Petite mort

Chapitre débuté par Peter Motti

Chapitre concerne : Kaféclops, Peter Motti,

Par une journée de merde très moche, je déambule au hasard des tunnels quand je le vois, allongé, le regard perdu. D’instinct, je sais que je vais le tuer, je le sens en moi, il est prostré tel un présent, un passage de rite pour ce nouveau monde et non un sacrifice.

Je m’agenouille et je prends sa tête dans mes bras. Je sens sa chaleur traverser mon t-shirt. Cet être si fragile, y voyant un signe d’humanité, s’apprête à sourire. Dans son regard je peux lire toute la satisfaction qu’il retire. Mes mains glissent de ses joues à son cou, lentement, et je serre, tout en plongeant mon regard dans le sien.

Je veux que nous partagions cet instant, pas en bourreau ou victime, mais en une communion ultime. Je garde mon regard fixé dans le sien, la mort ne peut que le libérer de cet état de zombinite.

Je perçois les différentes émotions qui le traversent. Incompréhension, peur, lutte et enfin abandon, d’un seul coup. Il devient mou, lourd.

Je ressens sa force m’envahir, sa vie s’ouvrir à moi, se répandre en moi.

Puis je vois sa radio posée près de lui.

Peter Motti. Fantôme de l’obscurité des tunnels. Existe-t-il un monde ? Je suis prêt à le découvrir.

Je relâche le bouton de la radio dont je fais sauter la lanière mon épaule.

 
Quand pas sage … Passage.

Je viens de sortir du magasin pillé pour observer au fonds un semblant de passage.

Mue par mon intuition et les paroles voodouesques, je décide en une fraction de seconde de son itinéraire prochain, quand, je l’aperçois.

Je suis dans le ventre sombre de la baleine, mettant une certaine distance entre moi et les errants. Je déambule sur cette plateforme, me préservant une petite bulle temporelle juste à moi.
Dans la quasi-obscurité, je continue ma progression lente et contemplative.

C’est là, dans l’alcôve formée par deux piliers gardien de la plateforme, que je l’aperçois. Comme une hôtesse, ses cheveux rassemblés par … une godasse à talon et quelques mèches rebelles qui lui mangent une partie du visage.

Elle est appuyée contre le pilier, pliée, une chaussure enlevée, tenant dans sa main une cheville qui visiblement lui occasionne une certaine gêne.

Je profite du spectacle alors qu’elle n’a pas aperçut ma présence. J’admire sa silhouette, même si la posture ne lui rends pas les honneurs qu’elle mérite. Je remarque le cou gracile ainsi que sa nuque pale qui laisse apparaître dans toute sa splendeur la superbe vertèbre C7, celle qui forme comme un tout petit mont dans le haut de la colonne vertébrale.

Je ne sais pas si elle a conscience d’émettre de petits sons de contentement tandis que la caresse la soulage.

Je me décide de me montrer en actionnant le bouton de la radio et en parlant, tout en la fixant de mes yeux froids.

A l’homme qui case, l’ennui est inconnu, je me nourris aussi du silence et de la solitude.

Il marque quelques secondes et s’aperçoit que la femme le regarde, figée … Puis il reprend son intervention radio.

Tamarie. Joli prénom. Anagramme d’artémia. Artémia. Qualités nutritionnelles exceptionnelles et nourriture de choix. Pour la plupart des poissons.
Tamarie, je ne me définis pas, je suis un fantôme oui. Une apparition d’un défunt sous l’aspect d’un être réel. Je suis mort en haut, et je viens de réapparaitre en bas.

Je trouverai la voie à défaut de voix Manbo. Et je me ferais un plaisir de corriger avec toi l’enfant pas sage …

Sourire. Et regard fixé sur l’apparition intriguante.

 
Ce texte vaut une bière !
Le soleil c’est beau, mais c’est chaud. En plus quand on a juste de quoi se désaltérer, cela pousse à s’observer, à devenir un peu tendu. C’est ainsi qu’on est arrivé sur les plages d’un débarquement qui s’est effectué à trois.

Moi, La fille au talon haut, et la caillera phocéenne. Une triplette digne d’une célèbre bande-dessinée, impertinents, roublards, champion du système D, contestataires, profitant de toutes les bonnes occasions pour se moquer des imbéciles, sauf que là, les crétins, c’était plutôt nous.


Radio magique et la parole fut :

On l’a notre soleil, nos vacances dans le désert, sauf que … la mer, c’est de quel côté ?