Un couple de sacs - Moment choisi n°A

Chapitre débuté par Van Patten

Chapitre concerne : Van Patten, chriswalse,

Musique d'ambiance: https://www32.zippyshare.com/v/qIdNFisf/file.html

Des bruits de pas, de rire, et de voix hautes filtrèrent à travers les fenêtres explosées d'un immense et vieux bâtiment totalement délabré et en ruine. La construction de briques trônait, toute nue et esseulée, au fin fond d'une vieille rue littéralement défoncée de part en part. La chape avait remplacé depuis des éons les pavés, elle-même creusée au plus profond de son être. Le bâtiment, probablement un ancien complexe sportif, n'était aujourd'hui plus que l'ombre de lui-même; Les briques rongées et à nues, laissaient entrevoir, par moment, les profondes blessures infligées par la violence des Hommes et du temps qui passe.

Là, un peu en décalage et en dehors de l'air du temps, un couple de bruns chevelus, aux yeux noisettes et marrons, faisaient une petite promenade en mode Urbex. L'APN en moins. De toute manière, aucun appareil photographique numérique n'avait plus aucune utilité sans matériel informatique, lorsque simplement il n'avait pas survécu au flash. Toute l'électronique avait sauté en l'air, au même moment que la fin du monde se rua sur la terre, pour la plonger dans un énorme nuage de poussière et de silence de ténèbres. Plus aucun flux électronique.

A présent, il ne restait plus que le côté purement "balade" de ce genre d'excursion exotique. Si jadis l'Urbex relevait d'un sport national, qui attirait beau nombre d'experts, comme de profanes, aujourd'hui c'est chose banale, tant le monde, que les Hommes héritèrent à présent, était défiguré dans son entièreté, jusqu'à son âme.

Lucas distança un peu l'irlandaise, après qu'ils eurent échangés longuement sur la culture, l'art, le sens de la vie après sa fin, et parfois même de quelques autres futilités empreintes de légèreté. Il tomba sur une vieille armoire entrouverte qui laissait dépasser quelques lanières. Il s'empressa de l'ouvrir, non sans précaution, et découvrit plusieurs petites babioles, notamment de vieux sacs à dos Queshua totalement abimés, visiblement inutilisables. Curieux, il vira ces sacs puis tomba sur une belle besace en daim beige, élimée par le temps, toujours fonctionnelle et efficace, elle. Et, à la surprise du néérlandos-écossais, un petit sac à main plutôt stylé. Il le fouilla nonchalamment puis éclata de rire lorsqu'il en sortit un string tout noir et en dentelle fine visiblement neuf. Il trouva celui-ci, qu'il tombait à pic. Il manipula ensuite le sac pour le dépoussiérer quelque peu, et surtout pour cacher le string de là où il l'avait sorti. Rapidement, il passa sa nouvelle besace en diagonale sur son torse et s'apprécia avec, tandis qu'il tenait toujours le petit sac à main rouge et noir dans sa main droite. Finalement il se tourna vers la brunette et agita ledit sac, tout souriant et visiblement fier de sa double découverte fortuite.


Hey, Chris...tu ne vas jamais le croire. Ton serviteur vient de dénicher deux sacs parmi des vieilleries. Tu le crois ça? Qu'en dis-tu du petit sac à main?


Accompagnée de Lucas, l’irlandaise se sentait comme une vraie exploratrice des temps anciens. A la découverte de tout et n’importe quoi mais surtout d’aventure à deux, les jeunes trentenaires apprenaient à se connaitre.
Il était étonnant de retourner dans ce qui semblait être le fantôme d’une petite ville, après avoir arpenté des places dépourvues civilisation. Le charme désuet de la ville et le silence laissait infuser une douce angoisse.

Si l’essence même de l’Urbex était d’observer, explorer, sans piller ou détruire, dans cette ville déserte, les bruns s’étaient permis de fouiller dans les bâtiments, pour s’imprégner des souvenirs qu’ils transportaient. Mais sans répandre le désordre. Se servir mais juste l’essentiel.
Dans les méandres d’un vieux bâtiment, les jeunes gens se séparèrent chacun menant sa propre quête, avides de découvertes. Elle poussait avec douceur les portes les unes après les autres. La brune pénétra dans une chambre, s’approcha d’une commode et frôla du bout des doigts une boîte à bijou en acajou. Puis elle s’empara d’un cadre, et le reposa, n’osant pas souffler le voile de poussière et découvrir le visage d’une personne surement disparue. Elle secoua la tête et recentra ses idées sur l’exploration. Elle entendit le franc rire de Lucas. Une poignée de minutes après, le voici qui débarquait, grand sourire aux lèvres, lui tendant un sac à main rouge et noir.

« Tu as trouvé des choses intéressantes vu ton sourire, non ? »
 
Sans attendre sa réponse, elle accepta le sac, le remerciant d’un mouvement de tête.  Et, une idée lui traversa l’esprit. Chris ouvrit les tiroirs de la commode, essayant de trouver les accessoires parfaits. Des étoles, foulards de toutes les couleurs. Elle en sortit un foulard oriental. Elle le noua autour de sa taille et libéra ses cheveux courts en lançant son bonnet à Lucas. L’irlandaise attrapa le sac rouge et noir, s’éloigna en remontant un peu son tee-shirt pour laisser apercevoir son ventre. Elle mis en place un vinyle sur le tourne-disque qui se trouvait dans la chambre et commença à bouger son bassin en rythme. Puis elle entama un défilé complètement désaccordé que ça soit au niveau de ses habits ou de ses mouvements.
La petite brune n’avait jamais fait ça, mais elle aimait se lâcher et c’était l’occasion dans ce quartier inhabité où meme la nature commençait à reprendre ses droits. Défilant avec la trouvaille de Lucas, elle enchainait des mouvements d’ondulations quelques peu saccadés avec des pas sur le coté de droite à gauche et d’autres plus farfelus les uns que les autres.

 « Merci beau brun. Ne va-t-il pas si bien ce petit sac avec tout cet accoutrement, haha ? »

Un bruit lointain provenant de l’extérieur interrompit Chris. Echangeant un regard avec le brun, elle reposa sans un bruit l’étole orientale bling-bling, releva le bras du tourne-disque. Ils pensaient être seuls.  A la suite de Lucas, elle s’empara juste du sac pour quitter la chambre. Dans l’encadrement d’une fenêtre vétuste et poussiéreuse, ils observèrent ce qu’il se tramait.

« Tu vois quelque chose ? »

Le bruit sourd recommença. Ils virent au loin une porte métallique qui claquait au vent. Les corps se relâchèrent en un soupir.

« Bon ! On fait quoi maintenant ? » demanda l’irlandaise ravie de découvrir les joies de l’exploration urbaine.
 
Le rire du brun fusa en retentissant dans tout le corridor sous forme d'échos lourds et bas, ce qui alerta la petite irlandaise, qui s'affairait sur toute autre chose, à quelques pas de lui. Réapparaissant avec ce petit cadeau, de toute évidence, à son attention, le néérlando-écossais se mua littéralement sur le carrelage poussiéreux, jusqu'à se tenir tout proche d'elle. Tout en lui présentant le petit accessoire féminin, tout sourire aux lèvres, il scruta sa réaction du coin de l'oeil, qui brillait déjà d'une lueur étonnante. Il rougit l'espace d'une seconde, lorsqu'il se rappela du string "inopportun" caché soigneusement dans ce sac qu'elle trimballait joyeusement. Penserait-elle qu'il en serait l'instigateur du petit tissu impudique, pour lui passer un message, ou alors penserait-elle que c'était simplement le fruit du pur hasard, dont le brun était totalement innocent. La vérité se trouvait probablement quelque part entre ces deux assertions.

Oui, ce magnifique petit sac...noir....il te plaît en tout cas, et ça me fait plaisir. Mais il semble pas très gran...

Il n'eut pas le temps de finir sa phrase, qui revêtait un sous-entendu d'une relative importance; La contenance du sac. Par le contenu, renard qu'il était, il visait tout autre chose. Cependant il préféra se taire pour l'écouter, alors qu'elle le ramenait ailleurs, dans une autre chambre.

Subitement, la jolie brunette accéléra les évènements en filant directement vers une vieille commode qui accusait le temps à travers sa boiserie, pour en sortir tout un tas d'étoffes aux couleurs et aux formes variées. Prenant d'un coup d'un seul, une assurance pour dix gars, elle relâcha ainsi ses cheveux dans un mouvement sensuel tout en lui lançant autoritairement son petit bonnet, qu'il attrapa au vol de justesse d'ailleurs, littéralement troublé par ce qu'il commençait à voir d'elle. Puis, reprenant des couleurs, il obliqua son regard marron sur ses hanches nues qui se dévoilèrent lentement, dans un quasi-rythme érotique. Le ventre nu accapara longuement son attention.

Il s'extirpa de sa torpeur émotionnelle, lorsque le vinyle grinça dans le tourne-disque. Une musique, là encore, d'une autre époque, commença à jouer de ses mélodies dansantes, tandis que l'ardente trentenaire commençait à nouer le foulard autour de sa taille, pour montrer au brun hypnotisé, comment le corps d'une femme était fait. Dansante puis défilante, comme une étoile qui filait et défilait sous ses yeux ébahies. Il baissa ensuite le regard vers son petit sac à main noir et rouge, et s'empourpra encore plus lorsqu'il pensait au petit accessoire féminin fait de dentelle noire, qui y blottissait en silence.

Jamais le ténébreux ne l'avait vu ainsi, depuis leur rencontre. Elle prenait résolument une telle assurance avec lui, et cela lui plut profondément. était-ce un signe de plénitude qu'ils vivaient là, malgré leur quotidien fait de défis constants? Rien de plus sûr.


Tu es superbe Chris..., on dirait que tu sors tout droit d'une toile de maître! Par ailleurs, ce petit sac te va tellement bien...dommage qu'il ne peut pas emporter beaucoup de choses, j'imagine, hum?

Il plaça un coup bas imparable, c'était le meilleur moment possible pour l'attirer dans son pernicieux piège de loup, avorté plutôt. Mais c'était sans compter le fatum délétère; un bruit métallique et incongru les alerta. Ils se figèrent de concert puis se concertèrent à basse voix, sur la provenance dudit bruit inquiétant. Lucas se glissa devant la brune, qu'il poussait déjà derrière lui, et sur un pas assuré, il jeta des oeillades vers le couloir sombre et obscur. Ils glissèrent ensuite dans le couloir jusqu'à une fenêtre grasse de crasse, où ils purent constater enfin une odieuse et récalcitrante porte métallique qui jouait à tinter au gré du vent.

Rah... sérieusement, je le sentais mal là. Si j'étais seul, aucun souci, mais tu es avec moi, je suis responsable de toi, j'ai pris peur pour deux personnes....

Il rit enfin pour se décontracter, virer tout le stress qu'il avait emmagasiné de peur pour la petite brunette.

Hum.... on continue? Et si on campait sur le toit de l'immeuble ce soir...toute la nuit...cela te dirait?

Puis, il éclata de rire, avec la pensée salace qu'il avait.

Kate est avec Morty de toute manière... ce soir il deviendra un homme, on prend les paris?

Des clins d'oeil fusèrent forcément, et des rires étouffés avec.

 
Maintenant le contact rapproché avec le brun, la tête quasiment posée sur son torse. L’Irlandaise resta collée à lui une minute ou deux de plus que nécessaire. Elle n’avait pas eu spécialement peur, mais elle avait envie de sentir qu’il y avait des personnes de chair avec qui on pouvait partager des souvenirs, des émotions, partager des moments agréables. Se sentir humain, malgré la constante lutte pour survivre.
Chrissie s’éloigna en appuyant légèrement sur le torse de Lucas.


« Toi, responsable de moi ? Laisse-moi rire, je suis assez grande pour prendre soin de moi. Enfin, c’est adorable, mais on est tous responsable de soi-même et des autres. Je ne suis pas féministe, mais tu n’as pas de pseudo-obligations parce que je suis une femme et toi un homme ok ? Je suis petite mais je sais me défendre, je suis sûre que j’arrive à toucher de mon pied ta tête. »



« Quoi tu veux que je te montre … ? Bon d’accord mais ne bouge pas, je ne veux pas te faire mal par inadvertance »

Son regard noisette jaugea la hauteur de Lucas pour estimer l’élan qu’il faudrait mettre pour lever sa jambe jusqu’à l’oreille du brun. Un mètre 80 et des bananes. Bien plus grand qu’elle mais ça se fait. Chrissie s’extirpa de ses réflexions, prenant bien appui sur ses deux jambes. Elle visa du regard l’objectif à atteindre comme le ferait un archer professionnel. Le brun avait le sourire malicieux, le regard pétillant. Ce fut le message d’alerte qui stoppa Chris dans son élan. Elle baissa le regard jusqu’aux mains du néerlando-écossais. Les muscles de ses avant-bras étaient déjà tendus, prêt à agir et à bloquer la jambe de la brunette en hauteur.

« Je le reconnais ton regard, tu m’as déjà mise dans une position fâcheuse une fois. Enfin fâcheuse… Surprenante. Agréablement. »

Elle sourit en repensant à cette soirée-là. 

« Tu ne m'auras pas, pas envie de me dandiner comme un flamand rose, complètement à ta merci, héhé. »
 
S’écartant de nouveau, toujours souriante, elle le prit par la main pour s’éloigner de la fenêtre crasseuse. Elle se sentait rayonner de mille feux avec lui. Il réveillait un feu ardent.

« Je ne mettrais pas ma main à couper pour Morty et Kate. Bon allez vient, on va essayer de trouver un truc marrant pour camper sur le toit. Par exemple, une bouteille ou deux de vin.. »

La brunette ouvrit - non sans mal - la porte métallique qui descendait vers les entrailles du bâtiment. Elle descendit coude en avant pour casser les toiles d’araignées. Et les voilà qui se trouvèrent en plein milieu d’une cave assez basse de plafond. Lucas était obligé de se courber pour ne pas taper les briques. Pour deux survivants, se retrouver dans un tel endroit procurait le même plaisir qu’aurait un puceau avec son premier strip-tease. La découverte d’un trésor qui était inestimable. La cave n’était pas gigantesque, mais assurément, le propriétaire s’y connaissait, rangeant les vins par pays, appellation et enfin millésimes.

Les étoiles pleins les yeux, la jeune femme embrassa le brun à la limite entre la barbe et la peau, au niveau des pommettes. Elle posa ses affaires, incluant ledit sac rouge et noir au pied de l’escalier. Puis, rajeunissant de quelques années, tel Ali Baba dans la caverne aux merveilles, elle se promena entre les étagères. 


« Dis-tu préfères quoi ? Rouge et blanc ? Sec ou Moelleux le blanc ? Je n’aime pas trop quand c’est liquoreux… Comme tu veux y a le choix ! Mais regarde, c’est noël, y a meme une cuisse de jambon en train de sécher ! »

Elle s’empara d’une bouteille de Malbec, Démon Noir, pour son cépage mais aussi pour son nom. Puis elle prit dans ses bras, deux autres bouteilles indiquées par Lucas. Une bouteille dans chaque main et une autre coincée contre sa poitrine.

« Lucas, tu veux bien m’aider ?? ça va je gère, je les tiens, mais je n’arriverais jamais à ouvrir le sac pour les mettre, y a plus de place dans mon sac à dos, tu peux m’ouvrir le sac à main, ça sera plus simple pour apporter tout ça là-haut. »
Depuis que l'humanité c'est tue, après que le Cri ait balayé toute la surface de la terre, l'espèce humaine avait perdu l'essence même de ce qui la constituait; Les émotions. Tous dorénavant, déambulaient comme des zombies laissés inutiles, à la recherche de quoi. Perdus dans les méandres visqueux du marécage de ce qui fut jadis, la civilisation.

Lucas, lui, vadrouillait tranquillement, en dehors du temps, avec la petite brune, avec l'espoir au coeur d'un lendemain moins rude. Le banal cliché d'une vie meilleure. En l'occurrence, leur vie n'était pas si médiocre, au pire, elle était difficile et laborieuse. Le quotidien de tout un chacun, en somme. Mais au contact de la trentenaire, Lucas regagna de plus en plus de sa superbe qu’il avait perdu, entretenant ainsi cette petite flamme ardente, qui le poussait en avant et qui l’animait constamment.

Il contracta légèrement ses pectoraux lorsqu'elle appuya un peu plus sur son torse, pour mieux s'y décoller. Puis, il l'écouta avec un sourire narquois, avant de reprendre à sa suite, le ton rieur.


C'était une façon de parler... Je sais très bien que tu peux te débrouiller seule...petite poire!

Restant toujours à distance après qu'elle s'était écartée de lui, il la jaugea et comprit directement qu'elle était capable de lui faire violence, et vu d'ici, la scène était assez drôle. L'expression du visage du brun, exprima clairement l'envie qu'il avait de la voir s'essayer à un mawashi sur lui. Sur un malentendu, qui sait, il pouvait se le manger en pleine tronche. 

Oh que oui, je veux que tu me montres ça.... 'curieux de voir comment tu peux réellement te défendre face à un salopard violeur de femme...le désert en est rempli de ces déchets.

Avec un air de défiance par pure provocation, il agita ses doigts vers elle, pour lui notifier qu'elle pouvait s'approcher de lui et lâcher toute sa hargne dans ce coup de pied. Il détailla ses sneakers, qui semblaient légères. Aucun réel danger dès lors.

Allez, ne t'en fais pas pour moi, vas-y franchement, tu as peur de te casser un ongle chérie? Ce n'est pas ton petit 38 qui me fera du mal en tout cas... Enfin... pas le calibre 38 hein, ça c'est encore autre chose... je t’apprendrais à tirer avec un gros calibre, si tu es sage…

Le néérlando-écossais ricana à sa boutade débile, avant qu'il ne se mît en position de pré-garde. Son regard était toujours si malicieux et provocateur, alors qu'il attendait sagement qu'elle lui décoche ce fameux coup de pied, pour le parer. Mais c’était sans compter la perspicacité de la brunette. Elle venait de lire tout son jeu comme un livre ouvert.

Quelle arnaque…je ne sais pas cacher l’expression de mes yeux. Ils me grillent à chaque fois... et en plus maintenant tu me connais...ce n’est pas fair-play du tout Chris…

Rebondissant ensuite sur la fois où il l'avait surprise, en sous-entendant plein de sous-entendus. Son visage s'illumina d'une nouvelle étincelle, instantanément, dès qu'elle eut ravivé ce souvenir peu lointain, encore frais et bien présent dans son esprit.

Je comptais bien te surprendre cette fois-là... surtout dans cette position-là....qui était tout, sauf fâcheuse, oui. Je dirais même technique…

Finalement dans un geste bref, il la poussa très légèrement avec son corps de biais, avant qu'elle ne le traine à sa suite, hors du corridor.

Alors on va monter sur les toits? Vendu! Ce bâtiment est un très bon spot en plus, cela nous permettra d’avoir une belle vue pour ce soir et d’établir surtout un itinéraire sûr, car c’est quand même notre premier but ici. Mais il faut toujours allier l’utile à l’agréable.


Petite pause rapide avant de reprendre.

Tiens à ce sujet, j'ai une petite anecdote à te confier: Quand j'avais douze ou treize ans, je ne sais pas ce qui me prenait, je me retrouvais toujours sur les cimes des arbres, ou les faîtes des toitures les plus hautes. Je ne sais pas…cette envie inextinguible qui me tenait si vivant en versant l’adrénaline dans mes veines… Cette envie d'être au-dessus du monde, sur le plus haut des sommets... Être simplement sur le toit de la terre, tout proche du ciel et avoir la tête dans les étoiles. Ma mère devenait dingue avec moi, à chaque fois qu'elle entendait une ambulance passer sous la fenêtre de notre pavillon, elle pensait que j'avais chuté de je ne sais quelle hauteur, d'un obscur bâtiment désaffecté...

Allez, les larmes ont assez coulé, je crois, pour cet épisode mélodramatique…. Tu peux les essuyer, c'était la petite séquence émotion...

Dit-il l’air détaché, en respirant profondément, comme si il revenait à lui, car cette petite séquence nostalgie l’affecta plus profondément qu’il n’y paraissait, tandis qu’il cessa subitement de sourire. Visiblement ses paroles n'étaient pas anodines, elles éveillèrent en lui, un doux et lointain souvenir, qui se mua immédiatement en nostalgie des plus amères.

Bon, bref... Va pour les bouteilles de vin. C'est une excellente idée ça, c'est même très indiqué je dirais, pour camper en hauteur... Cela nous donnera des ailes tiens ha ha! Au fait tu sais voler Chrissie? Enfin pour dérober des trucs de tes petites mains baladeuses, ça j’en ai le cœur net, mais je parle plutôt de planer dans les airs, tu vois le genre…

Revenant sur l'objectif immédiat, non sans humour; Trouver un allié de taille pour les accompagner sur les toits. Et quel autre choix aurait été plus judicieux pour camper sur un toit, si ce n'était des bouteilles d'alcool? Il ne s'agissait que de s'alcooliser un peu, puis de trébucher sur une obscure peau de banane ninja et de chuter de plusieurs étages pour se briser, lamentablement, les quelques deux cent six os qui constituaient le squelette humain.

Changement de décor, l'irlandaise, sitôt l'objectif défini pour leur soirée, attira le trentenaire dans la cave du bâtiment annexe, qu'ils venaient d'investir. Il était tout aussi silencieux et inhabité que l'autre, voire inquiétant. A l'intérieur, tout sembla être sens dessus dessous, alors que même la tapisserie rougeâtre commençait à se décoller des murs, accusant le poids des années. La lourde atmosphère était emplie de poussière âcre, qui, par moment, devenait irrespirable. Très vite, ils tombèrent sur la cage d'escalier et fatalement, prirent les marches qui s'enfoncèrent dans le sol pour gagner la petite cave sombre, comme des adolescents pressés d’essayer leurs outils tout neufs à l'abri des regards.

Le brun resta toujours derrière elle pour éclairer par-dessus son épaule, l'air vigilant. Il garda aussi une main sur elle au niveau de son flanc, pour la tenir constamment. Finalement, il jeta un regard circulaire et commença à apercevoir, dans cette petite pénombre, quelques étagères bien fournies en bouteilles, oubliées là dans un coin. Une chance inespérée de les trouver encore toutes intactes.


Fais attention où tu mets les pieds… Miss-je-mets-des-kicks... c'est le foutoir total ici et je ne veux pas te ramasser derrière une caisse les fesses en l’air...

Plus sérieusement, je me demande par quel miracle ces bouteilles sont encore ici... Bon, j'imagine lorsque les proprios ont dû quitter les lieux à la va-vite, c'était plutôt maximiser les rations d'eau et de nourriture...  On se rue rarement sur des bouteilles d'alcool lorsque la fin du monde sonne à notre porte... Seulement après, lorsque l'humanité tente de se reconstruire à nouveau, on redécouvre tous ces plaisirs perdus...


Il frôla ses fesses évidemment, puis ses lombaires pour l'attirer vers lui, tandis qu'il continuait à parler avant de ponctuer par un rire bien calquant.

Cette cave elle-même, lorsque j'y ai pénétré tout à l'heure, a ravivé de drôles de vieux souvenirs... putain... Notre premier pétard...notre première bouteille d'alcool... c'était toujours dans une cave similaire.... Elle est lourde de symboliques cette cave... Toi ça ne te ravive rien hum? Attends laisse-moi deviner, tu as dix-sept ans, un petit blondinet tout niais…et paf ça fait des Chocapics?

Il obliqua les yeux vers elle avec un petit sourire, qui commençait à poindre au coin des commissures des lèvres. Elle l'embrassa ensuite sur la joue, tandis que ses yeux brillaient de la même intensité que ceux du brun. Son regard se tourna enfin vers lesdites étagères qui supportaient quelques hectolitres de rouge, alors que la petite irlandaise se décollait de lui pour glisser entre ce vestige inestimable.

Blanc ou rouge, j'aime les deux. Y a du français j'espère? Un "Le Coin perdu"...oui. Je peux rêver! Je ne sais pas…du Sauvignon alors, ça reste raisonnable?

Non mais Chris...je te déconseille de toucher à ce jambonneau dégueulasse... il doit avoir plusieurs années pendu là, et ça m'étonnerait qu'on l'ait laissé ici, si il était propre à la consommation... Mais regarde-moi sa tronche à ce cuissot putain! On dirait une cuisse d'un mec qu'on a cramé lentement au chalumeau...


Pendant que Chrissie faisait la sélection, Lucas gagna un vieux divan de cuir totalement élimé et usé par le temps et les frottements, Dieu seul sait de quelle nature furent-ils. Il garda néanmoins son relatif confort d'antan. Lorsqu'il se jeta dessus, il grinça lourdement, puis finit par bruisser de ses plissements discrets.

Démon Noir...c'est ça? Prends celles de derrière aussi, leur étiquette me plait...un vieux réflexe avec les cartes de visite... je te raconterai un jour si tu veux.

Brève pause.


Euh? Comment ça tu veux....les mettre dans ton sac à main, quoi là? 

Subitement, il se souvint du contenu du petit sac rouge et noir. Un vicieux petit sourire dessina son visage, tandis qu'il se leva lentement pour regagner la brune. Sitôt près d'elle, il prit son sac et tira sur la tirette de sorte à ouvrir comme une petite fleur du matin, le petit accessoire féminin. On n'y voyait pas clairement ce qu'il contenait, mais l'objet était fin et noir, un oeil expert, tel que celui du brun, en aurait compris immédiatement la teneur. Sans émettre un seul mot de plus, il posa le sac près d’elle puis se saisit des deux bouteilles pour la libérer totalement, avant de la regarder d'un air mutin.

 
Une vie qui s’organisait au jour le jour. Une vie riche en découverte. Apprendre à cultiver ses connaissances avec la nature, affuter ses sens pour la discrétion et l’observation. Chris n’aurait pas misé sur sa capacité à s’adapter, mais il faut bien croire que face aux événements, on agit, c’est tout. Sa curiosité et désir d’apprendre n’était pas vraiment un défaut par les temps qui court. Aussi, elle était plutôt emballée d’apprendre à tirer avec Lucas.

« J‘espère que ce n’est pas une allusion salace cette histoire de calibre 38, haha. Mais si tu me proposes une séance de tir ça me va. Encore faudrait il trouver une arme à feu. »

Pendant la journée urbex riche en découvertes et émotions, Lucas dévoila un pan de son passé. Les deux jeunes n’avaient pas partagé beaucoup de souvenirs. L’Irlandaise l’écouta, amusée. Elle essayait d’imaginer un gamin à la tignasse brune, les yeux vifs et marrons, accroché à la cime de l’arbre, s’imaginant un instant le roi du monde. Elle pouvait aussi imaginer la peur d’une mère et le soulagement de voir sa progéniture entière, malgré quelques griffures et tâches sur les vêtements.
 
« Tu as dû lui en faire voir de toutes les couleurs, j’en suis sure. Tu es un sacré mec, Lucas ! »
 
Elle se tut, le laissant s’excuser pour ces souvenirs mélodramatiques. Il embraya sur une histoire de vol et mains baladeuses. Cette fois ci, ce fut Chrissie qui se remémora quelques secondes le souffle court du brun sous ses paumes baladeuses. 
 
« De la drogue ?! Tu veux planer petit malin ? Why not, mais je parie que je trouve une bouteille avant que tu ne trouves de la marijuana. »
 
Peut-être parlait-il juste métaphoriquement d’être perché en haut de l’immeuble, enivrés par la vie et l’alcool. Mais Chris n’avait pas vraiment capté. Il fallait maintenant gagner le pari et trouver une cave !
 
Une fois les 2 voleurs au sein du paradis d’un œnophile, l’observation se poursuivit, leurs regards passant du vin à la vieille charcuterie. Chris se détourna du cuissot de porc après la délicieuse comparaison avec un homme carbonisé. Retournant à l’essentiel, la sélection des vins.
Essayant de faire l’experte, elle naviguait entre les étals, passant une dizaine de secondes à déchiffrer chaque cru. Une fois le choix fait, avec les conseils de Lucas, Chris estima qu’il était grand temps de quitter cette cave chargée de souvenirs et d’arômes. Le néerlando-écossais l’attendait, assis les jambes légèrement croisées, le visage détendu. Que c’était agréable de voir les gens sourire. La brunette lui envoya un baiser qu’il rattrapa d’un mouvement de main.  
 
« Bonne idée que tu sois assis, je n’avais pas envie que tu te manges le plafond. Mais personnellement, je n’aurais pas confiance en ce vieux divan poussiéreux, il doit etre rongé par les mites, tu vas encore te retrouver les quatre fers en l’air, banane. Et cette fois-ci, j’ai les mains prises, je ne viendrais pas d’aider, héhé. Viens vite on va prendre ces bouteilles et explorer le reste de la maison pour grimper sur le toit. »
 
Aimable, le brun accouru pour aider la demoiselle en détresse. Il posa le petit sac à main à ses pieds et la déchargea rapidement des bouteilles, avec un air un peu filou. Chrissie haussa les épaules, pas plus étonnée de l’attitude changeante et maline du brun.
 
Une fois le sac ouvert en grand, il dévoilait sa toile intérieure rouge avec une tache sombre au fond. Comparable à une bouche grande ouverte. Elle glissa une main dans le sac pour y déposer la dernière bouteille qu’elle avait en main. Ses doigts effleuraient une matière que les femmes avaient toutes essayé. Ce tissage d’une texture reconnaissable entre mille, celle d’une fine dentelle. Etonnée, elle palpa rapidement la dentelle pour identifier l’objet mystère. Son ouïe lui confirma que le souffle de Lucas c’était interrompu quelques instants.. Et elle comprit. Avait-il connaissance du trésor que renfermait le sac ? Il en était fort possible. Cela expliquait l’air mutin et terriblement sensuel du trentenaire. L’irlandaise décida de jouer elle aussi à ce petit jeu.
 
Elle mima la difficulté caler le Démon Noir au fond du sac alors qu’elle tentait de cacher le sous-vêtement par la bouteille. Si Lucas était au courant, elle préférait ajouter un peu de piment en le laissant imaginer, désirer la découverte. Les meilleurs choses nécessitent de la patience comme dirait l’autre.
 
Tête relevée vers le brun, les yeux fixes mais pas trop, elle lui lança dans la plus grande innocence :
 
« Voleur de bouteilles, rend-les moi je vais les mettre dans ce charmant petit sac. »
 
Puis sans lui laisser le temps de répliquer, savourant ce moment où elle avait l’impression de tenir les rênes, elle lui proposa de remonter trouver quelque chose à grignoter pour le diner sous la voute étoilée. 
 
« Tu as raison, une fois la magie passée, cette cave est un trésor au niveau du vin, mais l’odeur et l’humidité commencent à vraiment me monter à la tête… »
 
Galant, Lucas ouvrit le chemin pour sortir de la cave. La brunette savourait le décontenancement de Lucas. Elle jubilait en imaginant la manière machiavélique de le faire languir encore plus, jouant les innocentes. Son objectif : essayer d’un coup de grâce de lui faire comprendre qu’elle pouvait être elle aussi une coquine aux plans malicieux. Et quand bien même le brun avait une longueur d’avance, Chris apprenait vite et ne demandait qu’à dépasser le maître.
 
« On cherche de quoi manger et on file sur le toit ? »
 
Les bruns s’affairèrent chacun de son côté, mais les esprits toujours occupés à élaborer un plan pour que l’autre prenne connaissance de la pièce de fine dentelle noire. Le désir montait, chacun voulant que l’autre découvre son petit secret caché.
Le temps passant, les bruns se retrouvèrent sur les toits, avec un festin royal. Des fruits secs, un morceau de viande cuite la veille, des mûres, ...
Un repas de prince et assez d’alcool pour saouler un roi ! 
 
Discussions, dégustation du Sauvignon, les esprits étaient enjoués. Le ciel était magnifique. Les constellations et la lumière du satellite naturel de la Terre éclairaient les jeunes trentenaires.
Chrissie essayait de montrer du doigt des formes imaginaires formées avec les étoiles.
 
« Tu sais que tu pourrais me rendre folle en me regardant avec ce regard comme tu l’as fait tout l’après-midi. Ne crois pas que je ne l’ai pas remarqué, loin de là. Mais l’envie d’explorer surpassait tout. Merci pour cette journée Lucas, c’était trop top. »
 
Ouverture d’une seconde bouteille, les esprits se désinhibaient. Les corps se rapprochaient. Les jeunes gens se rappelaient néanmoins la fameuse découverte dans le sac à main. Découverte restée secrète. Tous les deux attendaient l’ultime ouverture du sac pour récupérer le Malbec et oh-surprise. 
 
Elle se blottit un peu plus contre lui, comme si la nuit qui tombait nécessitait un partage de chaleur. 
 
« On ouvre le Démon Noir ? »
 
Elle se pencha en avant pour récupérer le sac à main. Son short en jean, accompagnant le mouvement du fessier, dévoila un triangle de dentelle noir au brun. Chrissie se retourna amusée de voir Lucas, regard interdit qui ne comprenait pas comment elle avait pu réussir un tel tour !
 
Etablir ce petit plan après être remontée de la cave avait creusé le désir chez la brune. Pendant que le brun fouillait pour trouver un repas, elle s’échappa dans la salle de bain rincer en vitesse la pièce fine de dentelle avec un bout de savon de Marseille, et la mettre à sécher sous le soleil écrasant au bord de la fenêtre. Entre deux bouteille, prendre 5 minutes prétextant une envie pressante pour enfiler le joli string. Pile à sa taille. Aphrodite avait manipulé le destin pour mettre cet accessoire sensuel dans les mains des trentenaires. Certes ce n’était pas grand-chose, mais promettait de la sensualité.
La découverte du string repoussée à la fin de la journée exaltait le désir des jeunes gens. Chris avait un regard qui brillait d’une intensité coquine. Si la première fois avait été très tendre, cette soirée promettait d’être lubrique à souhait. 
 
Les deux trentenaires se rapprochèrent pour s’unir dans un baiser érotique. Pour le reste ça n’appartient qu’à eux.
Combien de péchés capitaux allaient-ils franchir ce soir ? A coup sûr la luxure, et peut-être la gourmandise. Les esprits échauffés et embrumés par le jus de Dionysos, moments de démesure sous le toit étoilé.