Beaucoup plus tard
Bonjour, ici Jules Lagrille.
Nous avons quitté les marécages dans lesquels se trouve ce magnifique bateau à vapeur abandonné, au sud de L’Escale, je ne sais pas si vous connaissez.
Un petit temps pour laisser aux auditeurs le temps de se poser la question, peut-être.
C’est notre première lune de voyage !
Un soupir.
Nous avons marché pendant quatre lieues vers le nord-ouest, en longeant le rivage, sur notre gauche, une étendue d’eau à perte de vue.
Nous venons de gravir une colline. Il y en a à perte de vue devant nous d’ailleurs !
Ils doivent faire une pause, il y a des bruits de bivouac autour d’eux.
Tout le monde va bien ?
Plok ?
Ben ?
Plus bas :
Ici Eva Long ! Covoyageuse des Régleurs de contes.
Au cas où certains auraient oublié.
Merci Jules, à vous les studios !
Un silence et un petit rire mutin.
Désolé Jules, j’ai toujours rêvé de dire ça à la radio !
Un bruit de pages qu’on tourne.
Vous avez oublié de dire que nous sommes dans le Nord ! Pas très très loin de la capitale mais ne dites rien sur Presley ! Ce n’est pas un homme fiable.
D’ailleurs pour les friands de potins, je crois que le projet de musée d’Ange est tombé à l’eau ! Et pas celle de la rivière juste à côté… si s’en est vraiment une.
Au moins une mer lointaine.
J’y ai laissé une belle broche quand même. Dans le musée, pas dans la mer.
Jules essayez de suivre voyons !
Ça remplace un bonnet phrygien RI-DI-CU-LE.
Qui a pu mettre une chose pareille je vous le demande !
Non Jules je ne vous le demande pas c’est une expression.
Elle écoute la suite sans l'interrompre, peut-être deux ou trois minutes d'affilée.
Vous parlez des montagnes où vous êtes parti bouder lors de notre première sortie ?
Elles sont un peu plus hautes que des collines.
Mais oui je pense que tous nos charmants auditeurs doivent visualiser.
Un soupir.
Merci Éva pour tous ces secrets dévoilés inutilement.
En même temps, si je n’étais pas parti… bouder… comme vous dites.
Je n’aurais jamais rencontré la fée des montagnes. La Blanche Argentée !
Et je n’aurais jamais pu écouter son histoire.
Un soupir, encore
Pour compléter le panorama.
Depuis que nous avons quitté les marécages, au Nord des rivages que nous avons traversés, nous n’avons vu que le désert et rien d’autre.
À la prochaine lune nous filerons tout droit, nous continuerons à longer la mer ou l’immense rivière. Nous descendrons et remonterons une nouvelle bosse.
Au Nord, nous verrons une plaine, au nord de cette plaine, des collines, au nord de ces collines, le désert, encore.
Je crois qu’une fois là, nous ne verrons vers le Nord-Ouest uniquement des collines et des montagnes.
Jules vous pensez vraiment que nos auditeurs vont prendre leurs crayons de couleurs et vont dessiner un joli plan ?
Ils sont pas tous comme vous…
Ils veulent juste savoir où sont les mines, ou ils peuvent tomber sur un troupeau, des caisses peut-être et éventuellement où sont les groupes armés.
Mais vos petites, moyennes et grandes montagnes, je pense qu’ils s’en carent la carotte !
A moins… Qu’ils remettent votre voix le soir… pour endormir leurs enfants !
Vous savez ! Les Robert ! Josette ! Ambroise et tous les autres…
Et ça ce n’était que les prénoms des plus jeunes enfants.
Attendez je reprends.
Un petit silence.
Elle parle bien devant la radio.
Vous savez où le soleil se lève ? Et bien on trace vers le soleil couchant ! On est les maîtres autoproclamés de cette langue de terre car on la connait bien !
A l’ouest donc ! J’dis ça pour ceux qui ne suivent pas…
Y'a des p’tits trucs sympas mais il y a aussi beaucoup de montagnes… Ça… avec vous, Jules, je crois qu’on l’avait compris.
Et la montagne ça ne nous gagne pas du tout… C’est chiant ! Surtout en hiver ! Et puis on glisse, le sol n’est pas stable, les pieds sont gelés, les mains j’en parle même pas… Vous avez pas froid Jules ?
A moins que ce soit lié à la thyroïde… il parait que c’est un truc très féminin ça, d’avoir froid aux extrémités.
Messieurs, Dames, si vous voulez témoigner de ça c’est votre moment !
Mince désolée Jules, je me suis peut être un peu emballée.
Passons les reliefs s’il vous plaît. Et puis c’est pas votre petite plaine qui va pouvoir accueillir tout un car de randonneurs, donc on est même pas obligé de la citer.
Mais bon… d’ici que notre radio attire enfin quelqu’un, les arbres auront eu le temps de déployer leurs racines pour nous serrer la pince.
Et ceux qui écoutent ont peut-être ce genre d’images en tête…
