte est là, juste devant lui, qui lui sourit et semble l’encourager.


Qu’est-ce…. Qu’est-ce que….

Le voilà à genoux. Il semble à peu près indemne et peu à peu se reconnecte à tout ce qui l’entoure.
Charlotte lui sourit mais elle fait désormais un peu la gueule… enfin… la gueule… La « tête » de Charlotte lui sourit. Voilà, c’est mieux dit. Pour le reste… enfin le reste de Charlotte… il est toujours à quelques mètres devant sur sa droite. Eparpillée, devant ce qui ressemble à un joli cratère.

Il est abasourdi Santino. Et l’horreur lui arrive comme de belles couches de vernis au tampon. Ca s’imprime et ça ne se décolle plus.


A peine plus loin la plaque d’acier qu’il avait repérée est désormais totalement découverte.
Une plaque rouge, des lettres blanches en capitale. La plaque est bien usée mais c’est lisible même sans lunettes.

Per… Perigo….

Le vent balance encore de la poussière… Ah, maintenant il peut lire à voix haute comme pour se l’entendre dire :

PERIGO… MINAS !