De la fin du dernier Cherokee.

Chapitre débuté par Jelani Mipira

Chapitre concerne : ussr-tsalagi, marcuswright, lesrésistants, ussr, chilali, USSR - La Plume rouge, simondimkan, april,

Ce texte vaut 10 bières !
Ce livre a été écrit par Chilali - Rejoins les vertes prairies, l'ami. 


 

Garde-frontière ? N’était-ce pas le mot employé pour désigner la mission qui lui avait été confiée ? Honnêtement, il n’en était plus très sûr. Les visages pâles lui avaient appris tant de nouvelles choses en si peu de temps. Mais le terme importait finalement bien peu, la tâche en elle-même bien plus. Sillonner les terres aux Nord de Roningrad afin d’y assurer la sécurité d’éventuels voyageurs égarés, les guider si besoin, mais aussi écarter tout risque d’une présence ennemie qui tenterait de se dissimuler. Etait-il mission plus plaisante que celle de protéger les siens tout en côtoyant au grand air des visages plus ou moins connus ?
 
Combien de rencontres ainsi effectuées avec des groupes de tous horizons ? Nomades itinérants, pauvres hères s’extirpant tout juste de ces ignobles sous-sols, camarades. De nombreux clans de tous horizons, soudés comme des familles parfois, avaient traversé les frontières de l’USSR sans que le moindre tracas ne pointe jamais le bout de son nez. Des discussions en suspens, remises parfois à plus tard alors que le temps souvent faisait fi des rencontres éphémères.
 
Et vint ce jour où le groupe des Résistants apparaissait à nouveau à l’horizon. Confiance tout juste naissante, de celle qui avait du mal à se mettre en place dans ces temps compliqués. Autrefois, les premiers échanges, quelque peu tendus, s’étaient finalement soldés par un accord de principe encore instable. Tout restait encore à faire, mais il n’y avait eu aucun incident à déplorer.

En cette nouvelle rencontre, quelques railleries paillardes en guise de seules salutations alors qu’ils pénétraient sur les terres de l’USSR sans se signaler. Ce n’était pas leur premier passage dans la région, ils étaient bien au fait des réglementations locales. Simple oubli ?

Mais cette fois-ci, contrairement à la première fois, les Résistants ne répondaient à aucun de leurs appels, refusaient de justifier de leur passage sur les terres de l’USSR, de préciser les marchandises qu’ils transportaient, alors qu’ils ne s’étaient pas même annoncés dans la région. Qui pouvait bien avoir l’idée aussi absurde d’entrer chez quelqu’un sans prévenir ? Certainement qu’ils avaient été pris par surprise quelque tentative de contrebande et ne savaient plus que répondre.

Décision était prise qu’il leur rendrait une visite de courtoisie, pour s’assurer que tout allait bien de leur côté. Après tout, ce n’était peut-être qu’un souci de radio. La virée aurait lieu en fin de journée, quand le soleil couchant n’imposerait plus sa chappe de plomb aux marcheurs éreintés.

Quelques mots, un dernier baiser à sa compagne, un regard complice à son camarade de voyage, avant de prendre la route, sans se retourner. Rien de bien cérémonial alors qu’il serait de retour ce soir. Une simple mission de routine que rien ne devait venir déranger. Le bivouac est visible à l’horizon, il lui faudrait deux heures de marche, tout au plus.

La chaleur s’efface enfin alors qu’il s’approche. Au milieu d’un camp érigé d’une manière fort rigoureuse, quasiment militaire, un feu crépite encore vivement. Signe évident de vie sur le campement.

Derniers pas avant d’atteindre l’entrée. Pas une âme en vue. Le regard cherche vainement la présence des Résistants. Auraient-ils abandonné en urgence leur camp ? Un pas de plus. Quel autre motif pouvait bien expliquer cette situation bien surprenan- !

Tchaaak !

Un sifflement strident bouscule alors le silence qui régnait jusque-là en maître. Tout est allé si vite. Il n’avait eu le temps de s’annoncer qu’une lance s’enfonçait déjà dans son torse, pénétrant des chairs bien trop meubles pour opposer quelque résistance. Violence insensée que cette douleur qui se diffuse dans chacune de ses veines, n’épargnant aucune parcelle de son corps. Tressaillement bien involontaire des muscles asphyxiés.  

La respiration est saccadée, chaotique, particulièrement douloureuse. Il essaie désespérément d’inspirer, à la recherche de cet oxygène qui ne parvient plus à atteindre des poumons emplis de sang. Il suffoque, manque de se noyer dans ce liquide vermillon qui s’écoule dans sa gorge.

Les yeux, incrédules de voir les Résistants l’attaquer ainsi, se posent finalement sur la plaie qui s’est dessinée sur son buste, perforé de part en part de cette arme projetée indubitablement pour tuer. Sa chemise blanche s’imbibe de cette poix couleur d’Andrinople qui s’échappe un peu plus de la blessure à chaque battement d’un cœur désemparé. Bien trop de sang perdu. Il ne rentrerait pas ce soir. Il ne reverrait plus les siens. Jamais plus.

Son arc était toujours dans son dos, rangé, les flèches dans leur carquois. Il n’était là qu’en cas de rencontre impromptue sur le trajet, il n’avait jamais cherché à engager quelque combat. Comment aurait-il pu d’ailleurs, seul face à tout un groupe ? Il venait amicalement, cherchant simplement à discuter, obtenir des réponses à ses interrogations.

Peut-être aurait-il fallu s’annoncer à nouveau, continuer à communiquer vainement dans cette radio qui se montrait bien silencieuse depuis des jours ? Cela s’était montré bien infructueux.

Peut-être aurait-il dû faire plus de bruit sur le chemin pour se faire remarquer ? Non, cela n’aurait rien changé. D’ailleurs, certainement qu’il en avait fait assez si toute la troupe était prête, organisée afin de l’abattre aussi prestement dès son arrivée.  

Non, nul doute que le coup était prémédité. Ils l’attendaient. Rien n’aurait pu changer l’issue de cette visite.

Ultime expiration, échéance inéluctable que celle d’une vie arrivée à son terme.

Se pouvait-il faire mort plus ironique pour un Cherokee que d’être abattu froidement par des visages pâles ? Lui qui s’était résolu à laisser une seconde chance à ceux qui avaient massacré son peuple. Turpitude patente que celle du temps qui ne s’écoule que pour mieux se répéter, inlassablement.

Pris par surprise, en sous-nombre évident dans cette embuscade, il ne servait à rien de lutter. L’issue ne fait déjà plus aucun doute. Les jambes vacillent, se montrent bien en peine à le garder debout. Mais tout serait bientôt fini, avant même qu’il ne s’effondre.

Les paupières se closent, plus rien ne compte que cette pensée prégnante qui l’envahit. Bien loin des étendues qu’il avait autrefois parcourues à cheval, de ces guerres incessantes contre d’avides visages pâles, de ces chasses aux cerfs pour nourrir son clan. Non, rien de tout cela. Un simple cerisier en fleur. Son cerisier. Au moins il était en sécurité. Un sourire satisfait se dessine alors sur ses lèvres. Seul regret que celui de ne plus jamais le revoir.

Nouveau sifflement, qu’il n’entendra pas cette fois-ci.
Tout est fini. Plus aucune douleur.
Le corps s’écroule finalement en arrière. Le sang commence déjà à abreuver de son carmin la végétation alentour qui avait perdu de sa verdure.
L’esprit réclame vengeance. La Loi du Sang.
 
Ce texte vaut 4 bières !
La lune, d'une discrétion affligeante de part cette transparence évanescente, est une nouvelle fois le témoin de l'étreinte qui les lie.
Les corps sont étroitement pressés, nul interstice est volontairement négligé ni ne saurait être toléré car les mains sont férocement imprimées dans le creux des reins même lorsque l'une d'elles parcourt la chute dorsale de son empreinte caressante. Pas une once de vent, le silence est seulement troublé par les pulsations cardiaques inévitablement cavaleuses, conférant une musique savoureusement entêtante. Les lèvres s'épousant se dévorent doucement, les langues affamées se nourrissent en dansant voluptueusement dans le creux de leurs bouches, s'attirent, se repoussent, s'ébattent avec cette soif qui ne peut tarir.

Mais le temps qui s'égrène joue une énième fois contre eux, ce qui ne les empêche pas de profiter de chaque petit grain qui leur est accordé puis les corps se dénouent progressivement et avec ceci se renouent l'oppression, la peur, la crainte et l'effroi que tout cela soit le dernier instant et quand bien même une certaine hargne soit consentie pour estomper ces sensations néfastes, elles ne peuvent disparaître totalement.
Le sourire affleure aux lèvres alors que les yeux gris offrent chatoiement aux profonds sentiments et qu'en retour, ils se baignent dans la chaleur brut de l'automne. Ecrasement sans vergogne, dans un même élan, de ce sourire partagé par des lèvres qui paradent déjà ensemble, s'aimantant, s'aimant, s'adulant, se gourmandant avant que le feu s'embrase en leurs bouches, procurant cet ineffable étourdissement délicieux.

Gugeyu... Lui souffle Chilali tandis que les doigts balaient le rose pâle de la chevelure avant de s'échouer contre la nuque légèrement moite, résultant de la peur tapie. Mot qui trouve son troublant écho avec une prononciation qui s'affine davantage.
Dernier baiser d'un doux délice sensuel s'assortissant d'une bien brève étreinte avant que la silhouette massive ne décroisse progressivement, ses contours devenant flous finissent par disparaitre.


L'attente. Exécrable. Impitoyable. Intenable. Incontournable. Désagréable.

Pressentiment ? Intuition ? Prémonition ? Le ventre est pris en tenaille, le coeur s'essouffle soudainement, la gorge se noue douloureusement. Le vent se soulève, tourbillonne un bref instant comme un chant dédié au désert qui entoure le campement, ressemblant à s'y méprendre à quelques bruissements d'ailes d'un oiseau. Ceci donnera le signal de départ.
Simon la précède d'un pas relativement vif avant de se mettre à courir pour avaler plus rapidement la distance à effectuer. April suit, manque tomber sur le sol meuble mais les réflexes instinctifs ne la feront chuter.
Se hâter, avant qu'il ne soit trop tard. Se hâter, alors qu'il est peut-être déjà trop tard. Se hâter, alors qu'il est finalement trop tard.

La lueur blafarde de l'astre lunaire éclaire modestement le ciel sombre, diffuse sur les dunes ses rayons, transformant ce blond doré en froide grisaille.
Pas le moindre son alentours, juste le bruit des respirations et des pieds qui projettent la matière sablonneuse dérangée dans son sommeil.
Le vide à l'horizon alors que les deux paires d'yeux cherchent la masse imposante de Chilali. Jusqu'à l'arrêt brutal de Simon après le passage d'une butte puis du sien à ses côtés.

La sueur sur la peau passe de la tiédeur à la froideur mordante de la glace alors que le corps gisant sur le sol est fixé. Impossible de soumettre sa volonté pour détourner le regard. Impossible de rendre sonore la gorge pour hurler. Statufiée et raidie, le coeur se serre tant qu'elle suffoque. Enfin son corps obéit pour se rapprocher alors que Simon l'aura devancé pour se porter au devant.
Chilali est légèrement tourné sur le côté. Le tissu blanc s'est imbibé de sang, avide de boire ce breuvage vital. Le sable a obtenu un peu de ce tribut. Immédiate évidence qu'il n'est mort à l'endroit où il se trouve alors.
April ne s'agenouille pas. Les jambes cèdent sous son poids. Les mains ballantes ont leurs extrémités glacées. L'incompréhension, la souffrance et la détresse luisent dans les prunelles puis c'est au tour de la colère de brûler intensément dans le gris orageusement violent. Hoquète, sa vision se brouillant sous la venue de larmes qui s'extirpent abondamment, ruisselant sur les joues blêmes. Enfin elle se courbe, menant son visage auprès du sien mais seule l'odeur du sang irrite son nez. Un tremblant baiser est offert sur les lèvres entachées de carmin puis elle s'allonge afin d'être face à lui. La senestre se tend pour parcourir ses traits qui ne s'animeront plus, laissant la pulpe des doigts caresser les lèvres qui arborent encore ce sourire puis elle plaque le visage aimé contre son cou pâle.


Retour au campement. Silence morose et pesant. Les braises sont éteintes. La nuit s'achèvera bientôt, au profit d'un soleil joyeux. Foutaises.

Nulle dérogeance quant à cette nuit par rapport aux précédentes. Ils dormiront ensemble. Ou plutôt April sera la seule car Chilali s'est endormi dans un sommeil éternel, conférant presque un parfum de cruauté à l'avoir devancé ainsi, sans l'attendre.
Désormais nue, c'est avec une délicatesse insolite qu'elle le défait de ses vêtements, non sans s'échiner à cause de la rigidité vers laquelle le corps s'est dirigée. Assise à califourchon, les doigts s'égarent des épaules aux bras puis bifurquent sur la blessure béante. L'aigreur remonte en bouche, la sueur froide sillonne sa peau, l'épine dorsale se soumet au violent frémissement qui l'étreint et lui broie impitoyablement le ventre. Léger recul corporel afin de baiser tendrement la plaie infligée en plein coeur, ne lui offrant la moindre chance de survivre.
La voix entrecoupée de sanglots.


Ils le paieront... je le réclamerai... leur sang...

Couchée sur lui, elle recueille un baiser sur les lèvres dont le sourire s'est effacé car elles se sont naturellement entrouvertes puis la joue s'accole dans le creux d'épaules alors que le souffle rapide tente de vainement réchauffer son cou.
Les multiples pensées, heureusement, l'abrutiront, la contraignant à sombrer dans un sommeil qui ne sera aucunement réparateur.

Un long bâillement à s'en décrocher la mâchoire. Puis les souvenirs abrupts l'envahissent soudainement, provoquant un flot de sel à nouveau. Elle se tourne enfin vers lui, le corps ayant effectué mouvement à son insu puis elle le contemple en déglutissant douloureusement. Pression des lèvres contre les siennes, occultant la froideur qu'elles ont mais l'âme se morcèle davantage.
Alors elle lui parle, encore et encore, reniant cette réalité qu'elle ne peut ni ne veut accepter. Oscillation entre la lucidité et le déni total. Devenait-elle folle ?
Une chose était sûre. Vivante mais morte à l'intérieur.

 
Ce texte vaut une bière !
Quelques grésillements, lointains ou peut-être pas. La voix, Jelani la reconnaitra sans doute, même si la radio transmet pas parfaitement et que l'intonation est terne, voilée par la tristesse.

J'aurai préféré un autre motif qu'celui qui m'amène... Chilali, en l'absence de réponse, s'est rendu chez les Résistants et... et... à force d'guetter et avec l'aide de Simon, on y est allé à notre tour, je, j'ai... Ravale difficilement sa salive. Il est là, sans vie, sans chaleur... ces chiens l'ont butés. Je veux leur sang. Lâche-t-elle d'une voix mauvaise.

Court et concis. Nul courage de faire plus long.



 
C'est avant tout un silence entrecoupé de parasites radiophoniques qui accusa réception du message. L'auditeur encaissait le coup. la voix de Jelani ne changea pas d'un iota, si ce n'est que la détermination à venger ce départ précipité vers les vertes prairies pouvait raisonner dans le poste.

"April ? Ici Jelani. On embarque le matériel et on arrive sur site immédiatement. tout ce qui sera, de près ou de loin, mêlé à la mort de Chilali sera exterminé. Je ne.peux pas te promettre leur sang, car je compte bien les saigner comme des cochons; que le désert boivent ce nectar en son honneur à lui." 


 
Bien qu'elle était en attente d'une réponse potentielle, la voix perçant à travers l'objet la fit sursauter. Le soulagement ressenti à l'idée que les Résistants soient pourchassés puis tués ne fut qu'éphémère, s'effaçant aussi vite qu'il était survenu.

Wado... Murmure-t-elle en cette langue dont elle connaissait quelques mots désormais, signifiant un simple merci, puis de reprendre après un moment de silence.
Que leur sang abreuve le désert m'est suffisant... bonne chasse... mes pensées seront alors tournées vers vous. Tous, ils méritent tous de saigner... les Esprits se nourriront, c'est dans l'ordre des choses. Wado.

Croyait-elle à ce qu'elle venait d'affirmer ? Peut-être bien.
Ce texte vaut 2 bières !
Il raccroche sans rien dire, encore ébaubi de la nouvelle. Une perle de sueur vient lécher sa tempe; elle finit sa course dans les méandres rugueux de sa barbe. Il n'est pas conscient, l'espace de quelques secondes, inapte à la communication, impénétrable, absent. Puis, un reveil; le sang qui bat sous la peau, la fureur, la colère. Le rouge qui monte aux pomettes, le brasier qui s'emballe, la tension qui file la cadence infernale... Dans la cage thorcique, étroite, oppressante, un coeur qui veut rompre les amarres, briser ses chaines, tordre les barreaux des côtes.

Mais rien de tout cela ne se passe. L'homme tapote les poches de sa chemise, comme s'il cherchait un briquet; Habitude d'un ancien fumeur stressé, ou en recherche de quelque chose de plus... fort ? Il ne trouve rien, ceci dit, et enfile sa veste, un regard mauvais ancré sous deux sourcils arqués. Il descend de l'échelle en deux secondes, lace une ranger mal ajustée. Il passe à l'armurie, dans la réserve. La petite emo qui en a les clés ne s'offusque pas de sa brusquerie; il faut dire que même si elle avait fait, le Daimyo n'était pas du genre à répondre poliment, aujourd'hui. Il farfouille devant elle dans des caisses de munitions, récupère un Holster dans lequel dort un 61 escort dont il fait jouer la glissière sur la culasse pour en vérifier l'état de fonctionner. Il croise le regard de la minette, interrogatif, peut-être. Il secoue la tête, avant d'attraper une pleine caisse de bordel militaire qu'il lui fourre dans les mains. 


"Ils ont tué Chilali."