Eros et Tanathos

Chapitre débuté par Le pénitent

Chapitre concerne : salinas, Le pénitent,

Ce texte vaut 2 bières !
Elle l'a vu arriver de loin. Pas qu'il fasse un quelconque effort pour se rendre discret d'ailleurs. C'est d'abord la poussière de sable qui l'a précédé. Puis elle l'a vu, lui. Un ivrogne, tantôt titubant dans le sable, tantôt rampant à quatre patte, chaque chute soulevant un nouveau nuage de poussière. Il avance péniblement, comme une bête, sans relever la tête, et curieusement va droit vers elle. Une forme grisatre, sa toge sale et rapée qui l'envelope entièrement. Suffisamment proche, elle a vu ses membres, maigres, rachitiques, qui dépassent à peine, presque inexistants.
Puis elle a vu sa tête, un bloc lisse, caleux, et surtout son visage. Qui contraste avec l'évidente difficulté qu'il a a parcourir la distance qui reste entre eux. Un visage mort, sans expression, qui ne présente aucun regard auquel se raccrocher. Les yeux cousus. Il s'écroule à quelque pas d'elle, en silence, sans un râle, sans une plainte. Elle voit encore l'enchevêtrement de fils barbelés à travers la toge toute trouée, recouvert de sable, qui fait comme une curieuse ceinture cendrée autour de ses côtes.

Il est maintenant immobile, sur le dos, la face tournée vers le ciel. Elle peut voir ses lèvres déssechées bouger, lentement, et bien qu'à portée de voix, elle ne distingue pas. Rien de plus qu'un sifflement de serpent, un son étrange et désagréable qui semble comme sorti du plus profond de l'abyme, après un voyage qui l'aurait complètement dénaturé.
Il essaie manifestement de "parler".

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Elle voit une espèce de machin qui s'amène vers elle. Elle n'a pas la force de fuir, elle est bien trop faible. A l'article de la mort même mais la "chose" a l'air aussi mal en point alors autant mourir à deux que tout seul.
Elle se couche près de la "chose" et se colle contre elle


Je m'appelle........ Salinas....... Je vais mourir ici..... Je n'ai plus de bouffe et plus ......de médicament. J'ai la force de produire>........ de l'eau si tu en as besoin pour....... moi c'est la fin. Tu es qui toi.......

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Nul doute qu'un observateur extérieur trouverait poétique la vue de ces deux corps afaiblis, collés l'un contre l'autre. Peut être plus encore en sachant qu'ils ne se connaissent en rien, et que le hasard ne les a mis dans cette situation que pour mourir.
Nul doute que les deux êtres encore vivants, collés l'un contre l'autre, n'ont pas particulièrement en tête la moindre poésie. 

Il sent le corps chaud, brulé par le soleil, de Salinas se recroqueviller contre lui. Il se tourne, péniblement, de manière à se trouver allongé face à elle, et passe doucement ses bras autour d'elle. Cela fait longtemps que le temps n'a plus aucune réalité pour lui, qui ne vit que dans les ténèbres de son esprit, uniquement lié au monde extérieur par un réseau de sensation qu'il capte de ses mains, de sa peau. Cela fait longtemps qu'il n'est plus qu'un coquille pleine d'obscurité, qu'il n'a plus conscience de son enveloppe charnelle. Et pourtant, là, son univers entier se remplit du corps de cette femme.

Il sent son odeur, à chaque inspiration sifflante. Il sent, sans l'identifier vraiment, le curieux picotement de ses cheveux contre son visage. Sa tête bourdonne au rythme du battement de coeur de Salinas. Il sent à travers l'étoffe ses seins. Pendant un temps qu'il est incapable de mesurer, un temps hors du temps, il se fond dans ce corps de femme et le fait sien. L'étudie, de manière primitive, se réapproprie la connaissance d'un corps qu'il a perdu depuis bien longtemps, et dont il ne se souvient plus.
Elle le voit pleurer des larmes qui tombent goutte à goutte, peinant à s'échapper des orbites cousues.

Enfin, il sent Salinas se tortiller faiblement, rompant l'instant, à cause du cilice qui lui fait mal, le barbelé qui comprime sa chair.
Alors il s'écarte un peu, et parle. Salinas perçoit encore ce son rauque, sifflant, venant du fond de l'être, douloureux, mais cette fois intelligible, quoiqu'il lui faille tendre l'oreille.

Merci. Merci petit être. Tu m'as rappelé ce qu'est un corps. Ce que c'est que d'être un corps. Ressentir. Plus que sentir.

Elle le voit tortiller son bras, doucement, et attraper un sac informe, qu'il tire vers lui.

Pour toi. Pour que je continue de sentir la vie en toi.

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Mort ou vivant ? Chose ou humain ? Elle n'en sait rien mais elle le sent la toucher, la caresser et la pénétrer étrangement. Elle ne se rend pas bien compte de ce qui se passe entre la vie et la mort.

C'est une question de temps maintenant. La "chose" lui donne son sac et elle fouille. Elle récupère le médicament salvateur et lui donne de l'eau, elle va en chercher d'autre. Une seule, le résultat est maigre.

Elle retourne auprès de la "chose" et le serre


Tu sais moi je cherche de l'eau et c'est tout.
Il faut que je trouve de la bouffe et des médocs
Si tu sais trouver de la nourriture j'ai un piège à serpent et collet à rat si tu les veux je te les donne.


Elle fait silence et poursuit

Si tu veux mon corps fais en ce que tu veux il est à toi jusqu'à ce que je meurs, tu pourras me manger après si tu veux

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Lorsqu'elle s'écarte, il sent la peine, la douleur qu'elle a à se remettre debout. Il souffre de la sentir s'éloigner, d'une souffrance qui lui est complètement inconnue, comme s'il lui était arrachée une partie de lui même. Finalement elle revient, se recolle à lui et il se sent complet. Les mots qu'elle lui susurre à l'oreille sont un vacarme, une explosion sonore, comparés aux sensations fines, parfaites, de sa peau contre la sienne.

Longtemps, ils restent silencieux. Puis il répond, du gargouilli qui lui tient lieu de voix.

Je te trouverai des plantes. Celles qui soignent. Encore à manger, dans le sac. Peux pas attraper les petits êtres qui rampent. Trop rapides. Trop sauvages.

Il s'arrète, pose sa tête sur le ventre de Salinas. Il s'accorde à se respiration, se cale au rythme de ses inspirations, expirations, instinctivement. Il respire sa peau, son odeur, elle. Il reprend:
Tu vibres. Tu bruisses. Tu es une source. La chose la plus importante. Différente des autres corps. Vides, en bas. Tu seras mon corps. Ne pars pas.

Puis, elle sent sa main qui se pose dans le creux de ses reins, et qui se déplace, l'explore elle, le plus lentement du monde, chaque milimètre de peau rencontré semblant lui apprendre quelque chose, et il se sent bien, malgré son état pitoyable, et son aspect ravagé.
La belle serre la "chose" et la regarde.

J'ai du retard, je crois que je suis enceinte, j'ai eu plusieurs partenaire, peu importe de qui il est....

Elle laisse un flottement

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La première fois que Salinas a évoqué son retard menstruel, il a enregistré l'information sans la traiter, trop occupé qu'il était à marcher avec elle pour suivre la cadence du groupe qui les précédait. Pour ainsi dire, les mots ont glissés sur lui, abruti qu'il était par l'effort à fournir pour faire le prochain pas, puis le suivant. Evidemment, le concernant, rien n'indiquait qu'il l'ait ou non entendu, et les choses en restèrent là.
Mais lorsqu'elle remit le sujet sur la table lors d'une halte à l'orée d'un bois, il prit la mesure de son inquiétude, et d'une peur, légère, qui affleurait malgré son effort pour la dissimuler. Enceinte. C'était un concept, et il n'était pas très doué pour jouer avec les concepts, encore moins pour ceux nécessitant une projection dans le futur. Son monde, celui avec lequel il était familier et dont il avait appris à se satisfaire tenait tout entier là, dans le présent, dans le corps de Salinas, dans la soif qui l'étourdissait, dans la présence de la matière au contact de sa main.
Mais elle était inquiète, et il sentait clairement qu'elle attendait qu'il la rassure. Alors il prend son visage entre ses deux mains en coupe, il caresse ses joues de ses pouces, il se colle contre elle et l'envellope de ses bras décharnés. Il lui murmure à l'oreille, même si ce murmure siflant est de toute façon tout ce qui lui tient lieu de voix:

Change rien pour moi. Tu es la plus importante. T'accompagne. T'abandonnes pas. Te trouveras ce qu'il te faut. A deux, ou à trois, pareil. Tu es tout.

Il ne sait pas encore s'il a atteint le but d'apaisement recherché, mais ne sait pas non plus quoi rajouter. Il continue à la serrer contre lui, légèrement penché, pour éviter que le cilice ne la touche.
 
La belle soupire. D'un côté elle est contente de ne pas être enceinte car elle n'est pas en état de l'être et de l'autre, être mère ne lui ai pas désagréable, à l'idée. Mais voilà, ses règles sont là et ce n'est que partie remise comme on dit. Elle sourit à la "chose", lui qui est si sensible aux odeurs, il a surement senti son changement hormonal et puis elle n'a pas envie de lui en parler.

Elle lui prend la main doucement.

J'ai coupé du bois on doit retrouver aller vers les autres pour échanger le bois contre de l'eau et de la bouffe. Tu en es où toi ? Ca va ?

Bien sûr qu'elle s'inquiète pour lui c'est une évidence, sa main dans la sienne elle lui montre comment il est important à ses yeux.

En artisanat je me défends plutôt bien, ils vont avoir besoin de moi, on va négocier notre survie. La mienne et surtout la tienne. Je ne veux plus être séparé de toi, jamais

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Les retrouvailles avaient été émouvantes, le soulagement qu'ils avaient à se serrer l'un contre l'autre était à la mesure de la souffrance qu'ils avaient ressentis à être séparés. L'opération avait été fructueuse, et ils avaient, pour la première fois depuis qu'ils s'étaient trouvés, put se reposer vraiment, heureux d'être ensemble et d'avoir assez de provisions pour envisager sereinement le jour d'après. Ce n'était toujours pas la grande forme, loin s'en faut, mais il régnait entre eux une douce atmosphère d'espérance.
Bien que le soleil fut couché depuis longtemps, le sol dégorgeait une chaleur apaisante, et il se sentit à sa place, presque faisant partie intégrante du monde, allongé derrière Salinas, lui caressant doucement le ventre du dos de ses mains, tandis qu'elle se tortillait contre lui.
La nuit était douce, et il se parlaient doucement, dans le bruissement des arbres qui les entouraient. Avec elle seulement, il faisait l'effort de s'esprimer autant que faire se peut par de vraies phrases, qu'il ponctuait de caresses diverses, tantôt sur son cou, ses seins, son ventre ou le creux de ses cuisses.

Je suis bien. Reprend le contrôle de l'obscurité. Plus facile de sentir les choses. Toi aussi, tu vas mieux. Ton corps, calme, une onde douce. Je t'aime.

Il a porté deux doigts à la fente de Salinas, comme ça, en passant, d'une caresse. Il sent une texture humide au bout de ses doigts, légèrement différente de celle qu'il collecte d'habitude lorsqu'ils font l'amour. Il a senti depuis un moment une nouvelle odeur, un peu âcre, pas plus désagréable qu'une autre, il l'a étudié avec attention, et maintenant elle est là, au bout de son doigt. Il est émerveillé de continuer à découvrir son corps, une nouvelle odeur d'elle. Il continue à la caresser d'une main et porte l'autre à son visage, d'abord à son nez puis à sa bouche. Il a reconnu le fluide. Il serre sa compagne avec un peu plus de force, mais ne lui fait pas de commentaire la dessus. Le mélange d'émotion de Salinas en rapport avec une éventuelle maternité lui échappe largement, et il se contente de prendre acte de la nouvelle information, confusément.