L'âgiste larcin

Chapitre débuté par Laëli

Chapitre concerne : kunkoo, Laëli,

Ce texte vaut une bière !

Aube de ce nouveau monde où quelques survivants de l'ancien vivotent tant bien que mal sous la surface. Il n'avait pas fallu une semaine pour que le tunnel de métro se transforme en véritable catacombe fréquemment alimentée en corps frais, mais pour une fois, aucune intention de meurtre et encore moins de suicide n'habitait pas l'actrice du méfait à venir.

C'était bien là tout le contraire, au moins pour la partie risquant d'entraîner sa propre mort. Elle et ceux avec qui elle partageait son campement avaient cruellement besoin de certaines denrées de première nécessité et quand on a deux mains gauches et dix pouces, il faut bien trouver un moyen de se rendre utile.

L'idée était vite arrivée sur la table, prendre ce dont ils avaient besoin là où il était. Non pas dans la poche d'un nanti pour une fois, mais dans celle de l'un de ses écervelés rendus fous par l'apocalypse, qui restait là immobile, sans la moindre lueur d'intelligence dans le regard ou même d'un instinct autre que celui de se lancer dans un combat à mort perdu d'avance.

Les cibles ne manquaient pas et c'est donc en écoutant son courage que Laëli avait choisi la sienne, un vieux qui au bas mot devait avoir deux fois son âge, malingre qui plus est, misant qu'avec un peu de chance si les choses tournaient mal, celui-ci aurait de bonnes chances de se fracturer le col du fémur s'il se lançait à sa poursuite.

L'approche se fit discrète, un ninja parmi les ombres, invisible au regard de tous ceux qui ne regardaient pas dans sa direction, seul le bruit de ses docs se répercutant en échos sur les parois du souterrain pouvait trahir  sa présence à l'égard de celui qui lui tournait le dos et qu'elle bénissait de ne plus avoir ni l’audition de ses vingt ans, ni de sonotone où du moins s'en était elle auto-persuadé.

Le cœur battant la chamade à mesure qu'elle approchait pas à pas des affaires de l'ancien, une foultitude de questions se bousculaient dans son esprit, presque capital en cet instant crucial « comment faisaient-ils dans les films de zombies pour ne pas flipper leurs races ? », c'était con, très con même, elle savait que ce n'était pas un zombi, juste un pauvre type dont l'esprit n'avait pas résisté à la chute du monde, sans doute y avait-il trop perdu.

Une grande inspiration et elle s'élançait pour les derniers mètres, une légère odeur rassurante lui emplissant les narines, une odeur qu'elle connaissait bien tant elle l'accompagnait depuis bien des années avant les moments stressants, un parfum de weed que son esprit conditionné faisait rejaillir tel un spectre du passé.

Un dernier regard en direction du vieux, toujours debout, contemplant fixement ce qui devait être le vide du tunnel face à lui. Une à une les provisions sont glissées dans ses poches, aléatoirement, sans réellement connaître le contenu de son butin qu'elle ne discernait que trop mal dans cette obscurité. Un sachet de fruits secs, un puits deux conserves, une brique de Capri Sun, un tube médoc, une boîte de... non sur ce coup, même son imagination ne lui permit pas de savoir ce qu'elle venait de glisser dans la poche de son cuir.

C'est à ce moment précis que tout avait basculé, alors qu'elle voyait déjà le triomphe de son opération ninja, le vieux s'était mis à gueuler, non pas un beuglement bestial comme on en entendait parfois, poussés par certains décérébrés en pousser lors de leurs attaques suicidaires, non simplement gueuler, des trucs intelligibles, humains.

Inutile de revenir sur le courage de la jeunette, elle c'était simplement barrer à toute vitesse, non pas dans la direction de son campement, mais dans la plus éloignée du décérébré qui de toute évidence ne l'était pas tant que ça, son slip plus humide de quelques gouttes qu'il ne l'était quelques minutes avant.

 

Putains de vieux.