Alerte au monstres

La voix de la femme qui s’adresse au Fract est faible, tremblante.

"Bonsoir, monde de merde. Ici Aline Bréval. Cette bande de salopards m’a laissé juste assez de longueur de chaîne pour atteindre la radio. J’vais avoir assez de temps pour en prévenir d’autres avant l’inévitable… "

Un temps de silence.

"Un groupe de cinq monstres qui se font appeler La Géhenne se promène dans le Fract, à tuer tout le monde et à les bouffer derrière. Jusqu’à maintenant, je peux confirmer deux victimes : un homme et une femme. Je n’ai pas connu l’homme, mais la femme était jeune, dans la vingtaine, et s’appelait Theodora. Ils les ont tués et dévorés. Quant à moi... j’ai eu encore moins de chance, et j’ai rassasié un autre type de faim..."

Des sanglots sont tout ce qui est audible pendant la minute suivante, avant qu’elle ne retrouve sa voix.

"Leurs membres sont les suivants : un grand homme appelé Josh, l’homme qui m’a fait tout ce mal. Un homme plus petit, à la peau noire, qui s’appelle Vanya. Ensuite, un homme à l’apparence maladive, comme un cadavre vivant, qui répond au nom de "GAZLAK."

Elle prononce ce nom d’un ton moqueur, puis marque une pause.

"Puis, deux femmes. Une Anglaise dans la trentaine, moche comme tout, qui s’appelle Iria Kessler… Et puis la vieille sorcière cruelle qui les a jetés sur moi pour tout m’enlever : Zillah. Sale oiseau de malheur. "

Elle marque un temps de pause, avant de recommencer à parler, cette fois avec une voix plus nette et plus forte.

"Écoutez-moi tous très, très bien... Si vous êtes faibles : fuyez-les. Ne croyez pas qu’ils sont capables de commercer; ils vont vous tuer et prendre vos biens. Si vous êtes forts: tuez-les. Des gens comme eux ne peuvent que nuire à l’humanité, si elle a encore une chance..."

"Et toi, Presley. Écoute-moi bien… Tu hais les cannibales ? Il y en a cinq près de chez toi, alors mets bien leurs têtes à prix."

Des bruits de fond se font entendre dans le signal radio, et Aline parle à nouveau, le sourire sur les lèvres, audible alors qu’elle prononce ses derniers mots.

"Je n’aurai pas eu la chance de devenir médecin, au final. Désolée, maman."

Le signal coupe quelques instants plus tard.


Aline Bréval. Infirmière. Enfin... Presque.

Aaaah!
Il ne manque que les violons.
Quel dommage...

...

Mais oui.
C'est vrai...
Tout est toujours vrai avec nous.

Car nous sommes la Géhenne.


Le Diable, lui, n'abandonne pas ses enfants.

Ce monde était merdique. Aline voit juste. En dehors de quelques détails moins évident. La retenu d'Iria, les regards parfois fuyant et l'instinct de survie qui prime. Aline est surtout très naïve. Du moment où, a peine audible, elle a contacté ce groupe qui s'identifie comme la Géhenne, pour de l'entraide. Alors qu'elle n'a pas saisi l'occasion de l'appel sur les ondes il y a quelques lunes et qu'elle n'a, dans les faits, rien a apporter... Partir seule dans le desert dans l'espoir d'être ramassée et sauvée. Idiote. Sombre idiote. 

Iria n'est ni une violeuse, ni une cannibale. Elle voudrait vivre dans un monde encore intact qui n'a pas laissé la folie du capitalisme et de l'Homme complètement le cramer. Dont il ne reste plus que les fous. 


Mais la survie prime. Aline a été trop bête et va probablement le payer de sa vie. Josh n'est pas un tendre. C'est une bête. Et tout est pourtant clair des le départ.

Dans un moment d'inattention, qu'Iria, comme le reste, par commodité, choisi d'ignorer, Aline s'est saisie de sa radio négligemment posée là. Lançant son dernier appel de détresse larmoyant. N'apprenant rien de nouveau sur le groupe qui déambule au Nord. Ils sont dangereux. Ce n' est pas une nouvelle. Et quand bien même, que restera-t-il de tout ça ? Un cri perdu de plus.

Ce monde ne fait pas de cadeau. Ne pas rester seule. S'accommoder d'alliés qui sont ce qu'ils sont. Continuer d'avancer. Un pas après l'autre. Choisir avec justesse quand il faut manger ou jeûner. Et ne pas se détourner du chemin que le destin a tracé pour nous. 

Si elle doit marcher vers l'enfer pour survivre, alors soit. Demain sera un autre jour de labeur. 

Elle se lève, se dirige vers la femme en pleurs. Quelques instants avant que le signal ne s'éteigne, on peut entendre Iria, presque dans une voix lointaine. 


"Aline, si c'est encore possible, tu viens d'empirer ta situation. Car oui, nous sommes la Géhenne, c'est écrit partout. Tsss..."

Elle lui prends la radio des mains. La coupe et la jette a ses pieds. Elle ne pourra plus changer son destin ni celui de son groupe. Tout est déjà écrit. 


Je ne sauve pas le monde. Je fais en sorte qu’il ne s’écroule pas aujourd’hui.

(hrp : tout va bien poussin, Aline n'a pas été tuée et dévorée :) enfin, pour l'instant quoi. Et peut-être pas dans cet ordre là)

Un grésillement à la radio. Un silence de mort, perdu dans le bruit blanc.

...

S'il y a une récompense-rançon pour la capture de cannibales, on en a une belle avec nous, qui nous disait vouloir en manger davantage, avec un peu de sucre. Je crois pas qu'elle ait menti sur son CV. Enfin, là-dessus. Pour les médecins-guérisseurs qui chercheraient à la recruter, je préfère prévenir qu'elle a autant l'air de savoir guérir que nous avons l'air d'enfant de choeur.

...

C'était GAZLAK. Cadavre vivant.