[lune 40] La meute aux abois ?

Chapitre débuté par Clétus

Chapitre concerne : Clétus, Jelani Mipira, Rōningrad, mel, Laëli, isa, april, errik,

Ce texte vaut une bière !
Oh certains l'auront noté peut-être... C'est cyclique ! Comme une certaine "migraine" d'un certain vieux barbu. Toutes les dix lunes, bim, pas moyen de dormir tranquille ! Et tout ça pour quoi, hein ? Un bon méchoui de cerf ? Bon. Déjà, on en a pas vu la couleur !! Pas impossible que Noir-Virus, se sentant plus péter suite à sa nomination de Shérif, se le soit tapé tout seul. Et pas forcément en le mangeant, mais bon on juge pas, ici. Enfin, pas sans procès. Quoi d'autre ? Un jambalaya d'alligator ? Oui, bon, ça va quoi. On en a vu d'autre ! Mais en parlant de voir... Enfin, ne brûlons pas les étapes !

Une fois de plus, là-haut, pas un nuage. L'astre de nuit peut répandre son éclatante lumière légèrement rougie car, oui, une fois de plus, là encore, la lune s'est parée d'une robe carmine, imitant presque le soleil couchant. Si les températures ont baissé depuis la dernière fois, elles restent agréables, alors peut-être que certains en profitent pour prendre l'air bien que minuit ne soit pas loin de sonner. Certains sont de garde, aussi, ici ou là, même si la plupart de ceux-là, au moment qui nous intéresse, seront rassemblés vers l'entrée Sud de Roningrad, pour une sombre affaire. D'autres sont peut-être à l'abri, préférant leurs tentes, leur intimité ou même leur protection... Bien qu'elles ne les protègeront pas de ce qui point, non. Sous ses tentes, certains lisent, dorment, baisent, cogitent, pleurent ou rient... D'autres répandent peut-être, sur leur drap et dans la douleur, leur sang et leur espoir déçu. C'est que plus de quarante personnes dans un si petit campement, ça en fait des vies, des histoires, des possibles, des drames, des conflits, des amours, du mouvement... Mais quoiqu'ils fassent tous, ou ne fassent d'ailleurs pas, il y a fort à parier que la plupart entendront ce nouveau hurlement bestial ! Mais ne brûlons pas les étapes, allons.

Si quelqu'un se trouve à proximité de la tente de la Daimyo rousse, ce quelqu'un pourrait bien avoir pu apercevoir une ombre s'en échapper. Une ombre grande et filant à toutes jambes pour disparaître dans le réseau de chemins quadrillant le campement "résidentiel". Mais cette ombre sera peut-être suivie ? Ou bien achèvera-t-elle sa course près d'un autre promeneur nocturne ? A moins qu'elle ne s'effondre près d'une tente habitée ? L'une ou l'autre de ces situations, parmi tant de possibles, mèneront peut-être certains à entendre les gémissements de l'ombre... les hoquets de douleur... les grognements... le craquellement des os de l'ombre qui grandit... qui se courbe... roule sur elle-même... se redresse...courbée mais immense... et, enfin, le hurlement bestial à la lune qui reflète sa lumière sur le dos velu ! Un rugissement aussi libérateur pour l'ombre qu'effroyable pour quiconque l'entend !

Seulement, si tous peuvent l'entendre... L'ombre, cette fois, ne passera pas inaperçue... car là, face à "la bête" : une présence. Qui ? Et combien ?
Ce texte vaut une bière !
Mel sort de leur tente avec la tête qui tourne et du sang qui coule depuis sa tempe jusque dans son cou. Elle a un énorme bleu sur l'épaule, mais elle n'a pas mal, pas encore. Elle se retrouve dehors à regarder à droite et à gauche. Elle s'arrête en se redressant lentement, ferme les yeux assez fort pour remettre en place les idées et pour avoir une vision d'ensemble. Elle doit bouger et le suivre. Mais elle n'a pas vu de quel côté il est parti. Elle choisit un chemin, espérant secrètement que ce sera le bon. Elle avance prudemment mais elle se dépêche car elle sait que quelque chose ne va pas. Elle évite les nombreux obstacles sur sa route grâce à la pleine lune. Elle cherche parce qu'elle n'a pas d'autre choix que de le trouver. Et peu importe ce qui s'est passé sous leur tente, elle doit réussir à le rattraper et à comprendre...

Tout ça ne dure que quelques instants mais elle a l'impression qu'une éternité s'est écoulée. Elle était là bas avec lui. Il avait encore la migraine, il ne voulait pas lui parler, alors elle l'avait laissé tranquille, veillant sur lui d'un oeil maternel. Et puis, tout était allée très vite, trop vite. Et il était parti. Non, il avait fui. Il l'avait fui, elle.

Et tout à coup, elle le voit, là, juste devant elle, l'ombre de celui qu'il est d'habitude. Et puis les bruits, les cracs, l'ombre grandit, se tord et se relève immense. Elle ne peut que rester là, impuissante et muette, les mains posées sur sa bouche et les yeux grands ouverts, bordés de larmes qui commencent à couler instantanément dès qu'elle croise les yeux couleur acier....

Elle comprend alors enfin ce qui se passe devant elle et son premier réflexe n'est pas de partir... Non, elle se retourne pour regarder derrière elle, si elle est seule à avoir assisté à la transformation.
Ce texte vaut une bière !
Pas le temps de dire ouf pour Mel qu'elle tombe nez à nez (enfin, en levant "un peu" la tête...) sur le visage spectral de Ruby, qui ressemble à une âme damnée n'ayant pas trouvé le repos depuis des siècles. Paye ton film d'horreur, prise en sandwich.
D'ailleurs dort elle vraiment, ou du moins de temps en temps, à la vue du pourpre qui embrasse le pourtour de ses orbites pour former des sortes de petits cocards ?

A voir sa tête de bulldog impassible, en tous les cas, on dirait bien que le spectacle, si elle a eu l'occasion de mater la transformation, a eu autant d'effet que si elle avait vu un œuf. Pourtant et chose qu'on ne peut pas voir, elle a les poils hérissés sous ses vêtements et une abondante sueur dégouline de ses aisselles.

La petite rousse est derechef attrapée par le "colbac" d'une main gantée, pour être tirée brutalement derrière Costello. Pas que ça à foutre de faire dans le détail et se poser des questions.


Casse toi.

Une simple lance à la pointe affutée presque moins haute qu'elle pour toute arme, ou plutôt repoussoir, tournée vers la bête...ses mitaines s'y cramponnent et ses godillots prennent des appuis solides.

C'est quoi le plan ? Y'en a pas. Juste retenir le "truc" et espérer que quelqu'un crible de produits de beauté en cartouches pour repeindre en rouge l'abomination, avant qu'elle ne soit réduite en charpie par des rangées d'avides griffes et de crocs.

A moins que ce nouveau copain velu ne leur veuille aucun mal ? Après tout, Ruby a la plupart du temps entendu des contes où le monstre n'est pas forcément celui que l'on croit. Mais tout est une question de culture...et surtout d'urgence, là, parce qu'on est pas dans un fichu délire folklorique, et Dieu sait de quoi est capable le bestiau.
Ce texte vaut une bière !
La nuit, si âprement redoutée, elle y plonge lorsqu'elle est suffisamment abrutie par le cocktail de joints et d'alcool, ingurgitant à l'excès ces deux éléments nocifs en espérant ne plus être happée par les sombres pensées à l'égal de la voute qui nimbe l'environnement. La nuit, tout est transformé. Les ombres, les bruits distillent un aspect relativement glauque et terrifiant.
April revient de sa tournée récurrente près de la mer. Le roulement des vagues l'apaise un brin, l'ondulation régulière de l'onde captive le gris terne. La mer produit sur elle comme une caresse réconfortante avant de sombrer dans le délice de ses cauchemars.

Mais cette nuit est différente. La lune s'est drapée de carmin, auréolant chaque chose de ce rouge lumineux. La couleur du sang. Est-ce le signe tant attendu suite à ce songe étrange et dont chaque détail susurrait encore en son esprit, à son oreille même ? Etait-ce lui ?

Le pas maladroit est néanmoins relativement vif sous la pluie de ces sons divers. Analyse-t-elle les craquements qui se produisent ? Devine-t-elle ce qu'il se trame ? Absolument pas. A-t-elle peur ? Nullement. Pourtant le rythme cardiaque est échevelé, chaque palpitation lui est douloureuse. Mais elle avance, quand bien même elle soit en proie à quelques sursauts, qu'elle sait que si la situation était celle d'avant sa mort, jamais elle n'aurait bravé ainsi ce qui doit être craint. L'instinct sait, mais elle l'ignore.
Ce hurlement bestial lui hérisse le poil, contracte le moindre de ses muscles. Mais qu'est-ce que la douleur physique ? Elle n'en a que faire car c'est comme un chatouillis sur son âme brisée.

Enfin, elle aperçoit la bête, un prédateur assurément. Un seul coup de griffes la délivrerait de toutes les souffrances et April sourit pleinement, pour la première fois depuis qu'il n'est plus.
Elle va le rejoindre. Enfin...
Ce texte vaut une bière !
Sans doute qu'elle aurait pu le rejoindre, mais c'était bel et bien sans compter l'homme qui vient s'interposer entre elle et le prédateur nocturne. Il observe la bête avec attention, malgré l'étau qui se resserre sur son cœur et fait un pas en avant en sa direction. Ses mains vides sont tenues bien en évidence devant lui, à croire que la bête peut comprendre cela et après un second pas, l'emmenant à trois mètres de la forme poilue, il s'accroupit et observe de plus près la bête.

" Tu n'es pas le premier que je rencontre. Je sais qui tu es, et je sais que tu me comprends."

Qu'est-ce qu'il est en train de raconter le nouveau venu ? Sauf  essayer de précéder April  dans le classement des personnes à se faire taillader en pièces en quelques secondes, il a l'air complètement inconscient de la situation. Et pourtant, il a l'air assuré et fait preuve d'un calme incroyable. A tel point qu'il se permet un regard en arrière, vers les spectateurs de la scène. Une rapide analyse pour bien vite comprendre qu'aucune n'est au courant et que cela va être plus compliqué que prévu. 

" C'est possiblement un des vôtres, aucun moyen de le savoir. La seule chose que je sais, c'est qu'il va avoir faim très vite et qu'il essaiera au maximum de ne pas nous nuire si c'est le cas. 

Il soupire intérieurement.

" Y a moyen de le guider en dehors du campement sans qu'il se fasse attaquer par les gardes ?"


Mais d'ailleurs. Qu'est-ce que Errik il fout ici ?


L'homme s'éveille en sursaut, transpirant à grosses gouttes. Sa respiration est saccadée, et son cœur bat à tout rompre. Ses mains tremblent devant ses yeux incrédules tandis qu'il s'extirpe avec difficulté de ce cauchemar qui le tourne et le retourne depuis la nuit des temps. Un long soupir intérieur tandis qu'il s'essaie à prendre de grandes inspirations, calmant son corps puis son esprit.

Son regard glisse dans sa petite tente, et tombe sur son paquet de clope. Ouais. Une clope. C'est ça qu'il lui faut. Il enfile de quoi cacher sa nudité et se glisse dehors, inspirant l'air frais de la nuit et une première bouffée de nicotine. Assis devant sa tente, il remonte ses genoux contre son torse, croisant ses bras dessus dans un cocon de protection contre on ne sais pas trop quoi. Il tire doucement sur sa partenaire, lui extirpant la moindre source de plaisir et de remontant avant de l'abandonner comme toutes celles précédentes pour une nouvelle bien plus présentable et plus charnue.

Puis un regard vers le ciel, vers la voûte céleste qui s'étire à perte de vue. L'astre de nuit surplombe la scène, majestueuse et inéluctable. Elle s'est parée de ses plus beaux atouts, tamisant la Terre de sa chaleur douce et réconfortante. Il lui faut bien quelques secondes pour revenir à la raison, et laisser son cœur rater un battement. Une lueur rougeâtre, quelque chose qui l'aurait inquiété voir effrayé des années auparavant, seul dans les montagnes forestières. Mais aujourd'hui non, rien de grave, impossible que...

Un hurlement bestial fend la nuit, brisant le silence qui plane sur le campement. Sans même récupérer sa lance, il file entre les tentes en direction de la source du bruit, espérant arriver avant que quelque chose ne soit à déplorer.
Je dors. Tranquillement ? Surement pas. Je me tourne et retourne sur ma paillasse. Les cauchemars se succèdent aux cauchemar depuis quelques temps.
J'ai trop de temps pour réfléchir, ce n'est jamais bon surtout que bon, je n'ai pas trop de choses à réfléchir.
Un hurlement. Il est dans mon cauchemar pourtant quelque chose me dérange et j'ouvre les yeux. J'ai entendu un hurlement ?
Ce n'est pas la première fois que je l'entends en fait, je n'étais pas sortie de ma tente les premières fois, surement que je ne me sentais pas assez à l'aise dans cette ville.
Ce n'est plus le cas. J'enfile rapidement mon jean, un ti-shirt et je sors. Ça ne bouge pas beaucoup encore mais des lumières sont allumées. Quelle heure est-il  ?

Je n'ai pas de montre. Je vois un homme courir, alors sans réfléchir, je le suis. Ai-je peur ? Aucunement, parce que mon cerveau n'est pas encore bien réveillé et je n'ai aucune conscience du danger. Je cours.
A peine le hurlement est-il poussé que le regard de la bête tombe sur elle. La rousse. Mel. Elle ne peut effectivement avoir aucun doute... Bien que les yeux énormes et révulsés soient injectés de sang, il est bien là : l'acier. Plus blanc et brillant que jamais. Deux lunes pleines et éclatantes de lumière dans l'obscurité de son pelage noir bien que grisonnant par endroit. Pas tout noir, pas tout blanc. Bien lui, oui. Lui, cette chose. Lui, qui partageait sa couche il y a si peu. Et elle, pourtant minuscule et fragile, qui, au lieu de fuir, le fixe. Et lui, qui, au lieu de fuir, comme il le fait toujours, la fixe. Un instant, un bref instant, où la bête, à l'envergure colossale, plus "ours" que jamais semble plus perturbée qu'agressive, plus honteuse que féroce... Un instant, une hésitation de trop.

A peine la rouquine détourne le regard que l'acier se relève et aussitôt les babines se retroussent pour montrer les dents. Quand Costello pose la main sur SA femelle, c'est un grognement rageur qui s'échappe des crocs acérés. Mais la grande asperge ou, plutôt oui, le roseau de fer qu'est Ruby, une fois de plus, plie mais ne rompt pas, protégeant de son corps et d'une lance pointée la Daimyo. L'acier ne semble alors plus voir que ça : la lance. Et les pas qu'elle entend approcher, les odeurs qui affluent de toute part... La gueule de la bête se meut en une expression de rage affolée, fixant Costello, ne semblant plus voir Mel derrière elle, avant de pousser un nouveau rugissement terrifiant. Le hurlement a de quoi vriller les tympans des deux femmes qui y font face ! Un souffle qui leur ferait presque quitter terre et de quoi les recouvrir de bave ! C'est le tonnerre qui s'abat sur elle alors que le monstre écarte ses interminables bras velus toutes griffes dehors ! L'écrasant boucan ne faiblit que lorsque un assortiment de doigts griffus ne frappe la lance bien trop vite pour que quiconque ne soit humainement capable de l'éviter ! La lance est non seulement brisée à l'impact mais l'avant-bras de Ruby est aussi lacéré par l'ample mouvement !

L'acier n'a toujours d'intérêt que pour la pointe effilée de l'arme qui virevolte au loin... pour se planter aux pieds d'une étrange apparition aux cheveux roses. April est déjà là. Il ne faut guère plus d'une fraction de seconde avant que la bête ne la charge ! Hurlante, bestiale, enragée et possiblement effrayée par tous ces yeux posés sur elle, toutes ses présences auxquelles elle avait su jusque-là échapper. Elle est inarrêtable. Drapée de noir aux yeux luisants, elle est la mort qui vient toujours trop vite ! Même pour celle qui l'appelle de ses voeux, peut-être. Car souhaiter la mort est une chose, comme il en est une de s'éteindre paisiblement ou dans la soudaineté d'une lance, d'une lame, d'une balle perçant la tête ou le coeur... et il en est une autre de faire face au prédateur absolu et vorace, inatteignable, qui démembre, lacère et dévore une proie démunie... et vivante.

Mais si la belle April se pose la question, la Réponse ne vient pas encore. La bête a soudain stoppé sa course, sentant avant qu'elle ne voit une énième présence venant se placer entre elle et April... mais, surtout, le bout de lance et son inquiétant métal. A nouveau, le monstre rugit sa rage et sa menace. Un hurlement comme un coup de semonce, un ultime appel à fuir ou se soumettre avant l'attaque. Etrangement, cette présence-là non seulement ne fuit pas plus qu'elle ne se montre menaçante. Elle semble opter pour quelque chose avoisinant la soumission. La bête est hésitante... Troublée, peut-être. Elle reste néanmoins en mouvement, fléchissant ses jambes arquées, reculant d'un pas, avançant d'un autre, l'acier plein de rage fixé sur l'homme alors que son souffle rauque fait vibrer les coeurs dans les thorax trop proches. L'homme parle à la bête et la bête hurle à nouveau ! Cependant, ce hurlement semble d'une autre nature... C'est toujours de la rage, oui, mais... celle de ne pas pouvoir la libérer ? Celle de devoir la contenir ? On pourrait presque le croire. Le doute se fait sans doute encore plus fort lorsque, alors que l'homme se tourne pour s'adresser à ses semblables, la bête gémit. Et si elle le fait, c'est surtout parce que l'acier croise à nouveau la pointe de la lance - qu'elle soit encore plantée ou non.

C'est est trop. Rage, agacement, crainte, quoi que ce soit, c'en est trop. Sans même prendre d'élan, la bête jaillit. Un saut extraordinaire, surnaturel tant par sa vitesse d'exécution que sa hauteur ou distance. Elle survole littéralement tout ce petit monde, la bête, passant même par-delà une tente ou deux pour disparaître de leurs radars... mais pour tomber nez à museau avec une brune isolée, dégageant une forte odeur de fumée, de vase et d'eau. L'acier la toise de sa fureur, la jauge une demi seconde... avant qu'elle ne hurle à nouveau. Assourdissant. A faire vibrer l'épiderme lui-même. Le prédateur né, la mort incarnée qui vous somme de vous écraser. Un nouveau coup de griffes mais qui n'éventrera qu'une nouvelle tente. Peut-être par rage, peut-être par démonstration ou avertissement, avant que la chose ne décampe à nouveau.

Depuis le premier hurlement, il ne s'est finalement écoulée que quelques minutes. Une poignée. Une chose est sûre, sa course folle, parfois à deux parfois à quatre pattes, quand elle ne bondit pas, la mène droit, qu'elle en est conscience ou non, vers l'entrée Sud de Roningrad... Vers la salle commune... Vers une bonne partie de la garde de nuit affairée, rappelons-le, à une sombre affaire.
Je cours. Je cours.... Vers quoi ? Je ne le sais pas moi-même. %ais je cours vers les hurlements, irrésistiblement attirée alors que j'avais refusé d'en tenir compte les fois précédente.
Combien de mètres ai-je parcouru ?Pas autant que je ne l'aurais cru. C'est fou ce que l'adrénaline peut modifier la perception du temps.

Un autre hurlement et elle est là, brusquement, brutalement devant moi. C'est quoi ? Un animal ? Non. c'est le loup-garou de mes contes, immense et puissant.
Je vais mourir. C'est inéluctable. Il est où le fameux instinct de survie qui aurait du me faire prendre mes jambe à mon cou ? Nulle part. Je suis pétrifiée.
Je ne sais si je respire ou pas. Je me sens absente, pourtant je fixe la chose. Un autre hurlement. Une ombre qui passe par dessus moi. Il est passé. Il a sauté.
Il m'a dédaignée. J'éprouve un mélange de soulagement, je suis vivante et une frustration énorme, j'aurais voulu mourir. Quelle mort intéressante que d'être bouffée par un loup-garou.
On ne m'aurait pas oublié. Au lieu de ça, je vais continuer ma vie morne er seule. Je  reprends ma course à la suite du monstre. Il ne m'a pas fallu plus d'une seconde pour réagir.
La nuit n'est pas finie.
Ce texte vaut une bière !
Mel n’a pas le temps de prendre conscience que Ruby est près d’elle, qu’elle se retrouve tirée en arrière. Et si jamais elle n'a pas eu me temps de comprendre le geste, le message lui est très clair. Sauf qu'elle n'a pas la moindre envie de partir ni même de rester derrière, non ce qu’elle veut c’est avancer, essayer de calmer les choses avant que ça ne dégénère, avant qu’il ne soit trop tard. Elle a l’impression d’avancer au ralenti, que tout est en accéléré autour d’elle et que quoi qu’elle décide, ça sera toujours trop tard.

Un regard vers la brune et son bras armé, elle sent la panique qui la gagne. Et quand la bête hurle de nouveau, leur envoyant son souffle chaud empli de rage et de bave, c’est comme si la tempête, l’orage et toute la fureur du ciel s’abattaient sur elle en même temps. Un clignement des yeux, et la lance que tenait sa garde du corps s’envole dans les airs, le bras qui la tenait est maintenant rouge sang. Est-ce qu’elle aurait pu éviter ça ?  Trop tard…

Elle suit la bête des yeux, elle assiste en spectatrice immobile à la charge vers…Oh non pas ça ! Qu’est-ce qu’elle fout là ? Une fille aux cheveux roses, c’est forcément April.. Elle retient sa respiration, ne détournant pas la tête, mais espérant toujours que la bête se détourne et ne parte au loin comme elle l’a fait ces autres nuits. C’était lui déjà non ? Encore une fois, la scène se déroule et il sera trop tard.

Non pas encore… C’est là qu’intervient Errik. Le cœur de la rousse rate un battement ou deux. Ils sont tous les deux beaucoup trop proches de la bête, du danger. Encore un hurlement et ses yeux se remettent à pleurer alors qu’elle garde au fond d’elle, coincé dans sa gorge, ce cri de désespoir qu’elle voudrait pousser mais qui ne changera rien. Elle s’avance, peu importe que Ruby la retienne avec force ou non, elle marche lentement vers la scène terrible qui se déroule au loin. Elle s’arrête pourtant une seconde plus tard, lorsqu’Errik s’avance, parle et essaie d’apaiser le monstre. Son cerveau surchauffe, elle entend les mots et reste interdite. Il a compris. Il a tout compris. Un autre hurlement déchirant de la bête lui déchire le cœur, comme si un écho qui résonne en elle. Mais c’est encore trop tard.

La bête s’enfuit, saute au loin, laissant l’homme qui voulait aider et la fille aux cheveux roses. Mel sent un certain soulagement au fond d’elle, mais elle sait qu’elle ne peut pas encore se laisser aller à croire que tout est fini. Elle s’arrache à tout ça pour se mettre à courir, suivant des yeux l’ombre gigantesque qui ferait qui n’importe qui de sensé. Elle passe entre les bâtiments, mettant toutes ses forces dans sa course. La bête s’arrête à coté d’une femme qu’elle ne distingue pas dans l’ombre animale, alors elle s’accélère encore, à bout de souffle. Parce qu’encore une fois il va être trop tard.

Un nouveau hurlement, la bête reprend sa course sans toucher à Isa qu’elle voit mieux maintenant à la lueur de l’astre lunaire toujours haut dans le ciel. Elle regarde au loin pour situer les mouvements de l’ombre bien plus rapide qu’elle, elle manque de tomber déséquilibrée alors elle s’arrête une seconde pour reprendre son souffle avant de repartir de plus belle. Elle vient de se rendre compte que la bête se dirige vers l’endroit de la ville le plus dangereux pour elle. Quoiqu’il arrive, elle sent, comme une évidence, qu’elle arrivera trop tard…

Lançant ses dernières forces dans sa course désespérée, sentant le chagrin et l’angoisse monter en elle, un peu plus fort et un peu plus vite, elle se hâte de rejoindre la bête.
Son regard n'aura pas obliqué vers le duo que forment Ruby et Mel. Il n'y avait rien dans son environnement proche, comme si elle avait naturellement effacé les présences dites étrangères. Ou tout simplement attirée et hypnotisée par l'aura prédatrice qui émane de Clétus, qu'elle ne reconnaitrait pas, ayant seulement échangé via radio avec l'homme lors de ces élections. Aucun lien avec un autre individu possible, n'ayant même pas percuté que la bête porte un pantalon ou ce qu'il en reste.

Ce qui détourne le gris de cette immensité au pelage aussi sombre qu'une nuit sans éclat lunaire, c'est le reflet de la pointe de cette lance qui est brandie mais est-ce que cela est suffisamment dissuasif ? L'extrémité de l'arme blanche est fixée et quelques visions s'immiscent brutalement en elle. Celle d'un corps perforé par la même matière aiguisée, celle de cet oeil sans orbite qui la dardait avec une morbide et provocante insolence. L'aigreur remonte dans la gorge, prend aisance certaine dans sa bouche. Elle a envie de vomir, la sueur perle à son front, s'installe aussi à la nuque qui se raidit.

Heureusement, peut-être, qu'April ne se soit pas courbée afin de laisser fuir la bile d'entre ses lèvres car certainement qu'elle aurait affronté la voltigeuse, avec un pari gagnant pour qu'elle se la prenne dans le râble. Violent sursaut l'étreignant lorsque le projectile s'écrase dans le sol, à ses pieds.  La hampe vibre, instable. La senestre se tend, les doigts enferrent le bois, la paume est excessivement moite et glissante.
Si son souhait est alors de s'en emparer, le temps manquerait cruellement car la charge est aussi soudaine qu'inattendue. Cette fois ci, elle est pétrifiée par la peur, l'instinct de survie ayant pris le dessus sur la raison qui frise avec la démence. Le sol tremble, les jambes vacillent mais d'effroi, l'oreille est broyée par les hurlements terrifiants. April ne tient debout que par l'entremise de ce support car elle s'y accroche désespérément. Les lèvres s'entrouvent mais nul son s'en échappe, pourtant elles se meuvent, émettant une supplication envers la bête. Est-ce pour l'épargner ou tout au contraire l'intimer de l'achever ?
Multiples pensées qui chevauchent son esprit. Va-t-elle s'envoler lors de l'impact afin de s'écraser durement contre un mur, un bloc de bois ou serait-ce un atterrissage forcé dans un tas de fumier ? Les griffes si finement tranchantes vont-elles plutôt s'enfoncer dans la chair tendre de son ventre ou le cou va-t-il être cisaillé d'un coup d'un seul ? Peur et excitation se mêlent. Mais il est trop tard. La masse fond sur elle.

Mais c'était sans compter sur le couac de cet engrenage si bien ficelé, la corde se rompt.
C'est un regard quelque peu hagard qui se pose sur la silhouette  d'Errick, perdant la lueur hallucinée émise par des prunelles à la teinte orageusement lumineuse. April n'identifie pas plus qui il est mais sa présence l'extirpe de cette sorte de transe. Incapable de comprendre les propos qu'il adresse à ce prédateur. Incompréhension totale quant au fait qu'il soit parvenu à la cessation soudaine de cette fauche mortelle qu'elle allait subir. Qu'avait-il eut besoin de se foutre là ? Pourquoi venait-il empêcher l'inévitable de se déclencher ? Qui était-il pour oser intercepter la destinée étant sienne ? Un éclat furibond pulse dans le gris, la colère se répand en elle.
Entre ses dents, marmonne sèchement.  


Tu viens de me nuire, je n'oublierai pas...

Guère l'opportunité de dire plus que ce souffle surpuissant qui étreint corps et coeurs la réduit instantanément au silence. La bouche s'assèche, les yeux s'agrandissent démesurément. Mais quelque chose se modifie, sans qu'elle ne puisse déceler le motif. L'attitude même de cet être à l'abondant pelage se mue, tel le serpent qui change de peau.  April surprend cet acier qui caresse la pointe toujours fichée dans le sol et qu'elle n'a l'intention de retirer. En aurait-elle simplement la volonté ? Certainement que non.
Les lèvres frémissantes s'ouvrent pour s'exprimer mais c'est à ce moment que les pattes arrières se plient pour prendre cet élan nécessaire à ce saut hors du commun et le visage prend de l'inclinaison arrière, suivant des yeux la bête massive qui la surplombe et à ce moment là, elle manque bien de se retrouver le cul sur le sol.

Son attention se détourne naturellement vers Mel, prenant enfin conscience que la rousse est là. En pleurs, qui plus est. Léger froncement de sourcils, ne parvenant pas à lier les pièces de cet insolite puzzle. Mais elle aussi semble traquer la bête bien qu'au fond d'elle-même, de soupçonner que la chasse est littéralement différente.
Sud-ouest de Roningrad, là où naissent les montagnes bordant la mer du sud, plus proche frontière de la puissance rouge. Un lieu pourtant calme et accessible, mais où personne ou presque n'allait. Allez savoir pourquoi les abords des bayous étaient bien souvent une véritable fourmilière, mais les autres abords étaient de véritables déserts humains. Peut-être la nostalgie de l'époque ou la communauté encore jeune dépendait de la richesse de cette terre fertile pour survivre, forçant samouraïs et nomades de passage à y chercher eau et nourriture.


Nulle quête de nostalgie pour l'ancienne comptable ce soir, mais bien plus de calme et de solitude, un besoin de se retrouver avec elle-même, là où elle avait dissimulé le trésor noir de l'USSR quelque temps plus tôt. Elle y avait même déplacé quelques affaires pour l'occasion, un duvet, une gourde d'eau et un écueil en plastique en cas où le chien qui l'avait suivit aurait lui aussi besoin de s'abreuver.

Si on lui avait demandé, elle aurait sincèrement pu répondre qu'elle se sentait bien là et maintenant, assise à même le sol, adosser à un rocher, le regard perdu dans le ciel nocturne et une cigarette aux lèvres tandis que son compagnon à quatre pattes sciait des bûches à ses côtés. Elle se sentait bien plus à sa place maintenant que durant toute ses heures passées dans la réserve.

Elle y aurait bien passé la nuit, mais s'était sans compter ce qui se tramait à la lisière de ces fameux bayous. Ce rugissement bestial et inquiétant qui se fait entendre à des lieux à la ronde, tirant la brunette de ses rêveries et le chien de ses songes et l'incitant à émettre un grondement sourd et il faut l'avouer nettement moins impressionnant.


"Ça va, t'inquiète pas, je crois que ça vient des bayou. Il ne doit y avoir personne en pleine nuit."

L'idée que quelqu'un puisse s'y rendre pour rencontrer l'animal ne lui effleure même pas l'esprit, à ses yeux, il faudrait être complètement con ou suicidaire, voir les deux pour aller à la rencontre d'un prédateur. Ce qui ne l'empêche pas de se saisir de son arme pour y glisser une cartouche.

"Mais je crois qu'on serait mieux à la maison !"

Car oui, si la témérité était à ses yeux une folie, ce n'était pas non plus le courage qui l'étouffe dans ce genre de circonstance. Une vive piqûre de rappel quant au pourquoi elle s'était si rapidement mise en quête de compagnons.

C'est donc sans demander son reste, qu'elle saute sur ses pieds, récupère son duvet d'une main, son fusil dans l'autre et trotte rapidement en direction des bâtiments, regrettant un peu d'avoir mis un lapin au reste de la garde de la ville.

Si elle avait su prendre la même direction que l'animal, elle aurait sans doute révisé son choix, mais si elle avait un don, c'était non pas celui d'omniscient, mais plutôt celui de s'attirer des emmerdes.
Ce texte vaut une bière !
Malgré tout les souvenirs qui remontent en son for intérieur, la puissance brutale et violente de la bête surprendra toujours l'homme. Elle s'arque et bondit loin d'eux tandis que des mots se soufflent dans son dos, inaudible pour l'homme qui continue d'observer la courbe s'éteindre, et la ligne droite se faire filer. 

"Merde.."

Et avant même qu'il puisse se retourner pour s'attarder sur l'état de santé de chacune des femmes présentes, l'une se met à sprinter vers la direction de la bête, éclair roux complètement inconsciente de son acte. Un pas de côté pour essayer de l'intercepter mais elle s'y soustrait aisément et continue sa route en direction de la force violente et bestiale qu'est la créature en maraude. 

" Putain !"

Une torsion du buste, essayant de la suivre du regard tandis qu'il s'exprime auprès des deux autres femmes encore sous le choc, sans se rendre compte qu'il a déjà conversé avec l'une.

" Il n'est pas agressif ! Pointez pas d'armes vers lui, sinon il va prendre peur et se défendre !"

Dit-il tout en prenant un pas de course qui s'estompe pour un sprint contre sa vie. Ou plutôt contre la vie d'un autre. Il se sait totalement incapable de rattraper la bête, mais ce n'est pas le but. Intercepter tout ceux qui voudront se mettre sur la route de la bête, c'est ce qui compte désormais. Errik halète, crache ses poumons de fumeur mais ne cesse de suivre la jeune silhouette à quelques dizaines de mètres devant lui.

Il ne se rend même pas compte que le décor change, que la neige reprend ses droits et que les ombres que sont les tentes dans son angle mort se morphent en sapins épineux. Une hache dans sa main droite, une forme physique bien plus imposante qu'actuellement mais toujours ce vieux gilet. Son sprint est meilleur, ses bouffées d'oxygènes plus espacées plus organisées, à contrario des hurlements de bêtes qui se multiplient, se divisent, retentissant dans la moindre de caisse de résonnance possible. 

 Il court à sa perte, tout ses instincts primaux criant de faire. Il court pour sa vie, il lutte pour chacun des autres, comme il l'a toujours fait. Son corps n'est plus que l'instrument d'une motivation titanesque, d'une peur inéluctable d'avoir à déplorer une perte, d'avoir à devoir enterrer quelqu'un et subir des faciès s'éteindre à tout jamais sous le coup de la nouvelle. Il suit la silhouette, tout autant que le sillon qui fend la neige de sa rougeur. Les hurlements se multiplient, la proie et le prédateur dans un concerto uni décadent et morbide. Les prédateurs. 

Les hurlements s'accentuent à mesure qu'il s'approche de l'inéluctable, de ce qu'il sait être la fin d'un quelque chose. Son corps tout entier subit les chutes d'adrénaline tandis que toutes ses pensées lui somment de faire demi-tour, d'abandonner sa quête futile pour le bien des siens, pour son propre bien. 

Et c'est la clairière qui s'ouvre sous ses pieds bien avant qu'il ne s'en rende compte. Une clairière enneigée si noire et drus de poils, de fourrures et de sang. Le rouge teinte la scène morbide devant lui, suintant à travers les monticules de neige. N'est plus visible qu'une teinte d'un orange qui se noircit à vue d'œil. Un orange si roux...

Il pose son épaule sur la jeune rousse essoufflée devant lui. Ses poumons meurent lui aussi, et la pause qu'elle s'autorise s'impose aussi à Errik. Un regard s'échange, mélange d'un chagrin, d'incompréhension et de peur qui se mêle dans une paire d'yeux, puis dans l'autre.

 " Merde.. C'est qui ? Tu sais ? Fin bref, on s'en fout. Faut à tout prix le calmer, et pour ça faut le laisser seul ! Si quelqu'un se montre véhément avec lui, ça risque de tourner en bain de sang. Faut qu'on le retrouve et vite. "

Il lui emboîte le pas tandis qu'elle reprend sa course, laissant la clairière se refermer doucement sous ses pieds.
Je cours après la bête, une autre femme court pareil que moi, je distingue la chevelure rousse de Mel et là je comprends qui est cette bête.
J'accélère. Je cours encore plus vite. Je ne vais pas laisser Mel seule avec lui. Je sais que rien au monde ne la fera rebrousser chemin. Je ne l'aurais pas fait non plus.

Il s'est transformé en loup-garou, lui si prévenant avec tout le monde, si protecteur ? D'autres personnes courent aussi après nous. Combien sont-ils ? Je ne sais pas, je ne me retourne pas.
Le drame est là. Il va crescendo. Il va se passer quelque chose d'irréparable, je le sens. Je ne les laisserais pas. La fatigue, je ne la sens pas encore. C'est grâce à mes entrainements, à la peur, à l'angoisse. Je file, en bon athlète que je suis. Jusqu'où va-t-il ? Clétus, arrête-toi, redeviens l'homme que tout le monde connait. Maudite lune, couche-toi !
Ce texte vaut 3 bières !
Si ça n'enlève rien à sa fureur et sa toute puissance, il est clair que la bête panique et tente de fuir pour échapper aux regards, n'acceptant, sur elle, que celui de la lune. Ils sont pourtant nombreux à la suivre. Trop nombreux. Elle le sent, elle l'entend. N'ont-ils pas compris ?! Doit-elle faire plus que lacérer un bras pour qu'on la laisse en paix ? Qu'on ne la menace plus ?! Elle a beau savoir qu'aucun d'eux n'est en mesure de la rattraper, proies qu'ils sont, bien loin derrière sur la chaîne alimentaire, ça n'ajoute pas moins à sa panique... et c'est visible dans sa course. Elle ne suit pas une trajectoire rectiligne, assurée, comme elle l'a fait les fois précédentes, tranquillement couverte par les ombres. Non, elle saute d'un côté, de l'autre, renifle et grogne, désorientée par trop d'odeurs, trop de silhouettes entraperçues, trop d'informations contradictoires !

Alors pourquoi, Diable, sa course folle l'a-t-elle menée vers l'entrée Sud-Ouest, vers le Poste Communautaire... vers les quelques gardes regroupés là ? L’instinct, l'odeur du sang, la "sombre affaire". Car s'ils sont regroupés là, ces quelques gardes qu'une ancienne comptable et sa mascotte rejoignent ou ont rejoints, c'est pour entourer les corps sans vie de deux hommes. Deux Samouraïs. Joe, l'homme à la dégaine d'un habitué du Moe's Bar sortant tout droit d'un concert de Bruce Springsteen trop arrosé, et Joël, le discret rêveur trop peu éveillé. Suicidés, entretués, assassinés, réduits au silence pour avoir "mal voté", la bête n'en sait rien et se fiche autant des raisons que de leur mort, elle ne sait que le sang, qui coule, qui sent, que la chair, qui l'affame, qui l'attire. Consciemment ou non. Mais si elle n'est faite, pour l'essentiel, que d'instinct, ce dernier a son propre sens des priorités. Et la faim passe après la survie ! Alors, bien plus que les corps inertes et sanguinolents, bien plus que le nombre de gardes, l'acier voit les armes, le métal, la menace, le danger.

Nouvel hurlement plein de rage, à voir une nouvelle issue se refermer devant elle ! L'embrun salé comme porte de sortie se dérobe, comme s'est dérobé celle tout aussi humide et odorante des marais ! La bête se sent piégée, acculée, ce qui la rend toujours plus dangereuse ! Mais elle ne se laissera pas prendre ! Jamais ! Elle renifle, tend l'oreille et se sont les hennissements des chevaux affolés par sa propre présence et ses hurlements qui donneront la nouvelle direction à prendre ! Vers l'Est, donc, que la bête se retourne et bondit ! C'est là que le premier coup de feu retentit. Là que la bête pousse un gémissement de surprise. Là que son envolée se stoppe net et que, tandis qu'une gerbe de sang éclate de son thorax, la bête est renvoyée en arrière par l'impact et s'écroule au sol dans un nuage de poussière.

C'est que, plein Est de sa position, il y a le mirador. Et ce dernier est occupé...


Cet après-midi-là, Jelani était allé chasser. Pas vraiment dans ses habitudes mais il en avait ressenti le besoin. Pas tant de chasser, en fait, mais de s'isoler, de respirer, de fouler ses terres marécageuses qu'il avait déjà libéré de l'oppression capitaliste et impérialiste ! Elles puaient, ses terres, elles étaient farcies d'un autre type de suceurs de sang, aussi, mais elles étaient libérées ! Par lui, par ses efforts, par l'exemple qu'il ne cessait de donner, par son idéal ! Comment ne pouvaient-ils pas le voir ?! Comment osaient-ils encore lui reprocher quoi que ce soit après tous les compromis qu'il avait cédé ?! N'en avait-il pas fait assez ? Y aurait-il une Roningrad sans lui ? Y aurait-il une USSR sans lui ? Non. Il était l'Origine, le Moteur, le Boss. Il était l'Alpha et serait l'Oméga ! Il sacrifiera tout à sa cause, s'il le faut. Sa Juste cause, bien plus grande que lui ou eux ! Qui sont-ils, au fond, pour juger ? Seule l'Histoire le jugera ! Quand il aura laissé sa marque, quand on se souviendra de lui comme celui qui a mené les camarades à la Victoire ! Ce jour-là, peut-être que son seul regret sera que la plaque, sous sa statue, affichera le nom de Jelani Mipira... Ce chien impérialiste, ce soldat du Grand Capital de Jelani Mipira ! Au fond, lui-même n'était pas bien sûr de savoir pourquoi il avait perpétué l'usurpation d'identité même après que tout se soit effondré... Pourquoi il n'avait pas donné son véritable nom. Peut-être pas admettre d'emblée qu'il était un militant activiste, les gens ont trop tôt fait de reformuler ça en "terroriste". Mais son nom, qui s'en serait soucié ? Il en était maintenant réduit à d'autant plus préserver son image... Et, au fond, ça lui plait... Être un autre... Se croire autre... Est-ce que... Serait-il un peu fou ? Auraient-ils un peu raison de vouloir le brider ? Non, non, non. Pas de ça ! Pas de doute ! La cause avant tout ! Tant pis pour la stèle ! Voilà pourquoi il lui fallait cette ballade, cette chasse, cet isolement ! Se focaliser. Ne pas douter de lui ! Se remettre juste assez en question pour ne pas se laisser aller à l'envie de tous les soumettre par la force pour suivre la bonne voie ! La SEULE voie. Seulement en dernier recours. Il y a beaucoup plus à gagner à les convaincre de suivre par eux-mêmes. Le Peuple a parlé, après tout ! Ils devront bien se rendre à l'évidence, il a trois fois plus d'appuis que n'importe quel autre Daimyo ! Vive la Démocratie, héhé... Bientôt, le monde sera rouge ou ne sera pas !

Toujours est-il que, comme on dit dans le Bouchonnois, il rentre broucouille de son après-midi de chasse. Rien de probant dans le bayou, si ce n'est un Tarek cul-nu. Cependant, le Daimyo Noir sait tempérer sa fougue comme il sait qu'à la chasse comme à la Lutte, il faut aussi s'armer de patience. La planque n'est donc pas terminée et, finalement, comme la bête en maraude se plait à déposer ses trophées dans Roningrad toutes les dix lunes, il est peut-être plus judicieux de l'attendre au sec plutôt qu'en se dégueulassant les bottes dans la vase ! Il décide donc, en début de soirée, de s'installer paisiblement sur le mirador Sud, avec sa lampe de poche, un bon livre... et son fusil. Une bien belle arme, puissante et précise. Ce qu'il peut aimer les armes, la Plume !

Ça ne tarde pas à venir. Il en est à se dire que la lampe était inutile avec une telle lune quand l'agitation commence. Vers les tentes. Hurlements, bien sûr, mais aussi cris, mouvements. Puis il la voit. La silhouette, l'ombre qui luit sous l'astre de nuit, sautant par-dessus les tentes, rapide, féroce, puissante. Il jubile ! Quelle bête, quel trophée ! L'adrénaline afflue ! Il s'allonge, se met en position, règle la mire et attend le bon moment. Son coeur palpite, il se sent si vivant ! La voilà, là ! A découvert ! Il bande ! Il relève légèrement le canon, ainsi que le chien... Elle saute... FEU !

Le coup parfait. Il pousse un soupir aussi satisfait que son sourire en se relevant, fusil à l'épaule, admirant son oeuvre, son dernier coup d'éclat en date. Alors, Roningrad ? Alors, Camarades ? Qui était encore là pour vous ? Qui a agi et fait mouche pendant que les autres palabrent et palabrent sans fin ? Qui a fait ce qu'il fallait ?! Il lève déjà une main, prenant la pause, s'apprêtant à exulter, tout en cherchant la phrase choc, le bon mot guerrier et galvanisant dont il a la parfaite maîtrise ! Quand, du coin de l'oeil... il voit la bête se relever d'un bond.


L'odeur de la poudre. Celle de son propre sang. Il n'en fallait pas plus pour que la bête bascule totalement dans la rage absolue. Eliminer la menace, être prédateur et jamais la proie. Plus rien d'autre ne compte. Rien.

A la voir se redresser d'un bond et se mettre aussitôt en chasse, à une vitesse prodigieuse, en direction du coup de feu, on pourrait croire que la balle qui a fait éclater une partie de son buste ne la dérange pas plus qu'une piqûre de guêpe. Elle ne hurle plus, n'émet plus le moindre son si ce n'est celui de ses pattes puissantes foulant le sol. Elle file, devenue elle-même un projectile en direction du mirador. Au sommet de ce dernier, Jelani a rechargé, armé et épaulé son fusil. S'il éprouve la moindre peur, il n'en transparait rien. Au contraire, il jubile d'autant plus, laissant éclater à la lumière de la lune, cette autre facette, celle plus primale, dépourvue de verbe, celle qui lui fait penser qu'il ne vit que pour ces moments, pour cette adrénaline, pour cette bravoure, pour ces instants de vérité totale ou l'hésitation doit s'effacer, ou rien d'autre ne compte que tuer ou mourir. La bête et lui sont, en cela, en cet instant, miroirs l'un de l'autre.

Le monstre d'en bas est si vif qu'il semble aller plus vite que les balles elles-même, les esquivant une à une, continuant de foncer. Le monstre d'en haut ruse, feinte, change de rythme et finit par toucher. Gerbe de sang jaillissant de l'épaule de la bête, à nouveau stoppée, à nouveau clouée au sol. Jelani profite d'une cible devenue immobile et vise la tête. Gerbe de poussière quand la balle impacte le sol, la bête déjà debout, déjà en vol. Un saut qui la conduit au centre de l'échelle. Jelani, au regard aussi fou que le sourire, se penche et tire...
clic... Il recule, cherche des munitions. Nouveau bond. La bête est sur le mirador. Les balles glissent des doigts. Les griffes plongent dans la chair.

A ceux qui regardent, en contre-bas, avec effroi, peine, jubilation, terreur, désespoir, incompréhension, regret, remords, curiosité ou désintérêt, l'image restera sans doute gravée pour longtemps... Cerclés par l'immense lune rouge, se dessinent les deux ombres. Celle de la bête, immense, debout sur ses deux pattes arrières, au dos ample et courbé, aux poils dressés comme ses oreilles, au bras joints et tendus vers le ciel, à la gueule féroce et à l'acier brillant comme des lames. Celle du Daimyo Noir, massive, fixant la gueule féroce, tenant son fusil, ne touchant plus le plancher du mirador, soulevé par ses bras qui entrent par son buste tandis que les griffes, elles, ressortent par son dos.

A ceux qui entendent, restera l'éclat de rire de Jelani crachant du sang et précédant le rugissement de la bête écartant ses bras pour hurler à la lune tout en déchirant en deux le corps du Daimyo Noir sous une pluie d'hémoglobine.

Si une moitié du corps tombe au bas du mirador, celle comportant la tête encore souriante et au regard exorbité de feue Jelani Mipira, faisant office de trophée, cette lune, l'autre moitié est emportée par la bête qui, d'un bond, quitte le mirador funeste et franchit les rangées de pieux pour disparaître dans la nuit.

Ce qu'il adviendra de l'USSR, de ceux qui restent, ceux qui ignorent, ceux qui ont tout vu... Ce qu'il adviendra, aussi, de Clétus qui se réveillera dans les champs d'avoine, au petit matin... Tout cela reste à écrire. Cette page-là, en revanche, se tourne.
Mel court aussi vite qu’elle peut, sans se laisser le temps de réfléchir ou de regarder où elle met les pieds. Elle manque une nouvelle fois de tomber quand elle se prend un piquet de tente. Elle se relève pile au moment où Errik la rejoint et lui parle. Elle le regarde sans le voir, elle n’entend pas ce qu’il dit et avant même la fin de sa phrase, elle repart, forçant encore sa course.

Elle sait bien qui est la bête, elle. Elle a compris en voyant son regard. Elle le connaît certainement mieux que personne ici, du moins dans la version qui partage ses jours avec elle. Ses nuits aussi bien sûr, mais pas celle-ci… Alors elle continue aussi loin que ses forces et son souffle la portent, à cœur et à corps perdus. Pour le rattraper, en vain.

Trop tard… Elle arrive bien trop tard…

Le hurlement de rage qu’il pousse lui transperce le cœur. Tellement de rage, tellement de fureur. Puis un coup de feu et le sang qui coule. Son cœur s’emballe, manque un battement et elle se fige instantanément. Elle ne bouge que pour voir d’où le coup de feu est parti et tombe sur la silhouette de Jelani. Elle pourrait en rire tellement elle trouve la coïncidence absurde… Qui cela aurait-il pu être d’autre ?

Et cette vision, le sourire qu’il arbore, la main qu’il lève… Un instant fugace, elle se demande ce qui se passerait s’il tombait malencontreusement de ce foutu mirador ou si quelqu’un le poussait… Elle secoue la tête au moment même où la bête fond sur le Daimyo Noir. Elle assiste à la scène qui se joue devant les yeux de tous, impuissante. Elle entend les coups de feu et le rire obscène d’un Jelani qui jubile de pouvoir enfin laisser échapper toute cette violence qu’il a été forcé de garder en lui.

Le sang emplit l’air comme les grondements ou les coups de feu. Elle reste spectatrice de ce qui se passe dans le mirador. Elle sent les larmes qui coulent sur son visage. Ses mains sont sur sa bouche pour retenir les cris qu’elle pourrait laisser échapper ou pour cacher la peur qu’elle ressent depuis le début de la soirée. Les griffes de la bête meurtrie traversent le corps de celui qui pensait pouvoir mener l’USSR sur la meilleure des voies et qui finit ce soir découpé en deux par plus fort que lui.

Elle pourrait crier maintenant, devant l’horreur de la scène, mais non. Tout ce qui lui importe, ce qui la fait rester debout et qui la fait avancer vers les limites de la ville, dans la direction où la bête meurtrière est partie : c’est lui... Parce qu’il est hors de question qu’elle le laisse seul. Il faut qu’elle le retrouve coûte que coûte.

Alors elle part en courant sans regarder en arrière comment réagiront ceux qui auront assisté à la mise à mort.
Ce texte vaut une bière !
La nuit est déchirée par les hurlements... Le feu... Le sang. Les cris bestiaux, ceux des âmes meurtries par le deuil soudain.
Ruscherra est présent ce soir-là, mais on ne le voit pas.

... Une légère lueur, comme une luciole, qui crépite dans le noir. Près du sol. Puis des volutes de fumée âcre.
Armé, alcoolisé, sous influence... Le corbeau n'a pas l'intention d'intervenir. C'est trop gros. Trop confus. Il se fait tout petit, dans le noir.
Il déverrouille la sécurité de son arme à feu.
Mais il sait, pour sûr, qu'il ne pourra rien faire pour protéger qui que ce soit de cet animal.

Cela fait bien longtemps qu'il n'a pas été si silencieux, si contemplatif. Une petite luciole dans le noir. Ses pupilles dilatées braquées sur l'action. Immobile comme un reptile. Sans doute jusqu'aux premières lueurs du jour.
Ce texte vaut une bière !
Je cours presque parallèle à Mel. C'est qu'elle va vite la bête. Puis je vois la scène comme au ralentit. Jelani. Jelani avec son coté guerrier. 
Bien sur qu'il n'allait pas rater l'occase. Il ne voit pas le danger. Il ne sait pas que les loups-garous ont une force et surtout une résistance extraordinaire.
Il ne devait pas lire les contes fantastiques ou ne pas y croire mais moi, voyant Clétus transformé, j'y crois. Je pousse un cri. Cri avalé par les hurlements de la bête. J'ai du mal
à lui donner le nom de Clétus, cette bête, c'est tellement pas l'homme que je connais, c'est pas un homme c'est une bête.
Jelani commet l'irréparable; il a attaqué la bête avec son gun, mais son arme n'est pas assez puissante pour mettre la bête hors d'état de nuire, il  aurait fallu un bazooka.
Comme prévu, la bête se relève. Oh non !


- Jelaniiiii !!!!

Trop tard, j'assiste impuissante au massacre. Que se passe-t-il ? Je m'écroule, évanouie.