Une souillure inomable

Chapitre débuté par Jeremiah Presley

Chapitre concerne : Jeremiah Presley, capitale, Iria Kessler,

Ce texte vaut 5 bières !

Le matin se levait doucement sur les rives du grand fleuve qui coulait paisiblement à travers le Wasteland. C’était l’un de ces instants suspendus où la Capitale dormait encore : seuls quelques chiens faméliques se disputaient des restes moisis, les prostituées vidaient leurs seaux à sperme à l’abri des regards, et l’équipe de Rangers du matin ramassait les cadavres refroidis pendant la nuit.

Un moment doux.
Un moment paisible.

Jeremiah Presley aimait ce moment.

Mais sa quiétude fut troublée par des gémissements plaintifs.

Ce n’étaient pas des pleurs habituels. Pas de « non, non, pitié, pas entre les fesses », pas de « promis, à la prochaine lune j’aurai tes crédits ». Non. Juste un long hululement triste et languissant, un son chargé d’une douleur presque sacrée.

Instinctivement, Jeremiah posa la main sur la crosse d’ivoire sculptée de son Smith & Wesson chromé et se dirigea vers l’origine du bruit.

C’était le vieux Barthélémy.

À genoux devant le mémorial Trump. Son seau et son balai gisaient au sol. Il pleurait, le corps secoué de sanglots, et semblait maudire de toute son âme quelque chose d’indicible.

Jeremiah s’approcha encore… et vit l’horreur.

Sur le socle, au pied de la statue de Donald Trump, au milieu des offrandes pieuses et des mots de remerciement gravés par des mains tremblantes, quelqu’un avait inscrit au canif, directement dans la pierre, quatre lettres abominables :

FACHO

« Qui… qui a fait ça ? » souffla-t-il entre ses dents.

Le vieil homme se retourna lentement. Son visage était ravagé par la douleur, le désespoir… et l’incompréhension la plus totale.

« Je l’ai vue, Monsieur le Président. Cette femme ! Cette odieuse femme… Iria Kessler. »

Machinalement, Jeremiah arma le chien de son revolver.

Ce texte vaut 6 bières !

Souvenirs de la première lune.

En sortant à la surface, enterrée alors maintenant dedans depuis des années, Iria avait pourtant le beaume au cœur. Ce fut de courte durée. Jamais elle n’aurait cru connaître une telle déconvenue quand elle émergea ainsi dans la Capitale. Déjà, le nom du bled. Quel manque cruel d’imagination. Mais, cela allait de pair quand elle découvrit les lieux. Un tas d'immondices tous en lien avec l’ancien monde. Des personnes pauvres et malheureuses dans les rues. Des dirigeants bien au sec qui se pavanent comme des connards sur les ondes à vociférer leur fausse supériorité. Et, probablement, pour cacher leur manque d’atouts au niveau du pantalon. C’est comme si, en crevant, le capitalisme avait gerbé ses derniers rejetons débiles et qu’ils avaient fondé la capitale.

Puis… Il y avait cette statue. Cette statue de Trump. Sûrement, le pire connard que le monde n’ait jamais porté. Un édifice en son honneur. Tout aussi ridicule que le bonhomme l’était, lui rendant curieusement un parfait hommage. Cet homme était un troll. Cette statue le représentait sous forme de troll. Mais, un troll en or. Quelle mauvaise blague. 

Iria avait combattu le mépris et les riches toute sa vie. Ou presque. Elle avait aidé bon nombre de parias et de rebus dont cette société ne voulait pas. Brancadière, infirmière de fortune, femme à tout faire, surtout ce que les hommes étaient incapables de faire. Elle avait toujours eu cette colère. De plus, elle savait que ces imbéciles allaient tout foutre en l’air. Trump tout d'abord. Ainsi, elle maudissait le jour où elle lui prit, alors que le Brexit venait d’être prononcé dans son pays complètement abruti par l’extrême droite, de migrer aux États-Unis. Elle était jeune et naïve. Pleine d’espoir. Grosse déconvenue quand le mec au toupet orange a pris le pouvoir pour la première fois une année plus tard. Le scénario se répétait. Par ailleurs, elle avait la nationalité américaine grâce à sa mère et n’avait rien d’une Arabe. Quelle chance. Ainsi, il n’était pas question de faire machine arrière, mais plutôt de commencer à combattre ce système qui l’énervait tant. Aider les autres, agir dans les bas quartiers, ne pas juger ni condamner. Participer aux mouvements, non violents ou plus acharnés. Combattre le mal par le mal. Mais, ces crevures de capitaleux ont eu raison de la terre et d’une bonne partie de l’humanité.

C’est en voyant ainsi cette statue fièrement dressée comme un pénis purulent qu’Iria comprit que le monde n’avait pas changé. Dirigé par les mêmes merdes exubérantes du passé. Alors elle prit son canif et laissa un petit message, presque innocent. Elle n’aurait pas cru que les conséquences seraient aussi vives. Elle inscrit « facho » sur la statue, fière d’elle. Un tout petit geste de rien du tout. Une toute petite souillure qui avait un nom approprié. Mais, qui suffira à faire fulminer le plus grand connard local. Deux lunes plus tard. Quel débile. Devenir l'un des ennemis numéro 1 de ce régime pouvait certainement passer pour du suicide. Elle voyait plutôt ça comme un avantage. Plus un ennemi était visible, plus il paraissait dangereux. Ensuite, Iria se savait à présent bien entourée et était en train de s’éloigner de la Capitale. Bien qu’on aurait pu appeler sa compagnie discutable, c’était des ennemis du vieux et du nouveau système en place. Attirer les pourris capitalistes jusqu’à soi était donc une chance de plus d’en supprimer quelques-uns. Au pire du pire, elle aura bien rigolé jusqu’au dernier moment.