Signal linéaire.

Chapitre débuté par Ruscherra

Chapitre concerne : Ruscherra,

Il est drôle, ce métro. Quel silence. Quel bordel.
D'étranges sas de béton-acier s'ouvrent lentement, dans un vacarme insupportable à travers le souterrain. Un peu partout. Et à chaque fois le silence retombe.
Quel silence. Quel bordel.
Quelques écoulements d'une eau suspecte se font entendre dans l'obscurité. Les petites griffes des habitants spoliés cliquètent sur le sol crasseux tandis que des ombres surgissent de ces portails béants.

Une de ces ombres semblent sortir d'un Hellfest merdique où il aurait flotté toute la semaine. Une paire de jeans sombre, souillée par la bouillasse locale qui se répend entre les rails. Un t-shirt noir qui tire vers le gris. Une tignasse de cheveux noirs (Qui tire vers le gris), une barbe de X jours (qui tire vers le gris). Des yeux vairons (Dont l'un tire vers le.. Bref, y a de la redite.). Signe distinctif (Puisque jusque-là, le monsieur est plutôt quelconque vu le peu de luminosité) : Un tatouage facial qui entoure son oeil gauche, évoquant le tête d'un corbeau. 
Le monsieur marche lentement dans le souterrain, silencieux. Et autour de lui, c'est le bordel.
Tout ce monde. Toutes ces sollicitations.
Son poste radio se met à clignoter comme un manège forain.

Il regarde autour de lui et repère une personne moins affable, plus introvertie.
Sans prévenir, il s'approche d'elle et lui fait une clef de bras juste le temps de lui faire les poches.
La prise n'est pas énorme, et il n'a l'air ni content de lui ni de regretter particulièrement cette agression gratuite.
Il s'éloigne lentement. En silence.

Il s'appelle Ruscherra. Il aime la musique metal, la bière et Vivaldi. Il a perdu quelques codes sociaux durant tout ce confinement de merde.
D'autant qu'il n'y a plus d'électricité. Et fort peu de microbrasseries dans ce métro de merde.
... Il lui faut un abri. Il doit bien y avoir une meute quelque part.

 
Ce texte vaut 3 bières !
*Avant le Crash...*

Un bruit métallique régulier, le frottement du fil sur le fusil. Gauche, droite, gauche, droite. Pause. Inspection de la lame. Gauche, droite, gauche, droite, gauche, droite. Pause. Inspection. Parfait.
Ruscherra dépose son couteau sur la table et croise ses mains sur le bois, pensif. Silencieux. De l'autre côté de la table, une soudaine agitation fait écho au calme. Des bruits étouffés. Un homme étouffé par un bâillon, les yeux exorbités et injectés de sang, se dandine furieusement sur son siège. Il est ligoté comme un saucisson avec de la ficelle à rôti. Littéralement.
Pendant quelques minutes, Ruscherra fixe son couteau avec ses yeux vairons. Parti dans ses pensées. Son oeil gris s'écarquille un peu puis il émerge et regarde son hôte.


Je ne travaille pour personne. Je sais que ce n'est pas une bonne nouvelle pour toi.

Le prisonnier émet un son légèrement plus aigu, interrogatif. Il perd haleine à se débattre comme un diable, le bâillon épais le privant partiellement d'air.

Je veux juste... Ah... C'est compliqué. C'est con, je n'ai pas confiance en mon prochain, un rendez-vous chez le psy serait peut-être plus simple.
Je crois que c'est depuis qu'on a tué ma femme. Enfin ma femme. Celle qui aurait dû être ma femme.
Quelqu'un l'a immolée.
... Bon allez, je ne te cache rien c'était une pute. Mais elle ne méritait pas ça.


Ruscherra s'empare du couteau, passant l'index sur le dos de la lame, son regard se perdant dans le métal tandis que l'autre homme commence à faire de petits sauts sur sa chaise pour essayer de basculer en arrière. Il est encore coincé les cuisses sous la lourde table. Une lueur amusée dans l'oeil, son geôlier continue.

Je dois passer pour un tendre à regretter ma femme comme ça. Surtout face à un mâle alpha comme toi. On survit fort peu dans le commerce de la blanche quand on n'a pas les couilles d'un taureau et la jugeotte d'un pigeon. ... Je n'aurais pas dû être romantique. 
Me dire que je pouvais blouser les albanais d'une brune aussi belle. Aussi intelligente. 
Ils m'ont envoyé ses ongles et ses dents calcinées. M'ont demandé 50.000 pour ne pas tuer mes proches. 
Ils m'ont ensuite envoyé l'oreille de ma p'tite maman pour me dire que l'affaire était réglée.


Il se lève de sa chaise et s'empare du couteau. Il va derrière son prisonnier et passe une main sur sa joue. Il continue, d'une voix égale.

Je ne ressens plus grand chose. Et on s'ennuie lorsqu'on goûte si peu le monde. Heureusement ce que je vais faire, c'est de l'adrénaline dans mes corn-flakes. Je t'ai vu fournir ces sales rats il y a quelques jours.

L'emprise de la main de Ruscherra se fait moins douce et immobilise la tête de l'homme, coinçant son oreille gauche. Il pose le fil de la lame au-dessus de la droite et fait lentement... Très lentement glisser le couteau de l'avant vers l'arrière. Un hurlement strident dont la force grandit à mesure que la lame descend retentit derrière le bâillon. Il hurle, crache, tousse. Hurle encore. Il secoue la tête pour se dégager, mais Ruscherra est méthodique, maintenant son emprise à gauche... Serrant le plat de la lame contre le crâne de l'autre côté, attendant que sa nuque fatigue pour reprendre.
Le travail est rapide. Ce n'est pas fixé à grand chose une oreille. Le cartilage ne résiste pas à une lame si précise. L'oreille tombe au sol.

L'homme aux yeux vairons, sans une émotion sur le visage, regarde le morceau parfaitement découpé. On dirait une pièce de Monsieur Patate. Il essuie son couteau sur l'épaule de sa victime. Gauche... Droite. Puis se penche au côté du pauvre homme en larmes et récupère le trophée. Il lui montre.


Tu vois, ça ? C'est le début de notre entretien. Je ne compte pas m'arrêter tout de suite.
Je te laisserai partir, ne t'en fais pas. 
... Tu vas te sentir partir lentement.
**Dernier jour avant le Crash**


On entendrait presque les dents crisser... Le vrombrissement timide mais régulier du pistolet encreur... Un grognement sourd et régulier lui aussi, se cassant parfois en un sanglot étouffé.
Une goutte de sang noir coule sur sa joue, vite essuyée par le pouce ganté de vinyl de l'artiste tatoueur. Concentré, ce dernier chuchote simplement "Détends-toi vieux, c'est le dernier remplissage."
Sur l'accoudoir, le poing crispé de l'homme frappe un coup sourd mais sans forcer, pour ne pas gêner le tatoueur.
Quelques gouttes de plus, quelques secondes.
L'iris presque blanc du fraîchement tatoué cherche l'horloge, comme enchâssé dans un globe sanguinolent. Tatouer l'arcade en prime. Il douille.
La machine s'arrête. Le tatoueur montre son oeuvre à travers un miroir... Son client cherche son visage du bout des doigts et il le retient. "Va te laver les mains d'abord. C'est sensible comme une peau d'fesse."

Le tatoué acquiesce et s'exécute.
Face au miroir des chiottes, il se regarde. Il sourit à pleines dents tandis qu'une larme s'écoule sur le tatouage et que le visage se tuméfie légèrement.
Il sort un petit sachet de la poche de son jeans et en déchire un morceau avec les dents. Glisse un index dedans et se l'étale sur les dents.
Passe sa langue, goûte une seconde... Puis foure son nez dedans et inspire comme une brute.
Tousse une fois.
Rigole.
Rigole.
Rigole.
Paie l'artiste.
Sort.
Marche.
S'énerve.
Attrape un passant par l'oreille et  le projette contre le mur.
Sent l'odeur de la surprise. Le sang mêlé à l'encre.
Voit le morceau de dent qui n'est pas à lui passer devant ses yeux.
Recommence.
Recommence.
Recommence.

Au loin les alertes sonores se déclenchent. Le Crash commence. La société s'arrête.
Plus rien n'a de sens. Personne ne cherche à l'arrêter.
Tout le monde s'en fout.

Paaaaaarfait.