- Fragments de pluie -

Chapitre débuté par Erika Mănescu

Chapitre concerne : Erika Mănescu,


Il pleut.
 
Le sourire de Mihail s’élargit tandis que naissent mille et un feux d’artifice sur la vitre. Par le minutieux goutte à goutte, s’y étoilent les lumières de la ville devenue féerie.
 
Né entre deux saisons, l’enfant n’aime rien de moins que d’enfiler ses bottes en caoutchouc, sautiller dans les flaques, courir après le gros matou du voisin dont il aimerait bien se faire un copain, en vain… Or et cuivre se disputent l’horizon, et le ballet incessant des parapluies en corolle s’offre à ses yeux innocents. Les nuages qui répandent leurs larmes à la place de gros flocons de neige, c’est tout de même moins amusant ! Mihail revient pourtant toujours le pantalon maculé de boue avec un pot rempli de limaces et d’escargots, une collection de cailloux dans les poches, et tout un camaïeu rougeoyant de feuilles d’automne au creux de ses petites menottes.
 
Né entre deux saisons, c’est toutefois en avance qu’il reçoit son cadeau d’anniversaire des mains de sa mère. Aussi étrange et nerveuse qu’elle paraisse, Mihail est content. Il sait qu’il pourra s’en servir souvent.
 
Le vieux walkman diffuse sa musique les soirs où la tempête s’abat à nouveau dans la maison lorsque son papa a une voix de monstre, et que maman pleure.
 
[Elle se souvient toujours de ces pas qui claquent dans les flaques.] *
 
De ce petit bonhomme haut comme trois pommes qui avait l’âge où l’on croit encore aux fées, l’âge où l’on craint plus encore Baba Cloanţa la vieille édentée. Du fin fond des bois, cette dernière a consulté ses quarante et un grains de maïs pour conseiller la jeune femme en quête d’indépendance, de liberté, et souhaitant pratiquer sa médecine au village ; comme elle l'incita autrefois à refuser ce mariage sans amour qui lui assécherait l’âme et le cœur. Les sages paroles ne purent rien contre la pression familiale et le qu’en-dira-t-on.
 
Baba Cloanţa a tissé ses sortilèges pour que reviennent enfin raison et rouge-saison, là où rien n’empêcha plus Mihail et sa mère de courir sur les chemins boueux, sauter dans les flaques, et enfin emprunter la carriole du vieux Gavril pour trouver un nouveau chez eux…
 
 


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* Hj : Phrase empruntée à LJD Luna dans le cadre d'un rp chorale où s'entrecroisent les souvenirs...
 
Tantôt avec force et conviction, tantôt avec délicatesse, le pinceau esquisse une chorégraphie en exagérant l’appui sur les pointes tandis que s'imbibe la toile ; çà et là, des couleurs sans harmonie se disputent l’espace. Un espace creux, vide, fait de silence et de dissonances avant que naisse un mouvement aléatoire par saccade.

De multiples courbes, fioritures et ornements floraux semblent alors éclore de la poitrine d’une ballerine à la gracieuse posture. Chaque jour, comme un autre.  Pas chassés, et port altier. L'aquarelle de ses atours comme une seconde peau.

[Maman ? C’est quoi ces drôles de chaussures ?]

[C’est un déguisement de fée ?]

[Dis… Tu étais une fée avant de rencontrer papa ?]

[Nous aussi, on sera des fées plus tard ? Pas Elena, elle est trop méchante comme soeur !]

[Maman… ?]

 
Accroché sur un mur dans un couloir exigu ou au-dessus de la cheminée, un tableau centralise l’attention. Maman est immortelle. Elle a juste rejoint le pays des fées, même si un cancer l’a emportée.
 
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