Les belles de nuit fanent à l'aurore.

Chapitre débuté par D. . . .

Chapitre concerne :

Ce texte vaut 10 bières !
Les tiges de fusain défilent avec comme accrochés dans leur sordide ramure des restes de smog, en flaques stagnantes et cottoneuses suspendues à quelques mètres du sol. Au passage des véhicules, ces flaques tournoient et s'estompent vers un ciel opaque et bas. Une saignée sombre dans les vapeurs grises se dessine en ligne droite à travers cet énorme cimetière végétal. Une terre noire et stérile qu'on nourrit de sang, avec des arbres sembables à de longues stèles mortuaires. Une étendue sans vie, sans fin. Djed, tout emmitouflé dans son bombardier, essuie ses lunettes d'aviateur qui lui servent de pare-brise et jette un oeil dans un rétroviseur de fortune. La boue ressort en geyser derrière le buggy, au milieu d'un vieux chemin que l'entropie a presque complètement avalé. Derrière le voile de vase, il aperçoit à peine la voiture qui le suit et dont les phares ne fonctionnent plus depuis longtemps, à quelques dizaines de mètres. Ils sont partis à l'aube et la lumière est encore faible. Il se tourne vers Henriette, à ses côtés. Il sait qu'elle n'est pas d'accord avec toute cette expédition. Mais tant qu'elle suit, il s'en tape, la gosse a encore des choses à apprendre de ce monde, aussi lui fait-il un clin d'oeil, la mâchoire sérrée derrière son foulard, dont on aurait bien du mal à discerner la réelle bienveillance derrière. Il renifle un grand coup et s'adresse sans se retourner au passager à l'arrière, Hyodou, pour lui demander si ça va, ça s'coue pas trop? mais entre le foulard qu'il a sur la tronche, les bruits de moteurs et de toute la structure métallique qui grince,  celui-ci n'entend pas, pas plus que la hyène sur ses genoux. Ballec'. Il se reconcentre sur la route. L'enjeu est trop important pour se manger un arbre ou un caillou.

L'enjeu se nomme Loxos. Un groupe qu'ils ont rencontré avant leur passage à Roningrad, avec qui ils ont partagé quelques bières, à l'époque où l'une et l'autre des formations n'en sont encore qu'à leurs balbutiements. Des nanas et des types un peu comme ceux de l'escadron, hétéroclites, des survivants réunis par les circonstances, qui puent trop la brise et le mistral pour squatter ad-vitam eternam les mouroirs d'un tas de planche qui dans sa cécité se fait appelé cité.
Et depuis qu'ils ont quitté le siège du Komintern déguisé en soviet, il y a de ça six mois, les deux groupes se collent aux basques. A aller dans les mêmes zones de fouilles, à squatter en décallé les mêmes hangars délabrés. Le conflit n'était d'ailleurs pas passé loin à la fin de l'été, lorsqu'au bordello où zonait l'escadron, loxos avait cru bon de venir en sous nombre vérifier l'état d'un vieil hélicoptère à quelques kilomètres de là. Et depuis lors, l'escadron s'en rendait schyzophrène, à envisager avec alternance le massacre ou l'alliance... Jusqu'à la veille. Suite aux rapports détaillés de Marcel, Kenija avait secoué le groupe pour que chacun prenne position, et ils avaient finalement pris ensemble cette décision mortifère, dans le fond d'une ancienne étable où ils avaient garé leur armada et posé leur matelas de fortune. Ils devaient s'emparer de l'arsenal dont disposait Loxos, mettre définitivement cette puissance de feu dans les seules bonnes mains de leur monde : les leurs.
Ils avaient tout préparé dans la journée, alléger encore les véhicules, vérifier les armes, sortit les cartes et fait d'une pointe, d'un fil et d'un stylo des courbes de compas ici, des traits sur le bord d'un flash de rhum là, en géomètre du nouveau monde. Un monde de violence, de conspiration, mais surtout, un monde de bricolage.

Après des heures à faire rugir les moteurs dans ce sinistre paysage, les véhicules s'arrêtent à la lisère de feu-la forêt, encore un peu à couvert. Djed retire ses lunettes et son foulard. Il tire une petite boite métallique d'une poche, il en sort un mégôt et un petit sachet de cocaine. Il se dépose un petit tas de pâte jaunâtre dans le creu du dessus de la main, à la naissance du pouce, l'écrabouille à peine et se l'enfile d'un trait dans le tarin. Il propose le sachet à ces deux voisins bipèdes, puis sort une canette de sa poche. Il l'ouvre, en prend quelques gros gorgeons, puis s'allume son mégot. Il a un sombre visage qui sent à la fois la peur et la folie. Il descend du buggy en fumant et en continuant à descendre sa boite de bière, puis il s'approche de l'autre bagnole. La pauvre Blair qui voyage sur le garde-boue en est couverte et s'affale au sol pour se détendre les guibolles un peu, la main mollement posée sur son fusil. Un fusil bricolé, lui aussi. Ca tire un sourire à Djed qui la regarde alors que Madjik sort déjà du véhicule pour aller améliorer leur couvert. Il s'appuie coudes sur la fenêtre du pilote, Kenija.


Notre jeune camarade les a toujours en vue?

A l'arrière dans l'habitacle, John et Elena sont au moins aussi serrés que les passagers du buggy. Mais la route est bientôt finie. En attendant que son associée de méfaits trifouille la radio, il s'étire pour observer l'horizon. Au loin, les chevaux se serrent les uns contre les autres, luttant contre le froid, dans l'ignorance la plus totale du feu d'artifice grandiose auquel ils s'apprêtent à assister.
Ce texte vaut 3 bières !
Les yeux rivés sur le pare-choques du buggy, qui lui sert de point de repère, Kenija se permet de laisser divaguer son esprit. En tout cas la part non reptilienne qui, elle, est fixée sur leur objectif.

Comment en est-on arrivé là ? Énième pied de nez de la vie. Nacho. Vaguement croisé dans les tunnels, échange et confiance des premiers temps. A quoi ça s’est joué ? Une qui part vers le Nord avec un début de troupe hétéroclite, l’autre qui vise le Sud et une amie à retrouver. La Recluse sans doute …


Un chaos sur la route fait vriller la traction et ses passagers, elle moufte à peine. Le buggy n’a pas pris l’ornière, pour ça qu’elle ne l’a pas vu. Peu importe. La chasse est lancée.


Elle réentend la voix, lointaine dans la friture « Bonne route à vous ... ». Putain d’ironie. Elle aussi elle a souhaité bon vent et bonne chance. Et maintenant, elle est la main qui guide vers la mise à mort.


Nouveau monde, vieilles règles. Le premier connard croisé devient un frère et même plus juste parce que tu peux compter dessus … le frère d'âme sera tué parce qu’il a pris un autre chemin.


Elle repense à l’homme, qu’elle a brièvement croisé à côté du goulag. Nacho, un regret somme toute. Les autres, elle s’en fout, ils n’existent pas vraiment pour elle. Est-ce que d’autres ont des regrets ? Marcel n’était pas insensible au discourt de Poumky. Henriette aurait clairement préférée une autre issue. Djed pour La Recluse ? Nan … Djed est trop déglingos pour regretter quoi que ce soit. Quand aux autres … ceux qui ont parlé ne voyaient qu’une meute en trop.



Elle … pfff … elle fait la dure, l’insensible, mais … mais quoi d’ailleurs ? Un petit cœur derrière son détachement ? Sranje. Avec le bruit personne ne l’aura entendu.


Pas de place pour les regrets … pas de places. Život je prekrasna kučka.
 
Coincé à l'arrière de la traction, ses larges épaules dans les oreilles d'Elena, John serrait les dents. Cette équipée dans la poussière de suie avait été organisé au dernier moment, par un ramassis d'assasins amateurs à peine organisé et tout juste formé! Le militaire de carrière comptait surtout sur la folie de leur chef pour galvaniser les troupes et les amener au combat. La puissance de feu des armes trouvées dans le désert ferait le reste. Il avait essayé d'amener son savoir-faire en technique de survie, de renforcer ces gens pas forcément aguerris pour vivre dans ces conditions. Mais allaient-ils être prêt pour cette expédition punitive.

Il faut dire que leur ennemi avait mauvaise réputation. Même si ils les avaient entrevu au début de leur périple à la surface, ils étaient connus pour tirer sans sommation, équipés de leur armement lourd. Après de nombreuses lunes, il était clair que la chance avait plus souris au Squadron qu'au Loxos! Véhicules et armes puissantse leur avait permis d'être d'abord plus serein et maintenant de renverser la vapeur! Et c'est pour cela que John avait poussé à cette expédition, pour ne plus craindre de croiser ces types, pour ne plus craindre de ne pas savoir ce qu'il pouvait se passer! Soit les choses sont claires entre deux parties, soit se sont des ennemis!

Après avoir ressassé ces réflexions pour finir de se convaincre du bien fondé de sa présence dans la bagnole, John se répéta le plan d'attaque prévu par Djed et se concentra tel un professionel sur son objectif: les éliminer tous!
Ce texte vaut 2 bières !


La Recluse


Sauvages... rien n’est moins désertique que ces dunes à perte de vue pour qui sait y attarder un oeil aguerri le long de l’horizon. Une brise revigorante souffle sur les Loxos depuis quelques lunes, et la rigueur de l’hiver naissant est loin d’en être l’unique cause. Ces terres brûlées, ces paysages de désolation ont aux yeux de l’arachnéenne un éclat si intense qu’un frisson lui parcourt l’échine.

Là où il y a la mort, il y a la vie...

Au bord des terres brûlées, des silhouettes donnent naissance à un sourire sur le visage de la veuve noire. Le troupeau, aussi sauvage que le paysage, nargue les bipèdes en approche. Les montures des Loxos s’agitent frénétiquement. Cela ne fait aucun doute que le troupeau ne sait pas à qui il a affaire... le grand, le corpulent Hyde. Heureusement pour le troupeau, non seulement leur débourreur a un genou en carafe, mais en plus, ils ne sont pas là pour dresser des chevaux. Non... l’hiver s’annonce rude, et il va y avoir bon nombre de bouches à nourrir... un très grand nombre même. Du boulot en perspective pour Kila, aidée des autres... des heures et des heures de labeur sur un troupeau qui se montre généreux à leur égard.

La Recluse doute que le troupeau ait l’esprit de sacrifice, seul l’humain est en mesure de dénaturer l’instinct pour le détourner à son compte. Mais qu’importe, c’est une pièce de leur puzzle qui prend forme et fière allure. Elle sourit aux siens, un sourire presque carnassier bercé par un regard confiant et rempli d’espoir.

L’air revigorant souffle sur les Loxos. Au-delà de l’hiver naissant se trouve l’appel du grand large, l’air iodé qui pique au vif leurs projets. Cela a demandé du temps, des négociations, de l’organisation... beaucoup d’organisation... au final, chaque problème avait sa solution, chaque pièce trouvait sa place. Un bateau digne des rêves de plusieurs d’entre eux devait bientôt arriver, et les emmener voir de l’autre côté si l’herbe est moins... brûlée. Toute à ses pensées d’envol sur les eaux, la veuve noire observe avec envie Nacho, ses doigts parcourent mentalement les courbes de son corps, elle sait qu’il ronge sa bride. C’est qu’ils sont attendus, plusieurs projets sont sur le feu. Un jour la patience du latino sera récompensée.

Leurs montures ont également trouvé acquéreurs... qui aurait osé faire la fine bouche pour un tel cadeau ? Cela arrangeait tout le monde, seul un petit détour pour les confier serait nécessaire. Entre temps, les Loxos auront livré une bonne cargaison de nourriture et quelques réjouissances pour un autre destinataire.

Tout s’emboîte parfaitement. Sauf le genou de Hyde, déboîté. Et quand on parle du genou... la pétillante Poumky leur a rapporté avoir aperçu au loin un homme, seul, avec qui elle a pris contact. Fallait-il s’en soucier ? Probablement. Pourtant, ils n’ont pas hésité à maintenir les plans comme prévu, parce qu’au fond, la même conviction les anime depuis le début : ils n’ont pas peur de mourir. Surtout si près du but.

Tous les voyants sont au vert. Une fois leurs affaires terminées, la caravane se remet en marche, lourdement chargée. A nouveau cet homme au loin, qui disparaît une fois la caravane immobilisée. Tout va bien. Une première cargaison va voguer vers sa destinée macabre. Il est temps d’en préparer une autre, un gros paquetage pour les futurs cavaliers qui doivent réceptionner leurs montures, de quoi nourrir bêtes et hommes.

Tout est au vert... et c’est sans compter sur la cerise rouge sur le gâteau. Rouge comme le sang. Rouge comme... Une voix qui se veut chantante se fait entendre à leur sud. « Chantante » est un bien grand mot. Plutôt le genre de voix capable de déferler la météo et tous les éléments de la nature. Reconnaissable entre toutes, tellement entendue sur les ondes publiques, tant suppliée d’être frappée d’une extinction. Juno et sa boys’band. Si la voix n’est pas éteinte, c’est tout le groupe qui en revanche semble être au bord de l’épuisement, au moins physique. La veuve noire lance immédiatement un regard vers Poumky. Tout se fige. Pas un mot, pas un geste, même la brise semble se cristalliser. Aussi drôle que cela puisse paraître, à peine aperçus dans le champs de vision des Loxos, les fous chantants à bout de souffle font demi-tour. Musique à base de castagnettes. Aucune hésitation, aucun besoin de réfléchir. Il faut parfois saigner pour que les oreilles ne saignent plus.Surtout, il est temps que Poumky obtienne réparation. Ils préviendraient les destinataires de leurs montures d’un léger retard.

Vraisemblablement, tous les voyants sont au vert. Trop au vert. Le gel commence à envelopper la nature environnante d’un voile cristallin, l’avenir proche s’annonce particulièrement radieux. Le grand voyage est pour bientôt.

Là où il y a la vie, il y a la mort...
 
Ce texte vaut une bière !

Henriette s'en était tenue à ce qu'elle avait annoncé. Opposée à cette attaque, elle avait tout de même suivi le mouvement, par loyauté, par amitié, ou tout simplement car on ne trahit pas la main qui t'a secouru. Si tu comptes survivre encore un peu.Elle s'était abstenu de prendre part aux préparatifs et s'était contenté de faire ce qu'on lui indiquait.

Désormais coincée dans le buggy, avec Djed et son sourire à te glacer le sang, et Hyodou qu'elle ne parvenait pas encore bien à cerner, Henriette ne cessait de ressasser à quel point l'idée de cette attaque, quoique brillamment organisée, était mauvaise. La dernière discussion sur l'avenir des Loxos lui laissait une désagréable sensation. Ce n'était pas de retirer la vie à des gens, elle savait bien que le monde tournait ainsi, d'autant plus à leur époque. Mais il lui avait semblé que les Loxos étaient, pour certains membres du Squadron, un peu plus que de parfaits inconnus. Henriette aurait préféré tabler sur l'alliance, mais la cheffe, après avoir sollicité chacun, en avait décidé autrement.

Le temps semblait s'étirer et son humeur n'était guère meilleure que la santé des arbres environnants. Le clin-d'oeil de Djed, s'il se voulait probablement rassurant, n'eut clairement pas l'effet escompté, Elle replongea un peu plus dans ses pensées, observant les alentours et resserrant sa prise sur son arme, coincée entre ses jambes.

Secrètement, elle espérait que les Loxos aient eu la bonne idée de s'en aller vers d'autres contrées. Elle les supposait intelligent et le repérage fait par Marcel, quoique discret, ne pouvait pas être passé inaperçu auprès de combattants aussi aguerris.

La halte en bordure de la forêt fut un vrai soulagement pour Henriette. Refusant d'un mince signe de tête la cocaïne, elle attrapa tout de même une bière, observant Djed qui tranquillement allait faire la causette au reste de la troupe tassé dans la traction. Quel meilleur remède que l'alcool pour s'imaginer ailleurs et ne pas trop songer à l'inéluctable ?

Ce texte vaut une bière !

Les choses tiennent vraiment à un fil… le genre de fil que les Moires s’amusent à couper. Là en l’occurrence il aura suffit d’un coup d’oeil et pas d’un coup de ciseau. Alors que le Marcel préparait son landau… oui enfin ses affaires - c’est une longue histoire et on n’a pas le temps - bref, il était sur le départ après avoir observé le troupeau de chevaux juste au Nord. Direction le Sud-Est ! Telle était la directive. Pourquoi le Sud-Est ? Et pourquoi pas ducon ? Je te demande où tu achètes tes clopes toi ?

 

Dernier coup d’oeil au Nord et là ! Foutre au cul ! Il te voit une petite rouquine à cheval à l’orée de cette forêt cramée. Bordel ! Il a cru à une vision ! Un ange envoyé par je ne sais quelle divinité barbare. Le temps de se frotter les yeux – seulement les yeux ! - et voilà qu’elle a disparu la valkyrie !!! Alors vous voyez, le Taxi Driver a beau avoir l’air d’un psychopathe échappé d’un asile, je mets au défi n’importe quel mâle hétérosexuel frappé d’abstinence depuis des mois de résister à l’envie d’enfreindre ses instructions pour aller y voir de plus près. Je dois bien le reconnaître. La motivation première du Marcel était essentiellement d’ordre sexuelle. Ce n’est pas glorieux mais il n’en a rien à battre de la gloire.

 

Alors le voilà en route vers le Nord-Ouest. Sauf qu’il n’a pas besoin d’aller bien loin pour se rendre compte qu’il risque de la garder sur l’oreille encore un moment. Parce que la Red Sonja du désert n’est pas toute seule ! C’est toute une bande de Cavaliers/Chameliers qu’il découvre. Et le voilà qui applique la tactique du repli stratégique pour se mettre hors de vue. Il ne reste plus qu’à sortir la radio pour faire son rapport. « Cheffe ! Je les ai trouvé ! » Oui enfin c’est plutôt eux qui l’ont trouvé mais qui ira le répéter maintenant ?

 

Je vous le donne en mille. Ce sont les Loxos !! Tu le crois ça ? Des lunes qu’on les sent tourner autour de nous. Que des gars qu’on croise les ont vu par là ou par ci mais jamais bien loin. Des lunes qu’on essaie de savoir où ils sont avant que ce soit eux qui nous trouvent et là, quand on se décide à abandonner, les voilà qui débarquent.

 

Alors oui les choses tiennent à un putain de fil de merde ! Comme une parole que la Recluse n’a pas voulu prononcer. Il aurait aussi suffit qu’un de leurs canassons se mette à hennir lors de la reconnaissance nocturne dans leur camp… Mais non !

 

Marcel se rappelle encore des derniers mots de Poumky à la radio : « Au plaisir de t'apercevoir encore... »… Ironie de merde ! J’en suis moins sûr désormais. Mais dans ce monde, il n’y a pas trop de place pour le sentimentalisme. La discussion au sein de l’escadron aura été brève.

 

« je préfère savoir leurs armes entre les mains d'amis sûr qu'entre celles d'alliés dont la fiabilité reste à démontrer. »

 

Telles avaient été les paroles de Marcel quand on lui a demandé son avis. Et maintenant le voilà qui regarde ses potes passer en trombe dans un nuage de poussière pour une attaque façon Blitzkrieg qui devrait sceller le sort des Loxos… Atropos semble bien décidée à le couper ce putain d’fil !

Ce texte vaut une bière !
La gamine n'est pas sereine à l'idée de cette attaque.
Bon, c'est vrai qu'elle a ôté une vie, une fois.
Mais quand elle y repense, elle se convaint toujours que c'était une personne déjà mourante et qu'elle a fait preuve de bonté.
Cette fois, elle a du mal à croire à ses propres contes de fée.
Mais le squadron est devenue son seul point de repère, et quel repère... Dans ce monde dévasté, ceux qui le sont le plus lui permettent de rester en vie, tandis que ceux pétris d'apparentes bonnes intentions n'hésitent pas à te coller une balle dans le buffet comme dirait le punk dans un de ses moments de philosophie de redescente.

Ce qui lui a le plus déplu au début, c'est quitter sa place dans le coffre. En vrai, c'était la meilleure place. De l'espace, une petite déco, et une vue panoramique sur le monde en mouvement. Qu'elle soit assise tournée vers l'arrière ou debout accroché au toit pour profiter d'avoir les cheveux aux vents, comme dans Titanic (mais sans le froid et les embruns).
Mais il a bien fallu stocker toute les choses utiles dans le coffre ouvert, et qu'on lui propose gentiment de s'asseoir sur un garde boue.
Alors autant, ça avait l'air cool les deux premières minutes, autant après ce fût un calvaire.
Elle s'est retrouvé trempée, pleine de boue, secouée dans tout les sens. Tandis qu'ils sont tous sec, et qu'elle entend très bien Elena rigoler en la voyant dans cet état.

Alors au moment de la pause, elle est bien bougonne.
Non elle veut pas de cette foutue bière, c'est nul tout ça.
Elle veut juste qu'on arrête ces conneries là, et que ça soit à quelqu'un d'autre de se coltiner sa nouvelle place.

Parcequ'elle voit bien qu'on lui a refilé la pétoire la plus inutile et dangereuse. Alors la place du mort (sous les roues), c'est trop pour elle.
Elle ne leur montrera pas qu'elle est vexée, mais faudra pas se plaindre s'il y a une balle perdue qui libère une place dans la voiture.
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«  … C'est une folie de haïr toutes les roses parce qu’une épine vous a piqué, d'abandonner tous les rêves parce que l'un d'entre eux ne s'est pas réalisé, de renoncer à toutes les tentatives parce qu'on a échoué......

C'est une folie de condamner toutes les amitiés parce qu'une d'elles vous a trahi, de ne croire plus en l'amour juste parce qu'un d'entre eux a été infidèle, de jeter toutes les chances d'être heureux juste parce que quelque chose n'est pas allé dans la bonne direction.

Il y aura toujours une autre occasion, un autre ami, un autre amour, une force nouvelle.

Pour chaque fin il y a toujours un nouveau départ... »

Nacho referma religieusement le livre sauvé des décombres, il le recouvrit d’un linge noir pour le protéger et le remettre dans son sac, s’assurant que personne ne l’avait vu s’émouvoir de sa lecture.

Depuis plusieurs lunes, il n’était pas aussi présent au sein du groupe, il avait un peu déserté la radio par une sorte de mélancolie et surtout par l’envie d’ailleurs, de découverte, et d’un changement radical d’objectif, de but, de rêves peut-être …

Aujourd’hui, il rassemblait les bêtes alors que d’autres roulaient sur quatre roues. Merde, il était loin le temps où il roulait dans sa mustang coupée de 65, le putain de bruit du V8, 280 chevaux avec boite auto de trois rapports.

Merde ! Merde ! Merde ! fait chier … Le cirque est à quatre roues ambulantes, les rouges roulent en volvograd, même les squadrons se font pas chier avec des bouses tous les 500 mètres. Il avait l’impression d’un monde médiéval loxonien côtoyant le reste de la caravane à moteur de leur nouveau bac à sable …

Heureusement, la journée lui avait apporté un sourire, amusé du parcours yoyo de Juno … Au moins un trait d’humour dans cette ambiance noire.

Il observe ses compagnons et se dit que le printemps, c’est pour bientôt, il l’espére ardemment. Et pour reconstruire une humeur plutôt maussade, il passe derrière La Recluse, enferme la fesse de la matriarche dans sa paume large et chaude de sa main, et dépose un baiser rapide sur sa joue …

« On part bientôt ? »

La jeune femme a le sourire aux lèvres lorsqu'elle regarde la petite troupe aussi hétéroclite que soudée. Comme à son habitude en fin de journée, Kila s'est placé un peu à l'écart du campement afin d'y installer sa cuisine de camp. 
Pendant que la viande cuit, elle dessine une araignée dans le sable, s'arrêtant sur chaque détail de l'arachnide imaginaire. Huit pattes, pour huit membres. Elle chantonne en même temps qu'elle fait naitre la tégénaire du bout brulé d'un bout de bois. 

Une patte pour La Recluse. Protectrice mais dangereuse, cinglante mais douce. La mère qui protège ses petits.  
Une patte pour Nacho. L'homme au réseau aussi étendue qu'une toile. Le grand frère qu'on énerve, parce que c'est drôle. 
Une patte pour Hyde. Le gros nounours au cul tendre. Le grand frère, mais celui du milieu, parfois oublié mais celui qu'on préfère. 
Une patte pour Tom. La grosse tête qui réfléchit. Le cousin qu'on a perdu de vue, qui s'est lui-même perdu. 
Une patte pour Poumky. La nouvelle qu'on connait depuis longtemps. La jumelle qui énerve, ... ROSE, franchement ?
Une patte pour Stranger. Celui qui parle beaucoup. Le tonton qu'on trouve parfois bizarre mais sans qui tout serait triste. 
Une patte pour Ganja. Celui qui ne parle pas beaucoup. Le cousin éloigné en bout de table et qui ne cause pas. 
Une patte pour Kila. Celle qui était perdue. La sœur casse couille qu'il faut supporter, toujours à 200. 


Le bruit caractéristique d'un ragout qui déborde hors de sa casserole pour venir éteindre les flammes la tire de ses rêveries. Le soleil se couche déjà, le ragout sera brulé ce soir. La cuisinière sert des portions généreuses dans les popottes en inox du groupe et sort même quelques bières. Elle reconnait les assiettes de chacun et place les assiettes autour du feu de camp selon son humeur du jour. Ce soir, elle réserve le droit d'être en Hyde et Nacho, à l'opposé de la Recluse. Juste pour faire chier Nacho ! Tout semble prêt. Le repas est copieux mais le lendemain sera une longue journée.

A TABLEEEEEEEEEEEEEEEEEE.
L'ennemi est un miroir pour l'âme qu'il faut toujours s'efforcer de déformer. On ne peut pas s'identifier à lui tant qu'il s'agit de le combattre et de le tuer... Il faut, d'une manière ou d'une autre, le déshumaniser, le dépouiller de ses qualités ou de ses ressemblances pour se concentrer sur ses vices seuls, réels ou supposés... Le déshériter de son droit de vivre, ou de celui de posséder... Se préserver en pensant qu'on a agi pour le mieux, et éviter l'hésitation qui pourrait vous être fatale...

En avant des véhicules, Madjik scrute froidement l'horizon, une oreillette branchée directement sur son talkie. Il se remémore ces visages qu'il a déjà croisé, et ces yeux qu'il faudra tôt ou tard affronter... Il s'en souvient de quatre précisément. Deux grands gaillards, Hyde et Nacho, un oiseau de paradis du nom de Kila et une aiguille à tricoter en guise de leader spirituel, la fameuse et unique Recluse.

Un braquage de braqueurs en perspective... Dans une course folle et pour le moins risquée.

La radio venait de grésiller, la cible était toujours en position. La pause était désormais finie. Il fallait faire vite, ne surtout pas prendre le risque de perdre leurs traces. Réinstallée dans le buggy, Henriette tentait de faire le vide dans son esprit, se remémorant tous les conseils que ses acolytes lui avaient donné pour se servir de son arme au mieux mais surtout pour survivre dans de telles circonstances. Les véhicules filaient de nouveau à toute vitesse sur le sable sans jamais perdre la direction de leurs cibles.

Au passage des deux véhicules non loin d'eux, le troupeau s'agita, probablement craintif. Mais ils pouvaient paître en toute quiétude, à condition, bien sûr, que le bruit du massacre à venir ne les trouble pas. Henriette grimaça lorsqu'elle aperçut au loin le campement des Loxos. Alors que les moteurs des véhicules grondaient et que le bruit semblait emplir l'air dans tout le désert, pour le moment leurs cibles ne paraissaient pas prendre conscience de la menace qui approchait, à vive allure. Mais cela n'était probablement plus qu'une question de minutes désormais.

Jetant un nouveau regard de travers à ses acolytes, Henriette se décida enfin à attraper son fusil. Tous autour d'elle s'agitaient de la même manière, concentrés sur leurs objectifs. Fermant les yeux, elle se pencha par l'ouverture, sur le côté, épaula et tira, espérant que sa balle n'irait se ficher que dans le sable . Rouvrant un œil, il lui sembla que tous, en face, étaient encore debout. Elle épaula à nouveau mais retint pour le moment son doigt, attendant la suite des événements. Elle ne souhaitait pas les tuer, mais elle défendrait sa troupe, coûte que coûte.

Ce texte vaut une bière !
​​​​​​Voilà qu'ils repartent déjà. À peine le temps de se passer un coup sur le visage. (Inutilement se rendra t'elle compte en quelques mètres...)
De boire un peu d'eau, qu'elle aurait voulu avec un peu de jus de citron. Mais bon, où trouver des citrons dans ce monde dévasté ?

Elle enfourche son siège de fortune, et reste vaillante.
Parcequ'elle refuse d'être la petite chose fragile qu'il va falloir protéger.
Elle va leur montrer que c'est une grande fille.


Les moteurs rugissent, la boue lui revient rapidement dans la gueule, et ses désillusions avec.

Lorsque les cibles sont visibles à travers ses paupières boueuses et lourdes, elle comprend que déshumaniser cette action ne marche peut être que lorsque l'on est saoûle...
 ​​​​​
Elle se cramponne à son garde boue de métal, et à ses espoirs d'être une bonne personne. 
Inutilement comme le lui montre rapidement l'embardée du véhicule, synchronisée avec une rafale.
Très jolie action de la part des occupants de l'intérieur de
 la voiture.
Ah, ça doit en jeter d'un point de vue extérieur, fracassant comme effet.
Mais elle, elle en subit les conséquences et se retrouve propulsée au dessus du feu de camp vacillant.
Telle une météore, dont la traîne n'est que boue, sans éclat.
Et se fracasse effectivement une dizaine de mètres plus loin contre un rocher.

Putain qu'elle a mal lorsqu'elle se relève, désorientée.
Ça tire, ça hurle, alors son esprit tente d'occulter l'horreur de la situation, et se fixe sur la crosse de son arme.
Les jambes flageolantes.
Le métal et le bois sont froids, pas du tout rassurants.
Les genoux lâchent.
Son pouls résonne à travers ses doigts crispés.
Recroquevillée.
Lorsqu'elle rouvre les yeux...
​​​​​
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Dernière ligne droite. Djed enfonce sans vergogne l'accélérateur, et le buggy rugit, à bout de souffle. Les derniers kilomètres défilent à toute allure, et le camp de Loxos qu'on distinguait à peine plus qu'un point à l'horizon grossit à vu d'oeil. Djed, en Andreas Baader, jette une dernière fois son attention sur les turpitudes de sa voisine avant de s'oublier complètement, lui et le reste du monde. Henriette qui tire déjà par la fenêtre ne saurait perturber sa concentration extrème. Dans sa bulle impérméable et assourdissante de silence, il est le coeur de ce corps en bataille, pulsant un sang impie dans le réseau vasculaire de son collectif ; il est la lame affutée de la faucheuse, inévitable et impitoyable ; il est le passeur, Charon, sur les flots impétueux du Styx, et qui contemple de sa cruauté glaciale les âmes abondonnées errantes sur les rives.

Le buggy fend le camp des Loxos en deux, faisant passer sous ses roues en cahotant le corps désarticulé d'un type dont il ne connaîtra jamais le nom. La traction est là aussi. Il observe la jeune Blair faire un vol plané, se dit merde, elle va y passer! mais ne s'en formalise pas alors qu'il commence à défourailler du bignou au milieu du camp, sans même chercher à se mettre à l'abri. Il cherche Nacho en priorité, car son camping gaz a les moyens de faire un gros carnage dans les chaires et les moteurs, mais dans le déferlement des mouvements, il est incapable de le repérer. Il crie.


Il est où c'fils de pute de Nacho?! Fumez-le moi!!!

L'adrénaline a son language, et des partisans l'invoquant en toute circonstance.

Les pressions sur la gachette ne font plus rien sortir du canon, aussi s'adosse-t-il au buggy et recharge. C'est alors qu'il voit Blair ouvrir les yeux. Il n'a pas le temps d'identifier l'agréable émotion que ce regard de vivante lui suscitte, il cherche des yeux ses camarades pour un court état des lieux. Madjik, qui s'est jeté de bagnole plus tôt pour profiter de la portée de son arme, doit bien avoir fait sauter un ou deux caissons depuis.
Ce texte vaut 2 bières !
Non loin de là, sur une petite butte, trône un amas rocheux, érodé par les sables et battu par les vents... Le tireur embusqué s'y cache, allongé quelque part, tapi dans l'ombre d'un roc, et recouvert d'un tissu brun teinté de crasse... L'arme est apprêtée, le bipied déployé, la sécurité désengagée et le doigt flirte déjà avec la gâchette.

Le piège qui se prépare est implacablement froid et cruel. L'homme respire lentement, tentant de faire le vide. Il n'attend plus qu'une chose, que le chaos s'abatte sur le camp pour pouvoir tranquillement cracher sa foudre depuis les hauteurs. Les minutes d'attente semblent interminables mais elles lui permettent de repérer déjà quelques cibles...

La première est une cible prioritaire dont la mort devrait certainement anéantir tout le moral d'une troupe... La Recluse, la meneuse du groupe... La seconde sera plus difficile à atteindre mais reste une cible de choix... Ce sera Kila, l'heureuse propriétaire de ce fusil à lunette qu'il aperçoit accroché là, sur le flanc d'une selle de cheval... La vue n'est pas parfaite et les couverts sont nombreux, mais l'angle d'attaque n'étant pas le même, il devrait avoir ses chances... S'il fait vite...

Les moteurs vrombissent enfin et les premiers coups de feu retentissent, le camp s'agite. Le tireur entre en action, retient son souffle, puis presse instantanément la détente. Une fois... Deux fois... Puis rien. Il regarde s'effondrer la grande dame dans sa dernière grâce... Elle semble encore lutter pour sa vie, mais il ne peut pas s'y attarder d'avantage. L'assaut commence à peine et les véhicules viennent de débarquer en plein milieu de la fournaise, dans une entrée assez fracassante pour propulser la pauvre benjamine de l'escouade tout droit sur un rocher. Madjik parcourt rapidement l'horizon de sa lunette pour lui assurer une couverture. Un triste inconnu en fait immédiatement les frais... De deux balles dans le dos. Sans pitié aucune...

Mais rien ne se passe véritablement comme prévu aujourd'hui et il se rappelle soudainement de sa seconde cible, Kila, et de ce putain de fusil. Disparus évidemment !  Son viseur passe sur les montures éparpillées et paniquées, mais il ne la voit toujours pas. Et pour le moment, Dieu seul sait où elle est encore...

Le coup de frein, nerveux, envoie valser la gamine au-delà de ses espérances. L’adrénaline à bloc, le coeur à sortir de la poitrine, Kenija plante la traction en position latérale pour offrir un abris aux tireurs.

Ça canarde dans tout les sens. L’effet de surprise emporte la majorité des Loxos vers la mort. Elle distingue à peine Djed qui fonce comme un dingue dans le camps. Elle peine à reconnaître l’ami de l’ennemi dans la poussière dégagée par l’attaque.

Putain !

Il faudra sérieusement réfléchir à la stratégie la prochaine fois.

Fait chier !

Elle roule à terre depuis la portière du chauffeur. Quelques tirs au beretta pour couvrir les autres sans utiliser trop de munitions.

Elle tourne la tête cherchant du regard ses camarades pour voir filer une ombre aux cheveux de feu et le vieux Hyodou qui se tient les précieuses. Balles perdues ?

Pourtant accroché à la portière pour encaisser les cahots, la dernière manoeuvre de leure cheffe envoya le militaire valser sur sa voisine. L'écrasant de tout son poids, leurs visages face à face juste séparés par le canon de son fusil, John esquissa un sourire crispé à sa partenaire avant de reprendre son visage habituel, sérieux et froid, de circonstance en l'occurence. Il se redressa d'un jet sur sa place. La patronne à l'avant commençait à jurer, tout se passait bien! Il décocha un coup de rangeot dans la portière de la vieille guimbarde qui s'écroula à ses pieds. Il se dressa à l'extérieur et observa la scène aussi précisément et rapidement qu'il le pu. Devant lui, la vague de poussière créé par les véhicules avançait, faisant apparaitre des silhouettes, à droite, à gauche, indistinctes. Des coups de feu retentissaient déjà mais l'effet de surprise était encore à leur avantage... c'était maintenant qu'il fallait dégainer!

John n'avait qu'un fusil de chasse chargé au plomb, le truc avec lequel ça sert à rien de viser. Campé sur ses solides jambes, John avançait un pas après l'autre et à chacun tirait un coup de fusil vers la silhouette en face de lui la plus proche.
Ces types, le vieux n’avait pas encore eu le plaisir de les rencontrer. En revanche, la gamine n’avait pas eu la même chance. Elle lui avait raconté : Il y a une vingtaine de lune de ça, les Loxos sous couverts amicaux avaient été pris d’un excès de zèle dans la protection de leur « territoire ». Les gars pensaient échanger, et tout ce qu’ils ont reçu c’est une boucherie. Même pas un petit bonjour avant de te plomber, le monde avait décidément perdu tout respect. Tout ça pour quelques bouts de ferraille qu’ils avaient probablement jeté trois lieues plus loin.

La petite avait été mise à tabac par une fille aux cheveux colorés. Laissée pour morte sans remords. Ca avait beau être avant qu’ils se rencontrent, elle avait décidé de le rejoindre et ils avaient bus dans la même coupe depuis. C’était pas du sake, et elle n’en avait sûrement rien pensé, mais pour lui elle était maintenant de la famille. Il avait donc un devoir de la faire respecter.
Dans la cohue, il cherchait donc une petite garce correspondant à la description. Coup de bol, voilà qu’il passait une tignasse rouge. En réalité pas la bonne, mais il ne le saurait jamais. Même pas armée en plus, ils les avaient vraiment pris le froc baissé. C’était peut-être l’occasion de pousser sa chance et de la prendre en un seul morceau.

Viens par-là tu vas voir…

Le bruit de la chaire meurtrie.

Alors qu’il s’apprêtait à lui mettre une bonne dans la face, la salope s’était retournée avec l’agilité de quelques décennies en moins et lui en avait mis une dans les couilles à la place. Putain, ça faisait trop longtemps qu’il avait pas mis les mains dans le cambouis, et il aurait dû y penser qu’ils étaient pas à un coup bas près. Le temps de recouvrer la vue, elle avait disparue. Merde. Et voilà que Kenija avait vu la scène en plus… ça commence bien cette collaboration, quel con.

Hnnngg… putain celle-là elle va voir…

Mais pas possible de courir derrière elle. Ca avait beau être ridicule, c’était de niveau médical. Il pouvait sentir du sang couler le long de sa cuisse.  Maintenant peut-être que tout n’était pas encore perdu. Il tente de siffler de toutes les forces qu’il lui reste.

JACKIE. CHOPPE LA.
 

La brume de poussière ambiante laisse transparaître l'animal surgir hors de l'appareil métallique.
Alertée par le tumulte bouillonnant d'effluves corporelles et de cris de sa meute d'adoption, la hyène embrasse instinctivement son attitude prédatrice.

 

L'adrénaline qui transpire du beuglement de D. attise son attention et l'incite à prendre part active à la chasse, lorsque soudain le vieux se met à vociférer dans un langage qui surplombe le chaos. Fugacement, l'animal se retourne, fixe ses yeux torves sur le gémisseur nourricier pour détecter la source de la menace qui pèse sur lui. En un éclair, la hyène flaire l'acidité olfactive de la femelle au pelage rougeoyant et s'élance rageuse à sa poursuite.

 

La rivale a pris de l'avance. Apercevant la bête à sa suite, cette dernière détale à en perdre haleine. La hyène redouble cependant d'endurance, et chaque foulée la rapproche un peu plus de son trophée. La proie dévie sa course en direction d'un quadrupède. Arrivée quasiment à sa portée, la princesse carnassière ouvre sa gueule écumante, prête à cibler le haut de la cuisse de la femme. Lorsque ses crocs se referment enfin sur la chair, elle n'arrache qu'un morceau de mollet et observe dépitée sa cible fuir au galop sur la trajectoire de Blair.

 

La hyène exprime un râle sourd qui s'intensifie jusqu'à faire résonner tout son être. Un besoin atavique envahit son corps et pulse dans ses veines gonflées par ce début de chasse avorté. Les sens au diapason, avide, Jackie détaille à une allure fulgurante le restant du troupeau éparpillé puis focalise son attention sur un mâle esseulé. D'un bond, elle est sur lui et le fait choir. D'un coup sec de mâchoire, la hyène broie le crâne de l'homme qui ne parlera plus, puis elle entonne une sorte d'hymne sardonique pour ceux qu'elle semble estimer comme les siens.

Ce texte vaut 2 bières !
Une nouvelle lueur brille dans l'iris de la benjamine.
Déterminée.
Elle lève le canon de son arme, prête à tirer sur une cible.
Un homme en cuir, crâne rasé. Le genre videur de boîte de nuit. Pas forcément le genre rapide, mais le genre à t'empecher de passer en restant devant la porte.
"Plus c'est gros, plus c'est facile à viser.", se rappelle t'elle.

Alors elle vise, prête à encaisser le recul de son fusil.
Lorsqu'elle tire, son arme manque lui arracher l'épaule.
Un truc qu'elle a mal du faire...
L'homme ne tombe pas.
"Merde !", qu'elle se dit.
Elle s'apprête à tirer une seconde fois, lorsqu'un cheval l'envoie valser dans le décor.
Dans son roulé boulé, elle a l'impression que la crinière de la bête est en feu. Du moins, il détale comme si c'était le cas.

Furieuse, elle se relève, et tire une deuxième fois, puis une troisième.

Recharge, parcequ'on lui a dit de recharger en gardant une balle de secours.
Et parceque ça évite de remplir la chambre.
Sans comprendre la logique, elle le fait docilement, penchée sur son fusil.

Puis elle tire à nouveau, mais les quatres balles d'un coup, emportée par la mécanique du geste.
L'homme tombe, criblé de balle, pas forcément bien ciblées.


Mais le résultat est là.
Du sang coule, de la chair est arrachée, une vie est prise.
Son maigre repas éclabousse le sol, alors qu'elle tombe à genoux.
Mal à l'aise en voyant les répercussions de son acte, prise d'un remords bien tardif et inutile.
Ce texte vaut 2 bières !

Le pion avait finalement été mangé par les grosses pièces de l’échiquier, de manière fort cavalière, à grand coup de sabots dans la tronche. Il ne faisait plus partie du jeu, fou qu’il était d’avoir refusé la tangente diagonale et d’avoir continué à avancer sur le plateau.

Dugenoux avait été repéré, identifié, la tangente avait été évoquée...mais trop de projets couvaient sur le feu Loxos et des destins liés attendaient leur contribution. P’têtre qu’une partie de cette contribution ouvrirait le champ des possibles de ces destins déliés, un sorte d’héritage Loxos personnifié par les donzelles aux cheveux colorés. Vert et rouge mêlés. Pour les autres, l’héritage serait dans le ventre et les mains des membres du Squadron, leurs bourreaux de la soirée.

OSEF avait crié Hyde, OSEF avait opiné les Loxos…GAME OVER avaient décidé les Squadrons.

L’étranger était étendu raide, mort...happé par la supériorité des assaillants. Son arc et sa dextérité douteuse n’avait pas fait le poids face aux vrombissements mécaniques. Un rictus était accroché à sa gueule en bouillis. Il n’avait jamais eu peur de la fin, de l’inéluctable fin. Comme il l’avait dit à Skriik lors de sa dernière adresse au rat, il était mort le sourire aux lèvres..dit, pas promis. Stranger ne promettait jamais...promettre, c’est se compromettre.

A ses côtés gisait le corps de "Clyde" Hyde, l’impulsif sodomite qui cherchait queue à son cul..."Bonnie" Poumky était partie mettre ses pieds dans la vase avec Kila, la battante aux cheveux verts, seules survivantes de la troupe des Loxos. La Recluse avait perdu son habit de Veuve Noire pour laisser sa sensibilité à fleur de peau, exposée nue, aux côtés de sa grande gueule au joli coeur, Nacho le diplomate au ton tranchant.

L’étranger n’aimait pas s’attacher mais il avait trouvé dans cette troupe la fiabilité et l’honnêteté qui collaient à ses pompes aussi fort que son coeur était logé dans sa poitrine. D’aucuns les qualifiaient de gâchettes faciles...stéréotype manichéen tellement caricatural. L’étranger pensait n’avoir jamais manqué à sa parole, son seul code d’honneur dans ce monde de violence qu’il cautionnait avec probablement une belle part de gâchette facile. Ni noir, ni blanc, un pion gris sur un échiquier nuancé.

Je m’esclaffais en écoutant LR nous conter ce qu’elle venait d’apercevoir au loin. Les Gyrouettes avaient fait un tête à queue des plus radical en s’apercevant de la présence inopinée de notre troupe. Les traces de freins étaient encore visibles dans le sable froid du désert.
Les blagues fusèrent instantanément sur le souillage de frocs des artistes en goguette qui avaient chauffé leurs jambes à blanc pour se retrouver à rebrousser chemin aussi sec. Putain, ces Gyrouettes avaient le don de me faire marrer au-delà de tous leurs poncifs et leurs passifs.
L’eclopé te pisse à la raie ma grosse tanche. Le mec qui fait marrer personne et qui se persuade d’avoir de l’humour et de l’honneur. Radio-caca, bande d’enleuks.

Les Loxos n’escomptaient pas croiser les artistes mais une observation surprise leur avait révélé la présence de Juno et sa bande, la veille. Ils avaient un gâteau à mettre au four et avaient aperçu la cerise. Cette petite pirouette laissait toutefois penser que la cerise ne pourrait pas être dégustée. Mais j’avais le plaisir de me dire que l’antipathique vantard avait chié copieusement dans son froc. Poumky n’aurait pas sa peau, depuis le temps qu’elle en rêvait, mais on avait émoustillé le salopiot.



(Est-ce que c’est ce déluge de caca qui voila ta vue et radoucit tes réflexes lors de l’attaque motorisée du Squadron ? Nan, ne t’inventes pas de vie après ta mort l’étranger...les assaillants étaient tout simplement plus véloces, plus organisés et plus préparés à la survie que toi ma couille. Et pour ce qui est du caca, tu finiras en partie dans un étron victorieux. La page est tournée pour toi l’étranger. Etranger tu étais, étranger tu resteras. Tu n’aspirais pas à la postérité et tu ne l’obtiendras pas.

Objectif atteint mon gars. Tu peux quand même t’envoyer quelques fleurs pour désodoriser les odeurs de chiottes, t’as quand même mis tes mains à l’ouvrage. Mais feras tu comme Pénélope attendant son Ulysse ? Te relanceras tu dans une odyssée en retissant une toile sur l’ouvrage du Fract ?
Je n’ai pas de réponse à cette question et des gros doutes.

Mais que ça ne m’empêche pas de remercier tous les joueurs qui ont entouré les pérégrinations de mon tas de pixels et qui se reconnaitront...pêle-mêle les Loxos, Skriik, Rog, Mazout, Trump...et en général toute la petite communauté de ce jeu si attachant. Et GG et sans rancune évidemment aux Squadrons. Je te remercie pas Juno mais je t’en veux pas non plus malgré mon paragraphe, hein, c’est purement rp oriented of course.

Faites vous l’amour hrp et la guerre rp les gens (et même gp, n’en déplaise aux puristes), il en va de l’intérêt du jeu donc de votre intérêt de joueurs de Fractal. Je ne sais pas si j’en suis encore un mais je vous embrasse...#pasderagequit, la vérité est ailleurs)







 
Ce texte vaut une bière !


On ne vit qu’une fois.

Et quelle vie... Celle d’une famille quelque peu recomposée là où d’autres se sont décomposés. Composer avec les éléments de la nature, du temps et du genre plus ou moins humain. Composer avec les facettes les plus enfouies en soi. Compenser cette vie d’avant pour composer un bouquet encore plus vif et fleuri.

Kila lui avait choisi une place de choix autour de la table imaginaire. Aux 1ères loges d’un spectacle dont Juno et sa bande faisaient office de clowns. Dès la première fois, la Recluse s’était amusée, observant à quel point les ambulanciers n’avaient rien de courageux dans leur comportement dès lors qu’ils se croisaient. Distrayants... mais si inutiles dans ce nouveau monde. Aussi, elle estimait qu’ils ne valaient pas la peine de précipiter ce succulent repas, et qu’ils devraient attendre pour qu’on s’occupe de leur sort.

Fatale erreur. Qui aurait pu imaginer un seul instant que chercher à attraper Juno avant qu’ils ne prennent la poudre d’escampette épargnerait peut-être la vie des Loxos ? La Recluse aurait du l’envisager et concrétiser sans plus attendre la demande de toujours de Poumky. Au lieu de cela, la veuve noire avait opté pour une technique plus vicieuse, jouant à la tortue pour mieux rire du lièvre qui détale... et ainsi profiter un peu plus de chaque instant offert auprès des siens qui la comblaient depuis le 1er jour de leur rencontre. Aucune fausse note, chacun des Loxos était une fierté à lui seul aux yeux de l’arachnéenne, un rayon libre d’un soleil parfois vif et brûlant jusqu’au sang.

La toile a été dévastée sans avoir le temps de comprendre ni d’où, ni pourquoi. La distraction a noyé la vigilance. Jamais un tel vacarme n’avait été aussi silencieux. Dans sa chute, unique et ultime, la Recluse reconnait les visages de Djed, Kenija. Le temps s’égraine de manière lente et rapide à la fois, pas le temps de ressentir la douleur. Squadron... entre méfiance et défiance, eux et Loxos ne s’étaient finalement jamais complètement quittés sans pour autant véritablement se rejoindre, et ce dès le métro. Ils surfaient sur la même longueur d’onde... une onde peut-être trop courte pour faire de la place aux deux entités ?

Le corps, dont le voile noir s’est ouvert pour laisser entrevoir les parties mises à nue, aussi longiforme que ses doigts, rejoint le sol, remplaçant Kila qui a eu la vivacité et peut-être le respect, allez savoir, de céder à leur chef sa place de choix entre Nacho et Hyde. Elle sait que c’est fini, mais jusqu’au bout, elle gardera la tête droite, les yeux plantés dans ceux de leurs agresseurs, le sourire aux deux coins des lèvres. Il y a quelque chose d’élégant, d’honorable à se faire tuer par ses presque pairs. Dans un ultime effort, sa main droite va se poser sur le crâne chauve de Hyde, le caressant fébrilement, une dernière fois. Sa main gauche en revanche, se glisse sur l’avant bras de Nacho pour le faire frissonner, une dernière fois. Stranger, lui aussi, les rejoint. Au loin, et tandis que sa vue commence à se brouiller définitivement, la relève loxosienne, pour le moins colorée, est assurée. La verte Kila et la rose Poumky, la jeunesse effervescente, fait fonctionner son instinct. Aucun regret ne se dessine sur le visage décimé de la veuve noire... Fierté et satisfaction.

On ne meurt qu’une fois.