La Soirée, Acte I - Moment choisi n°11

Chapitre débuté par Van Patten

Chapitre concerne : Van Patten,

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Acte I - Réverbération

Soirée onctueusement douce au sein de laquelle le crooner y avait veillé avec l’ardente brune à ses côtés. Elle l’avait l’accompagné jusqu’au cœur de la cité illuminée, où le prélude à cette épopée nuiteuse eut comme point d’orgue, une bien étrange chapelle locale. Mais ce ne fut pas pour se recueillir et méditer sur d’obscurs textes bibliques, psalmodiés crescendo par la voix monocorde d’un pasteur austère. Nenni, c’était la soirée des sonates romantiques, après celle dédiée aux concertos baroques, dont Bach en fut l’ultime représentant, l’icône incontestée. Organisées par le conservatoire de la ville, cette généreuse offre de culture musicale -pour une certaine classe sociale tout de même-, fut dès lors proposée dans plusieurs petites chapelles de la métropole, pour bénéficier ainsi de la superbe acoustique des lieux. Réverbération qui, en ces lieux, paraissaient irréels. Et quelle magnifique jonction des arts, lorsque ce dernier est présenté sous ses formes diverses; faire se côtoyer le musical dans l’architectural, permit de ravir l’ouïe et d’ébahir la vue du plus philistin des Hommes. Une idée brillante, qui amena les deux jeunes tourtereaux, et plus particulièrement la brune, à goûter à un autre univers musical que le leur. Ils jetèrent leur dévolu sur Frédérique Chopin, sous l’insistance certaine de Lucas, dont il appréciait particulièrement les pièces.



Dehors, surmontées sur des pinacles incroyablement saillants, les gargouilles, gardiennes incontestées des lieux, surplombaient le paysage crépusculaire tout halluciné et iridescent, pour en être les garantes protectrices. A l’intérieur, la petite chapelle néogothique dédiée à Chopin, était incroyablement spacieuse dans sa nef, mais surtout en son choeur, qui fut d’ailleurs spécialement aménagé pour accueillir l’énorme piano à queue en ébène. A lui seul, il était une œuvre d’art à part entière. Lucas écarquilla longuement les yeux en l’observant, puis l’étudia sous toutes ses coutures, toujours intrigué par le bel instrument qui trôna sous l’immense rosace, aux vitraux multicolores et pluricentenaires. Quant au transept nord, il fut tenturé pudiquement, pour permettre un lieu de retraite intime pour le soliste, entre chacune des interprétations de sonates qu’il donnait. Tandis que le public, très religieusement, entrait en masse, en traversant les immenses arches, soutenues par de somptueuses colonnes moulurées dans la plus pure tradition néogothique, les amants se frayèrent un chemin discrètement parmi cette affluence compacte. Toute la chapelle fut plongée dans une belle ambiance tamisée aux gros cierges rouges, alors que la soirée battait déjà son plein à l’extérieur. Les tentures, d’un beau bordeaux satiné, brodées au fil d’or, furent accrochées un peu partout dans la nef et sous la somptueuse et imposante rosace, qui laissait déjà allègrement filtrer la lumières des réverbères, nichés dehors. La vieille boiserie des bancs, douce et chaleureuse au touché, toute de pitchpin, fut laissée au naturelle, pour accueillir le séant des mélomanes, amoureux de solfège. Mais il y avait là, parmi ceux-là, d’autres couples de passionnés amoureux. Lucas, lubrique comme l’y habitua la brunette, glissa discrètement une patte sous sa robe pour lui caresser l’entrejambe. Elle émit un langoureux soupire équivoque, puis, avant d’apprécier davantage les vicieuses caresses sur sa pêche à travers sa petite culotte, le chassa d’entre ses cuisses en le grondant, non sans un sourire narquois à son adresse. Finalement le silence de cathédrale fut rompu par un début de sonate enivrant et claquant. Les deux bruns appréciaient déjà le ton romantique que prenait leur petite escapade nocturne, au cœur du monument historique. Dans ce haut lieu de prière, ils communiaient en sourdine.

Cependant ce fut une situation des plus cocasses pour la brunette, qui était constamment énervée contre et envers tous dans sa vie, principalement dans ses relations familiales. La musique Classique, malgré qu’elle adoucît les mœurs, représentait en réalité toute la rigidité issue du monde de la Tradition, dont l’avatar même, n’était autre que son père. Une tradition dont voulut s’émanciper, coûte que coûte, Cristina, en s’affirmant brutalement par le cosmétique d’abord lorsqu’elle débuta son adolescence, pour susciter la vive réaction de son entourage et de son père. Puis un plus tard, en s’opposant virulemment et systématiquement à la figure paternelle et autoritaire qu’il incarnait. De son côté, Lucas, au contraire tentait de ressembler à son père et d’en épouser tous ses codes. D’être simplement le distingué et respecté David Van Patten, dans tout ce qu’il entreprenait. Coincé dans ce mimétisme du fils, Lucas en fut terriblement frustré, alors qu’il essayait de se hisser à la hauteur de sa prestance. D’autant plus que l’exercice fut ardu, puisque celui-ci, le happait continuellement dans une incroyable aura qu’il dégageait tout autour de lui. Littéralement, il flanquait tout par terre, par sa seule présence. C’était donc ainsi que sa mère devint amoureuse de son père. Probablement inconsciemment, il voulait reproduire ce schéma avec Cristina, mais savait-il seulement s’y prendre avec les femmes? Nonobstant les apparences trompeuses, Lucas était très peu sûr de lui, face à Cristina, derrière son style de playboy fringant. Il avait une incroyable trouille au ventre, qui fit vaciller très souvent sa confiance en lui et ce, malgré les sentiments naissants que nourrissait la brune à son égard. L’homme était un être infiniment fragile, qu’il fallait impérativement et continuellement rassurer, câliner et manipuler avec beaucoup de délicatesse. En définitif, le plus hardi des hommes, n’était qu’un petit chaton entre les mains d’une femme, derrière ses airs fiers de lion conquérant.

La réaction radicale face à la tradition n’était pas la rébellion bête et frontale, quelle qu’elle fut. Au contraire, il fallait l’intégrer subtilement en son sein et la digérer pour en comprendre tous ses rouages et ses motifs.  Et ce soir, le brun fit troquer à la brune sa musique Rock contre du Classique. Un pan entier du génie musical, matrice s’il en est de toutes les musiques modernes occidentales et s’étalant sur plus de trois siècles d’histoire, enveloppa d’un coup d’un seul, la belle Cristina, de son linceul mélodique. La tatouée se laissa donc de plus en plus transporter et bercer par les harmoniques complexes et romantiques, des sonates qui défilèrent au gré des mouvements. De toute évidence, la jolie brune appréciait ce qu’elle écoutait sous le regard amusé de Lucas, qui lui lançait par intermittence des œillades discrètes. Elle était si belle lorsqu’elle arborait ce visage concentré et sérieux, alors qu’elle fronçait ses sourcils hautains qui faisaient ressortir son perçant regard noisette, pour sentir toute la musique la pénétrer. Belle et si différente, au milieu de toutes ses filles ternes et insipides qui semblaient être des clones les unes des autres.


Le contraste, comme à l’accoutumée, fut cinglant; Le brun était plutôt élégant et chic et ne détonait aucunement au milieu des autres intrigants arrogants. Il arborait une jolie chemise anglaise claire et cintrée, une écharpe brune en cachemire, un pantalon de marque anglaise également, en toile beige, et des mocassins couleur caramel de marque italienne cette fois, en cuir fin. Ses cheveux laissés hirsutes sciemment pour le style tumultueux qu’il cultivait évidemment, alors qu’une légère pilosité brunâtre, qu’il entretenait visiblement pour paraître homme, garnissait son menton. Quelques petits artifices aux poignets; sa belle et coûteuse montre, marqueur certain d’une situation sociale bien assise, mais surtout ses bracelets de cuir qui ajoutèrent une touche "mauvais garçon", qui plaisait tant à la brune, quoique discrets in fine. Cristina, pour sa part faisait dans le clinquant anglais le plus total. Elle avait une magnifique robe en lin noir, sortie tout droit "d’Alice au pays des Merveilles" transposée à l’époque Victorienne; légèrement évasée sur le bas et courte jusqu’aux genoux. Elle était extrêmement transparente et laissa filtrer aisément à travers la toile, son soutien-gorge noir classique des années cinquante. Un col et des bords de manches coupés de manière totalement improbable, tranchaient tout net avec le reste de la finition de la petite robe. Une ceinture discrète et fine en cuir noir, ceignait sa magnifique taille en mettant en exergue sa superbe courbe féminine. Elle avait évidemment les manches courtes, ce qui mit en évidence ses nombreux tatouages colorés, sur ses deux avant-bras, qu’elle arborait comme une bande dessinée, témoin de ses expériences de vie passées, et ses ongles noirs de vernis. A ses petits pieds, pas de rangers ni de bottines, les tatouages aux bras, aux chevilles et mollets, suffisaient amplement à distiller de la provocation subtile, vers les petits bourgeois qui s’offusquaient déjà pour un rien. Non, à ses pieds, de simples escarpins classiques en cuir noir ciré. Un piercing élégant mais osé, au septum de la demoiselle, souligna sa sulfureuse personnalité, et la touche carmin aux lèvres contrasta le tout. Enfin, comme toujours, sa crinière brune tressée en une seule grosse queue, fut projetée sur le côté d’une de ses épaules. Impossible qu’elle passa inaperçue avec cet accoutrement. 

Vers la fin de la représentation, elle dut se concentrer davantage et regarder devant elle, pour se laisser porter par les mélodieuses sonates successives, tant les regards interrogatifs et insistants se précisèrent de plus en plus sur elle. Cristina était superbement jolie, certes, un charme si envoûtant qu’elle méritait une sérénade à son nom. Elle fit ainsi se retourner sur elle tous les regards de croulants bourgeois tartufes, comme ceux de jeunes blancs-becs d’ailleurs, probablement puceaux, qui devaient triquer très durement rien qu’en soupesant du regard sa poitrine rebondie et bien fournie. Les puritains et autres rigoristes de la morale, assistaient à la grand-messe du soir, en glissant deux ou trois regards horrifiés, pour la forme, vers ses tatouages exhibés et son piercing en travers du nez. En réalité ils miraient son imposant fessier et sa poitrine ronde, tandis que Chopin perdit presque de son intérêt à leurs oreilles. Quelle douce ironie que fut ce lamentable spectacle, à l’intérieur d’un autre qui lui, fut superbement bien orchestré. Ils étaient là, au cœur d’une sonate puissante aux accords frappés, tandis que ce parterre de petits conservateurs réac’, se choquait devant quelques tatouages et piercings arborés sans complexe par la miss laiteuse. Des hypocrites. La représentation toucha enfin à sa fin, et les deux protagonistes, sortant discrètement en se faufilant dans la foule compacte, parlèrent à messe-basse. La messe était donc dite.

-Cela commençait à m’énerver ces regards sur toi… putain de pervers hypocrites… tous des hypocrites… mais regarde ta femme toi, cette vieille momie à barbe toute croulante, on dirait le principe de la pomme au four avec ces vieux cons, c’est dingue… tout est partie en guenille chez cette bonne femme…à mon avis ils doivent être envieux que leurs femmes ne portent pas de tatouages…

-Lucas calme-toi… on va nous entendre... Laisse couler, je ne suis pas à cela près, au final c’était voulu hein… tu croyais quoi, j’allais venir chez les petit bobos coincés du fion, sapée comme ça en me trémoussant contre toi, et on allait faire comme si de rien n’était?

-Non mais là c’est déconnant, on est plus dans la curiosité, on est dans l’invective muette. Ils te dévisageaient tous, je ne comprends pas leur problème à ces vieux cons de pères la morale. Tu as mis une robe descente quand même, tu es habillée… et puis tu leur as épargné les grosses boots!

Sourire néanmoins aux commissures des lèvres, il serra la brune contre lui en l’enlaçant fortement par sa taille, puis baissa sa main sur ses fesses, tandis que son regard soutenait les quelques derniers curieux à proximité, alors qu’ils se trouvaient déjà tous sur le parvis, sous la toile étoilée.

-Ton père, je ne crois pas qu’il m’apprécie Lucas… du coup je dirais que c’est juste comme ça chez les bourgeois; réaction épidermique…

-Mais pourquoi tu remets sur la table mon père, en le sortant comme un joker à toutes les sauces pour me rappeler ma classe sociale? Et toi Cristina, tu n’es pas une bourgeoise qui s’est marginalisée en réaction à ce que ton père représentait?! Putain…que tu aies des soucis avec le tien, est une chose, mais n’embarque pas mon paternel là-dedans, j’ai rien avoir avec cette caste de gros cons, et mon père non plus, il a travaillé pour ça… Tu me fais quoi là Cristina?

-Désolé…c’est moi qui aie déconné là. Quand je vois ce club du troisième âge friqué plein aux as, tout autour de moi, couler leur regard haineux, je pense à mon père, ce fils de pute… un arrogant suffisant qui veut gérer ma vie et qui n’a jamais été là pour moi... Môssieur-de-la-haute-je-voyage--je-fais-des-affaires, qui se la raconte…et qui méprise tous les autres: Pov’ con ouais! L’argent les rend tous abrutis. Qu’est-ce que ma mère lui a trouvé à ce connard suffisant, je me le demande…

-Ne dis pas ça…c’est ton père. Je ne peux pas écouter ça, je ne veux pas écouter ça. Pas ici, pas maintenant s’il te plaît… Moi je veux ressembler à mon père. C’est mon modèle, c’est lui qui m’a tout appris. Mon père est mon ami et mon mentor. Si je suis ce que je suis, là devant toi, c’est en partie grâce à lui.

-Mais arrête de partir dans ce couplet-là putain… Tu es différent de lui et Dieu merci, c’est pour ça que mes yeux se sont posés sur toi, idiot!

-Bon bref, c’est possible de ne pas ramener nos pères respectifs, dans notre couple à chaque fois, pour se prendre le chou pour des queues de cerises?

-Oui passons… En tout cas sache que j’ai adoré cette petite soirée romantique à tes côté, malgré tous ces puceaux pervers qui me reluquaient... Car à la base, j’étais très circonspecte à l’idée d’écouter du Classique dans une chapelle... Tu vois, tu me pousses à expérimenter des choses... T’es mignon quand tu veux!

-Je suis content de te l’entendre dire, cela me fait vraiment plaisir...

-Allez viens, on va se détendre dans un bar, dans le quartier populaire, tu verras ça va être festif là, avec des
gens chouettes qui se fichent un peu de ton rang social ou de ton accoutrement!


-Hum…oui je veux bien… je te suis…

L’enflammée brune tira enfin son amant très précipitamment à sa suite, le visage tout souriant et excité, tandis qu’ils se dirigèrent vers le centre névralgique de la ville: Le quartier populaire.