Tamtams en terre libre

Rp libre pour les gens autour de Liberty Harbor


Sur les eaux sales et profondes, envahies par la végétation qui ralentit les frêles esquifs, s'élèvent les percussions d'un tambour. S'y mêlent les chants festifs d'un autre âge. 

Certaines silhouettes tentées de se trémousser risquent bien de faire se retourner les embarcations...

 
Au creux des bayoux, on entend la chanson. C'est qu'une caravane maritime passe au large, et qu'il est grand temps d'aller saluer comme il se doit. La Shab n'hésite pas bien longtemps, à enfourcher chameau et sac de coke, histoire de faire bonne figure poudrée, mode XVIIème siècle. Sur les quais de la cité libertaire, liberale, libertine, et j'en passe et des meilleurs, ou des pires, tout dépend de quel côté de la corde ton cou se trouve, la fine fleur de la féminité chaotique de ce monde nouveau se met à hurler.

"C'est quoi ce bordel ! C'est pas bientôt fini ?"

La donzelle est d'une humeur charmante, comme à son habitude. La langue bien pendue, et l'oreille tendue, la voila qui râle de concert avec les tambours, histoire de faire bonne mesure. Plus par principe que pour chercher querelle; à vrai dire, sa curiosité vient de se reveiller.

Alors, oui, elle ne fout pas grand chose de ses dix doigts. Oui, elle pense surtout à sa gueule, et à la petite voix qui racontait qu'elle pourrait les amener à un procès. Et oui, elle ne va pas non plus conter fleurette pour trois clopinettes. Non, elle a déjà une idée derrière la tête, de celles qui, brumeuses, puent l'esbrouffe et la catastrophe. Mais elle se prend pour dieu, alors, que craint-elle ? Enfin dieu, l'un de ses sbires. Peu importe la face de la pièce, après tout, elles sont faites du même métal.


"J'suis la bien nommée Céleste. Shab, pour les inconnus et les météorologues. La divine, pour les croyants. Et Céleste, pour les autres, donc. Enfin, le premier qui m'appelle cécé, va prendre mon poingpoing dans les dentdents. Ceci dit..."

Raclement de gorge et claquement de langue.

"Bienvenue sur Free Island ! Oué, je cherche encore un nom, pas fameux, hein ? L'île du Blanc seing. Eh, comme les miens ! Faudrait montrer patte blanche pour circuler en paix, et quand je dis pattes blanches... Ho je m'égare. Comme d'hab, Shab. Je me laisse porter par les vents. divins, bien entendu. Mais j'ai la cervelle qui supporte mal le courant d'air. Enfin."

Faut suivre, ma parole. La sienne coute pas cher, mais y en a assez pour remplir un panier d'oreilles innocentes.

"Bref, C'est qui la patronne qui a proposé de m'amener avec mon nouveau crew là où on veut aller ?"

Si les pigeons volaient plus hauts que les aigles, ça serait plus des pigeons.

Le cortège festif c'est un peu une marque de fabrique, ça et les voiles colorées qui ferait rougir un organisateur de carnaval.
Si les percussions sont la première chose qu'on entend, les vibrations d'une voix masculine les suivent toujours, vociférant tantôt des prières un chant ou des ordres.
Le grand bonhomme noire, juché sur la proue d'un des navires de la procession foudroie les quais de son regard tout aussi divin.


Salutations Céleste. Shab divine pour les croyants !
Je suis le Grand Hougan Zakaria, Berger de ses fidèles, Messager de Bondye et des Lwas, Explorateur à la recherche de la terre promise !
Tu peux m'appeler Grand Hougan ou Papa Zakaria si ça t'amuse ! Mais ceux qui ne partagent pas ma foi m'appellent juste Zak ou Zakaria là !


Un rire gras accompagne ce déballage de titres farfelus.

Si tu parles de la patronne mon amie, tu parles de ma soeur Manbo hein !
C'est elle qui accompagne nos voyages de son tambour ! Tu veux toujours t'entretenir avec elle sachant ça mon amie ?


L'évidence c'est que le grand gars n'a pas besoin de se poudrer le nez pour parler avec Jésus, a vue de nez il a sa propre conception du divin.

Mais de toute façon les vents divins ne t'ont pas porté chance là !
La Manbo "médite" et elle en a encore pour quelques instants hein !
Peut-être que le Grand Hougan peut t'aider autrement, ou peut-être que tu peux me parler de ta divine pesonne, c'est que ça m'intesse ces choses là !

Le visage de la bonde filasse est anguleux, à la manière des Russes d'autrefois, de celles qui résistaient aux incursions tatars en courbant l'échine et en gardant la mine fière. Mais la bouche se tortille comme une danseuse du ventre déconfite.

"Grand Hougan, grand hougan... Grand houganmoran ! Qui vient de la mer et qui porte le noir ! Enfin, qui porte, qu'est noir comme le charbon. Quoi qu'un cormoran est un peu plus coloré... Enfin, Papé, j't'appelerai Papé Cormoran, se sera plus simple pour tout le monde. Tu vois, un oiseau, ça a des ailes, ça parle à tout le monde. Et puis, ça nous fait un point commun. Enfin, C'que tu dis là, ça m'arrange pas."

Elle se plante devant lui, droite comme un i, les deux jambes bien ancrées dans le ponton bricolé de Liberty Harbor. Les vagues font grincer les planches, les mouettes piaillent et réclament leur ration de miettes du destin. Elle lève le menton, théâtralement, pointant de cet éperon osseux le vaisseau de l'invité surprise.

"C'est que moi, j'voulais me casser d'ici."

Elle renifle un peu; l'air est frais et humide, et elle n'est pas habillée pour l'hiver. Elle ressert le col de son veston de cuir élimé, cachant comme elle peu son poitrail émacié. Mauvais temps pour frugaux.

"Faute de lignes, j'pèche au cormoran ! Z'avez à faire, j'imagine, avec votre peuplade barbaresque là. Mais je peux te parler de moi, oué. C'est intéressant tu vas voir. Je suis un ange. Une ange. C'est pas une façon de parler ; je suis envoyée par D.. . Pas celui qu'est mort, m'étonnerait que celui-ci ait rejoint celui de la-haut. Bref. J'ai une mission. Mais je sais pas laquelle. C'est bien ça l'problème."

Un frisson lui parcourt l'échine; elle choisit de lutter contre en entamant un petit déhanché au rythme des tamtams.