La petite Mercredi

Chapitre débuté par Mercredi

Chapitre concerne : Légiste sans frontières, Mercredi,



Mercredi déambulait d'un pas tranquille, la tête haute et sûre d'elle dans les entrailles de ce qui avait été un métro. Il y faisait froid, sombre et la folie guettait n'importe-qui, prisonnier de ce tombeau. Et parfois, au détour d'une galerie, cette petite chose qui paraissait si chétive, innocente. Et fière. Elle vous fixait avec ses grands yeux sombres, deux pupilles grandes comme des soucoupes et parlait toujours du même ton égal. Aucune émotion ne transparaissait. Parfois on notait de rares excès d'impatience lors d'excitations morbides fugaces mais c'était tout. Cette gamine ne pouvait pas avoir plus de douze ans à première vue mais elle transpirait la confiance, voir l'arrogance face à tous ces adultes perdus, âmes errantes dans les boyaux d'un monde à l'état de cadavres. Aux yeux de Mercredi, ces derniers n'étaient que les vers gesticulant sur ce tas de viande en décomposition qu'était devenue l'humanité.

 

L'enfant (en apparence), était tombée sur quelques visages familiers qu'elle entendait parfois sur certaines fréquences de sa vieille radio poussiéreuse. Quelques mises en garde au sujet d'un viol qui aurait pu être amusant pour Mercredi, du moins dans la tentative, revenaient sans cesse. Et il se trouve que le brave ProFesseur Raoul sur qui elle était tombée par hasard faisait l'objet de ces avertissements. Mais il lui avait promis des cours accélérés sur l'anatomie humaine et même un poste de légiste. C'était plus qu'il n'en fallait pour appâter Mercredi. Bien que la petite anguille lui avait très vite filé entre les doigts, avide d'aller explorer les lieux sombres et menaçant. Mais au final, n'était-ce pas elle la menace ?

 


E
lle s'était présentée sous le nom de "BigMama" et se trouvait être en compagnie de cette Calie. Calie. Un frisson parcouru l'épine dorsale de la petite. Aussi, elle se concentra sur les paroles de "BigMama" qui disait être un bricomarcher ambulant. C'était parfait. BigMama trouverait sans doute les pièces nécessaire à la fabrication d'une chaise électrique. C'est qu'il ne fallait pas lésiner sur les moyens depuis qu'elle avait perdu son CDD avec le misérable ProFesseur Raoul. Et alors que s'éloignait la perspective de devenir une vraie légiste, avec un hymen en moins comme ticket d'entrée dans la prestigieuse école du dit ProFesseur, voilà que l'individu habillé comme un électricien s'était fait la malle. Un jour peut-être Mercredi pourrait essayer sa chaise sur lui. Quel candidat mieux approprié pour l'essayer de toute façon. Pour le moment, elle attendait de pouvoir sortir. Mais pas tout de suite. Il fallait laisser le temps au désert d'offrir ses premiers cadavres. Son premier buffet à ciel ouvert. Cette image provoqua une montée de chaleur dans ce petit corps chétif, froid et si pâle. Mercredi occupa son temps à chasser les rats. Mais sans la lame de rasoir promise par BigMama, c'était difficile de les autopsier in-vivo. Il fallait se contenter de leur arracher les incisives de devant ou de s'amuser à faire sortir leurs yeux des orbites. Mercredi repensa birèvement au fait qu'elle s'était confiée plus que d'habitude à "BigMama". La promesse de l'avoir comme nourrice était apaisant. Pouvoir téter à la demande encore plus. C'était glauque à souhait et conforta la petite Mercredi dans sa douce mélancolie solitaire.


Repue. Mercredi ne l'était pas mais alors pas du tout. "Nourrice", comme elle surnommait désormais la fameuse "BigMama", lui avait promis bien des choses. Une lame de rasoir pour commencer, afin d'accomplir certaines tâches délicates. Et du lait. Ce précieux lait qui faisait défaut à Mercredi, sortant à peine du bois de l'enfance pour s'aventurer sur les chemins sinueux de la pré-puberté. La petite avait également fait son lot de promesses morbides, voir carrément dérangeantes, à "Nourrice". Elle découvrirait toute la noirceur d'une Addams. Lorsqu'elle y pensait, Mercredi Vendredi Addams avait alors un regard de démente. Ses grands yeux sombres s'équarquillaient encore plus et un maigre sourire laissait apparaître deux canines très blanches et pointues. N'étant point abonnée au végétarisme, la petite voulait de la viande. Saignante. Et du lait. Cependant, il se pouvait qu'elle mette un temps considérable à retrouver celle qu'elle considérait comme sa propriété.

Sale, Mercredi se déshabilla complètement et pénétra dans ce qui semblait être une source d'eau chaude que les événements tragiques avaient sans doute libéré. Là sous terre, dans les entrailles de ce qui fut jadis un métro. Mercredi pensait toujours au lait et à toutes ces choses inommables qu'elle pourrait faire avec "Nourrice". Encore les canines. Encore ce regard fou.


C'était au détour d'un de ces dédales puants que Mercredi rompit avec sa solitude. Le gaillard qui lui faisait face semblait être une force de la nature et passablement inquiétant de par son physique pour n'importe quelle personne lamba. Mais pas pour Mercredi. Ils ne parlèrent presque pas. Un regard entendu réciproque suffit pour les mettre d'accord. Ils chemineraient cote à cote, pour le meilleur et surtout pour le pire.

Ainsi, les astres s'alignaient paresseusement au rythme des pas lourd du moustachu à casquette. Suivi de très près par un petit être blafard, au regard insondable. Et de deux, ils passèrent à trois. Mars venait de rencontrer la petite Pluton. Une fois encore, il n'y eut pas beaucoup d'échanges, de toutes ces banalités que deux inconnues (saines d'esprit) auraient pu se dire. Mercredi étudia la nouvelle venue. Des pieds à la tête. Curieusement, les mamelles pleine de lait pouvaient enfin bien attendre. La petite Mercredi tourna la tête vers son garde du corps et lui signifia d'un hochement de tête que l'étrangère était clean. Question de feeling. Ou intuition féminine. Car Mercredi n'en demeurait pas moins une plante carnivore dont le petit bouton noir ne demandait qu'à éclore en une fleur toxique et à l'odeur désagréable de naphtaline mélangée à celle du chou.