Le Dorcia - Moment choisi n°1

Chapitre débuté par Van Patten

Chapitre concerne : Van Patten,

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Commencement.

Le Dorcia? C’était en fait là que tout commença. Tout? Pas tout à fait non. A vrai dire, pour être plus précis, c’était plutôt la vie de Lucas Van Patten, qui prit vie. L’unique fruit de l’union enflammée entre David et Cécilia, deux collègues de travail exemplaires qui occupaient la même fonction chez Pierce & Pierce, une boite de courtage de renom. Ce fut alors le destin ou le parfait hasard - ou était-ce plutôt le fait de Cupidon? - qui fit s’allonger, l’un sur l’autre, les amants, d’abord pour le sexe, puis par amour ensuite. Ils ne se rendirent compte de rien. Lucas fut le tournant de leur relation, qui glissa définitivement du charnel pur vers l’Amour fou. Une petite famille aimante ainsi naquit. Pour leurs épousailles, ce fut donc le pasteur d’une petite paroisse d’une banlieue proche de leur lieu de résidence, qui décréta leur union solennellement, devant un parterre de tout un tas d'intrigants profanes, inhabitués aux cérémonies religieuses. Les amis des mariés étaient tous de drôles de requins aux longues dents pointues et acérées. Plein aux as, ils ne se souciaient guère de la condition de leurs prochains. De parfaits enculés qui cumulaient les sept pêchés capitaux. La plupart des convives venaient du même milieu qu’eux; la haute finance spéculative. Là où précisément le cœur et l’âme s’assèchent dans la rudesse des chiffres, des plus-values mirobolantes et des profits extravagants. Pour titiller leurs amis, ils avaient choisis d’ailleurs des textes bibliques étonnants et provocateurs, pour la lecture liturgique de l'office. Comment en aurait-il été autrement?

Corinthiens 3:3 "Parce que vous êtes encore charnels. En effet, puisqu'il y a parmi vous de la jalousie et des disputes, n'êtes-vous pas charnels, et ne marchez-vous pas selon l'homme..."

Ils avaient un sens de l'ironie, sur la vie, sur eux-même, qui dépassait tout entendement. Peut-être était-ce là, le genre de petits détails, qui fit qu'ils tombèrent amoureux l'un de l'autre.


Memento.

[...]
Il la poussa discrètement dans le petit cagibi dardé de pénombre où filtrait à peine le néon vif du corridor cloisonné. Un petit local dérobé qui juxtaposait la cuisine bruyante. La petite pièce était un endroit étonnamment silencieux et douillet, alors que la musique rock battait son plein dehors. Il glissa sa main chaude sur son cou puis sa poitrine légèrement dénudée, pour la caresser, la saisir. Il baissa, plus entreprenant, ses mains sur ses hanches pour la prendre plus fermement et la plaquer contre lui. Des mots orduriers s’échangèrent dans le creux des oreilles, de l’un à l’autre et vice-versa, rougies par le sang qui affluait follement dans les pavillons. Elle râla pour lui. Et lui, s’énerva contre elle.
[...]


David était un homme autoritaire, quoique charmant, dont l’éducation bien assise séduisit la jeune Cécilia. Il n’avait d’yeux que pour elle, lorsque ce n’était pas pour des complets de chez Valentino ou des lunettes de chez Oliver Peoples. Elle, c'était une jolie et élégante petite brune dont la douceur maternelle n’avait d’égale que son sourire attentionné pour son fils. Plutôt sobre et classique aussi, toute habillée de sombre le plus clair du temps, lorsqu’elle n’était pas en motifs fleuris, alors qu’elle accueillait le printemps qui se pointait timidement.

[...]
Elle se retourna pour lui offrir la vue galbée de sa croupe en se penchant sur la petite armoire en vieux chêne. Lui fiévreux, et elle toute tremblotante, fut mise à nue; sa robe fut relevée habilement, de ses genoux jusqu’au-dessus de sa taille dévoilant son intimité.
[...]


Le Dorcia était ce lieu mythique où tous rêvaient d’y aller manger de succulents oursins ceviche pour faire de juteuses affaires et pour se déhancher ensuite, sur les derniers sons du moment. Et qu’importait la table ou l’heure, avoir l’un ou l’autre était un exploit olympien. Les réservations étaient toujours complètes. Il était pratiquement Impossible d’avoir une seule place. Complet durant des mois entiers. Se permettre d’emmener sa chérie dans ce haut lieu branché, ne serait-ce que pour déjeuner pendant la semaine, relevait du parcours du combattant. Un vendredi soir, autant entreprendre le mont Everest en kayak non farté. Ce soir-là, une chose avait changé dans le regard de David, une passion dévorante et ardente qu’il ne pouvait plus contenir. La veille, il avait entendu qu’un couple d’amis avaient pu négocier une table pour un vendredi soir. Au terme d’un long argumentaire sur la nécessité qu’ils devaient lui céder leur place au Dorcia, il réussit à les convaincre moyennant un lourd tribut en monnaie sonnante, trébuchante et substantielle. Les requins s’engendraient mutuellement. Constante universelle.

[...]
Le Hard Rock tonitruant lâcha un puissant riff pentatonique dans un bouquet final, juste dans la salle du dessus, alors que les deux tourtereaux étaient en plein ébats. La musique couvrit partiellement les râles de plus en plus bruyants des amants nocturnes, augmentant ainsi leur rythme cardiaque au gré des harmoniques saturées. Elle plaqua ses mains contre les parois chaleureuses de l’étroit cagibi pour avoir, elle aussi, une belle prise ferme, et au terme d’une langoureuse étreinte, tantôt douce, tantôt violente, le lait de vie se répandit en elle.
[...]


Elle lui sourit alors et remarqua ses yeux marrons effervescents de flammèches. Elle questionna et il se tut. Fébrile, elle rougissait de plus en plus, par la même passion qu’il lui communiquait toute en sourdine. Il l’invita à déguster le liquide enivrant et elle s’exécuta docilement. Elle but le breuvage or par petites gorgées délicates, la musique pulsait dorénavant dans ses tempes et l’excita encore plus. Elle but une nouvelle gorgée et remarqua enfin l’objet de toute les attentes; l’alliance dans la flûte brillait de mille et un éclats. Ses yeux bleus brillèrent à leur tour, comme ils ne l’avaient jamais été auparavant. Devant la scène, David resta confus, mais heureux. Il avait tellement peur. Une peur de l’échec au ventre, qu’il y ait une seule fausse note dans ce petit tableau idyllique qu’il peignait avec minutie. Rêvait-il de sa princesse à l’instar des petites filles qui rêvaient de leur prince charmant?

[...]
La graine fut déposée, ce soir-là, dans le fragile et douillet réceptacle féminin, pour accueillir la vie, tandis que leur étreinte enfiévrée, presque impudique et obscène, scellait en quelque sorte leur union à venir.
[...]


Elle l’attira sur la piste de danse, plus loin, puis plaqua les mains masculines sur ses hanches larges et bien dessinées, alors qu'elle plongea les bleus dans les marrons. Ils dansèrent ainsi sensuellement, puis David l'attira au sous-sol, en esquivant habilement la vigilance des serveurs qui s’affairaient de partout dans cette ambiance lourde et tamisée. Un petit cagibi se trouva là, au fond du corridor sombre. La musique commençait à devenir qu’un murmure, un songe, tandis que la voix de Cécilia devint murmure et hypnotique.