1ère Idylle, Gueule de Truie, chapitre 1er.

Chapitre débuté par Gueule de truie

Chapitre concerne : Gueule de truie,

Ténèbres. Ruines. Souffrances. Qui parmi les Hommes est-il encore prêt à louer le seigneur ?

1ère Idylle, Gueule de Truie, chapitre 1er.

eglise

Le seigneur l'aimait lui. Il ne pouvait en être autrement. C'est l'amour de dieu lui-même qui entrait en lui lorsque la matraque s'abattait sur sa chair, sur ses os. Il travaillait bien à l'église, il apprenait bien ses leçons. Les pères lui répétaient souvent les mêmes choses et il avait bien retenu. Dieu lui-même avait décidé d'en finir avec les Hommes. Lui et quelque autres devait achever son œuvre. Durant son enfance, sous les coups, sa chair s'était affermis autant que son esprit.

Gueule de Truie. Son mentor a choisi son nom et lui a remis son masque. Un masque à gaz aux verres fumées. Cousu et soudé à la fois avec autant de peau que de métal. Chair et peau. Des vis carrés qui donnent l'impression de dents.

Il est adulte maintenant. Pas encore bien grand. Pas encore bien lui. Mais bientôt, quand quelque années de souffrance se seront écoulés, le grand rassemblement aura lieu. Les pères lui ont expliqué. Les Hommes ressortirons de leurs trous et il devra mener à bien le travail de dieu.

Gueule de Truie

Douleur, délivrance. Délicatesse, asservissement. Et à toi, qu'est-ce que l'on t'a appris ?

1ère Idylle, Gueule de Truie, chapitre 2.

Cela fait quelque années maintenant que les Pères lui ont permis de devenir un Homme. Plus que de tuer, c'est de poser la Question qui le fait devenir adulte. Les traitements que les Pères lui ont fait subir depuis son enfance ont tant relativisé son rapport la douleur, que pour Gueule de Truie, donner la mort ressemble plus à rendre un service. Poser la Question, en revanche, le rend vivant. Le fait grandir.

Le premier Homme à qui Gueule de Truie dû poser la question venait d'un petit groupe d'hommes et de femmes qui vivaient au fond d'un tunnel. Où l'éclairage ne fonctionnait plus depuis longtemps. Ces gens supportaient tellement peu la lumière qu'il avait été très simple de les massacrer. Femmes, hommes et enfants n'avaient même pas cherché à se défendre quand Gueule de Truie avait braqué sa lumière sur eux. La lumière divine leur avait enfin ouvert les yeux et ils n'avaient pas luté.

Les Pères avaient expressément demandé que l'un d'entre eux soit gardé en vie. Cela ne pouvait vouloir dire qu'une seule chose: Ils souhaitaient que l'on fasse passer la Question à l'un d'entre eux. Gueule de Truie avait secrètement espéré que ce soit enfin à lui quon la confie. Son vœu avait été exaucé.

Ce texte vaut une bière !

Il faut souffrir pour vivre. Ou faut-il vivre pour souffrir ?

1ère Idylle, Gueule de Truie, chapitre 3.

Une part de l'enseignement des Pères portait sur l'acceptation du dilemme d'être en vie tandis que les desseins du seigneur visaient justement à en finir avec. Gueule de Truie, comme les autres, avait dû se plier avec rigueur aux séances de conditionnement de son corps et de son esprit pour y parvenir. Les innombrables coups qu'il avait subis avaient eu pour but de détacher son esprit de sa chair. Mais il restait conscient qu'il devrait porter ce poids encore longtemps: Dieu le souhaitait encore en vie pour ôter celles de ses agneaux. Dieu souhaiter garder ses bouchers près de lui pour qu'ils soient sa main.

Le matin même du raid, Père Lionel avait convoqué Gueule de Truie dans la salle du conclave. Cette salle était utilisée par les Pères pour s'entretenir entre eux dans le secret mais aussi pour dicter aux inquisiteurs leurs ordres de missions. Comme a son habitude, Père Lionel c'était exprimé avec sa voix éreintée et calme. Il avait indiqué à Gueule de Truie qu'un habitant du fond du tunnel devait vivre. Vivre encore quelque heures pour le soumettre à la Question.

Alors, après avoir laissé les corps inanimés au fond du tunnel, Gueule de Truie traîna derrière lui celui qu'il avait laissé en vie. Le trajet avait profondément entamé les chairs de l'homme et ses cris s'étaient atténue au fil des kilomètres pour laisser place à des râles réguliers. Au bord de l'évanouissement quand Gueule de Truie l'assis sur une chaise en bois vermoulé, son esprit repris conscience lorsqu'il fut aspergé d'une eau glaciale.

"Pourquoi" ? Demanda Gueule de Truie à l'homme sur la chaise qui ne répondit rien tant son esprit était confus et anesthésié par la douleur. "Pourquoi voulez-vous survivre ? Pourquoi refuser d'en finir ?". L'homme ne s'était jamais vraiment posé la question. Jour après jour, depuis qu'il était advenu au monde, il avait cherché à se nourrir, à se protéger du froid, mais il n'avait jamais réellement remis en question la raison de son existence. Parfois, oui, il avait eu envie de renoncer. À force de sentir son ventre se tordre de faim, de voir ses proches mourir de dysenterie ou dévoré par une sombre créature. Mais, au fond de lui, sa machinerie le poussait inexorablement à survivre. Même à procréer bien que ce soit pour offrir a ses enfants les même damnations. Durant plusieurs heures l'homme tenta de traduire en mot ce qu'il ne comprenait que trop peu: Il ne savait pas pourquoi.

Ici tu n'es rien. Là-haut, ou l'en bas, tu sera tout.

1ère Idylle, Gueule de Truie, chapitre 4.

Gueule de Truie était allongé dans l'herbe depuis plusieurs heures maintenant. Adossé à un tapis de mousse ayant poussé sur un tas de détritus presque totalement recouvert. Les arbres et les lianes cachaient les quelques ruines aux alentours. Quelque oiseaux piaillaient gaiment au-dessus de lui. C'est dans ce décor bucolique que l'esprit de Gueule de Truie vaquait à ses réflexions.

Quand le jugement dernier adviendra-t-il ? L'Église parviendra-t-elle à présenter ses agneaux devant le seigneur à temps ? Toutes les âmes des Hommes pourront-elles être jugé à temps ? Ou devront-elles errer à jamais dans les limbes ... La mission que les Pères confiaient aux Hommes comme Gueule de Truie était importante. Sans cela, le jour ou le souffle de Dieu balaiera la terre une seconde fois, les âmes qui n'auront pas été jugés ne pourront plus l'être. Les derniers Hommes devront quitter leur enveloppe charnelle avant ce jour.

Gueule de Truie tourna sa tête sur le côté. Il posa son regard sur l'homme, la femme et l'enfant à qui il avait fracassé le crâne quelques heures auparavant. Et dit à voix haute. "Que Dieu vous garde".

Ce texte vaut 5 bières !

An 75 après le premier flache.

1ère Idylle, Gueule de Truie, chapitre 5.


Le conclave avait réuni les différents disciples et inquisiteurs dans la petite église du tunnel 48. La salle utilisée comme église était une ancienne salle de stockage de matériel d'entretien des tunnels. Un puits de lumière sur lequel avait été construit un vitrail composé de divers matériaux translucides baignait la salle dans une ambiance chaude. Le vitrail représentait un homme dont l'abdomen déversait ses entrailles sur le sol dans des proportions invraisemblables. Tandis qu'une lumière projetée depuis les cieux venait baigner le visage de l'homme.



Gueule de truie était assis sur ce que l'on pouvait assimiler a des bancs. Mais sur lesquels était cloué deux baguettes de bois destiné à endolorir les cuisses. Les paroles de Dieu prononcées par les prêtres devaient pénétrer les âmes comme la douleur s'imprime dans les corps.

"Disciples. Inquisiteurs. Depuis longtemps vos cicatrices se forment. Vos mains se rougissent. Votre peau se corne. Depuis longtemps vous abaissez le couperet du seigneur sur ses agneaux pour les libérer de leur existence terrienne. Mais votre œuvre n'est pas terminé. Bientôt de nouvelles portes s'ouvriront dans les tunnels. Les hommes que nous n'avons pas encore égorgés vont se déverser dans l'Ancien Monde et nous devons les rattrape. Pour sauver leurs âmes."

"Votre tâche sera plus difficile qu'ici, dans les tréfonds de la terre. L'eau vous manquera. La nourriture vous manquera. Et l'air vous rongera la peau. Mais plus insupportable encore, vous devrez composer avec d'autres hommes. Vous devrez convaincre des brebis de devenir des bergers. Des bouchers. Vous devrez construire là-haut des églises où vous abattrez et les troupeaux."

Gueule de Truie sentit les picotements de ses cuisses s'intensifier. Jusqu'ici les quelques disciples partis en mission avec lui pour nettoyer des tunnels de leurs survivants n'avaient été que des outils. Des tas de chairs qui suivaient à peu près ses ordres. Jamais il n'avait vraiment eu à vivre ou discuter avec eux. La tournure qu'allait prendre sa mission divine lui rendrait la tâche encore plus difficile.

 

Ce texte vaut 3 bières !

Mon prochain sera le dernier.

1ère Idylle, Gueule de Truie, chapitre 6.

Plusieurs jours d'errance dans les tunnels s'étaient écoulés. Le conclave avait décidé de dissoudre l'église du tunnel 48. Cela, afin de permettre la diaspora nécessaire de ses fidèles dans le monde extérieur. Pour marquer cet événement, l'église avait été incendiée. À l'intérieur, une dizaine de survivants cueillis dans un autre tunnel quelques jours plus tôt y avaient été enfermés. La fumée, noire et irrespirable, c'était répandu à une grande vitesse. Les quelques disciples qui avaient traîné du pied, hésitants face à la nouvelle forme que prenait leur mission, s'était finalement empressés vers leurs destinations inconnues. Quant à Gueule de truie, lui ne se s'était même pas retourné lorsque les premières flammes avaient commencé à noircir encore plus les lieux.

Au contact de cet homme frêle et perdu, Gueule de Truie faillit un instant oublier ses nouvelles instructions. Et dû retenir son instinct de plier cet homme comme du bois sec. Au lieu de ça, après un temps d'arrêt, il s'annonça comme ne lui voulant pas de mal. L'exercice était difficile pour Gueule de Truie. Par habitude, il aboyait plus qu'il ne parlait. L'être frêle était resté longtemps craintif. Mais dû se rendre à l'évidence: Gueule de Truie ne souhaitait pas sa mort, puisqu'il était toujours en vie. Deux jours passèrent. L'homme frêle et Gueule de truie parvenaient à se parler. À avoir une conversation.

- Je ne suis pas sûr d'y arriver vous savez. Je ne me rappelle plus ce qu'il peut y avoir d'autres que les égouts. Je ne sais pas ce que l'on va y trouver là-haut. À la surface.

- Qu'est-ce que tu en as à foutre. En haut. En bas. Une vie misérable là-bas. Une vie de merde ici. Pareil !

- Justement. Ici je sais ce qu'il y a. Je sais que je trouverais toujours un rat à manger. Un filet d'eau à boire. Peut-être que je suis bien ici ?

- De la merde ! Crevure ! Pour y faire quoi ? En haut, il y a un travail à accomplir ! Je te l'ai expliqué hier !

- Oh oui... Mais je crois que je ne vais pas t'accompagner après tout. Enfin peut-être que si. Mais je ne sais pas trop. Je veux surtout rester en vie !

- En vie ?

- Oui

- Pourquoi faire putain de merde ?

- Je ne sais pas. Mais je ne veux pas mourir !

- Tu veux vivre ? Tu veux te rouler dans la fange ? Tu veux bouffer des rats et boire ta pisse ?! Tout ça pour quoi ?!

D'ordinaire Gueule de Truie ne ressentait rien de particulier face à ces brebis perdues. Il traitait ses cibles froidement, sans rien ressentir de particulier. Mais ce jour-là, face à cet homme frêle, Gueule de Truie ressentit quelque chose. De la rage. Une boule tordue lui prit l'estomac. Brouilla sa vue. Chauffa ses tempes. Engourdit ses mains. Elle prenait le contrôle de lui. Au début, l'être frêle ne remarqua pas le changement. Les petits yeux de porc de Gueule de Truie. Son masque et sa peau de cuir dissimulaient le changement. Mais la respiration de Gueule de Truie s'accélérait. L'air qui passait dans son filtre sifflait de plus en plus. Il ne répondait plus.

Quand Gueule de Truie reprit le contrôle de lui-même, sa vision était trouble. Mais ce n'était plus la rage. C'était du sang qui obstruait sa vision. Gueule de Truie se tenait à genoux. Il se tenait par-dessus l'être frêle. Par-dessus sa cage thoracique. Du moins ce qui en restait.

Une fois sa respiration complètement calmée, Gueule de Truie se releva. Ce qu'il venait de faire subir à l'être frêle ne le dérangeait pas. En revanche, que venait-il de vivre ? Qu'est-ce que son corps venait de vivre ? Lui qui était mort à l'intérieur depuis toujours. Comment pourrait-il avoir ressenti ?

Ce texte vaut 3 bières !

Jamais je ne te lâcherai, jamais je ne t’abandonnerai. He 13-5.

1ère Idylle, Gueule de Truie, chapitre 7.

Les Pères lui avaient confié cette mission. Dieu lui-même, représenté par l'Église du tunnel 48, avait insufflé en lui la responsabilité de l'accomplir. Toutes ces âmes, trompés par leur attaches charnelles, par leurs besoins primitifs. Ils reproduisaient les mêmes comportements que ceux qui avaient tant déçus leur créateur. Et en cela, ils favorisaient l'émergence d'une nouvelle société. Une société qui priverait le salut des âmes de ceux foulait encore une terre leur étant désormais interdite.

La diaspora des sujets et inquisiteurs de l'Église du tunnel 48 avait commencé il y a plusieurs lunes. Il leurs incombaient d'accomplir cette mission. Et pour cela, ils devaient faire office auprès des agneaux du seigneur, afin de les guider vers leur rédemption, par la mort. Et, si l'occasion se présentait, d'en faire des bouchers.

Dés le commencement de sa pérégrination, Gueule de Truie avait reçu un signe. Un signe que le seigneur œuvrait dors et déjà au remplacement des Hommes sur cette terre dévastée. Il avait rencontré un être issu des ténèbres qui avaient envahie le monde. Une chose au multiples tentacules. Qui se délectait de l'enveloppe charnelle des bien-heureux ayant pu rejoindre la pesée des âmes, pour y être jugé. Gueule de Truie avait suivis cet être, car il représentait le futur. Car à ses côtés, il progresserait dans sa mission.

Quelque hommes et femmes les avaient rejoint, non forcément sensible au prêche de Gueule de Truie. Encore trop sensible à leurs besoins charnels et trop peu au salut de leurs âmes. Gueule de Truie ne s'était pas attaché à eux. Il en était incapable. Jamais on le lui avait permis de ressentir de lien d'affection pour un autre être humain. On lui avait seulement fait sentir le prêche de ses Pères, à travers le bâton. Mais il les avait incorporé a son existence, a son plan. Le salut de leurs âmes pouvait attendre. Pourvu qu'il puisse les libérer avant le second flache.


Mais d'autres s'en étaient occupés. Tommy Pez, Adze, et Mälie avaient été libérés du poids de leur existence terrestre et avaient pu rejoindre les cieux. Car Gueule de Truie n'en doutait pas, ces êtres ne dégageaient pas de mauvaises intentions. Ils se contentaient de survivre comme de simples bactéries peuvent le faire. Mais l'assaut de ceux se revendiquant de l'Union des Samouraïs du Soleil Rouge avait fait fuir l'être tentaculaire. Gueule de Truie était désormais seul. Et à leur merci.