Sur la route des enfers

Chapitre débuté par Laëli

Chapitre concerne : aaronwhite, valériezweick, sylvain, Laëli,

Ce texte vaut 4 bières !
Texte de Valérie Zweick et Aaron White
 


Valérie était descendue de son perchoir lorsqu’était arrivé le groupe des deltas. Elle avait fait son petit show s’était pris UNE murge et était repartie dans son perchoir sans qu’on l’entende beaucoup plus. Il était évident que la vitalité intense de la jeune femme s’éteignait dans la sédentarisation. Peut-être qu’il s’agissait aussi d’autre chose. Bien que très intégré parmi ses compagnons Rangers il manquait à Valérie une femme dans sa vie ou plutôt dans son lit. Et l’horizon restait toujours aussi vide.

Aussi la perspective d’une mission de récupération de vivres au Sud avait-t ’elle immédiatement rallumé les flammes dans ses yeux. Sans traîner la punkette rassemble son paquetage, sur motivée par l’appel des étendues sauvages ; son compagnon pour cette aventure est le capitaine White et ça lui va parfaitement, elle sait à quoi s’attendre avec lui et surtout qu’elle peut compter sur ses guiboles pour la suivre et crapahuter à un rythme qui lui conviendra. INTENSE. Il le sait pour avoir fait la livraison chez les rouges avec elle. Les nuits seront courtes et les journées de marches longues et éprouvantes.

Son chariot poussette est chargé elle attend dans la cour en s’échauffant façon Valérie Zweik :

Une pompe, une gorgée de bière, une traction, une gorgée de bière et ainsi de suite sans qu’on n’ait jamais l’impression qu’elle soit fatiguée ou soule.

Les muscles et l’ivresse même si le houblon c’est surtout dans ce cas-là son petit déjeuner.

White arrive avec son travois et ses affaires, elle lui sourit, tape amicale dans le dos et ils démarrent aussitôt au pas de course. Il n’y a pas d’urgence si ce n’est l’envie pressante d’avaler les kilomètres.

Toute la matinée se déroule avec un rythme de marche soutenue jusqu’à ce que Valérie décrète enfin une pause alors que le soleil au zénith entame déjà sa redescente. Ils mangent un bout, côté boisson elle est à l’eau. Aussi surprenant que cela puisse être de sa part, Valérie ne picole pas les journées ou elle est dehors en mission. La nuit elle s'autorise une ou deux bières mais jamais de mine.

La Punkette veut garder ses sens en alerte, elle sait mieux qu'une autre les dangers qui peuvent poindre en un instant dehors et les tarés qui rôdent. Uto la baveuse et son visage déformé à jamais par les coups des DEATH en sont un rappel suffisant.

Elle l’interroge du regard

-  Alors Captaine ? C’est quel effet d’savoir que tu vas avoir un ptit avorton dans les pattes dans pas long ? T’es gets ou t’as les shpountz ?

Elle rigole à moitié, elle est de de bonne humeur, le désert s’étend devant eux dans son infinité sableuse et c’est définitivement là qu’elle se sent le mieux. Là où il n’y a personne.

 



 


La mission était des plus simple mais ce n’était pas vraiment la finalité qui m’intéressait plus que le voyage. Je n’étais pas un nomade, clairement je ne comprenais pas les gens comme Valérie ou Triky qui avalaient le sable par kilomètre pour aller ailleurs et nulle part. J’aime avoir un chez moi, un toit même fait de planches. C’était d’autant plus vrai que je devais y mettre une femme et un mini moi à venir. Mais j’aimais prendre l’air, me promener en dehors des murs toujours plus rapprochés, toujours plus menaçant, dévorant la plaine et le sable comme des champignons sans alu. J’arrive avec mon travois derrière, un pli du chapeau pour saluer la Val qui semble faire des étirements. Je ne pouvais pas nier que depuis le camp, la vie de militaire semblait de plus en plus loin et que ce n’était pas impossible que je m’encroûte un peu. Du coup, pour me donner un bon coup de booste, j’allume une cigarette.

On se met en route et comme toujours, elle ne glandouille pas en chemin, ce que j’apprécie, je n’étais pas là pour cueillir des fleurs ou compter les grains de sable non plus de toute manière. J’étais là pour changer d’air, voir d’autre paysage, échanger mes murs de bois contre des murs bleus d’azures. Par contre, je n’étais pas vraiment du genre à me méfier d’où pouvait frapper la mort, surement trop inconscient ou peut être que j’en étais arrivé à un point de blasitude où je n’en avais complètement rien à battre.

Posé pour prendre une première pause au plus haut de notre soleil, je lui tends ma flasque, elle buvait de l’eau la pauvre. Puis elle me pose une question qui fâche, je souris.

- Rien compris aux choix que tu me proposais ma belle. Mais je serais là pour le mioche, c’est clair. Je pense qu’il à pas sa place dans ce monde de merde mais je suis pas vraiment sur qu’aucun monde n’est pas assez pourrit pour ma marmaille. Donc on verra, pas comme si j’avais le choix. Juste dommage qu’il aura pas l’occasion de grandir à tes cotés. Tu aurais été super en TataVal.

Je me marre complètement et pose ma clope éteinte au coin de la bouche pour mâchouiller nerveusement le tabac froid.

- J’imagine qu’en tant que goudou on se fait à l’idée, mais ça t’a jamais travaillé, pas envie d’avoir des minis Val qui jouent dans le sable ?

Je relève la tête, sourire en coin en dessous de l’ombre de mon chapeau.

 





Elle sourit à sa réponse. Jette un coup d'oeil aux alentours comme pour se rassurer et s'enfile une rasade de la flasque tendu. Elle réfléchit à sa réponse.

- C'est que j'serai pas une bonne daronne!

Elle se marre

- T'mvois pas en train d'rfiler une mousse à mon gnard? Pouha...Pis j'tiens trop à ma liberté...La crapabutade, la marave, la piaf ou la bouillave c'est que c'est moins simple avec un mouflet entre les pattes! C'est que j'te souhaite bien du courage Captaine..J'suis sur que t'sera un bon dabs... Quand à ton môme il aura sa tata Val... PAROLE ! J'repasserai vous voir tsais c'est sur...Ou que j'irai garer mon rafiot et décharger mes trésors du temps ancien sinon? Pis... Faudra bien que j'apprenne à ton pitchoune à s'marave! Quoi que... Avec la Marie il devrait vite savoir s'defendre...Bah jlui enseignera la picole ALORS !

De nouveau elle rigole.

Son rire se perd dans les plaines désolés et les deux en profitent pour y plonger leurs regards et songer au futur qu'ils viennent d'évoquer. Un ange passe et après plusieurs minutes ainsi Valérie s'apprête à lancer le départ. Ils ne le savent pas encore mais c'était leur dernier instant de paix; celle ci étant brutalement interrompue par des grésillement stridents venant de la radio. Ailleurs le chaos et la violence se déchainent... Leur vie est sur le point de basculer Ils n'en ont qu'un échos à travers la machine mais le claquement répétitif des armes à feu ne laisse aucune doute sur ce qui se passe de l'autre côté de la ligne

On entend des cris derrières les vrombissements de moteurs et des armes automatiques, des éclats de voix. Les voix des rangers, de leurs amis, la femme de White... Finalement c'est la voix bien connu du colonel qui réussit à percer le brouha et délivre l'explication terrible à cette soudaine fureur sonore.

"Le camps est compromis. Attaque Rouge. Ne revenez pas!"

Valérie s'était déjà relevé en alerte, sur son visage c'est le défilé des émotions. Elle passe de la surprise à l'incompréhension de la peur à la panique pour finalement s'embraser dans la rage qui emporte tout. Les larmes aux yeux elle attrape son arc et le pointe furieusement dans la direction de leurs maisons et leurs compagnons si loin. Dans la radio le concert du crépitement des armes ne cesse pas mais les voix de leurs amis sont de moins en moins perceptible. Elle secoue la tête refusant d'admettre l'évidence, saute sur ses pieds confuse mais combative. Des dizaines de kilomètres les séparent du camp mais elle semble prête à s'envoler pour les rejoindre

- Faut qu'on s'bouge fissa captaine nos potos se font marave! On peut peut être encore les sortir d'là et beugner les feutzes qui les agressent...

Elle est là devant lui prête à en découdre l'implorant de la suivre, tremblante de peur et de rage. Les larmes ruissellent sur son visage ébahis par la vitesse à laquelle le monde peut s'effondrer sous ses pieds... Jamais personne ne l'a vu ou la verra comme ça.

 





Les rires s’accordent, ce n’était pas la première viré que je me prenais avec la Valoche et j’aimais assez ses moments, cette fois ci seuls, pas de baveuse avec nous. Je n’avais rien contre elle, je n’avais rien pour non plus au final, elle était une mule mais Val l’aimait bien alors elle ne me dérangeait pas. C’est clair que c’était plus reposant un zombie qu’un gosse. Mais je comptais surtout sur Marie pour jouer le rôle de parent, je serais juste là pour filer des taloches et faire filer droit mon gamins, qu’il ne devienne pas communiste ou une connerie de samouraï comme ça.

-  Faudra pas commencer trop tôt non plus !

Les rires ont repris pour mourir dans un silence de béatitude, les paroles ne sont pas toujours obligées pour communiquer, puis je n’étais pas vraiment le type de mec qui cause de tout, tout le temps. J’aimais aussi profiter de ses moments de paix, être serein à ne penser réellement à rien et à tout, contempler la danse hypnotique des flames sur le crâne reluisant de Val qui scintillait comme une nouvelle étoile.

Mais les informations claquent et les voix sont facilement distinguables, mon corps se fige, chaque mouvement pourraient me faire perdre de précieuses informations, pourraient gâcher ce moment que je devais inscrire dans ma mémoire. On ne possède rien, je suis un soldat et un solitaire, j’avais trop d’attache, trop d’encrage dans ce monde et ils venaient de tous se faire arracher, fauché par la faucille aiguisée et préparée d’une armée décidée à mettre fin à l’entente. L’ordre du colonel tombe et c’est le dernier que je recevrais de sa part. J’ai entendu la rage de Chris, du major, des autres et de ma Marie.

 

Je laisse le temps à Val de gérer comme elle pouvait, larme et colère, je reste impassible, toujours dans la contemplation de ses flammes qui n’avaient plus rien de dansant et de réconfortant, c’était une vision infernale du monde qui brûlait, mon monde qui brûlait. Lentement je récupère mon cigare avant de me lever.

- Marie m’avait demandé, si jamais elle devait mourir en combat, que je la tue moi-même. Je n’étais même pas là pour la protéger.

Oui, ils étaient morts, tous morts et perdus à jamais. Je prends le crane de Valérie et l’invite à poser son front sur mon torse, j’avais aucune autre arme pour la consoler que ma présence, on était plus que deux. Mais les ordres étaient clairs et faire demi-tour n’allait ajouter que deux morts de plus, deux morts inutiles comme les autres.

- Notre destination est dans l’autre sens pour le moment. Tu ne peux aider les morts, concentre-toi sur les vivants. On se met en route. Je suis désolé pour tes amis.

Je lui laisse le temps qu’il faut, peut être un bref instant, repoussé par sa colère, peut être un long moment, baigné de sa peine. J’avais comme une étrange impression de vide et de béatitude. Je ne pouvais pas nier souffrir, mais c’était plus un abysse profond et complètement noir qui s’était ouvert.

Adieu mes amis, ma famille, ma raison et mon âme. Je prends mes affaires et couvre le feu de sable pour l’enterrer, on était pourchassé à présent et la distance devait être mise entre Warmstone et nous. Je l’invite de la main à passer devant, j’avais aucune idée de comment allait réagit ma compagne de route, elle n’était pas soldat et elle était assez explosive, mais je savais qu’elle était assez maligne pour comprendre ce qu’on devait faire. Je pli mon chapeau sur mes yeux, j’étais fatigué d’un coup. Je me remets en route de manière machinal mais j’en viens à me demander pourquoi, pourquoi persister ?

Parce que je suis White, parce que je suis le dernier et parce qu’ils vont me pourchasser, je souris alors. Des moments de franches rigolades me reviennent, des échanges autour d’un verre, presque toujours ivre. Des moments plus tendres, à toucher du regard des sourires et des yeux remplis de joie. Ils sont morts en soldat, il n’y aurait pas eu de plus belle mort.
 





Elle refuse d’abord catégoriquement la décision de White dans un déni total de la réalité. Elle tourne en rond sur elle-même, les prunelles inondées de larme elle n’y voit plus, la colère au bout des lèvres, elle veut hurler. Contre lui, contre les cieux et surtout contre les maudits agresseurs, Contre le monde qui s’effondre. Pas un son ne s’échappe de sa gorge, elle se tétanise. Quand il l’attrape doucement pour qu’elle presse sa tête contre lui sa réaction immédiate et de le repousser, voir même de vouloir le frapper. Elle ne veut pas de tendresse, elle veut se battre bordel ! Mais toutes ses forces se sont évaporés avec sa voix, en même temps que les bruits de mitrailleuses à la radio qui s’estompent. Et les voix de leurs amis qui elles se sont éteintes pour toujours. Elle regarde White, terrorisée et dans les yeux résignés de son compagnon elle comprend, accepte et s’effondre finalement sur lui.

C’est fini.

Elle reste contre le capitaine un moment, prostrée, sanglotant, tentant de faire revenir sa respiration à la normale. Ca lui prend un moment et il l’a laisse se calmer sans rien dire puis il se lève et enchaine car il le faut. Elle est en état de choc, elle le regarde hébétée, ranger son barda et éteindre le feu. Son cerveau est en veille, elle passe en mode automatique, elle s’exécute à la manière d’un pantin et imite White. Elle se voit presque faire comme si elle était à l’extérieur de son propre corps, c’est une drôle de sensation, elle voudrait réagir et hurler mais elle recommence à marcher comme lui indique son compère parce qu'en définitive c’est la seule chose à faire.

 





Elle me repousse mais accepte la finalité et viens s’éponger sur mon torse. Mais nous devons bouger, nous devons traverser les distances. Parcourir les lieux qui nous éloignent davantage de mon foyer et des miens. C’était une marcheuse hors pair qui ne lambinait pas et là, je voyais qu’elle traînait les pieds, elle devait m’en vouloir d’être si froid, peut-être qu’elle me considérait comme lâche de ne pas faire demi-tour. Mais on ne pouvait plus rien faire, c’était inutile d’ajouter des corps au charnier. La nuit sombrait, marquant les heures depuis la disparition de tant des nôtres, de tous les miens. Il était temps de s’arrêter, je la stoppe et lâche mon sac. Je secoue mes épaules et dépose mon chapeau, je retire ma chemise et fais craquer les articulations de mes doigts et mes vertèbres.

- J’ai pas la prétention de te connaître meuf, mais je penses avoir plus ou moins cerner le personnage. Tu en as gros sur le cœur, tes potes sont morts et tu n’étais pas là. Ils se sont faits étriper alors qu’ils avaient pas à crever comme des merdes. C’est devenu du composte et ça te fout les nerfs pas vrais ? Tu irais bien faire la nique à Castello et Laura, les étriper et les dépecer, mais tu es faible et tu peux pas le faire, ça te bouffe, ça te ronge.

Je m’avance vers elle, menaçant, les bras le long du corps, les poings serrés, mon regard est dur et inquisiteur. Je veux la pousser à bout, je veux qu’elle explose et qu’elle exprime ce qu’elle à sur le cœur. Elle doit sortir de sa léthargie.

- Tu sais que tu es libre ? Tu n’as pas à rester avec moi, tu peux tracer ta route, tu auras peut-être même droit à une léchouille et un câlin de Laura.

Je lui pousse les épaules, assez pour la faire tomber si elle se ne ressaisit pas assez vite.

- Tu sers à rien Val, bordel ! Bouge ton gros cul meuf !

 



 


 

De nouveau elle enchaîne les kilometres, elle avale le paysage qui les éloigne de leur camp devenu charnier. Les coups de feu claquent dans sa tête encore et encore, les regrets aussi, les choses qu’elle n’a pas dite ou pas faites et surtout cette sensation de vide, d’être partie pile au moment ou tout se jouait. Celui où elle aurait pu sauver ces compagnons ou en tout cas crever avec eux les armes à la main. Perdu dans ses pensées elle avance mécaniquement. Aussi elle ne voit pas venir le petit numéro de White et elle le regarde d’abord médusée, complètement interloquée par son comportement. En tout cas ça a l’effet escompté : l’évocation de Laura suivi de sa poussade est un combo gagnant qui réveille la bête furieuse. C’est instinctif chez elle comme un animal aux abois, tu m’attaques, je mords direct. La meilleure défense c'est l'attaque. Aussi le coup de tête part sans même qu’elle y pense. Brutal, il contient toute la rage qu’elle vient d’accumuler. Le choc est si violent qu’elle s’en fend le crâne. Elle gueule

- Yo gros tsais ce qu’il te dit mon boule ?

Hystérique elle s’apprête à l’enchaîner, le sang ruisselle sur son front et coule sur ses joues, la pluie reprend de plus belle et la sort de sa torpeur en mode douche froide. Elle retient in extremis son coup et se met à rire devant le ridicule de la situation. Elle va pas se marave avec son dernier pote quand même?

Essuyant le filet de sang avec sa manche, elle crache par terre et lui donne une tape dans le dos. Une tape amicale comme à un vieux pote, rien à voir avec le coup de boule de taureau qu'elle vient de lui mettre.

- C’est que j’suis désolé pour ta Marie… Sincèrement!

Elle ironise

-  On dirait que t’as trouvé l’moyen d'pas être daron finalement ! Alors ? Qu’est ce qu’on va foutre d’nos carcasses maintenant qu’il y a plus que toi et moi contre l'armada rouge?

 


 

Je la retrouve directement, en même temps c’est ce que je cherchais, clairement. Je m’attendais à pouvoir parer ou du moins me préparer au choc, mais le coup de boule est direct dans le nez et ça craque, mais pas comme il faut. Mon nez était déjà cassé donc rien à craindre d’avoir un visage de difforme pour le reste de ma vie. Je m’attends à prendre les coups suivants, devenant pour un temps, son défouloir, lui permettre d’évacuer la haine qu’elle à en elle.

- Je sais Val, je suis désolé pour les tiens aussi.

Je prends mon nez entre mes deux mains et on entend un nouveau craquement avant que le sang ne coule de mes naseaux, aussi abondant que la pluie qu’on se prend sur la tête, comme si on ne pouvait pas avoir un peu la paix le temps de se mettre joyeusement sur la gueule. Je pince une narine puis l’autre en soufflant dans la libre pour évacuer du sang.

-  C’est pas pour tout de suite la retraite au coin de la mer avec les gosses qui jouent dans le jardin.

J’étais un peu sonné pour être franc, j’avais aussi beaucoup vécu et beaucoup prit sur moi. Je reprends mon chapeau, elle avait décidé de calmer ses nerfs, je le pose sur ma tête déjà trempé et m’assied sur mes affaires. Je la regarde.

- On va vivre, on va tout faire pour sortir de cette merde et continuer à baiser et à boire ! Surtout boire…

J'aurais pas dis non au premier mais j'étais sûrement pas son genre. Je prends une de nos bouteilles, sur qu’avec Val et White en balade, le bar les avait suivis. Ils avaient plus de gnôle que d’eau. Alors que c’était que pour quelques lunes à la base.

- On va boire, prendre un peu de repos et réfléchir à comment se sortir de cette merde rouge. Et j’ai besoin de toi, concentré sur ce qu’on fout. C’est dur mais tant qu’on est vivant, on doit se concentrer sur les vivants. On pleura nos morts quand on serra en sécurité. Je compte sur toi Val. Mais le choix est toujours de la partie, tu n’as pas à partager mon destin, tu as assez d’affinité avec les rouges pour avoir un laisser passer.

Je relève les yeux sur elle, j’allais avoir des cocards et le nez explosé pour quelques temps encore.

- Je suis content que tu sois encore en vie.

Peu de chance d’avoir plus d’amour de la part de White, j’avais presque plus donné en une lune à Val que depuis le début à Marie. J’ouvre enfin la bouteille et boit une grande et longue gorgée avant de tendre la bouteille à Val.

 




 

Elle l’écoute et acquiesce sur tout ce qu’il dit mis à part la partie sur son affinité avec les rouges et son potentiel laisser passer. Elle ne simule pas le dégoût que lui inspire cette idée et grimace tout en balayant l'air d’un revers de main. Elle est un peu sonnée aussi, tant par son magistral coup de tête que par la somme des événements tragiques de la journée. Sans parler de la marche qu’ils viennent de taper. Valérie saisit la bouteille et s’en verse d’abondantes rasades dans le gosier. Faut soigner le mal par le mal et elle est experte dans ce domaine-là. Déjà en temps normal alors là vu que c’est la crise autant y aller franco. Elle observe la bouteille avec affection et s’en reprend une bonne gorgée puis elle la redonne à White. La punkette demeure peu bavarde pour ne pas dire silencieuse. La pluie s’intensifie encore si bien que ça en devient presque grotesque. Comme si toutes les larmes du ciel accompagnaient leurs défunts amis vers un monde meilleur. Ils sont trempés à tordre et ne peuvent continuer ainsi. De toute façon ils ont besoin de repos. Valérie pousse son landau / charrette et entraine White vers les abords de la foret avoisinante à la recherche d’un abri. Impossible de déplier la tente avec cette tempête. Sous la cime des arbres la pluie s’atténue un peu et chance ils tombent presque immédiatement sur un vieux bâtiment circulaire planté au milieu de la clairière et qui leur offrira un abri des plus décent pour cette nuit décidément agitée ainsi qu'un excellent poste d'observation pour la journée suivante :
 

 

Valérie rentre dans la ruine en premier sans la moindre précaution trop contente de pouvoir enfin s’abriter de la pluie torrentielle. Le capitaine est dans ses pas.

*CLAK*

Il a à peine le temps de franchir le cadre de la porte rouillé qu’il est immédiatement accueilli par une baffe magistrale de sa compagne d'infortune.

Son regard noir le transperce même dans la pénombre des ruines. Elle explique son geste tout en secouant sa main.

-  Gros que ça soit clair... C'est que tu me causes plus JAMAIS d’mes affinités avec les rouges ! Pigé ? JAMAIS!

C’est que c'est terminé tout ce bazar, là cette bande d'ptites feutz méritent rien de plus qu’mon mépris et mes beugnes dans leurs sales chicots d'mange mort. C’est tout ! Elle crache par terre rageusement

- Dire que la Laura j’lai fait jouir avec ma langue… Si j’avais su comment qu’ça se terminerait j’y aurai plutôt arraché la shneck avec mes chicots… Salope !

En disant ça. Elle serre le poing et s’apprête à coller une droite dans le mur mais se retient au dernier instant. Elle secoue la tête et reprend tentant de nouveau de se calmer

- C’est que t’oublie direct aussi l’idée que je te laisse derrière ou qu'on se sépare pour m'préserver l'boule ou quoi que ce soit dans l’genre… Toi et moi on est dans l'même rafiot maintenant et y nous arrivera exactement les mêmes crasses… Pigé ? Et si ça veut dire qu’on kratz ensemble en se fritant avec les autres enflures c’est que moi ça m'ira t'sais… Au moins c'est que je coulerai avec un poto... L'dernier qui me reste t'sais...

Elle sourit pour la première fois depuis l’appel radio de Tucker.

-Mais c’est qu’on va éviter t'sais, j'suis plus dur à crever que la mauvaise herbe, ils auront pas mon scalp comme ça ! J'leur ferai pas ce plaisir à ces bâtards!

Bon hop y a plus qu’a faire un feu pour sécher tout ça, esgourder un peu ce qui se cause dans la radio et on pourra pioncer un bon coup ! Aussitôt dit elle s’attelle à faire un feu. L’adrénaline, la pluie et ce "soupçon" de violence envers White semblent l’avoir réveillé de sa torpeur.

 

Voilà deux lunes que la samouraïe rouge arpentait le désert est en ouest et d'ouest en est, tantôt en voiture, tantôt en moto. Combien de bornes avait-elle parcouru ? Elle ne saurait le dire, trop, beaucoup trop, surtout par cette météo pourrit et dans un objectif qui ne l'enjouait pas particulièrement, bien au contraire.

Pourtant, le conseil avait parlé, White devait rejoindre les siens et Laëli désigné volontaire pour être en première ligne, question de peine à purge où quelque chose dans ce goût, mais ça, c'était une tout autre histoire.

Une histoire qui avait fini par la conduire aux pieds d'une zone partagée entre bayous et marécages, bien loin de chez elle, pas si loin au sud de là où s'étaient installé les rangers avant que l'USSR ne les en déloge par la force. Un arbre ferait office de toit pour les heures à venir, un minable feu bien frêle de point chaud où se réchauffer le temps que les renforts arrivent.

La quasi-totalité de la péninsule avait été passer au peigne fin par elle et d'autres, une véritable chasse à l'homme qui l'avait conduite à penser que le dernier ranger avait pris le chemin des falaises du sud-est comme refuge dans l'espoir de leur échapper. Un choix probablement judicieux s'il cherchait à gagner du temps, la zone serait difficile d'accès et demanderait un bon nombre de personnes pour l'acculer dans une telle zone.

Pour l'heure, elle ne pouvait qu'attendre, le regard accrocher à une sacoche de cuir. Les livres d'Apeak, un trésor qui ne retrouverait probablement jamais un propriétaire apte à l'apprécier à sa juste valeur. Un trésor qui la faisait cheminer vers de bien sombres pensées dont elle ne serait tirée que par le grésillement de sa radio et la voix de Sylvain, son vieil ami rencontré dans le métro.

- Laëli, c'est Sylvain, je crois que je l'ai repéré !

- Hein ? Où ?

- Une tour, au sud de la forêt. Il y a de la fumée, ça doit être lui.

En somme, juste à côté d'elle. Heureusement qu'elle n'avait pas eu l'idée de s'élancer dans les bayous sans attendre. Coup de chance pour elle ou de déveine pour White, nul ne pourrait jamais le savoir.

Quelques longs échanges et les deux samouraïs se retrouvaient non loin du lieu-dit, guidés par le son ronflant de leurs motos respectives.

- J'attire leur attention sur les motos pendant que tu en profite pour rentrer.

Détails de l'attaque réglée, la brunette avait élancé sa moto vers la tour jusqu'à ce que brouillard soit suffisamment mince pour en déviner immanquablement la forme. A l'intérieur, les occupants avaient déjà dû entendre son approche motorisée.

Appuyée sur le véhicule transformé en couvert,  le Mosin Nagan est épaulé. Encore un signe d'un hasard bien moqueur. L'USSR trouvant un fusil de précision conçu par l'empire Russe et ce sur le territoire de ceux qui les avaient rejetés en bloc. Triste ironie.

Une première cartouche part, emplissant l'air d'une détonation sourde alors qu'une tuile vole en éclat. Au moins, l'arme fonctionnait à merveille.

La radio glisse à ses lèvres. Alors que son camarade amorçait son approche.

- White, ici Laëli de l'USSR.

Dire que la seule fois où elle avait parlé sur la même fréquence que lui, c'était pour du commerce entre les deux cités. Aujourd'hui, on était à des années-lumière d'un espoir d'accord commercial et de bienveillance mutuelle.

- J'imagine que te rendre n'est pas une option ?

Ils auraient l'air fins à se lancer à l'attaque d'une tour et de ses occupants si c'était pour tomber nez à nez avec des survivants étrangers au campement warmstone. Trop d'innocents étaient déjà tombés pour que tombent White et Tucker.